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  • The Night Manager (Mini-Série) L'espionnage domestique

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    Quand la grande réalisatrice danoise, Susanne Bier, se met à travailler pour la télé, elle ne fait pas les choses à moitié. Elle ose adapter un roman de John Le Carré et embauche Hugh Laurie et Tom Hiddleston pour ses deux personnages principaux. Malheureusement, le tout manque de finitions.

     

    Double production entre la chaîne anglaise BBC One et la chaîne américaine AMC, The Night Manager est l'adaptation du roman d'espionnage de John Le Carré paru en 1993. Moins confus que La Taupe mais moins palpable qu'A Most Wanted Man, la mini-séries de six (longs) épisodes raconte le recrutement par le MI6 de Jonathan Pine (Tom Hiddleston), ancien soldat pour l'armée britannique et désormais maître d'hôtel de nuit dans un palace égyptien en pleine Révolution du Nil. Sa mission ? Se rapprocher de Richard Roper, un milliardaire anglais et homme de réussite notoire qui, dans l'ombre, brasse de nombreux trafics d'armes.

    Cette série d'espionnage qui s'attèle a décrire l'infiltration d'un agent naissant a des airs de ressemblance avec les films de Susanne Bier, comme After the Wedding, Brothers ou encore In A Better World. On y retrouve les obsessions de la réalisatrice. Une ampleur complexe, un mélange de tiraillements sentimentaux et de double-jeux. Les débuts de la série sont aussi réussis que son postulat, ils parviennent à dessiner avec justesse la percée d'un homme ordinaire dans un milieu criminel et hautement encadré. Parce que l'intrigue est alambiquée,, la série déconcerte très vite en enchaînant les décors, on visite l'Egypte à la Suisse en passant par l'Afghanistan ou les îles méditerranéennes, le temps de quelques épisodes, la série essayant de retracer avec quelques ellipses construites cette lente infiltration.

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    Dans son processus, la série est lente, elle filme ces rares occasions où les deux héros se rapprochent, s'unissent, se font confiance, l'espion et le trafiquant. The Night Manager réussit particulièrement ces moments où le concierge de nuit infiltre la demeure familiale de Roper, en simulant un kidnapping de son enfant qu'il vient sauver. Jonathan Pine entre alors dans la gueule du loup, prêt à fraterniser et surveiller. Le climat est ensoleillé mais lourd, chaque pas dans cette villa démesurée est latent, étudié. Inquiétant. Un pas vers Richard et son entourage qui se méfie, qui le jauge, le teste, un autre vers sa femme Jed (Elizabeth Debicki) que Jonathan ne peut détourner des yeux, prisonnière elle aussi des faux semblants de son mari. Si la piste amoureuse pourrait décevoir, elle devient presque la chair de la série, le personnage de Jed est une femme hautement énigmatique mais étouffée par le poids des silences, par ces mensonges conjugaux qui ont taillé sa vie.

    Malheureusement, la série rate de peu ses ambitions d'espionnage, moins précise et haletante que Rubicon, aussi sur AMC il y a quelques années. La faute peut-être à un nombre réduit d'épisodes qui amputent un peu d'ampleur, une once d'intensité, la résolution de l'intrigue opposant les deux héros est juste correcte, ficelée comme une série de bonne facture, bien faite mais attendue, sans aucune fissure ou bouleversement narratif. Une promesse de six heures qui se termine avec peu de cachet.

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    7/10

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  • The Jinx (Mini-Série) La poisse incroyable du criminel

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    The Jinx n'est pas une série sur un serial killer. Elle est à la fois un roman stylisé et une investigation. Un fait divers sombre, une obsession pour son réalisateur, Andrew Jarecki, menant à la récompense ultime, sur le fait. Du jamais-vu télévisuel.

     

    The Jinx, the Life and Deaths of Robert Durst, diffusée sur HBO au début de l'année 2015, est un état des lieux de l'affaire Robert Durst. Héritier richissime d'un empire immobilier new-yorkais, et personnage ultra-médiatique depuis trente ans, depuis la disparition subite, divine, de sa femme, Kathleen. Suspect idéal, lui si sévère et excentrique, coupable de déclarations discordantes, Robert s'en tire faute de preuves. Il disparaît. On le retrouve des années plus tard. Affublé de perruques, reclus dans un appartement modeste, Robert devient une femme silencieuse. De cette histoire, Andrew Jarecki réalise un long-métrage, All Good Things avec Ryan Gosling et Kirsten Dunst. Un film éloquent mais qui laisse le doute.

    Aujourd'hui, The Jinx va plus loin. Parce que l'histoire se répète. Robert Durst est retrouvé, une nouvelle fois suspect pour le meurtre et le démembrement de Morris Black, son voisin de palier qui en saurait trop. On l'arrête, mais il s'enfuit. On le retrouve encore, cette fois méconnaissable, crâne blanc pâle et sourcils rasés, dans un supermarché où le riche héritier commet l'erreur de voler à l'arrachée un sandwich à six dollars. Comme une tentative de défier le destin. Devant la justice, Robert Durst reconnaît la découpe du corps. Le démembrement de sang-froid et la jetée des sacs dans la baie de Galveston.. Mais par la force d'une plaidoirie miraculeuse, il est acquitté. Pour légitime défense. L'absurde éclate.

    En 2000, l'enquête sur la disparition de Kathleen Durst revoit le jour, par la main d'une Procureur impavide qui promet de nouveaux éléments. Notamment le témoignage de Susan Berman, fille de gangster mafieux, auteur sans sou de polars et  la meilleure amie de Robert depuis leur plus jeune âge, Robert qui l'épaule financièrement, à coup de chèques et de lettres laconiques. Juste après l'ouverture de l'enquête, l'amie est tuée. Une balle dans la nuque.

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    Robert Durst est-il un criminel hors catégorie ou l'homme le plus malchanceux de la terre ? Pour répondre, The Jinx n'est pas qu'un assemblage de fait divers manichéens. Par sa dramaturgie, elle est une enquête, un dilemme journalistique, une fouille sur la nature humaine, un roman sombre et tortueux, à l'image de son héros. Ce qu'ici on saisit de lui, mais ce qui nous échappe toujours, Robert Durst, étrange et bizarre, froid, sous contrôle, le regard implacable, parfois attendrissant, férocement rusé mais toujours imprenable, malgré la vieillesse qui le ronge. Comme un monstre de littérature, une créature difforme, Robert n'est pas un homme comme tout le monde. Plus intelligent, plus esseulé, blessé par une enfance tragique, le suicide de sa mère sous ses yeux, délaissée par une famille complexe et taiseuse, désormais accompagné d'une nouvelle épouse aux traits nébuleux. Comme lui.

    Fascinante dans son récit cinglé, au générique majestueux et théâtral, la série repose sur les zones d'ombres et les paroles d'experts, des proches touchants, et de Robert lui-même qui pose devant la caméra, qui se raconte, qui retrouve New-York, l'empire, la maison du frère ennemi, lui, ce maudit rejeton de famille.

    Durant ces heures de reconstitution, où le fil renoue le chas de chaque énigme dans la vie de Robert, la série passionne, brille dans sa reconstitution et son incroyable coup de théâtre final, surgissant du passé. Cette conclusion inespérée, triste et aberrante, où la vieillesse et la vérité se rejoignent enfin, trahissant, révélant en hors-champ, dans les toilettes d'un hôtel, prenant le téléspectateur à témoin, comme un piège tendu au prédateur éternellement malchanceux. Un spectacle d'une intensité extraordinaire.

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    10/10

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  • The Catch (Saison 1) La fin des idées

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    Enième production de Shonda Rhimes pour ABC, The Catch offre un casting à faire pâlir HBO, Mireille Enos et Peter Krause. Mais elle reste un feuilleton lambda, balourd et affecté.

     

    Quand on parle de "série Shonda Rimes", on parle surtout de ses productions Shondaland, cette boîte responsable des derniers succès d'ABC, Grey's Anatomy, Scandal, Private Practice, How to get away with murder (mais aussi quelques échecs, Off The Map). Avec the Catch, l'entreprise Rhimes montre qu'elle est la plus puissante sur un network à temps de prime-time. Elle montre aussi la dérive habituelle à tout monopole, un formatage déplorable qui nuit à la création.

    The Catch raconte l'histoire amoureuse compliquée entre Alice Vaughan (Mirelle Enos), détective privée hors-pair, sorte de double d'Olivia Pope en moins dramatique et vêtements sixties et l'homme d'affaires Benjamin Jones (Peter Krause), imposteur notoire et arnaqueur malin qui ruinera sa fiancée.  Entre les deux, un jeu du chat et de la souris habituel et peu percutant.

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    La série est à l'image de sa composition laborieuse. Des mois et des mois de réagencement, de changement de narration, des départs volontaires (la créatrice), d'autres moins (on vire l'acteur principal et le faire-valoir féminin pour de plus grandes pointures pointures) pour aboutir enfin à une série sage, rapidement ficelée, obéissante et peu réjouissante. Si la série met tout en oeuvre pour offrir un cadre de chassé-croisé amoureux, propre aux films d'espionnage où les héros s'aiment, à la façon de Duplicity, elle peine à garantir un concept solide. Après le pilot, l'histoire principale s'émousse au profit de petits fragments indépendants, banales histoires de fraude et d'enquêtes privées qu'on trouvera plus inspirées chez Monk.

     Bien sûr il y a le charisme vertigineux de Mireille Enos, charisme durement acquis depuis la mormone de Big Love et l'inspectrice mutique dans The Killing, il y aussi la malice de Peter Krause qui, après Six Feet Under, s'est parfois essayé au grand public pour de mauvaises raisons. Il y a une alchimie qui se dégage de ce duo impeccable (mais un peu propret), un charme que l'on devine mais qui ne suffit pas parce que le reste ennuit.

    The Catch est avant tout un programme facile, où les histoires aculées sont faussement habiles, confuses, où les personnages secondaires, aux origines toujours aussi éclectiques depuis Grey's Anatomy, manquent de chair et d'identité, où l'ampleur n'existe pas. Il reste ces deux personnages que tout oppose, la détective franche du collier et le voyou débonnaire, le bon et le truand, la jolie femme aux robes sixties et aux smoky eyes et le bellâtre enigmatique. Un jeu qui aurait pu avoir de l'ombre et du mystère, mais qui n'est ici que répliques tristes et péripéties ordinaires, le tout noyé sous des bons sentiments et des dénouements sans idée.

    3/10

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  • Unbreakable Kimmy Schmidt (Saisons 1 & 2) L'art de la joie

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    En deux saisons, Kimmy Schmidt s'est imposée comme une comédie pur-jus, dérangée et existentielle, menée par la main toujours experte de Tina Fey.


    Kimmy Schmidt est un drôle de personnage, dotée d'une drôle d'histoire. Celle de quelques femmes rescapées d'une secte étrange, longtemps recluses dans un abri antiatomique autour d'un gourou qui leur a fait croire à l'apocalypse. Mais après un sauvetage, Kimmy et ses copines, sorte de sisterwives mormones, revoient le jour. Un nouveau jour. Apres le sauvetage, les interviews, les medias, l'intérêt public, Kimmy reprend sa vie, à New York, bien dépassée par le comportement de chacun. Son colocataire homosexuel, une masse mélodramatique, ultrasensible, se rêvant star de comédie musicale, et sa patronne, une bourgeoise de l'Upper East Side, hystérique et incontrôlable. 

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    Bien sur, cette comédie n'épargne aucune nuance, aucun contours. Sa dynamique fonctionne sur la bêtise de Kimmy, une héroïne gentille et carrément stupide. Mais au delà de la connerie marrante, Ellie Kemper (Kimmy) est un personnage lumineux et attachant dans ses maladresses, ses éclats de rire excessifs et sa gentillesse perturbante à l'égard des autres.

    Forcément, Kimmy  sautille, se pâme, gambade, guillerette, dans un paysage haut en couleurs comme elle, le sourire peint d'une oreille à l'autre. Mais la série est plus que ça.  Sans jamais épuiser, Kimmy déteint sur les autres et son innocence radieuse dépasse l'écran. Pour ça, Tina Fey sait y faire. L'équilibre toujours mené entre la béatitude caricaturale et la réjouissance. Parce qu'aussi Kimmy est entouré de personnages tout aussi concentrés dans leurs traits, des enfants new-yorkais égotistes, une patronne impossible (le bonheur de retrouver Jane Krakowski qui n'a rien perdu de ses couleurs), une propriétaire haut perchée et bourrée de principes, et surtout ce nouveau compagnon de vie, Titus Andromedon, un homosexuel hilarant et inspiré, cinglé de grimaces et de répliques mélodramatiques, une comédie indispensable à lui tout seul.

    En deux saisons de treize épisodes, la série est ainsi faite. Des personnages bien campés, attendrissants de manières et d'excès, des profils qui toujours frôlent la caricature sans jamais y succomber, embarqués dans des aventures joliment sottes, le tout contaminé par la joie de vivre de Kimmy, cette joie de vivre intacte, presque rebelle face à l'égoïsme de ceux qui l'entourent et la jugent. On retrouve là tout l'esprit caustique de 30 Rock et de l'écriture de Tina Fey, son art du décalage, mélange de références cinglantes, de cameos foutraques et de petits mots assassins sous des airs jazzy.

    Parce que 30 Rock nous avait manqué, Unbreakable Kimmy Schmidt prend la relève. Amusante, pétillante, assumée dans sa bêtise et sa fine intelligence comique.

    9/10

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  • The Last Man of Earth (Saison 1) Petits instincts

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    Sur la FOX et ailleurs, on ne parle que d'Empire. Pourtant, dans le rayon comédies, The Last Man on Earth, est de loin sa meilleure comédie depuis des lustres. Parce que subtile, vacharde et profondément humaine.

    L'apocalypse soudaine. L'humanité entière disparaît. Un seul homme survit. Pas plus courageux qu'un autre, plus intelligent, plus débrouillard, au contraire. Le dernier homme sur terre s'appelle Phil Miller. Il vit à Tucson, Arizona. On imagine alors une fresque humaniste, l'errance d'un homme, entouré de ballons de toutes sortes en guise d'amis quand il décompresse dans son bar QG. Mais Phil Miller est un homme victime de ses instincts primaires. Quadragénaire paresseux qui utilise une piscine comme ses toilettes, joueur puéril, passant sa journée à éclater des canettes de bière au rouleur compresseur, voleur sans foi ni loi, s'amusant à décorer de tableaux de maîtres, de sarcophages et d'ossements de dinosaures ses nouveaux et luxueux appartements. Alors pour la fresque humaniste, on n'y est pas vraiment.

    Pourtant, il y en a de l'humanité chez cet homme. Pas l'humanité la plus noble, la plus élégante, façon Montaigne, mans une nature profonde. Phil Miller est comme tout à chacun. C'est ce qui le rend attachant. Egoïste, lâche, menteur, sale, des tares étendues à des proportions comiques, mais empruntées à monsieur-tout-le-monde. Et comme monsieur-tout-le-monde, Phil n'a qu'un but : s'accoupler avec une femme.

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    Son rêve se réalise. La dernière femme apparaît devant ses yeux, en plein désert. Manque de chance, elle n'est pas le fruit d'un miracle. Carol (Kristen Schaal, toujours parfaite) est une femme au physique plutôt ingrat, aux talents culinaires atroces, bruyante, pénible, férocement romantique. Contraint, Phil l'épouse. Et alors la comédie s'emballe. Une autre femme apparaît. January Jones, splendide et méprisante, à sa façon toujours. Puis un homme gentil (mais obèse) qui pique la belle sous les yeux dépités de Phil. Et ainsi de suite. Un petit groupe se forme et Phil ne saura plus comment mener la danse.

    Originale, attendrissante, irrésistiblement amusante, The Last Man on Earth prend un malin plaisir à saisir la frustration de cet homme. Il pourrait être un personnage vil et antipathique mais il est tout l'inverse. Will Forte, espiègle, solaire, tenace, aspire surtout à se faire aimer. A se faire aimer des autres, à coup de mensonges carabinés et de belles déclarations. Mais avec lui, le groupe est cruel, à l'image du monde. La série capte ça avec brio, cette réflexion sur la domination du plus fort, du plus attractif, les relations, les désirs, sur ces peurs individuelles qui animent les comportements. A mesure que le groupe s'amplifie, ces peurs sociales contaminent les membres tour à tour. Aux prises avec la solitude, chaque personnage renoue avec ses turpitudes. Avec l'envie, la jalousie, la mesquinerie, le mépris, quitte à finir rance. Phil Miller n'est alors plus une caricature, il est le premier homme d'une humanité retrouvée, d'une humanité vivante, souvent émouvante mais profondément viciée. C'est l'art immanquable de the Last Man on Earth.

    10/10

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  • Baron Noir (Saison 1) De la politique court-circuitée

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    Fin janvier, Canal + frappait un grand coup avec sa toute première série politique, Baron Noir. Matraquage publicitaire à coup d'affiches grandiloquentes et de synopsis sulfureux. Beaucoup de bruit pour rien ?

    Aux lendemains de la diffusion des premiers épisodes de Baron Noir, la critique fut élogieuse. On n'avait pas vu meilleure série française (alors qu'au même moment sur ARTE, Trepalium, autre série française, défiait toute concurrence scénaristique). Bien sûr, Baron Noir a des qualités, de vrais acteurs, un décor (celui des usines du Nord), une histoire qui a de l'aplomb. Celle de Philippe Rickwaert, député socialiste du Nord et maire de Dunkerque, intime proche de Francis Laugier, bientôt futur président de la République, tous les deux trempés dans une affaire d'abus de biens sociaux et de financements obscurs qui pourrait menacer l'élection de ce dernier. Débute ainsi un combat vengeur entre les deux hommes.

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    A y regarder de près, la série a des airs empruntés à House of Cards, d'abord dans son postulat, un député élu prêt à tout pour faire tomber le Président- et même dans sa construction scénaristique : ce fil sans cesse noué de petites historiettes, un peu comme l'a montré la saison inaugurale de la série de Netflix avant de se terminer par un final virtuose. L'histoire qui oppose les deux rivaux socialistes, promesse centrale de la série, est ainsi festonné d'épisodes isolés qui parfois ennuient, les quelques facettes sur la loi de l'Education Nationale étant particulièrement peu attrayantes. C'est dans sa confrontation entre les deux héros incarnés par Niels Arestrup, toujours angoissant d'ambivalence, et Kad Merad, impeccable, que la série gagne en poigne. La série essaie de maîtriser l'art du rebondissement comme un Damages revisité, dans des ellipses bien ficelées, mais se perdant souvent en raison de péripéties peu flatteuses ou même grotesques. Baron Noir a à cœur d'oser la trouvaille scénaristique, fignolant ses fins d'épisodes, mais à mesure que la saison se découvre, Baron Noir annule à coup sûr ses rebondissements, petites menaces politiques, retournements de vestes, trafic d'influence, comme si elle craignait d'avoir la main tremblante ou la charge scénaristique trop lourde.

    Si beaucoup de choses sont dites vraies, Eric Benzekri, ancien collaborateur de Julien Dray et proche de François Hollande est l'un des showrunners, donnant à la série une véracité louable et légitime, il n'empêche qu'il manque à la série l'essentiel : l'ampleur de House of Cards et le verbe de The West Wing, la série croulant sous une sur-écriture prolixe, mélange de jargon technique et familier. A l'exemple d'Amélie, le personnage socialiste et bourgeois d'Anna Mouglalis, le bras droit du président et bientôt maîtresse de son rival (cherchez l'erreur) habituée aux répliques pompeuses et tragiques, justes bonnes pour incarner Andromaque sur les planches. De cet approchement inattendu entre la future chef du PS et son rival Rickwaert, on espérait bien sûr ce coup de théâtre, manipulation humaine exemplaire, menée d'une main de maître par un président de la République véreux et prêt à tout pour désamorcer son nemesis. En vain, il n'y a que de l'amour entre les deux anciens ennemis.  Un exemple parmi d'autres qui montre la limité de la série, son incapacité à ratifier ses rebondissements pour gagner en souffle, être capable de prendre en intensité, Baron Noir étant toujours une série bien faite, travaillée, souvent juste, mais férocement sérieuse, une série figée, un peu binaire, avide de personnages sur le déclin, d'accidents attendus, de moments troubles, et de coups montés toujours éphémères et peu spectaculaires.

    5/10

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  • False Flag (Saison 1) Le faux espionnage

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    Après le succès d'Hatufim sur ARTE, Canal + proposait ce mois une autre série israélienne. Autre série d'espionnage et d'infiltration. Autre série paranoïaque mais, cette fois, à l'ambiance plus éventée.  

     

    False Flag, faux drapeau en français, désigne une opération de guerre d'un Etat consistant à utiliser des symboles du camp ennemi -tenues, identités, pratiques- pour mieux le duper sur son terrain. En somme, une tactique militaire d'espionnage qui donne à la série tout son concept. Ici, la série démarre au moment où cinq ressortissants de l'Etat hébreu sont arrêtés après avoir été accusés de fomenter un plan d'assassinat contre le ministre iranien de la Défense. Passeports à la clé, les autorités russes fondent leurs poursuites criminelles à l'égard de ces cinq citoyens, mais ceux-là ne sont que des personnes ordinaires à la double-nationalité et au probable passeport volé. Parmi eux, un chimiste volage, sa maîtresse, un jeune roots, ainsi qu'une institutrice en manque d'adrénaline et une future mariée. Des gens-tout-le-monde, selon les apparences.

    Inspirée de cette vaste opération en date de 2010 contre le haut gradé du Hamas, Mahmoud al Mabhouh, fondateur des brigades Al Qassam et dont le Mossad est le principal suspect, cette série avait de quoi nourrir les passions. Proposer une traque haletante mêlant le vrai au faux, réalité et fiction, à la façon de Homeland, saison 4. Pourtant, la série mène à l'ennui. En distribuant les cinq cartes des personnages comme de possibles prises de vue, la série perd peu à peu sa tension globale et cette promesse de lutte diplomatique entre Israël et l'Iran. Se voulant originale, quotidienne dans son traitement, la série se concentre sur les cinq protagonistes et frôle trop souvent avec le drame facile, où les rebondissements excessivement attendus et les secrets évidents de chacun peinent à donner le change.

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    En reprenant plus ou moins les ingrédients d'Hatufim, génitrice d'Homeland sur Showtime, cet entremêlement du vrai et du faux, la créatrice Maria Feldman montre ici son attachement au genre du thriller, à ses conspirations sans fin, son ambiance paranoïaque, assoiffée d'enjeux grandiloquents, absurdes voire carrément improbables. Pourtant, à la différence d'Hatufim, bien plus ample et ténue dans son enquête, Flase Flag est un puzzle plutôt mou, constitués de personnages sans grand intérêt et de situations au dénouement souvent douteux. Seule la future mariée est une héroïne qui a du cran, une héroïne au double visage profond, qui insuffle une tension et de l'aplomb à la série, à la différence des autres, méchamment indifférents et désincarnés, la jeune institutrice hystérique en tête, beaucoup trop fabriqués  dont on observe leurs sous-péripéties avec un détachement rieur.

     

    Si Hatufim a su offrir à la télévision une attention méritée, False Flag reste sévèrement en retrait, victime de son envie d'épater les foyers et d'une enquête téléphonée, légèrement vaine.

    5/10

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  • Superstore - Telenovela (Saison 1) Petites comédies

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    Après l'arrêt de ses grandes comédies, NBC retente sa chance pour cette mi-saison avec Eva Longoria et America Ferrera, deux stars de série qui portent à bout de bras, l'une mieux que l'autre, leur projet plus ou moins hésitant.

     

    La première s'illustre dans Telenovela, une série parodique copié sur le modèle du soap sud-américain qui raconte l'histoire d'Ana, une actrice malmenée par le network depuis que son ex-mari joue le nouvel héros de sa série. Dans le rôle d'Ana, cette actrice haute en couleurs jouant sur le petit écran Pasíon, une vamp séductrice accoutrée de robes à sequins, Eva Longoria essaie de maintenir son niveau comique atteint par Desperate Housewives. Malheureusement pour elle, tout s'effondre d'épisode en épisode, à mesure que la série plie sous l'excès de sa propre caricature.

    A force de moues grimaçantes et de chutes idiotes, Eva Longoria glisse vers l'inévitable ridicule tout en abîmant son capital sympathie. Si l'actrice ne parvient pas à se sauver d'une telle impasse, c'est surtout parce que la série repose sur des fondations terriblement fissurées. Fidèle à son concept de comédie parodique, à l'image de Jane the virgin, bien plus solide, la série abuse des étiquettes attendues qui desservent le moindre personnage de la série (la matriarche perverse, le confident gay, le second rôle pataud, la nymphette écervelée, la gentille assistante) tout en accumulant les gags insipides et désolants sur le thème de la célébrité et des coulisses télé. On préférera volontiers une bonne cuvée d'Episodes ou encore mieux l'intégrale d'Extras plutôt que ce comeback burlesque doublement parodique et doublement foiré.

    3/10

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    Moins navrant, le retour d'America Ferrera se fait en douceur dans Superstore, la seconde comédie lancée fin 2015 par NBC. L'actrice d'Ugly Betty joue ici -et le joue bien- Amy, l'assistant manager d'une équipe de vendeurs de supermarché. Un supermarché typique, avec ses rayons de converses et de légumes habituels, sa pharmacie, son stand technologie et son équipe de bras-cassés. Parmi eux, un petit nouveau Jonah (Ben Feldman), jeune type je-sais-tout qui fait face à Amy, déboussolée par ce travail sans charme et toute une bande de collègues autoritaires, névrosés ou simplement paumés. Tour à tour gentille et corrosive, servie par des personnages plus complexes qu'ils n'y paraissent, la série rappelle The Office ou Parks and Recreation, ces bonnes séries d'antan où l'humour et la cruauté se liaient sur les lieux de travail.

    Pour autant, la sagesse de Superstore est loin d'atteindre le niveau engagé des séries à caméra embusquée de la décennie 2000. Mais son ambiance dénuée d'hystérie, sa vitrine de maux sociaux et ses vignettes amusantes sur la vie quotidienne d'un supermarché font d'elle une comédie intéressante et animée qui peut se déployer dans la durée et garantir un vrai succès.

    7/10

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