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Black Mirror

  • Black Mirror (Anthologie) L'expérience télévisuelle

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    Oubliés un temps la rentrée, les drames publics à l'odeur réchauffée, pour découvrir Black Mirror, une courte série futuriste qui fouille la connectivité de ce monde et capte le malaise contemporain. Immanquable.

     

    Trois petits épisodes auront suffi pour donner à Black Mirror son envergure, son mystère et son charisme. Cette série, diffusée en 2011 sur la chaîne anglaise, Channel 4, a démontré une étendue créative, un mélange de thématiques fortes et originales, rarement vue à la télévision. Ces trois épisodes, indépendants des uns des autres, racontent une histoire de mœurs post-contemporaines, où l'usager technologique, remué dans une société abdiquée, incarne son propre mal.

    Le premier épisode étonne par son audace narrative, l'histoire de la princesse royale Susannah (sorte de double populaire de Kate Middleton) enlevée par un pirate informatique. Pour la sauver d'une mort annoncée, une seule règle : que le Premier ministre britannique ait un rapport sexuel avec un cochon, un rapport filmé et diffusé sur tous les écrans et réseaux du monde. Grâce à une cheminement dramatique des plus ténus, cette histoire s'avère brillamment abjecte, une satire d'une ère jusqu'au boutiste où la provocation et la violence sont les fondements d'une société connectée et avide de sensations.

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    Le second épisode se rapproche davantage des contes futuristes sophistiqués d'une société ultra-informatisée où les gens ne sont plus que des machines à extraction tous acheminant vers un même but. Parmi eux, Bing, qui comme tous les autres, est capitonné dans une chambre où les murs ne sont que des écrans régissant chaque détail de sa vie. Publicités, appels à pornographie, jeux interactifs à la Kinect, chaque écran est lié à l'effort produit par le citoyen, qui chaque jour, est contraint de pédaler face à un écran, afin de produire une électricité virtuelle, comptabilisée en terme de mérites (sorte de vues Youtube).

     A quinze millions de mérites, chaque citoyen peut devenir candidat d'une émission reine, Hot Shot (un déguisement de X-Factor) et démontrer son talent face à un jury. Evidemment, le monde du spectacle et l'avidité du talent est gentiment mis en critique, l'agent du gain et le vertige des compétitions individuelles où chacun aspire à devenir la nouvelle figure. Dans ce décor, cette histoire imprévisible ose un cynisme absolu, presque dérangeant, où les jeunes femmes innocentes deviennent des porn-star souillées et où la contre-culture à force de rébellion et d'attention se voit à son tour ingérer par le système. Une allégorie parfaite, d'une intensité rarement témoignée à la télévision.

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    Pour tirer sa révérence, l'histoire ultime de Black Mirror décrit une société où la mémoire est devenue le maitre-mot, isolée dans une petite capsule -dit le grain- derrière l'oreille de chaque individu, afin que celui-ci emmagasine chaque moment, chaque souvenir et puisse les rejouer, les revivre, comme les dossiers d'un disque dur. Mais Black Mirror réussit ici à prendre le téléspectateur de court, en changeant radicalement de registre, cette histoire lorgnant davantage du côté du drame familial.

    Liam est marié à Fiona, heureux parents d'un marmot de deux ans. Durant une soirée où Fiona retrouve ses anciens amis de fac, Liam s'aperçoit du comportement trouble de sa compagne à l'égard d'un homme. Si les premières réactions sont purement paranoïaques, l'obsession de Liam sera nourrie par ses moyens numériques de mémoire, où le héros revivra de façon répétée la soirée et obtiendra grâce aux mémoires de chacun une reconstitution d'une vérité étanche et irréfragable. Si ici le procédé est plus commun, la construction de l'histoire, entretenue dans un climat domestique captivant, aboutit à une métaphore fiévreuse du couple (qui par exemple fait l'amour en regardant les ébats des débuts), de la conscience et du temps qui passe.

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    Créée par Charlie Brooker, le créateur du déjà très remarqué Dead Set en 2007, Black Mirror reprend une formule médiatico-destructrice dans un esprit plus critique et plus aguerri. Moins gratuit que Dead Set, Black Mirror -officiellement renouvelée- se concentre avec une acuité rare sur trois peintures malades, brutales, totales, à la fois consternantes et sublimes, trois oeuvres qui déplorent l'avidité actuelle du monde, l'ambiance paranoïaque et obsessionnelle d'Internet et l'esprit sensationnelle d'une société à vif, dénuée d'idéaux, dévorée par les vergetures et les vices. Une série intelligente comme on n'en croise ... jamais.

    10/10


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