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  • Intrusion (Saison 1) La part du mal

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    Intrusion, la nouvelle série d'Arte est une fulgurance. Trois épisodes de 52 minutes pour une virée labyrinthique dans l'étrange et dans le psyché.  Si fulgurante qu'elle pourrait laisser indécis.

     

    Depuis Dostoïevski jusqu'à Enemy, en passant par Arrested Development,  les auteurs raffolent de ces histoires. Les histoires de jumeaux, de sosies, de doubles, de nemesis. Des alter ego maléfiques qui hantent la personnalité du héros et sèment la confusion chez le téléspectateur. L'idée est reprise par Arte. Mêmes codes, même trouble. Intrusion raconte la trajectoire de Philip Kessler (Jonathan Zaccaï), un pianiste de renom, angoissé par son art exigeant et par un passé trouble. Lors d'un récital, l'homme est pris de lourdes convulsions. Il se réveille plus tard, sur le sol d'une imprimerie, dans la peau de Marc, son jumeau décédé à l'âge de dix ans.

    Créée par Xavier Palud à qui l'on doit le terrible Ils et le pas terrible A l'aveugle, cette nouvelle série française montre un vrai goût pour le classique. Un univers sériel, celui de l'habituel pianiste bourgeois marié à une femme énigmatique à peine grimaçante (Judith El Zein). Un héros à vif, hanté par des souvenirs de famille difficiles, sujets aux doutes et aux relectures. Classique aussi, pour sa narration à étapes, deux premiers épisodes consciencieux en guise d'introduction,  l'opposition naissante entre les deux doubles maléfiques, puis son altercation finale. Lorsque la vérité fait écho à la chute du héros. Des héros ?

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    Pour autant, la série n'est pas exempte d'erreurs. Des lacunes dans la réalisation, dans le son et dans l'écriture. Malgré un goût pour les fausses pistes, Intrusion pêche par une écriture volontairement silencieuse, trop peu soignée. Si la série exécute habilement le mélange des genres, entre fantastique, psychologique et drame bourgeois, elle n'a jamais l'ampleur des œuvres de son rang. Ces oeuvres-là qui éblouissent par les méandres de leurs histoires, par leur ambiance paranoïaque et intense qu'Intrusion n'a pas.

    Mais toutefois, la mini-série est audacieuse. Ambitieuse, certainement. Un peu hasardeuse aussi. Toujours, elle veille à ne pas délivrer ses secrets, à laisser le miroir partiellement caché, dans l'ombre, là où le mystère et les fantasmes électrisent jusqu'au bout les téléspectateurs. Quitte à la petite déception de fin.

    6/10

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  • Le bureau des légendes (Saison 1) L'espion sobre

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    Nouvelle création pour Canal + qui, enfin, mise du côté des séries paranoïaques à la Homeland. Pas de CIA ici, ou presque, mais la DGSE, service de renseignement extérieur français. Moins glamour aux premiers abords, et pourtant passionnant.

     

    A la DGSE, on les appelle les légendes. Des agents du renseignement. Des espions. Des clandestins, comme le héros, Mathieu Kassovitz, alias Guillaume Debailly, alias Paul Lefebvre, alias Malotru. Beaucoup d'alias pour un homme sous couverture, planqué en Syrie, à Damas depuis six ans, à jouer les professeurs de français agrégé et arabophones (le tout en une formation éclair d'un an), chargé en douce de recruter et de tisser un réseau de sources.

    La série démarre à la fin de la mission. Lorsque Malotru, exemple de nom trivial donné aux agents de la DGSE (dans la fiction comme dans la vie), rentre à Paris, serein, mais le cœur encore amoureux. La série part d'un postulat pragmatique, terriblement efficace : capter le quotidien de l'espion, entre préparatifs et contrecoups, cette hypervigilance aigüe selon la psy du service (Lea Drucker, très juste).

    Au delà du retour prodigue du héros, la série se déploie sur plusieurs intrigues fils-rouges : la disparition soudaine en Algérie d'un collègue en mission, Cyclone, et les préparatifs rigoureux d'une nouvelle recrue, Marina (Sara Giraudeau) chargée d'infiltrer un prestigieux service de sismologie en Iran. Des histoires à tiroirs donc, à peine mélo lorsque le héros renoue avec sa maîtresse syrienne, mais sans cesse menées avec rigueur et suspicion, avec un sens du détail inouï, une précision et une sobriété qui donne à la série toute son ampleur, toute son apparente réalité. En cela, la série a du cran, elle sait manier la tension d'une action secrète au jeu plus silencieux de la paranoïa, jusqu'au bout, en accumulant les rebondissements solides.

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    Sur le papier, le Bureau des Légendes avait des airs de ratage. Une vitrine superficielle et romantique sur la vie des espions, mais grâce à l'écriture ciselée d'Eric Rochant, le showrunner (Möbius, Mafiosa) et d'Emmanuel Bourdieu (scénariste des films de Desplechin), la série sonde avec finesse cet univers sans faire de zèle. Ici, pas d'espion à gros bras, de répliques manichéennes,  les espions sont surnommés Mémé, ils conduisent des Clio, ou des camions poubelle, et ressemblent à ce voisin sosie de Jean-Pierre Darroussin.

    Au delà d'intrigues parfaitement exécutées, la réussite de cette série réside ici en ce quotidien parfaitement réaliste. Ces étages ordinaires, cafétéria d'entreprise et chaises de bureau bas de gamme, ces filatures malines, sans crissements de pneus, et surtout, toutes ces astuces d'espions jamais vus, artifices ingénieux, phases de test, mensonges à double-jeu, manœuvres habiles et originales, propices au sortilège cinématographique, même dans cette ère où pullulent les séries d'espion roublardes.

     

    Au bureau des légendes, les recrues captivent par leur quotidien monocorde. Et la série, par son aisance à raconter de grands récits, minutieux et pragmatiques. Moins Homeland que la géniale et inédite The Honourable Woman.

    9/10

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