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  • TOP 2016 : Séries et Cinéma

    En attendant 2017...

     

    TOP SERIES 2016

    1- Transparent – saison 3
    Parce qu’on ne pleure jamais autant que devant Transparent

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    2- Mum - saison 1
    La petite série anonyme de l’année, aussi belle et ample sur la vie et la mort. Immanquable.

    3- Gilmore Girls : A Year in a Life 
    L’ode à la vie poétique revient pour un hommage spirituel et plein d’allant.

    4- Shameless – saison 7
    Sept ans après, la famille Gallagher  reste aussi attachante que féroce.

    5- American Crime – saison 2
    Sans doute, la série publique la plus engagée et la plus convaincante de ces dernières années

    6 - Fleabag
    7- The Night Of
    8- Broad City
    9- American Crime Story
    10- Difficult People
    11- Search Party
    12- Game of Thrones
    13- Mom
    14- High Maintenance
    15- Black Mirror

    (mais aussi Flowers, Kimmy Schmidt, The Affair, Girls, Drifters, Veep, This Is Us, Atlanta, Insecure)

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    TOP CINEMA 2016 

    1- The Revenant

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    2- Love & Friendship

    3- 45 ans

    4- Premier contact

    5- L’Avenir

    6- Ma Loute

    7- Irréprochable – Maman a tort (ex-aequo)

    8- Baccalauréat

    9- Le Petit Locataire

    10- Carol

    11- Room

    12- Manchester by The Sea

    13- Green Room – Don’t Breathe (ex-aequo)

    14- Juste La Fin du Monde

    15- Voir du Pays

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  • Divorce (Saison 1) Les dents dures

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    Sarah Jessica Parker divorce. Celle qui a été l’éternelle amoureuse, Carrie Bradshaw, la romantique transie pendant six ans sur HBO, joue de l’autre de côté du miroir. Une femme infidèle bien décidée (ou non) à rompre tout lien conjugal avec son mari.

     

    Cette nouvelle production de HBO avait l’allure idéale pour le retour de la dramédie HBO. Après des essais ratés, Looking ou bien Togetherness, le succès n’est pas encore au rendez-vous. Parce que Divorce, série domestique par excellence, souffre de cette image de comeback tant attendue collée à son héroïne. Divorce raconte la trajectoire de plusieurs couples. Au contre, celui de Frances et Robert Dufresne mariés depuis toujours, deux ados, une maison en banlieue, portrait de famille ordinaire. Mais le portrait s’abîme lorsque Robert apprend l’infidélité de sa femme galeriste avec un faux-français. C’est ainsi que les ennuis commencent. Avec eux, les défauts de la série.

    A commencer par ce couple, un duo amorphe et vite antipathique. Un binôme gentiment vachard mais sans profondeur et dont les tactiques de guerre laissent de marbre le spectateur. Malgré la dynamique autour du divorce, sujet éminemment profond et drolatique, ce couple est d'autant plus insipide qu’il est entouré d’une galerie d’amis simplement nulle, des personnages secondaires sans fond et excessivement poussifs (ou la grande déception faite Molly Shannon). La série est à l’image de cette scène d’anniversaire inaugurale, scène où les couples se vautrent tous dans l’hystérie, option arme à feu et cadeau canin. Résultat, d'épisode en épisode, la série rate son équilibre, trop souvent jouée, jamais laissée à l’air libre comme si elle craignait de s’orchestrer seule.

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    Parker, l’actrice qui a ouvert la voie à un nouveau genre d’héroïne à la fin des années 90, avait pourtant raison de se réjouir. Aux commandes de cette série, Sharon Horgan, inconnue ou presque outre-atlantique, est pourtant une showrunner hors-pair et une actrice-scénaristique maligne en Grande Bretagne. Après Pulling, la créatrice s’est faite doublement encensée par sa brillante série anglaise, Catastrophe, toujours en diffusion,  qui raconte une histoire sans lendemain devenir sérieuse à coup de grossesse inattendue.

    Le crédeau, ici, est le même. Les relations amoureuses, les petites frustrations du couple, la solitude et les mesquineries. Autant d’obsessions quotidiennes chez Horgan qui jubile lorsqu’il s’agit de montrer les petites faiblesses de l’homme -et de la femme qui toujours en prend pour son grade-, bien loin des archétypes comiques de Sex & the City. Mais Divorce est une recette plate, un monde sans monde. Une histoire de famille banale et faible, plombée par ses deux protagonistes. Lui, est ronchon, renfrogné, boudeur. Il porte une moustache sans ironie. Il parle en grommelant. Elle, est éteinte. Le teint gris, comme les paysages de la série, l’allure défaite, la petite vengeance au bout des lèvres et la petite malice de Bradshaw à des années lumière.

    Si l’ensemble est terriblement fade et insipide, Divorce agace bien plus. Parce que la série est trop souvent cantonnée à des scènes ménagères caricaturales mais dont le potentiel est là, implicite, enfoui dans la neige de Staten Island. Un potentiel parfois révélé au détour de quelques répliques domestiques bien senties, de moments choisis, fins et astucieux, dont Sharon Horgan a habituellement le secret. Un début peu augural pour la géniale anglaise.

    5/10

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  • American Crime Story - The People v. O.J Simpson (S1)

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    La nouvelle anthologie de FX, dérivée de la tristement célèbre, American Horror Story, enchaîne les records d'audience et les avis élogieux. Plutôt mérité pour une série aux débuts prometteurs.

     

    Après Screem Queens, encore douloureux pour beaucoup, American Crime Story est la dernière production de Ryan Murphy et, peut-être, un retour aux sources. Balisée de toutes parts, au marketing redoutable et à la recette aussi réfléchie que percutante, American Crime Story ouvre son volume en reprenant l'un des faits divers les plus incontournables de l'histoire américaine : le procès de la star du football, O.J Simpson, accusée puis finalement acquittée du meurtre de son ex-femme Nicole Simpson.

    Pour une histoire aussi culte, la production n'a pas lésiné sur les recrues. Sarah Paulson, John Travolta, David Schwimmer, Connie Britton , Selma Blair, et Cuba Gooding Jr dans le rôle titre. Si ces guest apportent en majeure partie à la série un charisme incontesté, la procureur jouée par Paulson est impeccable d'autorité, il faut parfois s'appesantir du jeu hystérique de Cuba Gooding Jr, visiblement en quête de sacre pour ce rôle. Ou pire encore, celui de Shapiro, l'avocat du footballeur, joué par un John Travolta désincarné, lifté comme une housewife du New-Jersey.

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    Pour autant, la série se déroule sous d'heureux auspices. Tout au long de la saison, des épisodes haletants, serrés, retranscrivent l'histoire de ce fait divers, ils la recrée parfois, l'amplifie, la joue surtout, superbement, dénués de cette ironie habituelle chez Murphy. Caméra profonde et ambiance sobre, Ryan Murphy a fait peau neuve. Ici, ce mégalomane accusé de tous les maux, tyran de starlettes susceptibles, profiteur, piètre créateur incapable  d'aligner deux bonnes saisons à la suite, montre qu'il reste un producteur à la vision redoutable. Preuve en est, American Crime Story retrace avec force une histoire connue et assénée depuis vingt ans sans jamais ennuyer. Sans tomber dans la redite.

    Au contraire, la série mise sur une poignée de personnages forts, ambitieux et passionnés et reconstitue l'histoire avec une précision dramatique, ne s'égarant jamais. Juridique, politique, cette histoire est aussi celle des riches et des puissants, des afros et des laissés pour compte. On retrouve bien sûr, par l'entremise de Robert Kardashian, avocat et ami proche d'O.J Simpson, quelques clins d'oeil appuyés au clan des Kardashians -les réalisateurs prenant un malin plaisir à montrer les bêtises de Kourtney et Khloé durant les funérailles de Nicole Simpson ou encore la chambre de Kim comme possible scène de suicide-. Mais plus que ça, la série recrée une époque à plusieurs visages, entre les conflits interraciaux du début 90, le traitement médiatique d'une star déchue et une enquête judiciaire complexe, suscitant à la fois l'indignation et le soutien de tout un peuple. Autant d'enjeux rassemblés et de pierres aussi fictionnelle qu'historiques.

     

    American Crime Story est une enquête de haute facture, rythmée, incisive, un récit à tiroirs, porté par des acteurs habités et un souffle dramatique retrouvé pour Ryan Murphy.

    8/10

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  • The Good Place (Saison 1) Le sens de la morale

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    Dans The Good Place, le paradis n’existe pas. Non. Mais le bon endroit, oui. Un lieu pacifique et merveilleux où les altruistes, les bienveillants, les généreux, les humanistes se retrouvent après la mort.  Un endroit haut en couleurs, fleuri comme une ville olympique, faste et peuplé de petits commerces de yaourts glacés -dessert élu préféré par les bonnes personnes.

     

    Parmi eux, Eleanor Shellstrop (Kristen Bell) vient d’arriver, tout juste décédée. Elle découvre ce bon endroit par l’entremise de Michael, un architecte à qui l’on vient de confier le design de ce village. Eleanor visite les lieux, sa maison à la décoration minimaliste islandaise et ornée de tableaux de clowns et découvre son âme-sœur, un professeur d’université d’origine sénégalaise qui a le cœur sur la main, comme tous les autres ici. Parce que seuls les Prix Nobel de la Paix sont admis au Bon Endroit. Pourtant, avec Eleanor, l’administration a fait une erreur. Elle n’est pas l’avocate du couloir de la mort que l’on croit, elle n’a pas effectué de mission humanitaire en Ukraine. Il y a erreur sur la personne. A l’inverse, Eleanor est une égoïste doublée d’une alcoolique notoire, vulgaire et malhonnête, qui gagnait sa vie en refourguant des médicaments placebo à des troisièmes âge.

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    Créée par Michael Schur, dont le héros reprend subtilement le prénom, à qui l’on doit les meilleurs compositions comiques de ces dernières années, The Office dans l’écriture, Parks & Recreation ou encore Brooklyn 99, The Good Place avait tout pour ne pas foirer sa copie. Le résultat est à la hauteur des attendus,  The Good Place est une comédie joliment atypique et touchante, qui souvent vise juste. En décor de fond, la série remet en perspective les notions philosophiques et religieuses du bien et du mal. Ce qu’est le sens de la morale, ce qu’est aussi la rédemption. Parce qu’Eleanor compte bien rester au bon endroit, seul lieu paisible après la mort où les gens sont triés au volet selon leurs bonnes actions passées ; les autres vivant en enfer ou équivalent chaud et bruyant.

    The Good Place brille avant tout par cette écriture empruntée et son concept cathartique efficace, qui jamais ne se retourne contre lui. En brassant ces thèmes spirituels, ces concepts sur l’homme et son éthique, la série fait penser à Samantha Who ? ou à l’une des créations délirantes de Bryan Fuller dont l’univers coloré, guilleret et hautement sincère est ici clairement affiché. En prime, Kristen Bell retrouve un rôle fort, à sa hauteur de jeu, depuis l’ère Veronica Mars. Elle incarne cette héroïne aussi médisante qu’attendrissante, une héroïne qui se plaît à grimacer, pester, bouder avec tendresse, et son duo formé avec Ted Danson affriolant de dandysme est le tandem idéal pour cette petite utopie gentiment acide.

    9/10

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  • Transparent (Saison 3) La série nécessaire

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    Après avoir électrisé les esprits et remporté les statuettes, Transparent revient sur Amazon. Toujours aussi profonde qu'intelligente, cette troisième saison indispensable dépasse même les deux premiers chapitres. Jill Soloway, la géniale créatrice, et son équipe d'auteurs, sa soeur Faith, son amie trans pianiste Our Lady J, semble toujours plus attentives parce qu'elles ont vécu tout ça. Les transformations. 

     

    Cette année, Transparent sonde la frustration, elle ne dit rien. Elle laisse les colères s'étouffer. A l'image du rabbin Raquel qui refuse de plier sous les névroses des autres, elle qui cherche à retrouver sa spiritualité, qui ne se remet pas du chagrin amoureux, elle que l'on assène par des inepties quotidiennes, celles de Sarah qui cherche à se faire une place dans sa communauté religieuse. Sarah elle-même est en colère. Sa colère est totale, à en juger par son visage émacié et son regard gris tout au long de la saison. Sarah qui, enamourée de son ex-mari, peine à se satisfaire de ses jouissances pseudo-agressives. Elle est furieuse mais, à aucun moment, elle ne sait s'exprimer. A l'inverse, Ali devrait être heureuse. Elle est en couple avec Leslie Jones, une beat poétesse et son mentor exemplaire, la jeune femme rejette toute marque d'affection, insensible au confort du bonheur amoureux, voulant privilégier sa belle relation avec son frère Josh comme une échappatoire idéale. Mais jamais Ali ne l'indique. Rien n'est explicite cette année, les pulsions sont sourdes et les colères latentes.

    Le poids de l'apparence, le poids d'une famille et de l'Histoire. Les poids restent chez Transparent qui avance en portant son bagage. Moins politique que l'an passée, mais plus libre. Sur la question du genre, sur la question juive, sur la question des mœurs, Transparent essaie de rassembler les gens entre eux. Au plus près de la croyance. Transparent explore cette année les religions comme autant de mésententes, comme autant de conflits internes et de débats houleux. Entre ceux qui croient, ceux qui n'y croient pas -Leslie perdue au milieu d'un groupe connecté entre eux, en désaccord profond sur Israël-, aussi, entre ceux qui croient mal, comme Sarah, ou encore ceux qui veulent y croire pour plaire et pour aimer, comme Josh espérant renouer avec son fils. Autant de postures maladroites et sincères malmenées par l'existence et abritées sous le toit de la religion.

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    Cette année, la saison se construit lentement, elle évite les allers-retours dans le passé, à l'instar de la saison précédente, pour se concentrer sur des moments forts. Ceux du présent, et ceux à l'origine. Ceux qui disent qui on est. La série s'ouvre ainsi, sur un fil-rouge traversant les décennies, au prisme de Nacho, la tortue de famille. Cet animal domestique qui s'est échappé quand les enfants étaient encore jeunes et qui avait vécu dans les fondations de la maison durant trente ans. Comme un témoin de l'évolution familiale, des non-dits, des fissures et des belles transformations. Cette saison est ainsi une compilation d'images. Des métaphores sur la solitude, comme cet épisode inaugurale où Maura, avide d'aider les siens, vient porter secours à une jeune trans mais c'est elle-même qui se perd dans un centre commercial, sans argent, une de ses chaussures cassées, l'errance et la crainte. Comme un signe du chemin qui lui reste à faire.

    Sublime, à l'écriture choisie, élégante, délicate, comme un aveu que l'on murmure, Transparent est une tragi-comédie moderne, qui noue et dénoue ses personnages en proie aux désillusions, qui obsède par ses questionnements profonds, ses quêtes de l'autre et de soi, toujours avec une véracité émouvante. Le vrai est palpable. Et les larmes montent. Quand Transparent sonde l'enfance de Mort et Shelly, la série entre en terre sainte, elle montre les fondements. Ce qui déjà se déconstruit pour eux. En un habile entremêlement des enfances des deux parents, la série montre ce que l'on devinait, Shelly, petite fille joyeuse et avenante agressée par l'un de ses professeurs. Un impact silencieux qui viendra couper net à sa croissance, elle qui le dit plus tard, elle ne grandira plus. Et puis ce petit garçon Mort qui, déjà, s'enfermant dans le bunker familial pour danser, s'embijouter, se laisser aller sous le regard d'une mère complice, bienveillante mais terriblement absente et d'une petite sœur qui l'accepte jusqu'au jour où elle rejoint les rang des copines. Mort qui ne sait pas comment être. Mort touchant de beauté et de grâce qui s'ennuie au base-ball, à table, qui finit toujours par ficher le camp, en colère. Cette colère qui ne jaillit pas, mais qui se montre à travers des gestes fuyants -jeter un caillou à sa soeur- d'une fillette née garçon, furieuse de ne pas pouvoir être qui elle est.

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    Les images qui jalonnent cette saison sont puissantes. Évocatrices. Elles montrent les gens que l'on abandonne, comme la mère Shelly qui entretient un pauvre monsieur sans sou et qui affronte le mépris constant de sa famille. Judith Light, encore plus incroyable que l'an passé, est peut-être celle qui est la plus courageuse, celle qui essaie toujours, elle qui tenait à créer un one-woman-show pour raconter son histoire, cette histoire d'épouse et de mère toujours reléguée au second plan. La saison se termine ainsi, par l'ouverture de son spectacle. Un moment de pure poésie où Shelly est sur scène, transformée elle aussi. Les mots serrés en bouche, prête à dire, elle aussi, une bonne fois pour toutes, ce qu'elle ressent. Elle le fait en chanson, Hand in my pocket d'Alanis Morissette, et la scène est un chef d'oeuvre.

    Plus que nécessaire, cette troisième saison de Transparent est un coup de maître. Elle montre du doigt les nœudsL'amour, la religion, la famille. Des nœuds autant que des remèdes possibles.

    10/10

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  • Westworld (Saison 1) Le grand théâtre des fous

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    La série-évènement, comme on aime souvent à le dire, s’appelle Westworld. Estampillée HBO, grands moyens et casting implacable, la série se veut la relève de la plus grande production de la même chaîne, Game of Thrones. A en juger par sa force scénique, elle pourrait y parvenir.

     

    Westworld est une pièce de théâtre. Elle est shakespearienne, un peu manichéenne. Il y a le bien et le mal. Au centre, une scène gigantesque. Un parc d’attraction au décor de l’Ouest américain.

    Côté jardin, les visiteurs. Les riches messieurs-tout-le-monde, ceux qui, curieux, s’aventurent dans ce parc, avides de sensations fortes. Billet d’entrée dans la poche, pour la modique somme de 40.000 dollars, les gens viennent explorer le Far West et s’adonner à leurs péchés. S’abreuver dans un saloon, coucher avec des prostituées de l’époque des pionniers, corset et regard tortueux, ou bien tuer de sang-froid des petits commerçants à l’accent du sud.

    Côté cour, il y a les hôtes. Les natifs, les gens de là-bas. En réalité, ils ne sont que des robots. Des machines humanoïdes, programmées et mises à jour selon des scénariis complexes et pensés par les ingénieurs du parc d'attraction. Ils campent des rôles attitrés, jeune fille aux abois, sheriff, bandit. Ils composent des scènes préparées répétées chaque jour, inlassablement devant les visiteurs, clament des répliques pensées par l’équipe des écrivains du parc. Jusqu’au premier pas de côté. Jusqu’aux soubresauts de leur humanité.

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    Adaptée du film Mondwest de Michael Crichton, reprise par Jonathan Nolan et Lisa Joy, Westworld est une œuvre spectaculaire et hybride associant deux antagonismes, la fantaisie ultra-moderne à l’héritage du western et de la Ruée vers l’Or. Et cette combinaison atypique fonctionne. Tant dans le divertissement du western où les coups de feux pleuvent et les répliques mièvres de l’héroïne-robot, Dolores (Evan Rachel Wood) composent une fresque fidèle aux codes du western. Tant aussi dans son concept futuriste où la direction du parc fait face à des enjeux technologiques et narratifs. A coup de bugs informatiques et de mises à jour ratées, les robots commencent en effet à changer. Ils divaguent, improvisent, prennent des initiatives. Des bugs informatiques tout simples qui permettent à la série de poser les premières questions. Celles de la conscience et de l’état de soi des robots, enjeu habituel dans une série futuriste et déjà explorée pertinemment dans Real Humans. La série pose ses bases, lentement. S’interroger sur la création. Sur le divin. Sur cette bonne vieille réalité. Celle que l’on connaît et, aussi, celle que l’on conçoit.

    Westworld est à l’image de son décor. Une série puissante et riche, aux niveaux de lecture amples, aussi philosophique que cinématographique. Une série qui ne laisse rien au hasard, surtout pas le casting. Anthony Hopkin joue le grand patron du parc,  Sidse Babett Knudsen, sa directrice sévère et jusqu’au-boutiste,  Jeffrey Wright l’un des concepteurs programmateurs. Alors qu’au Far West, Evan Rachel Wood, James Marsden, Thandie Newton incarnent les machines programmées aux balbutiements humains.

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    L’interprétation participe à la qualité de cette série tentaculaire mais qui, bien sûr, le sait. Scénarios astucieux, réalisations calibrées, le tout ici est fait au cordeau, soucieux de prouver que la mécanique dramatique est flamboyante. Les débuts de la série sont un exemple d’inauguration. Malgré un concept alambiqué, la série, légèrement didactique, est à l’aise avec son univers dual et sa mise en abyme permanente, à l’image de son logo publicitaire, le dessin célèbre de Leonard de Vinci, ici robotisé à l’extrême. La série invoque et relie autant d’œuvres différentes et indispensables, Blade Runner, Jurassik Park ou encore Lost, pour ne garder que l’essentiel.

    Parce que Westworld se veut être tout ça. Une série intelligente, spirituelle et colossale, ambitieuse, théâtrale et grandiloquente. Mais dont l’excessive poudre aux yeux, façon Game of Thrones, peut tout aussi bien fasciner qu’agacer.

    8/10

     

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  • This Is Us (Saison 1) La fable du groupe

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    Adoubée par le public à la mise en ligne du trailer, This Is Us, la nouvelle série de NBC, s’est imposée au fil des semaines comme la nouveauté importante de la chaîne du paon. Les débuts de la série le justifient, délicate et bien interprétée, la série a tout pour être la nouvelle série familiale du paysage américain.

     

    Cela débutait mal. Un titre un peu mièvre qui rappelle les grands succès d’Anna Gavalda, et un concept qui l’est tout autant. This Is Us expose quatre grands protagonistes nés le même jour et liés d’une façon ou d’une autre dans le grand univers. Une sorte de prédication à la facon de Sense 8 sur Netflix. Pour autant, pas de spiritualisme débordant, ici, This is Us s’emploie uniquement à suivre le destin de ses personnages le jour où de leur anniversaire, le jour où chacun d’entre eux décide d’une nouvelle page pour leur vie.

    Parmi eux, le couple amoureux transi, Jack (Milo Ventimiglia tout aussi intense depuis Gilmore Girls) et Rebecca (Mandy Moore, diva des romcoms), ce premier fête son anniversaire le jour où sa femme accouche, une procédure à risques puisque Rebecca attend des triplés. Kevin et Kate sont quant à eux jumeaux, ils fêtent leur trente-six ans malgré une immense insatisfaction personnelle. Lui est acteur d’une série potache, il refuse d’incarner l’acteur raté d’Hollywood tout juste bon à enlever  son t-shirt devant les caméras et montrer ses muscles saillants. Elle a des problèmes d’alimentation et un régime qui la hante. En surpoids, elle appartient à un groupe de soutien mais ne se sent pas à sa place. Enfin, Randall (Sterling K Brown, merveilleux dans The People vs O.J Simpson) fête aussi son anniversaire. Il est père de famille comblé, deux filles exemplaires, une femme sans failles, mais décide de retrouver son père qui l’a abandonné à la naissance.

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    Tous ces personnages ont ainsi en commun leur date de naissance. Une anecdote narrative à l’intérêt limité. Pour autant, ce qui les lie va au-delà. Privilégiant le mystère sur leurs liens, le pilote de la série offre en conclusion un twist narratif nouant définitivement les protagonistes de la série. La série créée par Dan Fogelman, responsable de The Neighbors et surtout de Crazy Stupid Love, se situe pile dans l’esprit de la dramédie aux bons sentiments. Des scènes sur fond de Damien Rice, des larmes, des doutes, This Is Us est la nouveauté fleur bleue de la saison. Pour autant, la série n’est jamais mièvre, elle s’écarte des poncifs nœud-nœuds grâce à des personnages d’emblée attachants et une intrigue ficelée et astucieuse.

    7/10

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  • Fleabag (Saison 1) L’errance féminine

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    Phoebe Waller-Bridge est une bosseuse. Après Crashing, il y a quelques mois, série communautaire joliment déjantée sur une bande de trentenaires voulant vivre différemment, l’auteure et actrice remet ici le couvert en adaptant son personnage de scène. Un coup de maître existentiel et sévèrement pessimiste.

     

    Héroïne et scénariste, Phoebe Waller-Bridge incarne Fleabag, une jeune femme dépressive aussi mal aimée que mal amoureuse. Fille cadette et orpheline de mère, Fleabag se sent seule mais ne sait pas comment apprivoiser les autres. A commencer par son petit-ami, un chic type qui lui pardonne tout, même ses actes masturbatoires face à des discours de Barack Obama. Sa sœur, rigide et autoritaire et son mari fantasque qui tirent à la couverture à eux. Ou même sa belle-mère, Olivia Coleman, une artiste tyrannique qui a envahi la vie de son père après la mort de sa mère. Face à ces gens antipathiques, Fleabag préfère se parler à elle-même.

    Sourires narquois face caméra, petits clins d’œil, moues ironiques, commentaires off, l’héroïne s’amuse avec nous de ses échecs. Mise en abyme maligne de la série, comme autant de remarques que l’on s’inflige tous, Fleabag met en perspective ses frasques, toutes les petites situations embarrassantes qu’elle crée volontairement pour mieux s’accommoder de sa morne existence. Dépressive, malhabile, cynique, oui, Fleabag l’est, mais surtout elle est lucide. Elle n’attend rien, elle n’espère plus grand-chose, Fleabag contemple ses défaites et ses vices. Elle est une femme torturée qui avance dans le noir, à l’aveugle mais elle le sait.

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    Dans le jargon anglais, fleabag signifie plusieurs choses, une personne peu plaisante, un sac à puces selon l’expression, même un animal laissé pour compte, un animal sans intérêt. A l’image du cochon d’inde que Fleabag a offert à Boo, sa meilleure amie, avec qui elle tient un salon de thé et qui, il y a peu, s’est tuée soudainement par tristesse amoureuse.

    Cet animal de basse catégorie, désormais c’est Fleabag elle-même. Une jeune femme déchue et hantée par la mort de son amie. Cette mort qu’elle refuse de qualifier de suicide alors que Boo s’est jetée sous les roues d’un bus. Depuis, tout l’équilibre de Fleabag se brise. Tous ses repères se fissurent. Traumatisée, Fleabag en est prise de souvenirs de son amie en vie, elle continue d’appeler son numéro pour entendre sa voix, une récurrence qui la malmène et qui la pousse à la résignation.  La série montre ça, cette latente dépression, une femme qui baisse les bras petit à petit, vautrée dans l’inconséquence.

    Série sur le néant existentiel, l’envie et l’amour qui décline, le féminisme  éclaté et la dépression nerveuse qui guette, Fleabag n’est pas un remède, un antidote à l’insatisfaction. C’est tout l’inverse. Pessimiste à l’envi, complaisante, la série offre des scènes de cruelle lucidité, des moments d’une poésie folle. Comme cette scène dans le métro où Fleabag imagine les gens près d’elle se mettre à danser et à hurler. Pourtant, c’est en elle que tout se joue. Dans sa tête, dans son corps. Parce que Fleabag, c’est surtout ce personnage féminin, complexe et intense, aux nœuds acérés, aux enjeux incompris, à la marche incertaine, à la culpabilité dévorante. Un travail d’inspection formidable, d’une noirceur palpable mais servi par une écriture lumineuse et un jeu ingénieux. Phoebe Waller-Bridge fait déjà partie des grands.

    9/10

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