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Mum (Saison 1) La modestie du chef d'oeuvre

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Au printemps dernier, BBC 2 a lancé la saison inaugurale de Mum. A ne pas confondre avec Mom, la sitcom de très haute volée avec Anna Faris, cette consœur anglaise est aussi époustouflante d'émotion et de scènes authentiques. Indispensable pour tout sériephile.

 

Mum raconte la vie de la bientôt sexagénaire Cathy aux lendemains de la mort de son mari. Jeune veuve un peu désorientée, Cathy ne se retrouve pas seule. Au contraire. Son fils Jason n'a pas quitté le nid, débonnaire et naïf, il fait peu face aux évènements qui touchent sa famille et ne jure que par sa nouvelle petite-copine, Kelly, une jeune fille touchante de bêtise et de propos mal placés, un personnage haut en couleurs aussi agaçant que follement tendre. Chez Cathy, il y a aussi Derek qui rend visite de temps à autre à sa sœur, fièrement accompagné de sa nouvelle conjointe, Pauline, une femme sordide, méprisante et superficielle, ainsi que Michael, l'ami de famille depuis toujours, le type fiable, très soucieux du  bien-être de Cathy, qui, aussi, en pince gros pour elle. Toute cette joyeuse tribu tarabiscotée en tares horripilantes, en névroses folles furieuses est vue à travers les yeux de Cathy, la mère du clan. Maternelle, empathique, douée avec les autres, la comédienne Lesley Manville est incroyable de justesse et de bienveillance. Cathy aide, rassure, comprend, elle ne dicte rien, elle fait toujours avec. Ce personnage apaisant et lumineux offre à la série toute son âme, une musique terriblement profonde et humaniste.

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Pensée par Stefan Golaszewski et Richard Laxton à qui l'on devait la série fortement récompensée Him & Her sur un jeune couple de vingtenaires paresseux et casaniers, Mum s'écarte totalement  de ces horizons gentiment indés. Pourtant, on retrouve ici  un ton décalé et un aspect volontairement conceptuel : le deuil vécu en six étapes. Six instants de la nouvelle vie de cette femme, pris au hasard après la mort lente du mari Dave. Dans son concept narratif, Mum fait penser à Another Year de Mike Leigh qui raconte sur une année, sur quatre saisons, la vie d'un couple de sexagénaires amoureux et altruistes mais fréquemment agressés par des visites impromptues, la plus fréquente étant celle de Mary jouée par la même Lesley Manville, aux antipodes de son rôle dans Mum.

De façon générale, cette série délicieusement douce-amère a l'ADN enraciné des œuvres de Mike Leigh, Secret & Lies, film merveilleux sur l'adoption et la différence, en chef de file. Digne héritière de cette filmographie symbole de bienveillance, Mum fait œuvre de la même sobriété, la même justesse intime que le réalisateur anglais. La série montre les vices de tout un chacun, les perce à jour, les éclate à l'écran avec une cruauté véridique, et pourtant elle fouille avec une subtilité maîtresse les failles si humaines de ces gens. A l'image de la jeune Kelly insupportable d'inepties et de maladresses qui, finalement, se révèle être une femme timorée par la vie, matée par une mère moqueuse et impitoyable. Ou encore Pauline la dominatrice qui se plaît à humilier ses concitoyens pour le simple plaisir de se sentir au-dessus, finalement totalement dérobée à elle-même, désespérée par son divorce et la trahison conjugale. Mum montre ça, la solitude et la crainte de l'abandon, la peur du jugement, la vie comme une quête de sens. Parmi ces gens perdus, confus, sévèrement attachants, Cathy règne là, avec ce chagrin qu'elle tait pour demeurer la béquille des autres. Comme aucune autre, la série parle de la mort comme d'une passade soudaine dans la vie, d'une vie qui se retrouve toujours, entourée de gens malmenés par les doutes. Avec délicatesse, la série parle d'eux, les montre du doigt sans jamais les juger, les moquer, elle raconte ces petites existences qui crèvent le cœur, ces vies-là sans aucune certitude de ce qu'elles valent.

D'une pudeur folle, Mum est un chef d'œuvre absolu.

10/10

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