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  • Veep (S1-5) La vice-présidence américaine déglinguée

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    Dans la lignée des séries politiques qui ont contribué à la culture sérielle depuis The West Wing, Veep est devenu en quelques années la référence absolue. Retour sur une série aussi cruelle que prodigieuse.

     

    Veep raconte le quotidien de la vice-présidente des Etats-Unis, Selina Meyer et celui de son staff qui l'entoure, à quelques pas du bureau oval où les vraies décisions se jouent. Centrer sa série sur un outsider politique, un vrai second, qui plus est incarné par une femme, était un concept ambitieux, profondément inspiré. Au cours de plusieurs saisons mouvementées où Selina Meyer prend du grade pour en perdre très vite, cette petite série politisée prouve sa grande capacité narrative et des rebondissements comiques de taille.

    Veep doit beaucoup à sa vice-présidente, Julia-Louis Dreyfus. Entre Seinfeld et The New Adventures of Old Christine, et des clins d'oeil dans Curb Your Enthusiasm, Julia-Louis Dreyfus est devenue l'une des plus grandes, si ce n'est la meilleure de toutes. Après avoir joué Old Christine, cette quadragénaire alcoolique pendant cinq années affriolantes, Julia-Louis Dreyfus s'attaque à un rôle plus tranché. Dans Veep, elle incarne une femme de poigne, autoritaire et haute en couleurs, méchamment égoïste et triviale, un personnage médiatique tristement maudit et irrésistiblement comique, grâce aux moues implacables de Dreyfus et son sens intense de l'autodérision.

     

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    Entre les contradictions et les postures politiques, entre les caprices d'une femme imprévisible, les protocoles superflus et un agenda foutraque , Veep voit la politique par le prisme de l'anecdote, au milieu des brancards et des joueurs de football, un peu comme Parks and Recreation au niveau municipal. Autant ruelle polluée que siège à la cour, grands dîners mondains et malversations de couloirs, Veep s'amuse à raconter les séances professionnelles d'une vice-présidente perfectionniste qui se retrouve coincée à broder devant des bancs d'écolier ou en séance dégustation de yaourt glacé. La série s'amuse alors à jouer et déjouer les enjeux politiques, Veep prenant toujours un malin plaisir à rompre l'intensité qui incombe au rôle de cette figure politique, en lui imposant des trajectoires perdues d'avance et des tâches peu reluisantes. Elle offre ainsi ce grain d'humour noir et gênant, à la fois fait de situations embarrassantes et d'acharnement antihéros à la The Office, à l'égard surtout de cette femme politique maladroite et tyrannique qui mérite ce traitement corrosif.

    Pour autant, la série cerne la question épineuse de la négociation politique du dessous de table, du ragot, de la pression politique, au travers de l'apparence (the crying game) et de l'entourage épuisé de la protagoniste (dont Tony Hale et Amy Brookheimer) qui malgré ses bourdes et son verbe haut, se démène pour garder le cap. La série entretient cette dynamique du mode de vie politique à tout épreuve, en soignant ses scènes, en calibrant ses répliques, en faisant toujours primer l'humour au contexte.

     

    Veep est une série haute en couleurs. Grâce à Julia-Louis Dreyfus qui règne en maître, la série de HBO conte avec une belle cruauté comique ce quotidien politique aussi bancal que désoeuvré. 

    9/10

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  • Broad City (Saison 2) La débrouille sans fard

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    Elles s'appellent Ilana et Abbi. Avec Lena Dunham et Amy Schumer, elles sont les new-yorkaises les plus hilarantes du moment. Et peut-être de l'histoire.

     

    Ilana et Abbi sont amies. Amies depuis presque dix ans, depuis leurs classes de théâtre. De leurs mains, elles ont crée Broad City, une websérie qui, grâce à Amy Poehler, s'est vue lancer sur Comédie Central. Ilana et Abbi font de la comédie homemade. Une comédie do it yourself, mélange de punchlines féministes, blagues de "juives", beuveries, clins d'oeil crados, et déliriums psychédéliques.

    Broad City n'est pas ambitieuse. Filmer le quotidien foutraque de deux jeunes femmes qui le sont tout autant. Ilana et Abbi jouent leur propre rôle, à peu de choses près. L'une est illustratrice, femme de ménage dans un club de sport pour vivre, elle vit en colocation avec une fille toujours absente mais dont le petit-ami, un type adipeux et paresseux, squatte constamment le canapé. L'autre glande dans une start-up, elle enchaîne aussi les gagne-pains tranquilles (dog-sitter, ouvreuse). Elle fréquente un dentiste flegmatique et en pince un peu pour sa copine. Ilana et Abbie ne mènent pas la belle vie mais l'enjolivent. Elles fument des joints, manquent d'argent et se créent des missions. Récupérer un climatiseur ou un colis au fond de New York. Acheter en douce un gode-michet. Assister à un mariage de chiens. S'incruster à une rooftop party.  Mendier dans la rue en vendant des dessins ou en improvisant une danse.

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    En une vingtaine d'épisodes, Ilana et Abbi prouvent qu'elles peuvent, elles aussi, jouer aux garçons. Improviser une série de buddies, une série subtilement crétine où la féminité remplace ce viril inspiré à la Workaholics. Elles montrent ça, Ilana et Abby, que les femmes aussi peuvent jouer aux idiotes, à l'aventure qui va trop loin, où l'on trace son téléphone dans New-York, se casse un membre, s'humilie devant un rencard, où l'on s'oblige à jouer les domestiques à demi-nu pour un pervers. Au delà d'une belle stupidité, ces deux amies sont cools. Sans essayer de l'être. Leur humour est brutal, fusionnel, souvent sexuel, un humour parfois plus subtil sur la vie quotidienne à New-York, sur ses gens, sa culture, ses cinémas, ses restaurants, sur la débrouille à coup de coupons Bed Bath and Beyond.

    Mais ce qui transcende Broad City, c'est la vivacité, l'énergie, l'authentique de ces deux amies auteurs qui écrivent ce qui les amuse. Elles éblouissent par leurs envies franches. Parce qu'Ilana et Abbi ne craignent ni rien ni personne. Elles font ce qu'elles veulent. Elles assument tout, leur indépendance, leur manque de maturité. Elles n'essaient pas d'évoluer, de devenir responsables. Elles savent qu'à New York, parmi les vieilles dames folles, les bourgeois sous antidépresseurs, les commerçants véreux, les faux diplômés ou les faux branchés, il y a forcément pire qu'elles.

     

    9/10

     

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