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blabla séries - Page 3

  • Fleabag (Saison 1) L’errance féminine

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    Phoebe Waller-Bridge est une bosseuse. Après Crashing, il y a quelques mois, série communautaire joliment déjantée sur une bande de trentenaires voulant vivre différemment, l’auteure et actrice remet ici le couvert en adaptant son personnage de scène. Un coup de maître existentiel et sévèrement pessimiste.

     

    Héroïne et scénariste, Phoebe Waller-Bridge incarne Fleabag, une jeune femme dépressive aussi mal aimée que mal amoureuse. Fille cadette et orpheline de mère, Fleabag se sent seule mais ne sait pas comment apprivoiser les autres. A commencer par son petit-ami, un chic type qui lui pardonne tout, même ses actes masturbatoires face à des discours de Barack Obama. Sa sœur, rigide et autoritaire et son mari fantasque qui tirent à la couverture à eux. Ou même sa belle-mère, Olivia Coleman, une artiste tyrannique qui a envahi la vie de son père après la mort de sa mère. Face à ces gens antipathiques, Fleabag préfère se parler à elle-même.

    Sourires narquois face caméra, petits clins d’œil, moues ironiques, commentaires off, l’héroïne s’amuse avec nous de ses échecs. Mise en abyme maligne de la série, comme autant de remarques que l’on s’inflige tous, Fleabag met en perspective ses frasques, toutes les petites situations embarrassantes qu’elle crée volontairement pour mieux s’accommoder de sa morne existence. Dépressive, malhabile, cynique, oui, Fleabag l’est, mais surtout elle est lucide. Elle n’attend rien, elle n’espère plus grand-chose, Fleabag contemple ses défaites et ses vices. Elle est une femme torturée qui avance dans le noir, à l’aveugle mais elle le sait.

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    Dans le jargon anglais, fleabag signifie plusieurs choses, une personne peu plaisante, un sac à puces selon l’expression, même un animal laissé pour compte, un animal sans intérêt. A l’image du cochon d’inde que Fleabag a offert à Boo, sa meilleure amie, avec qui elle tient un salon de thé et qui, il y a peu, s’est tuée soudainement par tristesse amoureuse.

    Cet animal de basse catégorie, désormais c’est Fleabag elle-même. Une jeune femme déchue et hantée par la mort de son amie. Cette mort qu’elle refuse de qualifier de suicide alors que Boo s’est jetée sous les roues d’un bus. Depuis, tout l’équilibre de Fleabag se brise. Tous ses repères se fissurent. Traumatisée, Fleabag en est prise de souvenirs de son amie en vie, elle continue d’appeler son numéro pour entendre sa voix, une récurrence qui la malmène et qui la pousse à la résignation.  La série montre ça, cette latente dépression, une femme qui baisse les bras petit à petit, vautrée dans l’inconséquence.

    Série sur le néant existentiel, l’envie et l’amour qui décline, le féminisme  éclaté et la dépression nerveuse qui guette, Fleabag n’est pas un remède, un antidote à l’insatisfaction. C’est tout l’inverse. Pessimiste à l’envi, complaisante, la série offre des scènes de cruelle lucidité, des moments d’une poésie folle. Comme cette scène dans le métro où Fleabag imagine les gens près d’elle se mettre à danser et à hurler. Pourtant, c’est en elle que tout se joue. Dans sa tête, dans son corps. Parce que Fleabag, c’est surtout ce personnage féminin, complexe et intense, aux nœuds acérés, aux enjeux incompris, à la marche incertaine, à la culpabilité dévorante. Un travail d’inspection formidable, d’une noirceur palpable mais servi par une écriture lumineuse et un jeu ingénieux. Phoebe Waller-Bridge fait déjà partie des grands.

    9/10

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  • Difficult People (Saisons 1 & 2) La méchanceté des gens

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    Les séries raffolent des râleurs. Des langues de vipères, des mauvais coucheurs, des colériques adeptes de la réplique assassine. Souvent personnages secondaires, la tendance est d'en faire des héros. You're the Worst, Another Period, Happiysh, les nouveaux personnages de série sont de vrais grognards désillusionnés. Avec Difficult People, on confirme le trait avec brio.

     

    Difficult People en dit long. Les gens difficiles, ici, deux en particulier. Deux trentenaires, post-génération Lena Dunham, mumblecore déchus. Deux comiques new-yorkais qui tentent désespérément de percer dans le show-bizz mais dont leurs paroles fâcheuses les grillent partout où ils se rendent. A coup de tweets décalqueurs ou de flagrant délit de grande gueule sur place publique, ces deux-là ratissent les ennemis et les occasions de passer pour les gens de la pire espèce.

    Elle (Julie Klausner) est une rousse à formes, bien qu'elle déteste le mot, la culture de la pin-up et Kat Von D y compris. Elle est rangée avec un type docile de chez PBS et occupe ses journées à écrire les récaps des téléréalités. Lui (Billy Eichner) est un comédien sur la touche, habitué aux spots de pub et aux services dans un salon de thé de Williamsburg tenue par une jeune despote (Gabourey Sidide) et son ami homo hystérique. Tous les deux ont des idées arrêtées sur à peu près tout (les acteurs, les parents, les serveurs, les chanteurs de rock, les provinciaux). Tous les deux font du stand-up. Ils encaissent les bides et médissent sur le public. Tous les deux jouent leur propre rôle. Tous les deux sont merveilleusement imbuvables.

    Chapeautée par Amy Poehler, cette petite comédie de deux saisons diffusée actuellement sur HULU donne le ton quant à nos comportements. Nos vilaines habitudes, fâcheuses et encore, notre égoïsme gonflé à l'orgueil, nos envies de fusiller du regard la moindre personne qui vient innocemment nous barrer la route. Deux personnages comme nous, humiliants et humiliés, surtout abjects, tout en étant toujours un peu drôles.

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    Il y a une originalité dans l'exercice. Une énergie vraie dans l'écriture qui fonctionne, rebondit, se rythme à travers les sketches. La saison deux confirmant de façon exceptionnelle la maîtrise scénaristique, l'art de la réplique assassine et des personnages secondaires (la mère de Julie notamment). Il y a du Larry David dans cette façon cynique de jouer et s'amuser. Pour autant, jamais de pâle copie. La série assume le manque de talent de ses héros, leur existence terne et l'absence de rédemption. Comme eux, la série ne semble jamais vouloir les propulser sous un beau jour, à l'image de Broad City hilarante dans son autosuffisance.

    Difficult People assure par sa critique de la solitude ultramoderne, en taillant entre autres nos habitudes et notre usage de la culture pop, étalée, dévorante, qui témoigne de notre aveuglement. Elle se distingue aussi par son large choix de personnages bien campés, originaux et authentiques dans leurs névroses. De la magicienne sevrée de Brooklyn à la youtubeuse beauté, la vieille hypnotineuse ou la podcasteuse littéraire, la série enchaîne les situations qui ont ce gout de vrai, des effets de réel que ponctuent la série avec humour. Ils sont comme ça, Billie et Julie, ils ne sont que des héros limités, amusants parce que pétris de contradictions, divertissants parce que tissés de traits sordides, pathétiques, hilarants, qui reflètent notre belle médiocrité et nos coquetteries de privilégiés, inadaptés maladifs, sans cesse frustrés par les autres, le travail, l'envie de plus. Et comme nous sommes pathologiquement cyniques, il fait bon rire de nous-mêmes.

    10/10

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  • Sense8 (Saison 1) Les Wachowskis à la télé

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    Après quelques navets ou oeuvres incomprises, les Wachowskis prennent les manettes de leur première série chez Netflix. Budget colossal pour une série tout aussi imposante.

     

    Sense8 a du cran. Une ambition digne du célèbre duo américain. Un projet un peu fou digne de leur rang mystique. Une sorte d'état des lieux du monde, un bilan humain et politique qui prolonge Cloud Atlas, cette œuvre générique qui traversait les âmes et les siècles. Déconcertante ou bien géniale.

    Là encore, on s'interroge. Chaque épisode de Sense8 est une remise en cause. Chaque réplique au cordeau. Dans Sense8, il y a tout. Une volonté humaniste de cartographier nos cultures et nos consciences, à travers huit destins d'hommes et de femmes inextricablement liés par leur sensibilité. Huit héros du monde entier qui résonnent ensemble, qui se projettent, se retrouvent, malgré les kilomètres, et par l'entremise de témoins presque divins (Daryl Hannah). Londres, Berlin, Nairobi, Mexico, Séoul, l'Islande, l'Inde, Chicago, la série tournée en ces lieux veut réunir le monde et les individus, tout en évoquant cette toute-puissance chère aux anciens papas de Matrix. Cela pourrait laisser de marbre mais on se laisse volontiers hypnotiser.

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    Au delà d'un pilot raté, trop démonstratif, Sense8 se reprend par la suite, plus affûtée, plus soucieuse de chacun de ses héros perdus aux quatre coins du monde. La série aime répandre les mythes et récolter les réponses. Tantôt mièvre, tantôt new-age, souvent sincère ou métaphysique, la série transcende notre époque à travers des personnages clés. Des conducteurs de bus africains, des DJ européens, des lesbiennes-trans à SF, des japonais financiers, des flics américains, des acteurs mexicains de telenovela, des chercheurs indiens, autant de cartes d'identité peu inspirées mais faciles à suivre. Et bien sûr, tout y passe. Le transsexualisme bien sûr, l'homosexualité, la famille, la corruption, la maladie, la mélancolie, des pistes vues comme des des gangrènes contemporaines qui agissent ici comme le dioxyde de carbone de cette bible.

    Certaines trames  fonctionnent efficacement, à la façon d'une machinerie lancée par JJ Abrams, grâce aux hommages à Lost (le personnage de Sun ou l'acteur Sayid) ou bien Heroes, même Twin Peaks ou Soderbergh en cherchant bien. Mais la série profondément divertissement vise à l'excès une noblesse qu'elle ne peut atteindre, malhabile souvent, éclatée dans le monde entier à la façon d'un mauvais Game of Thrones.

     

    Sense8 est bien loin du best-viewer d'HBO, de sa superbe surtout et des ponts scénaristiques qu'elle bâtit entre ses univers. Plus triviale dans ses cheminements, souvent maladroite et démagogique, et sans enjeu intense. Malgré tous ces défauts pèle-mêle, Sense8 est une oeuvre ambitieuse dans son récit mondialiste, agréablement bordélique et sirupeuse.

    6/10

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  • Grace & Frankie (Saison 1 et 2) La vie des septuagénaires

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    La vie de deux femmes d'âge avancé après une rupture brutale. Un pari mélo pour Netflix qui forge une série touchante.

     

    Grace et Frankie sont deux femmes, âgées entre 70 et 77 ans. Bien sûr, tout les oppose. L'une est bourgeoise, familière des brunchs en famille, des sorties au country club et des séances shopping chez Michael Kors. L'autre bohème, presque new-age, peintre excentrique habituée aux rites et aux incantations psychédéliques sous la pleine lune, entourée de statuettes africaines et d'objets vert-de-gris. Leur mari respectif sont associés dans un gros cabinet d'avocat mais les deux femmes se détestent. Leur vie s'effondre le jour où leur mari les quitte pour le conjoint de l'autre.

    Pensée par Martha Kauffman, l'une des créatrices de Friends, rien que ça, la comédie se paie le luxe de Jane Fonda et de Lili Tomlin dans les rôles titre. Les deux comédiennes sont fidèles à elles-mêmes, elles nuancent leur jeu et s'avèrent épisode après épisode toujours aussi admirables. Dans les rôles secondaires, Martin Scheen, June Diane Raphael, Sam Waterston, des personnages aux alentours moins bien dessinés (le personnage de la fille hystérique irrite un peu) mais un beau casting marketing. Peu importe puisque le principal réside entre les mains de ces deux héroïnes centrales, Jane Fonda, qui renouvelle son talent comique depuis dix ans, et Lili Tomlin, émouvante dans sa profondeur (très remarquée dans Damages). 

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    Malheureusement, les premiers épisodes de Grace et Frankie manquaient profondément de fond. Tout y était appuyé, mal géré, expédié. Dans leur logis, chez leurs amis, chez leur famille, dans leurs façons d'être, ces deux femmes hautes en couleurs peinaient à être attachantes. La faute à la série. Caricaturale à l'extrême, la série grossissait chaque réplique, gageure pour les comédiennes de jouer sans caricature. Mais la série s'est vite reconstruite. Les derniers épisodes de la première saison ont su relever le niveau. En dépassant la série grimaçante et gentiment attendue, Grace & Frankie est devenue une série familiale, de plus en plus vraisemblable, distinguée par des rapports de personnages très forts. Outre la belle histoire qui relie ces deux femmes que tout oppose, la série rend hommage à de belles amitiés, des parts de vie intenses, cette amitié que partage Frankie et son ex-mari Sol est un atout majeur de la série, une facette émouvante qui rend plus vivants encore ces deux personnages fragiles et gentiment délurés qui s'aiment toujours.

    La série confirme sa réussite avec une seconde saison de bonne facture. En s'ouvrant par l'arrêt cardiaque de Robert, le quatuor se retrouve, affecté. Et alors les nouvelles priorités s'établissent. Mariage, vérité, éducation des petits-enfants, grossesses inattendues, opportunités, les deux héroïnes reprennent les rennes de leurs existences. La série parvient à explorer la psychologie de ses personnages fantasques et offre de beaux épisodes. Celui de Grace face à ses petits-enfants est un bijou de vérité, cette grand-mère bourgeoise qui ne sait pas comment se comporter avec les siens nous montre ici une part d'elle qui nous échappait. Même chose pour Sol et Robert qui avancent ensemble, timidement, découvrant subitement cette identité gay qui les unit et qu'ils doivent désormais gérer en public. Par là, la série progresse en intimité, elle nuance, tapisse et ose dévoiler les failles de chacun sans jamais négliger sa part comique. Un beau moment.

    8/10

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  • The Night Manager (Mini-Série) L'espionnage domestique

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    Quand la grande réalisatrice danoise, Susanne Bier, se met à travailler pour la télé, elle ne fait pas les choses à moitié. Elle ose adapter un roman de John Le Carré et embauche Hugh Laurie et Tom Hiddleston pour ses deux personnages principaux. Malheureusement, le tout manque de finitions.

     

    Double production entre la chaîne anglaise BBC One et la chaîne américaine AMC, The Night Manager est l'adaptation du roman d'espionnage de John Le Carré paru en 1993. Moins confus que La Taupe mais moins palpable qu'A Most Wanted Man, la mini-séries de six (longs) épisodes raconte le recrutement par le MI6 de Jonathan Pine (Tom Hiddleston), ancien soldat pour l'armée britannique et désormais maître d'hôtel de nuit dans un palace égyptien en pleine Révolution du Nil. Sa mission ? Se rapprocher de Richard Roper, un milliardaire anglais et homme de réussite notoire qui, dans l'ombre, brasse de nombreux trafics d'armes.

    Cette série d'espionnage qui s'attèle a décrire l'infiltration d'un agent naissant a des airs de ressemblance avec les films de Susanne Bier, comme After the Wedding, Brothers ou encore In A Better World. On y retrouve les obsessions de la réalisatrice. Une ampleur complexe, un mélange de tiraillements sentimentaux et de double-jeux. Les débuts de la série sont aussi réussis que son postulat, ils parviennent à dessiner avec justesse la percée d'un homme ordinaire dans un milieu criminel et hautement encadré. Parce que l'intrigue est alambiquée,, la série déconcerte très vite en enchaînant les décors, on visite l'Egypte à la Suisse en passant par l'Afghanistan ou les îles méditerranéennes, le temps de quelques épisodes, la série essayant de retracer avec quelques ellipses construites cette lente infiltration.

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    Dans son processus, la série est lente, elle filme ces rares occasions où les deux héros se rapprochent, s'unissent, se font confiance, l'espion et le trafiquant. The Night Manager réussit particulièrement ces moments où le concierge de nuit infiltre la demeure familiale de Roper, en simulant un kidnapping de son enfant qu'il vient sauver. Jonathan Pine entre alors dans la gueule du loup, prêt à fraterniser et surveiller. Le climat est ensoleillé mais lourd, chaque pas dans cette villa démesurée est latent, étudié. Inquiétant. Un pas vers Richard et son entourage qui se méfie, qui le jauge, le teste, un autre vers sa femme Jed (Elizabeth Debicki) que Jonathan ne peut détourner des yeux, prisonnière elle aussi des faux semblants de son mari. Si la piste amoureuse pourrait décevoir, elle devient presque la chair de la série, le personnage de Jed est une femme hautement énigmatique mais étouffée par le poids des silences, par ces mensonges conjugaux qui ont taillé sa vie.

    Malheureusement, la série rate de peu ses ambitions d'espionnage, moins précise et haletante que Rubicon, aussi sur AMC il y a quelques années. La faute peut-être à un nombre réduit d'épisodes qui amputent un peu d'ampleur, une once d'intensité, la résolution de l'intrigue opposant les deux héros est juste correcte, ficelée comme une série de bonne facture, bien faite mais attendue, sans aucune fissure ou bouleversement narratif. Une promesse de six heures qui se termine avec peu de cachet.

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    7/10

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  • The Catch (Saison 1) La fin des idées

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    Enième production de Shonda Rhimes pour ABC, The Catch offre un casting à faire pâlir HBO, Mireille Enos et Peter Krause. Mais elle reste un feuilleton lambda, balourd et affecté.

     

    Quand on parle de "série Shonda Rimes", on parle surtout de ses productions Shondaland, cette boîte responsable des derniers succès d'ABC, Grey's Anatomy, Scandal, Private Practice, How to get away with murder (mais aussi quelques échecs, Off The Map). Avec the Catch, l'entreprise Rhimes montre qu'elle est la plus puissante sur un network à temps de prime-time. Elle montre aussi la dérive habituelle à tout monopole, un formatage déplorable qui nuit à la création.

    The Catch raconte l'histoire amoureuse compliquée entre Alice Vaughan (Mirelle Enos), détective privée hors-pair, sorte de double d'Olivia Pope en moins dramatique et vêtements sixties et l'homme d'affaires Benjamin Jones (Peter Krause), imposteur notoire et arnaqueur malin qui ruinera sa fiancée.  Entre les deux, un jeu du chat et de la souris habituel et peu percutant.

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    La série est à l'image de sa composition laborieuse. Des mois et des mois de réagencement, de changement de narration, des départs volontaires (la créatrice), d'autres moins (on vire l'acteur principal et le faire-valoir féminin pour de plus grandes pointures pointures) pour aboutir enfin à une série sage, rapidement ficelée, obéissante et peu réjouissante. Si la série met tout en oeuvre pour offrir un cadre de chassé-croisé amoureux, propre aux films d'espionnage où les héros s'aiment, à la façon de Duplicity, elle peine à garantir un concept solide. Après le pilot, l'histoire principale s'émousse au profit de petits fragments indépendants, banales histoires de fraude et d'enquêtes privées qu'on trouvera plus inspirées chez Monk.

     Bien sûr il y a le charisme vertigineux de Mireille Enos, charisme durement acquis depuis la mormone de Big Love et l'inspectrice mutique dans The Killing, il y aussi la malice de Peter Krause qui, après Six Feet Under, s'est parfois essayé au grand public pour de mauvaises raisons. Il y a une alchimie qui se dégage de ce duo impeccable (mais un peu propret), un charme que l'on devine mais qui ne suffit pas parce que le reste ennuit.

    The Catch est avant tout un programme facile, où les histoires aculées sont faussement habiles, confuses, où les personnages secondaires, aux origines toujours aussi éclectiques depuis Grey's Anatomy, manquent de chair et d'identité, où l'ampleur n'existe pas. Il reste ces deux personnages que tout oppose, la détective franche du collier et le voyou débonnaire, le bon et le truand, la jolie femme aux robes sixties et aux smoky eyes et le bellâtre enigmatique. Un jeu qui aurait pu avoir de l'ombre et du mystère, mais qui n'est ici que répliques tristes et péripéties ordinaires, le tout noyé sous des bons sentiments et des dénouements sans idée.

    3/10

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  • The Last Man of Earth (Saison 1) Petits instincts

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    Sur la FOX et ailleurs, on ne parle que d'Empire. Pourtant, dans le rayon comédies, The Last Man on Earth, est de loin sa meilleure comédie depuis des lustres. Parce que subtile, vacharde et profondément humaine.

    L'apocalypse soudaine. L'humanité entière disparaît. Un seul homme survit. Pas plus courageux qu'un autre, plus intelligent, plus débrouillard, au contraire. Le dernier homme sur terre s'appelle Phil Miller. Il vit à Tucson, Arizona. On imagine alors une fresque humaniste, l'errance d'un homme, entouré de ballons de toutes sortes en guise d'amis quand il décompresse dans son bar QG. Mais Phil Miller est un homme victime de ses instincts primaires. Quadragénaire paresseux qui utilise une piscine comme ses toilettes, joueur puéril, passant sa journée à éclater des canettes de bière au rouleur compresseur, voleur sans foi ni loi, s'amusant à décorer de tableaux de maîtres, de sarcophages et d'ossements de dinosaures ses nouveaux et luxueux appartements. Alors pour la fresque humaniste, on n'y est pas vraiment.

    Pourtant, il y en a de l'humanité chez cet homme. Pas l'humanité la plus noble, la plus élégante, façon Montaigne, mans une nature profonde. Phil Miller est comme tout à chacun. C'est ce qui le rend attachant. Egoïste, lâche, menteur, sale, des tares étendues à des proportions comiques, mais empruntées à monsieur-tout-le-monde. Et comme monsieur-tout-le-monde, Phil n'a qu'un but : s'accoupler avec une femme.

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    Son rêve se réalise. La dernière femme apparaît devant ses yeux, en plein désert. Manque de chance, elle n'est pas le fruit d'un miracle. Carol (Kristen Schaal, toujours parfaite) est une femme au physique plutôt ingrat, aux talents culinaires atroces, bruyante, pénible, férocement romantique. Contraint, Phil l'épouse. Et alors la comédie s'emballe. Une autre femme apparaît. January Jones, splendide et méprisante, à sa façon toujours. Puis un homme gentil (mais obèse) qui pique la belle sous les yeux dépités de Phil. Et ainsi de suite. Un petit groupe se forme et Phil ne saura plus comment mener la danse.

    Originale, attendrissante, irrésistiblement amusante, The Last Man on Earth prend un malin plaisir à saisir la frustration de cet homme. Il pourrait être un personnage vil et antipathique mais il est tout l'inverse. Will Forte, espiègle, solaire, tenace, aspire surtout à se faire aimer. A se faire aimer des autres, à coup de mensonges carabinés et de belles déclarations. Mais avec lui, le groupe est cruel, à l'image du monde. La série capte ça avec brio, cette réflexion sur la domination du plus fort, du plus attractif, les relations, les désirs, sur ces peurs individuelles qui animent les comportements. A mesure que le groupe s'amplifie, ces peurs sociales contaminent les membres tour à tour. Aux prises avec la solitude, chaque personnage renoue avec ses turpitudes. Avec l'envie, la jalousie, la mesquinerie, le mépris, quitte à finir rance. Phil Miller n'est alors plus une caricature, il est le premier homme d'une humanité retrouvée, d'une humanité vivante, souvent émouvante mais profondément viciée. C'est l'art immanquable de the Last Man on Earth.

    10/10

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  • Baron Noir (Saison 1) De la politique court-circuitée

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    Fin janvier, Canal + frappait un grand coup avec sa toute première série politique, Baron Noir. Matraquage publicitaire à coup d'affiches grandiloquentes et de synopsis sulfureux. Beaucoup de bruit pour rien ?

    Aux lendemains de la diffusion des premiers épisodes de Baron Noir, la critique fut élogieuse. On n'avait pas vu meilleure série française (alors qu'au même moment sur ARTE, Trepalium, autre série française, défiait toute concurrence scénaristique). Bien sûr, Baron Noir a des qualités, de vrais acteurs, un décor (celui des usines du Nord), une histoire qui a de l'aplomb. Celle de Philippe Rickwaert, député socialiste du Nord et maire de Dunkerque, intime proche de Francis Laugier, bientôt futur président de la République, tous les deux trempés dans une affaire d'abus de biens sociaux et de financements obscurs qui pourrait menacer l'élection de ce dernier. Débute ainsi un combat vengeur entre les deux hommes.

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    A y regarder de près, la série a des airs empruntés à House of Cards, d'abord dans son postulat, un député élu prêt à tout pour faire tomber le Président- et même dans sa construction scénaristique : ce fil sans cesse noué de petites historiettes, un peu comme l'a montré la saison inaugurale de la série de Netflix avant de se terminer par un final virtuose. L'histoire qui oppose les deux rivaux socialistes, promesse centrale de la série, est ainsi festonné d'épisodes isolés qui parfois ennuient, les quelques facettes sur la loi de l'Education Nationale étant particulièrement peu attrayantes. C'est dans sa confrontation entre les deux héros incarnés par Niels Arestrup, toujours angoissant d'ambivalence, et Kad Merad, impeccable, que la série gagne en poigne. La série essaie de maîtriser l'art du rebondissement comme un Damages revisité, dans des ellipses bien ficelées, mais se perdant souvent en raison de péripéties peu flatteuses ou même grotesques. Baron Noir a à cœur d'oser la trouvaille scénaristique, fignolant ses fins d'épisodes, mais à mesure que la saison se découvre, Baron Noir annule à coup sûr ses rebondissements, petites menaces politiques, retournements de vestes, trafic d'influence, comme si elle craignait d'avoir la main tremblante ou la charge scénaristique trop lourde.

    Si beaucoup de choses sont dites vraies, Eric Benzekri, ancien collaborateur de Julien Dray et proche de François Hollande est l'un des showrunners, donnant à la série une véracité louable et légitime, il n'empêche qu'il manque à la série l'essentiel : l'ampleur de House of Cards et le verbe de The West Wing, la série croulant sous une sur-écriture prolixe, mélange de jargon technique et familier. A l'exemple d'Amélie, le personnage socialiste et bourgeois d'Anna Mouglalis, le bras droit du président et bientôt maîtresse de son rival (cherchez l'erreur) habituée aux répliques pompeuses et tragiques, justes bonnes pour incarner Andromaque sur les planches. De cet approchement inattendu entre la future chef du PS et son rival Rickwaert, on espérait bien sûr ce coup de théâtre, manipulation humaine exemplaire, menée d'une main de maître par un président de la République véreux et prêt à tout pour désamorcer son nemesis. En vain, il n'y a que de l'amour entre les deux anciens ennemis.  Un exemple parmi d'autres qui montre la limité de la série, son incapacité à ratifier ses rebondissements pour gagner en souffle, être capable de prendre en intensité, Baron Noir étant toujours une série bien faite, travaillée, souvent juste, mais férocement sérieuse, une série figée, un peu binaire, avide de personnages sur le déclin, d'accidents attendus, de moments troubles, et de coups montés toujours éphémères et peu spectaculaires.

    5/10

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