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Jessica Jones (S1) Le marvel du futur ?

Oubliés les superhéros lustrés au déguisement de satin, Jessica Jones, la nouvelle série de Netflix, n'a rien d'une belle icone. A l'inverse, elle est une héroïne bourrue et vulnérable, plus proche du polar suédois que de l'entreprise hollywoodienne.

 

L'histoire de Jessica est une histoire à demi-mot. Une histoire qui remonte au début de la décennie, dans la série Alias où Jessica Jones prend vie, incarnant une superhéroïne à la force démentielle après un accident de voiture. Aujourd'hui, Netflix reprend son histoire, en corrigeant la trajectoire. Jessica Jones est devenue une détective à son compte chargée d'élucider les affaires de moeurs et de petites coucheries. Pourtant, elle n'a rien d'une Veronica Mars. Habits noirs, moue boudeuse, maquillage sombre, répliques mornes, Jessica Jones (Kristen Rytter) est une héroïne trouble, en colère, hantée par la drogue et ses démons. Son démon à elle s'appelle Kilgrave. Un vilain au pouvoir de persuasion total qui a amadouée Jessica jusqu'au crime.

On sait peu de choses sur son enfance et sa mythologie, Jessica Jones est un mystère. Et la série s'en accommode parfaitement. Une supérhéroïne désormais retraitée, dont les pouvoirs quasi-inutilisés demeurent tapis dans le secret. Volontairement sobre, la série cible ici un tout autre traitement, quotidien et obscure, à des années lumière des Avengers et même des héros lisses de Tim Kring. Pas de flashbacks commodes, de rédemption, de révélation mystique sur l'importance de l'action superhéroïque, Jessica Jones est une jeune fille de tous les jours, cynique et désabusée, rappelant Lisbeth Salander et ses pulsions autodestructrices.

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Portée par une caméra lucide et une écriture mature, la série de Melissa Rosenberg (pourtant scénariste des Twilight) est une série singulière où le superhéros est un décor symbolique perdu au milieu d'un thriller moderne new-yorkais. Pour autant, la série se livre à l'habituel duel manichéen, Jessica Jones opposée à son nemesis, Kilgrave. Lui aussi n'est pas le méchant attendu, ce vilain anthologique à la peau violette connu pour ses ensorcellements inconscients devient sous l'oeil de la série un dandy anglais, bon chic bon genre, interprété par le toujours impeccable David Tennant. Les deux protagonistes vont alors s'affronter, non tels deux icônes de comics mais comme deux êtres abîmés, cette femme battue, manipulée face à cet homme abusif.

C'est tout le parti-pris de la série, adapter en réalisme et en noirceur une fiction Marvel, en étalant son propos. Le résultat fonctionne, plus moderne, moins niche, à la vision originale et plutôt inspirée, Jessica Jones est une belle héroïne atypique, défendue avec grâce par Kristen Rytter, moins profonde que dans Breaking Bad ou Gravity mais toujours saisissante.

7/10

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