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  • The Last Man of Earth (Saison 1) Petits instincts

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    Sur la FOX et ailleurs, on ne parle que d'Empire. Pourtant, dans le rayon comédies, The Last Man on Earth, est de loin sa meilleure comédie depuis des lustres. Parce que subtile, vacharde et profondément humaine.

    L'apocalypse soudaine. L'humanité entière disparaît. Un seul homme survit. Pas plus courageux qu'un autre, plus intelligent, plus débrouillard, au contraire. Le dernier homme sur terre s'appelle Phil Miller. Il vit à Tucson, Arizona. On imagine alors une fresque humaniste, l'errance d'un homme, entouré de ballons de toutes sortes en guise d'amis quand il décompresse dans son bar QG. Mais Phil Miller est un homme victime de ses instincts primaires. Quadragénaire paresseux qui utilise une piscine comme ses toilettes, joueur puéril, passant sa journée à éclater des canettes de bière au rouleur compresseur, voleur sans foi ni loi, s'amusant à décorer de tableaux de maîtres, de sarcophages et d'ossements de dinosaures ses nouveaux et luxueux appartements. Alors pour la fresque humaniste, on n'y est pas vraiment.

    Pourtant, il y en a de l'humanité chez cet homme. Pas l'humanité la plus noble, la plus élégante, façon Montaigne, mans une nature profonde. Phil Miller est comme tout à chacun. C'est ce qui le rend attachant. Egoïste, lâche, menteur, sale, des tares étendues à des proportions comiques, mais empruntées à monsieur-tout-le-monde. Et comme monsieur-tout-le-monde, Phil n'a qu'un but : s'accoupler avec une femme.

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    Son rêve se réalise. La dernière femme apparaît devant ses yeux, en plein désert. Manque de chance, elle n'est pas le fruit d'un miracle. Carol (Kristen Schaal, toujours parfaite) est une femme au physique plutôt ingrat, aux talents culinaires atroces, bruyante, pénible, férocement romantique. Contraint, Phil l'épouse. Et alors la comédie s'emballe. Une autre femme apparaît. January Jones, splendide et méprisante, à sa façon toujours. Puis un homme gentil (mais obèse) qui pique la belle sous les yeux dépités de Phil. Et ainsi de suite. Un petit groupe se forme et Phil ne saura plus comment mener la danse.

    Originale, attendrissante, irrésistiblement amusante, The Last Man on Earth prend un malin plaisir à saisir la frustration de cet homme. Il pourrait être un personnage vil et antipathique mais il est tout l'inverse. Will Forte, espiègle, solaire, tenace, aspire surtout à se faire aimer. A se faire aimer des autres, à coup de mensonges carabinés et de belles déclarations. Mais avec lui, le groupe est cruel, à l'image du monde. La série capte ça avec brio, cette réflexion sur la domination du plus fort, du plus attractif, les relations, les désirs, sur ces peurs individuelles qui animent les comportements. A mesure que le groupe s'amplifie, ces peurs sociales contaminent les membres tour à tour. Aux prises avec la solitude, chaque personnage renoue avec ses turpitudes. Avec l'envie, la jalousie, la mesquinerie, le mépris, quitte à finir rance. Phil Miller n'est alors plus une caricature, il est le premier homme d'une humanité retrouvée, d'une humanité vivante, souvent émouvante mais profondément viciée. C'est l'art immanquable de the Last Man on Earth.

    10/10

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  • Baron Noir (Saison 1) De la politique court-circuitée

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    Fin janvier, Canal + frappait un grand coup avec sa toute première série politique, Baron Noir. Matraquage publicitaire à coup d'affiches grandiloquentes et de synopsis sulfureux. Beaucoup de bruit pour rien ?

    Aux lendemains de la diffusion des premiers épisodes de Baron Noir, la critique fut élogieuse. On n'avait pas vu meilleure série française (alors qu'au même moment sur ARTE, Trepalium, autre série française, défiait toute concurrence scénaristique). Bien sûr, Baron Noir a des qualités, de vrais acteurs, un décor (celui des usines du Nord), une histoire qui a de l'aplomb. Celle de Philippe Rickwaert, député socialiste du Nord et maire de Dunkerque, intime proche de Francis Laugier, bientôt futur président de la République, tous les deux trempés dans une affaire d'abus de biens sociaux et de financements obscurs qui pourrait menacer l'élection de ce dernier. Débute ainsi un combat vengeur entre les deux hommes.

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    A y regarder de près, la série a des airs empruntés à House of Cards, d'abord dans son postulat, un député élu prêt à tout pour faire tomber le Président- et même dans sa construction scénaristique : ce fil sans cesse noué de petites historiettes, un peu comme l'a montré la saison inaugurale de la série de Netflix avant de se terminer par un final virtuose. L'histoire qui oppose les deux rivaux socialistes, promesse centrale de la série, est ainsi festonné d'épisodes isolés qui parfois ennuient, les quelques facettes sur la loi de l'Education Nationale étant particulièrement peu attrayantes. C'est dans sa confrontation entre les deux héros incarnés par Niels Arestrup, toujours angoissant d'ambivalence, et Kad Merad, impeccable, que la série gagne en poigne. La série essaie de maîtriser l'art du rebondissement comme un Damages revisité, dans des ellipses bien ficelées, mais se perdant souvent en raison de péripéties peu flatteuses ou même grotesques. Baron Noir a à cœur d'oser la trouvaille scénaristique, fignolant ses fins d'épisodes, mais à mesure que la saison se découvre, Baron Noir annule à coup sûr ses rebondissements, petites menaces politiques, retournements de vestes, trafic d'influence, comme si elle craignait d'avoir la main tremblante ou la charge scénaristique trop lourde.

    Si beaucoup de choses sont dites vraies, Eric Benzekri, ancien collaborateur de Julien Dray et proche de François Hollande est l'un des showrunners, donnant à la série une véracité louable et légitime, il n'empêche qu'il manque à la série l'essentiel : l'ampleur de House of Cards et le verbe de The West Wing, la série croulant sous une sur-écriture prolixe, mélange de jargon technique et familier. A l'exemple d'Amélie, le personnage socialiste et bourgeois d'Anna Mouglalis, le bras droit du président et bientôt maîtresse de son rival (cherchez l'erreur) habituée aux répliques pompeuses et tragiques, justes bonnes pour incarner Andromaque sur les planches. De cet approchement inattendu entre la future chef du PS et son rival Rickwaert, on espérait bien sûr ce coup de théâtre, manipulation humaine exemplaire, menée d'une main de maître par un président de la République véreux et prêt à tout pour désamorcer son nemesis. En vain, il n'y a que de l'amour entre les deux anciens ennemis.  Un exemple parmi d'autres qui montre la limité de la série, son incapacité à ratifier ses rebondissements pour gagner en souffle, être capable de prendre en intensité, Baron Noir étant toujours une série bien faite, travaillée, souvent juste, mais férocement sérieuse, une série figée, un peu binaire, avide de personnages sur le déclin, d'accidents attendus, de moments troubles, et de coups montés toujours éphémères et peu spectaculaires.

    5/10

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