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  • Transparent (Saison 3) La série nécessaire

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    Après avoir électrisé les esprits et remporté les statuettes, Transparent revient sur Amazon. Toujours aussi profonde qu'intelligente, cette troisième saison indispensable dépasse même les deux premiers chapitres. Jill Soloway, la géniale créatrice, et son équipe d'auteurs, sa soeur Faith, son amie trans pianiste Our Lady J, semble toujours plus attentives parce qu'elles ont vécu tout ça. Les transformations. 

     

    Cette année, Transparent sonde la frustration, elle ne dit rien. Elle laisse les colères s'étouffer. A l'image du rabbin Raquel qui refuse de plier sous les névroses des autres, elle qui cherche à retrouver sa spiritualité, qui ne se remet pas du chagrin amoureux, elle que l'on assène par des inepties quotidiennes, celles de Sarah qui cherche à se faire une place dans sa communauté religieuse. Sarah elle-même est en colère. Sa colère est totale, à en juger par son visage émacié et son regard gris tout au long de la saison. Sarah qui, enamourée de son ex-mari, peine à se satisfaire de ses jouissances pseudo-agressives. Elle est furieuse mais, à aucun moment, elle ne sait s'exprimer. A l'inverse, Ali devrait être heureuse. Elle est en couple avec Leslie Jones, une beat poétesse et son mentor exemplaire, la jeune femme rejette toute marque d'affection, insensible au confort du bonheur amoureux, voulant privilégier sa belle relation avec son frère Josh comme une échappatoire idéale. Mais jamais Ali ne l'indique. Rien n'est explicite cette année, les pulsions sont sourdes et les colères latentes.

    Le poids de l'apparence, le poids d'une famille et de l'Histoire. Les poids restent chez Transparent qui avance en portant son bagage. Moins politique que l'an passée, mais plus libre. Sur la question du genre, sur la question juive, sur la question des mœurs, Transparent essaie de rassembler les gens entre eux. Au plus près de la croyance. Transparent explore cette année les religions comme autant de mésententes, comme autant de conflits internes et de débats houleux. Entre ceux qui croient, ceux qui n'y croient pas -Leslie perdue au milieu d'un groupe connecté entre eux, en désaccord profond sur Israël-, aussi, entre ceux qui croient mal, comme Sarah, ou encore ceux qui veulent y croire pour plaire et pour aimer, comme Josh espérant renouer avec son fils. Autant de postures maladroites et sincères malmenées par l'existence et abritées sous le toit de la religion.

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    Cette année, la saison se construit lentement, elle évite les allers-retours dans le passé, à l'instar de la saison précédente, pour se concentrer sur des moments forts. Ceux du présent, et ceux à l'origine. Ceux qui disent qui on est. La série s'ouvre ainsi, sur un fil-rouge traversant les décennies, au prisme de Nacho, la tortue de famille. Cet animal domestique qui s'est échappé quand les enfants étaient encore jeunes et qui avait vécu dans les fondations de la maison durant trente ans. Comme un témoin de l'évolution familiale, des non-dits, des fissures et des belles transformations. Cette saison est ainsi une compilation d'images. Des métaphores sur la solitude, comme cet épisode inaugurale où Maura, avide d'aider les siens, vient porter secours à une jeune trans mais c'est elle-même qui se perd dans un centre commercial, sans argent, une de ses chaussures cassées, l'errance et la crainte. Comme un signe du chemin qui lui reste à faire.

    Sublime, à l'écriture choisie, élégante, délicate, comme un aveu que l'on murmure, Transparent est une tragi-comédie moderne, qui noue et dénoue ses personnages en proie aux désillusions, qui obsède par ses questionnements profonds, ses quêtes de l'autre et de soi, toujours avec une véracité émouvante. Le vrai est palpable. Et les larmes montent. Quand Transparent sonde l'enfance de Mort et Shelly, la série entre en terre sainte, elle montre les fondements. Ce qui déjà se déconstruit pour eux. En un habile entremêlement des enfances des deux parents, la série montre ce que l'on devinait, Shelly, petite fille joyeuse et avenante agressée par l'un de ses professeurs. Un impact silencieux qui viendra couper net à sa croissance, elle qui le dit plus tard, elle ne grandira plus. Et puis ce petit garçon Mort qui, déjà, s'enfermant dans le bunker familial pour danser, s'embijouter, se laisser aller sous le regard d'une mère complice, bienveillante mais terriblement absente et d'une petite sœur qui l'accepte jusqu'au jour où elle rejoint les rang des copines. Mort qui ne sait pas comment être. Mort touchant de beauté et de grâce qui s'ennuie au base-ball, à table, qui finit toujours par ficher le camp, en colère. Cette colère qui ne jaillit pas, mais qui se montre à travers des gestes fuyants -jeter un caillou à sa soeur- d'une fillette née garçon, furieuse de ne pas pouvoir être qui elle est.

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    Les images qui jalonnent cette saison sont puissantes. Évocatrices. Elles montrent les gens que l'on abandonne, comme la mère Shelly qui entretient un pauvre monsieur sans sou et qui affronte le mépris constant de sa famille. Judith Light, encore plus incroyable que l'an passé, est peut-être celle qui est la plus courageuse, celle qui essaie toujours, elle qui tenait à créer un one-woman-show pour raconter son histoire, cette histoire d'épouse et de mère toujours reléguée au second plan. La saison se termine ainsi, par l'ouverture de son spectacle. Un moment de pure poésie où Shelly est sur scène, transformée elle aussi. Les mots serrés en bouche, prête à dire, elle aussi, une bonne fois pour toutes, ce qu'elle ressent. Elle le fait en chanson, Hand in my pocket d'Alanis Morissette, et la scène est un chef d'oeuvre.

    Plus que nécessaire, cette troisième saison de Transparent est un coup de maître. Elle montre du doigt les nœudsL'amour, la religion, la famille. Des nœuds autant que des remèdes possibles.

    10/10

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  • Westworld (Saison 1) Le grand théâtre des fous

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    La série-évènement, comme on aime souvent à le dire, s’appelle Westworld. Estampillée HBO, grands moyens et casting implacable, la série se veut la relève de la plus grande production de la même chaîne, Game of Thrones. A en juger par sa force scénique, elle pourrait y parvenir.

     

    Westworld est une pièce de théâtre. Elle est shakespearienne, un peu manichéenne. Il y a le bien et le mal. Au centre, une scène gigantesque. Un parc d’attraction au décor de l’Ouest américain.

    Côté jardin, les visiteurs. Les riches messieurs-tout-le-monde, ceux qui, curieux, s’aventurent dans ce parc, avides de sensations fortes. Billet d’entrée dans la poche, pour la modique somme de 40.000 dollars, les gens viennent explorer le Far West et s’adonner à leurs péchés. S’abreuver dans un saloon, coucher avec des prostituées de l’époque des pionniers, corset et regard tortueux, ou bien tuer de sang-froid des petits commerçants à l’accent du sud.

    Côté cour, il y a les hôtes. Les natifs, les gens de là-bas. En réalité, ils ne sont que des robots. Des machines humanoïdes, programmées et mises à jour selon des scénariis complexes et pensés par les ingénieurs du parc d'attraction. Ils campent des rôles attitrés, jeune fille aux abois, sheriff, bandit. Ils composent des scènes préparées répétées chaque jour, inlassablement devant les visiteurs, clament des répliques pensées par l’équipe des écrivains du parc. Jusqu’au premier pas de côté. Jusqu’aux soubresauts de leur humanité.

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    Adaptée du film Mondwest de Michael Crichton, reprise par Jonathan Nolan et Lisa Joy, Westworld est une œuvre spectaculaire et hybride associant deux antagonismes, la fantaisie ultra-moderne à l’héritage du western et de la Ruée vers l’Or. Et cette combinaison atypique fonctionne. Tant dans le divertissement du western où les coups de feux pleuvent et les répliques mièvres de l’héroïne-robot, Dolores (Evan Rachel Wood) composent une fresque fidèle aux codes du western. Tant aussi dans son concept futuriste où la direction du parc fait face à des enjeux technologiques et narratifs. A coup de bugs informatiques et de mises à jour ratées, les robots commencent en effet à changer. Ils divaguent, improvisent, prennent des initiatives. Des bugs informatiques tout simples qui permettent à la série de poser les premières questions. Celles de la conscience et de l’état de soi des robots, enjeu habituel dans une série futuriste et déjà explorée pertinemment dans Real Humans. La série pose ses bases, lentement. S’interroger sur la création. Sur le divin. Sur cette bonne vieille réalité. Celle que l’on connaît et, aussi, celle que l’on conçoit.

    Westworld est à l’image de son décor. Une série puissante et riche, aux niveaux de lecture amples, aussi philosophique que cinématographique. Une série qui ne laisse rien au hasard, surtout pas le casting. Anthony Hopkin joue le grand patron du parc,  Sidse Babett Knudsen, sa directrice sévère et jusqu’au-boutiste,  Jeffrey Wright l’un des concepteurs programmateurs. Alors qu’au Far West, Evan Rachel Wood, James Marsden, Thandie Newton incarnent les machines programmées aux balbutiements humains.

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    L’interprétation participe à la qualité de cette série tentaculaire mais qui, bien sûr, le sait. Scénarios astucieux, réalisations calibrées, le tout ici est fait au cordeau, soucieux de prouver que la mécanique dramatique est flamboyante. Les débuts de la série sont un exemple d’inauguration. Malgré un concept alambiqué, la série, légèrement didactique, est à l’aise avec son univers dual et sa mise en abyme permanente, à l’image de son logo publicitaire, le dessin célèbre de Leonard de Vinci, ici robotisé à l’extrême. La série invoque et relie autant d’œuvres différentes et indispensables, Blade Runner, Jurassik Park ou encore Lost, pour ne garder que l’essentiel.

    Parce que Westworld se veut être tout ça. Une série intelligente, spirituelle et colossale, ambitieuse, théâtrale et grandiloquente. Mais dont l’excessive poudre aux yeux, façon Game of Thrones, peut tout aussi bien fasciner qu’agacer.

    8/10

     

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