Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Grace & Frankie (Saison 1 et 2) La vie des septuagénaires

    Grace & Frankie,saison 1,netflix,martha kauffman,jane fonda,lili tomlin

    La vie de deux femmes d'âge avancé après une rupture brutale. Un pari mélo pour Netflix qui forge une série touchante.

     

    Grace et Frankie sont deux femmes, âgées entre 70 et 77 ans. Bien sûr, tout les oppose. L'une est bourgeoise, familière des brunchs en famille, des sorties au country club et des séances shopping chez Michael Kors. L'autre bohème, presque new-age, peintre excentrique habituée aux rites et aux incantations psychédéliques sous la pleine lune, entourée de statuettes africaines et d'objets vert-de-gris. Leur mari respectif sont associés dans un gros cabinet d'avocat mais les deux femmes se détestent. Leur vie s'effondre le jour où leur mari les quitte pour le conjoint de l'autre.

    Pensée par Martha Kauffman, l'une des créatrices de Friends, rien que ça, la comédie se paie le luxe de Jane Fonda et de Lili Tomlin dans les rôles titre. Les deux comédiennes sont fidèles à elles-mêmes, elles nuancent leur jeu et s'avèrent épisode après épisode toujours aussi admirables. Dans les rôles secondaires, Martin Scheen, June Diane Raphael, Sam Waterston, des personnages aux alentours moins bien dessinés (le personnage de la fille hystérique irrite un peu) mais un beau casting marketing. Peu importe puisque le principal réside entre les mains de ces deux héroïnes centrales, Jane Fonda, qui renouvelle son talent comique depuis dix ans, et Lili Tomlin, émouvante dans sa profondeur (très remarquée dans Damages). 

    Grace & Frankie,saison 1,netflix,martha kauffman,jane fonda,lili tomlin

    Malheureusement, les premiers épisodes de Grace et Frankie manquaient profondément de fond. Tout y était appuyé, mal géré, expédié. Dans leur logis, chez leurs amis, chez leur famille, dans leurs façons d'être, ces deux femmes hautes en couleurs peinaient à être attachantes. La faute à la série. Caricaturale à l'extrême, la série grossissait chaque réplique, gageure pour les comédiennes de jouer sans caricature. Mais la série s'est vite reconstruite. Les derniers épisodes de la première saison ont su relever le niveau. En dépassant la série grimaçante et gentiment attendue, Grace & Frankie est devenue une série familiale, de plus en plus vraisemblable, distinguée par des rapports de personnages très forts. Outre la belle histoire qui relie ces deux femmes que tout oppose, la série rend hommage à de belles amitiés, des parts de vie intenses, cette amitié que partage Frankie et son ex-mari Sol est un atout majeur de la série, une facette émouvante qui rend plus vivants encore ces deux personnages fragiles et gentiment délurés qui s'aiment toujours.

    La série confirme sa réussite avec une seconde saison de bonne facture. En s'ouvrant par l'arrêt cardiaque de Robert, le quatuor se retrouve, affecté. Et alors les nouvelles priorités s'établissent. Mariage, vérité, éducation des petits-enfants, grossesses inattendues, opportunités, les deux héroïnes reprennent les rennes de leurs existences. La série parvient à explorer la psychologie de ses personnages fantasques et offre de beaux épisodes. Celui de Grace face à ses petits-enfants est un bijou de vérité, cette grand-mère bourgeoise qui ne sait pas comment se comporter avec les siens nous montre ici une part d'elle qui nous échappait. Même chose pour Sol et Robert qui avancent ensemble, timidement, découvrant subitement cette identité gay qui les unit et qu'ils doivent désormais gérer en public. Par là, la série progresse en intimité, elle nuance, tapisse et ose dévoiler les failles de chacun sans jamais négliger sa part comique. Un beau moment.

    8/10

    Grace & Frankie,saison 1,netflix,martha kauffman,jane fonda,lili tomlin

    Lien permanent Catégories : Critiques, Grace & Frankie Imprimer Pin it!
  • The Night Manager (Mini-Série) L'espionnage domestique

    the night manager,amc,bbc,critique,serie,susanne bier,john lecarre,tom hiddleston,hugh laurie,elizabeth debicki

    Quand la grande réalisatrice danoise, Susanne Bier, se met à travailler pour la télé, elle ne fait pas les choses à moitié. Elle ose adapter un roman de John Le Carré et embauche Hugh Laurie et Tom Hiddleston pour ses deux personnages principaux. Malheureusement, le tout manque de finitions.

     

    Double production entre la chaîne anglaise BBC One et la chaîne américaine AMC, The Night Manager est l'adaptation du roman d'espionnage de John Le Carré paru en 1993. Moins confus que La Taupe mais moins palpable qu'A Most Wanted Man, la mini-séries de six (longs) épisodes raconte le recrutement par le MI6 de Jonathan Pine (Tom Hiddleston), ancien soldat pour l'armée britannique et désormais maître d'hôtel de nuit dans un palace égyptien en pleine Révolution du Nil. Sa mission ? Se rapprocher de Richard Roper, un milliardaire anglais et homme de réussite notoire qui, dans l'ombre, brasse de nombreux trafics d'armes.

    Cette série d'espionnage qui s'attèle a décrire l'infiltration d'un agent naissant a des airs de ressemblance avec les films de Susanne Bier, comme After the Wedding, Brothers ou encore In A Better World. On y retrouve les obsessions de la réalisatrice. Une ampleur complexe, un mélange de tiraillements sentimentaux et de double-jeux. Les débuts de la série sont aussi réussis que son postulat, ils parviennent à dessiner avec justesse la percée d'un homme ordinaire dans un milieu criminel et hautement encadré. Parce que l'intrigue est alambiquée,, la série déconcerte très vite en enchaînant les décors, on visite l'Egypte à la Suisse en passant par l'Afghanistan ou les îles méditerranéennes, le temps de quelques épisodes, la série essayant de retracer avec quelques ellipses construites cette lente infiltration.

    the night manager,amc,bbc,critique,serie,susanne bier,john lecarre,tom hiddleston,hugh laurie,elizabeth debicki

    Dans son processus, la série est lente, elle filme ces rares occasions où les deux héros se rapprochent, s'unissent, se font confiance, l'espion et le trafiquant. The Night Manager réussit particulièrement ces moments où le concierge de nuit infiltre la demeure familiale de Roper, en simulant un kidnapping de son enfant qu'il vient sauver. Jonathan Pine entre alors dans la gueule du loup, prêt à fraterniser et surveiller. Le climat est ensoleillé mais lourd, chaque pas dans cette villa démesurée est latent, étudié. Inquiétant. Un pas vers Richard et son entourage qui se méfie, qui le jauge, le teste, un autre vers sa femme Jed (Elizabeth Debicki) que Jonathan ne peut détourner des yeux, prisonnière elle aussi des faux semblants de son mari. Si la piste amoureuse pourrait décevoir, elle devient presque la chair de la série, le personnage de Jed est une femme hautement énigmatique mais étouffée par le poids des silences, par ces mensonges conjugaux qui ont taillé sa vie.

    Malheureusement, la série rate de peu ses ambitions d'espionnage, moins précise et haletante que Rubicon, aussi sur AMC il y a quelques années. La faute peut-être à un nombre réduit d'épisodes qui amputent un peu d'ampleur, une once d'intensité, la résolution de l'intrigue opposant les deux héros est juste correcte, ficelée comme une série de bonne facture, bien faite mais attendue, sans aucune fissure ou bouleversement narratif. Une promesse de six heures qui se termine avec peu de cachet.

    the night manager,amc,bbc,critique,serie,susanne bier,john lecarre,tom hiddleston,hugh laurie,elizabeth debicki

    7/10

    Lien permanent Catégories : Critiques, The Night Manager Imprimer Pin it!
  • The Jinx (Mini-Série) La poisse incroyable du criminel

    The Jinx,série,Robert Durst,HBO,Andrew Jarecki,Kathleen Durst

    The Jinx n'est pas une série sur un serial killer. Elle est à la fois un roman stylisé et une investigation. Un fait divers sombre, une obsession pour son réalisateur, Andrew Jarecki, menant à la récompense ultime, sur le fait. Du jamais-vu télévisuel.

     

    The Jinx, the Life and Deaths of Robert Durst, diffusée sur HBO au début de l'année 2015, est un état des lieux de l'affaire Robert Durst. Héritier richissime d'un empire immobilier new-yorkais, et personnage ultra-médiatique depuis trente ans, depuis la disparition subite, divine, de sa femme, Kathleen. Suspect idéal, lui si sévère et excentrique, coupable de déclarations discordantes, Robert s'en tire faute de preuves. Il disparaît. On le retrouve des années plus tard. Affublé de perruques, reclus dans un appartement modeste, Robert devient une femme silencieuse. De cette histoire, Andrew Jarecki réalise un long-métrage, All Good Things avec Ryan Gosling et Kirsten Dunst. Un film éloquent mais qui laisse le doute.

    Aujourd'hui, The Jinx va plus loin. Parce que l'histoire se répète. Robert Durst est retrouvé, une nouvelle fois suspect pour le meurtre et le démembrement de Morris Black, son voisin de palier qui en saurait trop. On l'arrête, mais il s'enfuit. On le retrouve encore, cette fois méconnaissable, crâne blanc pâle et sourcils rasés, dans un supermarché où le riche héritier commet l'erreur de voler à l'arrachée un sandwich à six dollars. Comme une tentative de défier le destin. Devant la justice, Robert Durst reconnaît la découpe du corps. Le démembrement de sang-froid et la jetée des sacs dans la baie de Galveston.. Mais par la force d'une plaidoirie miraculeuse, il est acquitté. Pour légitime défense. L'absurde éclate.

    En 2000, l'enquête sur la disparition de Kathleen Durst revoit le jour, par la main d'une Procureur impavide qui promet de nouveaux éléments. Notamment le témoignage de Susan Berman, fille de gangster mafieux, auteur sans sou de polars et  la meilleure amie de Robert depuis leur plus jeune âge, Robert qui l'épaule financièrement, à coup de chèques et de lettres laconiques. Juste après l'ouverture de l'enquête, l'amie est tuée. Une balle dans la nuque.

    The Jinx,série,Robert Durst,HBO,Andrew Jarecki,Kathleen Durst

    Robert Durst est-il un criminel hors catégorie ou l'homme le plus malchanceux de la terre ? Pour répondre, The Jinx n'est pas qu'un assemblage de fait divers manichéens. Par sa dramaturgie, elle est une enquête, un dilemme journalistique, une fouille sur la nature humaine, un roman sombre et tortueux, à l'image de son héros. Ce qu'ici on saisit de lui, mais ce qui nous échappe toujours, Robert Durst, étrange et bizarre, froid, sous contrôle, le regard implacable, parfois attendrissant, férocement rusé mais toujours imprenable, malgré la vieillesse qui le ronge. Comme un monstre de littérature, une créature difforme, Robert n'est pas un homme comme tout le monde. Plus intelligent, plus esseulé, blessé par une enfance tragique, le suicide de sa mère sous ses yeux, délaissée par une famille complexe et taiseuse, désormais accompagné d'une nouvelle épouse aux traits nébuleux. Comme lui.

    Fascinante dans son récit cinglé, au générique majestueux et théâtral, la série repose sur les zones d'ombres et les paroles d'experts, des proches touchants, et de Robert lui-même qui pose devant la caméra, qui se raconte, qui retrouve New-York, l'empire, la maison du frère ennemi, lui, ce maudit rejeton de famille.

    Durant ces heures de reconstitution, où le fil renoue le chas de chaque énigme dans la vie de Robert, la série passionne, brille dans sa reconstitution et son incroyable coup de théâtre final, surgissant du passé. Cette conclusion inespérée, triste et aberrante, où la vieillesse et la vérité se rejoignent enfin, trahissant, révélant en hors-champ, dans les toilettes d'un hôtel, prenant le téléspectateur à témoin, comme un piège tendu au prédateur éternellement malchanceux. Un spectacle d'une intensité extraordinaire.

    The Jinx,série,Robert Durst,HBO,Andrew Jarecki,Kathleen Durst

    10/10

    Lien permanent Catégories : Critiques, The Jinx Imprimer Pin it!