21.09.2010
Boardwalk Empire (Saison 1) L'ivresse au temps de la Prohibition

HBO n’est pas en grande forme. Fuite des abonnés vers d’autres chaînes câblées plus accessibles, nouvelle programmation laborieuse entre séries en perte de vitesse (Entourage) et shows anecdotiques (Hung, Bored to Death), commandes frileuses (sous forme de mini-séries), la chaîne n’a plus le même prestige qu’à l’époque triomphante des Sopranos ou des Fishers.
Mais pour se soigner dans l’art paratélévisuel, la chaîne mise gros en ce mois de septembre, précisément sur Boardwalk Empire, née des esprits sûrs de Martin Scorsese et Terence Winter (auteur principal des Sopranos). Le nouveau chef d’œuvre crypté qui relancera la machine ?
Du HBO tout craché
Rien qu’à la lecture du pitch, Boardwalk Empire, adaptation libre du livre de Nelson Johnson, Boardwalk Empire: The Birth, High Times, and Corruption of Atlantic City, en impose. Tout commence véritablement le 16 janvier 1920. Au jour de la ratification par une grande majorité des Etats Unis du traité de Prohibition, réglementant la vente d’alcool. Pour en profiter, un clan mafieux en devenir, à l’origine de la Pègre américaine, se forme alors : à sa tête, Enoch Thompson, le trésorier d’Atlantic City (Steve Buscemi) qui tire les ficelles de la ville et de ses pratiques souterraines, son homme à tout faire, Jimmy Damordy (Michael Pitt), un rescapé de la Grande Guerre aux séquelles prononcées ainsi que plusieurs hommes de l’ombre, notamment deux certains Al Capone et Lucky Luciano qui taperont dans l’oeil des historiens.
Il s’agit dès lors d’une fresque complexe, au potentiel typique HBO-esque, entre fidélité historique d’une époque à la manière d’un Carnivàle ou d’un Rome bouillonnants et réinvention fictionnelle en roue-libre.
Produit par l’acteur aux gros bras Mark Wahlberg (mais responsable de nombreuses cartouches de HBO, In Treatment, HTMIIA, Entourage), le pilot agit d’emblée comme une torpeur visuelle. Tout est mis en oeuvre pour nous plonger dans l’authenticité léchée des années 20, cette ère post-guerre caractérisée par une libération des moeurs, une société en mutation, et des effusions en forme d’abus dans les salons privés ou bien les cabarets, les casinos et les brunchs. Sans trop d’esbroufe de style, Boardwalk Empire est d’abord une invitation formelle dans ce décor historique ultra-léché (20 millions de dollars pour 1h20 de pilot, ça fait quand même 285.000 dollars par minute de visionnage, alors autant écarquiller les yeux). Décor dans lequel gravitent de nombreux personnages, un atout complexe et assumé qui donne à la série des airs choraux très HBO-type.

Tiré au cordeau
Symbole des plus grandes séries, à commencer par celles de la chaîne à péage, la vaste galerie de la série est tout autant d’acteurs de poigne, Steve Buscemi, Michael Pitt, Kelly McDonald, que de personnages fictifs travaillés, jamais dessinés au trait facile.
Rien n’est laissé au hasard non plus du côté des scenarii. Mais la radiographie s’avère volontairement brouillée : échafaudage narratif férocement alambiqué, intrigues à tiroirs, personnages inaccessibles, voyages temporels, montage frénétique, écriture dense, tout est conçu de manière grandiloquente, antididactique par des scénaristes conscients du potentiel dramatique et profond de leur bébé.
Pourtant, cette entrée en matière atteste bel et bien d’un académisme de fond, établi au cordeau par Scorsese. Enchevêtrée à la complexité voulue des histoires principales et des intrigues isolées, la synthèse clinquante mais un brin pompeuse ne pouvait qu’aboutir à une introduction à la fois de haut vol et flegmatique, presque indifférente aux primes abords. Mais une entrée en matière impressionnante qui rappelle peut-être les plus grandes séries de la décennie, Six Feet Under, Sopranos et Mad Men, qui ont, elles, par la suite su distiller leur âme chaleureuse avec précaution et maturation.
Si Boardwalk Empire témoigne d’une ambition démesurée, probablement à la hauteur de son substrat et de ses grands airs dramatiques, son renouvellement précoce atteste lui d’un potentiel certain et d’un espoir de succès. A confirmer volontiers.
6.5/10

Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Boardwalk Empire, Critiques | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : boardwalk empire, hbo, martin scorsese, terence winter, steve buscemi, michael pitt |
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