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  • Doctor Foster (Saison 1) Moment d'un couple

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    Il y a deux choses que les gens aiment regarder. Les récits de guerre et les histoires d'adultère. On a beau avoir fait le tour du sujet, la tromperie amoureuse, moment aussi ordinaire que sulfureux, n'en finit pas de nourrir les imaginaires. Avec Doctor Foster, la  chaîne anglaise BBC One propose sa version, un mélodrame élégant, étonnamment puissant.

     

    Doctor Foster est un portrait, celui de Gemma Foster (Suranne Jones), médecin en chef d'une petite clinique, adulée par ses patients pour son empathie touchante, son sens de la réalité, son sourire pudique. Gemma ne fait pas semblant, c'est une femme digne, belle, avec sa profondeur dans le regard, cette allure bien à elle. Ses amis aussi l'aiment, elle, et Simon, son mari, ils forment un couple réputé et complice, invités régulièrement à dîner dans les restaurants de cette petite bourgade de l'Angleterre, une famille au portrait idéal, corbeille de fruits sans pépins, avec leur fils Tom. Mais cette vie apparemment heureuse va basculer, le jour où Gemma découvrira un simple cheveu blond sur la veste de Simon. Quand alors elle suspectera son mari d'entretenir une liaison.

    Très vite, cette série créée par Mike Bartlett séduit, à l'image de son héroïne, par sa distance dans le traitement. La série saisit l'adultère avec une élégance rare, de celle de ces mélodrames intenses dont on ne devine pas encore le réel enchevêtrement, toujours en se rangeant du côté de Gemma. La caméra, c'est elle. Chaque mouvement, chaque pas de côté, chaque fil à recoudre de l'énigme amoureuse à laquelle elle fait face, malgré elle. En recousant l'histoire, Gemma va apprendre la triste banalité de cette tromperie,  une banalité pourtant atroce qui se déforme, s'accule, et s'empire de vérité en vérité.

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    Il y avait longtemps qu'une série n'avait pas réussi à capter ces moments de couple avec autant de superbe. Jamais de mièvrerie, d'égarement sentimental, la série dépeint, malgré quelques facilités d'écriture, les carcans domestiques avec une véracité totale, superposant les mensonges comme des couches sordides anéantissant l'héroïne et avec elle le spectateur. Le feuilleton doit beaucoup à l'actrice principale, Suranne Jones, habituée des productions télévisées mais qui, ici, incarne un personnage fort et charismatique peu à peu en proie à une extrême faiblesse, un trouble radical, parfois même inattendu.

    La série mène cette chute tragique avec une maîtrise théâtrale, patiente, minutieuse, jusqu'à la crise ultime, une urgence frappante où le spectateur est happé, en plein doute quant à une résolution possible. Si la série reprend une formule amoureuse toute faite, Doctor Foster y donne tout son corps et surprend toujours dans sa narration, son sens des personnages secondaires, et son moment de couple, cette histoire vieille comme le monde, toujours aussi intime et puissante.

    9/10

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  • Séries & Cinéma - Le meilleur de 2015

    Parce qu'il faut en finir rapidement avec 2015, merci à tous ces belles productions d'avoir existé.

     

    TOP DRAMA

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    1. The Leftovers (Saison 2) - La plus absolue
    2. The Affair (Saison 2) - La plus dramatique
    3. American Crime (Saison 1) - La plus inattendue
    4. Mad Men (Saison 7) - La plus ultime
    5. Fargo (Saison 2) - La plus réinventée
    6. Mr Robot (Saison 1) - La plus paranoïaque
    7. UNREAL (Saison 1) - La plus cynique
    8. Cucumber (Saison 1) - La plus atypique
    9. Ex aequo - Unforgotten (S1) / Fortitude (S1) - La plus policière
    10. Bloodline (Saison 1) - La plus prometteuse

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    TOP COMEDIE

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    1. Transparent (Saison 2) - La plus complète
    2. Drifters (Saison 3) - La plus humiliante
    3. Unbreakable Kimmy Schmidt (Saison 1) - La plus excentrique
    4. Master of None (Saison 1) - La plus écrite
    5. Ex-aequo - Broad City (Saison 2) / Mom (Saison 2) - La plus cool
    6. The Last Man on Earth (Saison 1&2) - La plus coriace
    7. Crazy Ex-Girlfriend (Saison 1) - La plus West Covina
    8. Girls (Saison 5) - La plus habituelle
    9. Inside Amy Schumer (Saison 3) - La plus parodique
    10. Difficult People (Saison 1) - La plus méchante

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    TOP FILMS

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    1. AMY (Angleterre) - Le plus bouleversant
    2. Mustang (Turquie) - Le plus viscéral
    3. Mad Max, Fury Road (Australie) - Le plus intense
    4. Trois Souvenirs de ma Jeunesse (France) - Le plus ample
    5. Une seconde mère (Brésil) - Le plus social
    6. Stars Wars VII - Le réveil de la force (USA) - Le plus osé
    7. Les Nouveaux Sauvages (Argentine) - Le plus corrosif
    8. Force Majeure (Suède/Norvège) - Le plus réfléchi
    9. Hungry Hearts (Italie) - Le plus romanesque
    10. Sicario (Canada) - Le plus palpable
    11. The Lobster (Grèce) - Le plus allégorique
    12. IT Follows (USA) - Le plus dérangeant
    13. Phoenix (Allemagne) - Le plus mélo
    14. Dheepan (France) - Le plus récompensé
    15. The Gift (USA) - Le plus habile
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  • Jessica Jones (S1) Le marvel du futur ?

    Oubliés les superhéros lustrés au déguisement de satin, Jessica Jones, la nouvelle série de Netflix, n'a rien d'une belle icone. A l'inverse, elle est une héroïne bourrue et vulnérable, plus proche du polar suédois que de l'entreprise hollywoodienne.

     

    L'histoire de Jessica est une histoire à demi-mot. Une histoire qui remonte au début de la décennie, dans la série Alias où Jessica Jones prend vie, incarnant une superhéroïne à la force démentielle après un accident de voiture. Aujourd'hui, Netflix reprend son histoire, en corrigeant la trajectoire. Jessica Jones est devenue une détective à son compte chargée d'élucider les affaires de moeurs et de petites coucheries. Pourtant, elle n'a rien d'une Veronica Mars. Habits noirs, moue boudeuse, maquillage sombre, répliques mornes, Jessica Jones (Kristen Rytter) est une héroïne trouble, en colère, hantée par la drogue et ses démons. Son démon à elle s'appelle Kilgrave. Un vilain au pouvoir de persuasion total qui a amadouée Jessica jusqu'au crime.

    On sait peu de choses sur son enfance et sa mythologie, Jessica Jones est un mystère. Et la série s'en accommode parfaitement. Une supérhéroïne désormais retraitée, dont les pouvoirs quasi-inutilisés demeurent tapis dans le secret. Volontairement sobre, la série cible ici un tout autre traitement, quotidien et obscure, à des années lumière des Avengers et même des héros lisses de Tim Kring. Pas de flashbacks commodes, de rédemption, de révélation mystique sur l'importance de l'action superhéroïque, Jessica Jones est une jeune fille de tous les jours, cynique et désabusée, rappelant Lisbeth Salander et ses pulsions autodestructrices.

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    Portée par une caméra lucide et une écriture mature, la série de Melissa Rosenberg (pourtant scénariste des Twilight) est une série singulière où le superhéros est un décor symbolique perdu au milieu d'un thriller moderne new-yorkais. Pour autant, la série se livre à l'habituel duel manichéen, Jessica Jones opposée à son nemesis, Kilgrave. Lui aussi n'est pas le méchant attendu, ce vilain anthologique à la peau violette connu pour ses ensorcellements inconscients devient sous l'oeil de la série un dandy anglais, bon chic bon genre, interprété par le toujours impeccable David Tennant. Les deux protagonistes vont alors s'affronter, non tels deux icônes de comics mais comme deux êtres abîmés, cette femme battue, manipulée face à cet homme abusif.

    C'est tout le parti-pris de la série, adapter en réalisme et en noirceur une fiction Marvel, en étalant son propos. Le résultat fonctionne, plus moderne, moins niche, à la vision originale et plutôt inspirée, Jessica Jones est une belle héroïne atypique, défendue avec grâce par Kristen Rytter, moins profonde que dans Breaking Bad ou Gravity mais toujours saisissante.

    7/10

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  • Master of None (Saison 1) Petites scènes capitales

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    Netflix raffole des humoristes et de leurs stand-up, pas toujours fameux. Parmi eux, Aziz Ansari, l'un des piliers aussi pénible que gentil dans Parks & Recreation, s'est vu offrir le saint-graal. Sa propre série. Un mélange de fiction et de réel, très new-yorkais, très humble, aussi mélancolique qu'attachant.

     

    Master of None raconte la fausse vie d'Aziz Ansari, rebaptisé Dev, avec des morceau de vrai dedans. Comédien en herbe, habitués des séries Z et des spots publicitaires pour barbecue. Dev aime jouer la comédie, New-York, le foodist, les soirées tranquilles loin du tapage désespéré des célibataires du samedi soir. Il est d'origine indienne et de confession musulmane. Comme Aziz. D'ailleurs, ses parents à l'écran sont les siens pour plus d'effet de réel. Aziz y tient. Raconter ses expériences, les sacrifices imposés par Hollywood, forcer l'accent indien pour un petit rôle minable qui sautera au montage. La série prend gentiment à bras-le-corps la question des minorités. De tous ceux dont la voix ne compte pas aujourd'hui.

    La voix des pères émigrés qui ont tout perdu pour offrir une situation à leur progéniture, celle des grands-mères laissées-pour-compte dans des maisons clôturées et réfrigérées à qui l'on rend une fois toutes les sept semaines pour se déculpabiliser. La voix des acteurs servant de chair à canon, des lesbiennes new-yorkaises, la meilleure amie de Dev, des cœurs brisés, des âmes seules, et de toute personne citadine un tant soit peu désespérée. Et Aziz le fait bien. Avec une plume subtile, le plus souvent percutante, drôle, riche en références, toujours jaillissante.

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    Pourtant, tout n'est pas réussi. La faute au fonctionnement de la série et ses concepts à chaque épisode. Si Aziz réussit à parler des oubliés avec beaucoup de justesse, à coup d'épisode doux-amer, les débuts sont plus hésitants. Des dialogues prolixes, des situations surfaites, en particulier le pilote où la question parentale est mise sur la table,  une introduction forcée et déjà-vue. Mais c'est surtout le couple qu'Aziz dépeint le mieux. Lorsque la série devient enfin fiction.

    Lorsque Dev, touchant et généreux, rencontre Rachel, une fille attendrissante, amusante et pleine de vie, et que leur histoire débute. Ici, le regard d'Aziz est plus concret, plus cruel aussi, les deux personnages  amoureux dépassent le cadre empirique de l'esquisse et offre une romance digne de ce nom, loin des comédies nunuches. Des moments uniques, de la complicité et cette brisure invisible qui s'insinue au fil du temps. Avec Nashville, Mornings et l'épisode final, l'auteur propose à la façon d'un Louie ou d'une Lena Dunham sa vision du couple aussi intense qu'élégiaque. Alors, la série devient plus qu'une simple allégorie bien faite, elle devient une histoire. Une belle intention où la fiction reprend ses droits.

    8/10

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  • Supergirl (Saison 1) Des galipettes en super-cape

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    Les héros continuent de piailler. Avec le retour improbable des héros de NBC et les recrues Marvel, Supergirl se fait une place de choix derrière Big Bang Theory. Reste à savoir pour combien de temps.

     

    Repensée par Greg Berlanti, Supergirl est la version revisitée de la cousine de Superman. Une histoire où la super-héroïne, Kara Denvers, est naïve et délicate, courageuse quand il faut combattre et protéger les siens. Son ADN fait d'elle une super-héroïne toute trouvée, parce que cousine de Superman, elle porte des lunettes BCBG et travaille sous un magnat de la presse américaine.

    Pour se distinguer de la masse sérielle, la série cible parfois un parti-pris féministe, défendre la cause des super-héroïnes, des girls talentueuses qui n'ont peur de rien, à l'aube de la naissance de Jessica Jones sur Netflix. Pourtant l'ensemble reste maladroit et fabriqué. Parce que Supergirl reste une héroïne de bas étage. Le jour, une assistante de direction qui dit amen aux caprices de sa patronne (Calista Flockhart, plus décomposée que dans Brothers & Sisters), la nuit, une redresseuse de torts connue pour ses débuts bancals, attrayante, jolie, beaucoup plus timide et bégayante que le héros masculin valeureux. Quand elle décide d'embrasser son rôle à plein temps, Kara en parle à ses proches, jeune fille bavarde un peu sotte.

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    Forcément, la série fait sourire, dans ses lubies quotidiennes, l'héroïne s'avère être une jeune femme attachante et sympathique, Melissa Benoist, ses yeux de biche, son sourire à la Black Lively font d'elle un personnage mignon tout-plein, fraîchement maladroit et cabotinant dans tous les sens.

    Mais a force de petits rictus charmants, la série peine à trouver du charisme.  Son décor fait grise mine, trop de grimaces durant les combats, des effets spéciaux franchement moches et des personnages maléfiques trouvés dans un vieux grenier, à l'image du papa adoptif de Kara, Dean Cain, l'ancien Clark Kent de Metropolis, quinquagénaire désormais tout enflé, dénué de répliques, juste bon à zoner sur un second plan pour le clin d'oeil malin de la série. Les héros vieillissent aussi et à Hollywood, ils ne sont pas beaux à voir.

     

    Amputées de scènes d'action vilaines et de sa mythologie, Supergirl serait une série super-distrayante, super-mignonne si elle se contentait de raconter les déboires de cette jeune femme que tous aiment piétiner. Mais elle s'appellerait Ugly Betty ou Crazy-Ex Girlfriend et ce serait bien mieux.

    6/10

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  • Mr Robot (Saison 1) La complexité humaine

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    Présentée comme une série estivale sur USA Network, Mr Robot s'annonçait comme une série proprette sur un petit groupe de hackers. Mr Robot est tout l'inverse. Elle évoque l'homme et Lacan.

     

    Pensée et écrite par Sam Esmail, Mr Robot est une série à tiroirs, labyrinthique, un dédale confus pataugeant dans plusieurs réalités, une vision du monde corrosive et cynique. Hello friend, c'est ainsi qu'elle débute. Ce pirate virtuose, Elliot Alderson (Rami Malek) s'adresse au public comme à l'un de ses proches. C'est avec sa complicité qu'il prépare ses coups. D'apparence, lui n'est pas grand chose. Un salarié sans histoire adepte des cryptages, salarié d'une petite boîte de cybersécurité chapeautée par un patron débonnaire. Accro à la morphine et à sa dealeuse, il en pince surtout pour son amie d'enfance qui a vecu le même drame familial que lui (la perte d'un parent). Elliot consulte chaque semaine. Il s'assure de connaître le quotidien de sa spécialiste. Il ne peut pas s'empêcher de fouiller dans la vie des gens. Une sorte de catharsis pour lui. Quand soudainement un groupe, FSociety,  l'approche pour attaquer de front une multinationale, sa vie revêt une réalité. Et le labyrinthe se déploie.

    Mr Robot est un show sombre et dense, où tout est rendu tortueux et impalpable. Une réalisation impeccable à la David Fincher pour une intrigue alambiquée, propice à la complexité informatique, sa connaissance codée et ses algorithmes impossibles. Menée par une voix-off caverneuse, celle de l'antihéros, la série ébahit par son atmosphère. Sa sécheresse, son style froid, clinique, aboutissant à des épisodes désordonnés, un peu foutraques, à l'image de l'esprit infernal du héros.

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    Si parfois la série perd volontiers son téléspectateur, à coup d'épisode isolé, de passage psychédélique, de moment âpre, elle s'assure de le retrouver très vite. Pour ça, Mr Robot excelle dans deux choses. Le personnage. Des pions qui ont du cran, des hackers charismatiques, de la petite femme voilée à Mr Robot, bon chef de rang binoclard, en passant par la psychologue, ténébreuse et bienveillante, et des personnages centraux, Elliot en premier, son allure adolescente, son ambition tuméfiée, ambigüe, paradoxale, un héros singulier dont la psychologie ne ressemble à aucune autre ; ou encore son nemesis, Tyrell, cadre haut placé au sein de la multinationale ennemie, sa silhouette névrotique  tout droit sortie d'un roman de Bret Easton Ellis.

    Et ce sens, surtout, de la narration. Des rebondissements frappants, twists surprises venant anéantir les esprits, rendant plus friable la frontière entre réel et virtuel. Au delà du virtuel, la série s'amuse à ça. Mesurer la complexité de l'homme, farfouiller au scalpel sa condition, ses fantasmes et son incomplétude, dans  une position très lacanienne. Désireuse de tartiner en complexité, à tel point que la série peut parfois provoquer quelques scènes conceptuelles, deux-trois exercices de style appuyés, quitte à jalonner la déconstruction à venir. Mais dès les premiers instants superbement intenses de la série, la fumée a déjà pris place dans nos têtes, face à l'errance d'Elliot, dans ce monde ultrainformatisé et ultracynique, où le spectateur l'accompagne, dans cette marche lente et douloureuse, fascinante et hautement romanesque.

    9/10

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  • Life in Pieces (Saison 1) Petites scènes drôles

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    Si les critiques louent The Grinder comme la meilleure comédie de l'année, série simpliste et un peu soporifique avec Rob Lowe, c'est que ces gens-là n'ont pas vu Life in Pieces. Ou alors ils ont perdu tout sens de l'humour à force de débit médiatique.

     

    Une série familiale découpée en petites saynettes de vie, ça ne rappelle rien à personne ? Ce hit show habitué des récompenses qui ne fait plus rire personne depuis trois-quatre ans. Cette série un peu vide, avec une colombienne à la voix prononcée, qu'on regarde quand même parce qu'on les aime bien, au loin, comme des oncles et des tantes de second degré un peu attachants. Mais désormais, peut-être qu'on ne la regardera plus, Modern Family, peut-être que la septième saison devra redoubler d'effort parce que Life in Pieces est une relève sérieuse. Les débuts de cette nouvelle série de CBS sont implacables, drôles à chaque fois, inspirés, pas moralistes, jamais démesurés.  En un mot, la qualité de Modern Family sans ses défauts.

    Oubliés les Pritchett-Dunphy-Delgado-Tucker, le clan de Life in Pieces est là pour la suite. Et il n'a même pas de nom de famille. Ici, on parle de Jen et Greg et leur nouveau-né, de Heather et Tim, mariés depuis belle lurette et de leurs trois enfants. De Matt, aussi, le frère cadet qui récemment endetté est contraint de revivre chez leurs parents, Joan et John, deux septuagénaire énergiques, ni ronchons ni caricaturaux. Chaque clan a son sketch, son moment mais tous sont reliés les uns aux autres. On appelle ça une famille. Encore une. Pour autant, pas de réunion gentillette en toute fin d'épisode, de poses mièvres qui rappellent les vertus de la génétique. Dans Life In Pieces, on conçoit la vie comme une somme de détails difficiles, humiliants et un peu désopilants.

     

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    Ainsi morcelée en quatre parties la série créée par Justin Adler (responsable des très bons Better Off Ted et Samantha Who?) rappellent les tares de la vie en communauté. Ici, l'attention est faite aux détails. Aux réactions des héros, chacun d'entre eux étant dans une phase de vie clé, la retraite, la parentalité, le départ d'un enfant à la fac, le célibat.

    On aurait pu craindre l'effet conceptuel de la série et son manque de liant entre les personnages à force de découpage. Mais la série se défend à merveille, à coup de répartition équilibrée. A tel point que tout le monde est drôle, sympathique et avenant. Les nouveaux parents, Colin Hanks et Zoe Lister Jones,  sont géniaux d'emportement et de laisser-aller, aussi riches que les enfants de Betsy Brandt qu'on retrouve un peu partout depuis l'arrêt de Breaking Bad, aussi complices et intéressants que la matriarche, Dianne West et son mari, James Brolin, qui n'a d'autre lubie que d'organiser son propre enterrement pour fêter ses soixante-dix ans. Sur le papier, tout a l'air un peu compliqué mais la série montre à quel point il est facile de faire rire d'une famille.

     

    En somme, un casting irréprochable où personne (encore) ne tire la couverture à soi, à l'image de cette série parfaitement menée, toujours amusante, moderne elle aussi, subtile dans son approche du rire. Alors on peut le dire sans frémir : la meilleure comédie de cette année.

    9/10

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  • Crazy Ex-Girlfriend (Saison 1) Une folie jamais-vue à la télé

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    Avec la parodique Jane The Virgin l'an passé, la CW avait montré de quel bois elle se chauffait. Avec sa nouvelle recrue, Crazy Ex-Girlfriend, aussi aliénée que son titre, la chaîne montre qu'elle en a dans la cheminée (métaphore temporaire, rétractation possible).

     

    Crazy Ex Girlfriend est une histoire de dingue. A commencer par ses coulisses, son projet d'abord destiné à Showtime en une comédie courte, puis rejetée par les patrons, récupérée à la hâte par des grosses têtes de la CW, retravaillée au cordeau pour devenir un format long, adapté au public jeune de la chaîne. Malgré les ajustements, le départ de réalisateurs, le lissage de scripts, la série est là, toute prête. Et le résultat est impressionnant. Sans perdre de sa verve, la série séduit par son ironie affûtée et son ambiance insensée, surtout indescriptible.

    La comédie raconte l'histoire de Rebecca Bunch, une jeune avocate brillante, soumise à l'exigence maternelle, une jeune femme un brin mélodramatique, sujette à des crises névrosées calmées par les pilules. En recroisant par hasard son ancien flirt de l'été de ses seize ans et envoûtée par une publicité pour une marque de beurre, Rebecca plaque New York et une carrière de pointe pour déménager à ses côtés, dans une petite ville paumée de Californie (à quatre heures de la plage). Le problème, c'est que le type, lui, s'en fout complètement.

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    Alambiquée, la série doit tout à son héroïne,  Rachel Bloom, également créatrice et scénariste de la série,  plus proche de la loufoquerie d'Amy Schumer que de l'esthétique figée des héroïnes de Vampire Diaries. Connue pour des clips absurdes postés sur Youtube (You can touch my boobies, I steal pets, I was a mermaid and now i'm a pop star), Rachel aime écrire et se mettre dans la peau de femmes  allumées, psychologiquement instables, toujours sur le fil. Comme dans la série. Grâce à elle, et à la réalisation de Marc Webb, expert en passades psychédéliques depuis 500 Days of Summer, le début de Crazy Ex-Girlfriend révèle toute sa folie géniale. Sa puissance aussi, son décalage permanent et une maîtrise ambitieuse, inédite pour une série publique.

    En une heure inaugurale, Rachel Bloom séduit totalement. Son personnage de jeune avocate sentimentalement perturbée, étonne par son jeu grimaçant, son talent de performeuse quand l'héroïne se lance dans des chants de comédie musicale pour louer son bonheur. La série accumule les étiquettes dangereuses, sketches musicaux, gags mystiques, blagues racistes, scènes ambitieuses de fellation pleurnicheuse ou d'épilation anale. Pourtant, Crazy Ex-Girlfriend n'est jamais pesante. Ses excès jamais pénibles, jamais attendus. A l'inverse, la série ravit et trace son sillon comme personne. Une recette miraculeuse, où tout est calibré, mené avec une expertise vertigineuse, où chaque aventure détraquée prend de court le téléspectateur et l'époumone, comme rarement à la télévision publique américaine.

     

    Toujours intense et insensée, servie de répliques fines et hilarantes, Crazy Ex-Girlfriend est une prouesse, une lubie absurde et délicieuse qui réinvente l'héroïne et la série jeunesse. Immanquable.

    10/10

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