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  • Daredevil (Saison 1) L'ennui du super-héros

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    En choisissant de faire renaître Daredevil, Netflix réalise un gros coup. L'espoir de fédérer les fans des franchises Marvel, de ceux qui n'aiment ni les séries carcérales ni les séries politiques. Malheureusement là, les autres abonnés pourraient trouver le temps long.

     

    Daredevil est une marque connue, surtout distinguée par l'échec en 2003 du film avec Ben Affleck. La série promettait de rectifier le tir. Et elle y met du sien. Plus de rythme, de noirceur, de précision incarnée par un casting plutôt bon, en tête, Charlie Cox dans le rôle titre de l'avocat aveugle et justicier. Pourtant rien n'y fait.

    Daredevil est coupable de ses résolutions. De sa pertinence policée, de sa sagesse lancinante qui parcourt chaque épisode, faisant de ce binge-watching un marathon souffreteux. La série essaie de bien faire, elle réussit ses scènes de divertissement, lorsque Matt Murdock, allure branchée, lunettes rouge teintée et serties d'argent, cabotine gentiment avec son associé, Foggy, et leur secrétaire (Deborak Ann Woll, toujours pimpante depuis True Blood). La série plaît aussi quand ses épisodes se nouent entre eux, évitant de près ou loin la production à formules qui bouche les trous narratifs. Daredevil agit comme une bonne élève. Consciencieuse, visuelle, mais profondément insipide.

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    Après quelques épisodes ennuyeux sur l'enfance du héros, son accident, son père boxeur, la série démarre au troisième épisode, à la présentation du grand méchant, Fisk (Vincent D'Onofrio), un magnat voulant posséder Hell's Kitchen. Le moment enfin de cristalliser les passions. Mais le vilain, comme le reste, peine à convaincre. Ce mafieux romantique et collectionneur d'art, trop proche des grands monstres sensibles façon Hannibal Lecter, trop facile, trop attendu aussi dans son jeu massif, simplement massif. A l'image de la série, simplifiée à l'envi dans ses historiettes, sa corruption policière, ses clans d'immigrés, sa violence, lisible à des kilomètres, incohérente aussi parfois, dont les liens surfaits et évidents entre les personnages irritent souvent.

    Pas assez manichéenne pour exalter ou un peu trop pour intriguer. La série ne choisit jamais. Le résultat manque d'une voix, les bagarres sont des bagarres. Les russes et les chinois se comportent comme des russes et des chinois. Les sidekicks comme des sidekicks. Les filtres grisâtres ont beau obscurcir l'image, la rendre cinématographique pour la distinguer des productions publiques à la Arrow, cela reste trop vain. Parce que la série manque avant tout de chair. D'intensité. D'une tragédie qui par-dessous le sol viendrait nourrir l'ambiance, la ville et les personnages. La série se voudrait une âme à la Dark Knight, une inspiration malade, propice à tourmenter les esprits, profondément humaine. Mais trop prudente, trop balisée, dénuée de toute ampleur, la série se réduit elle-même.

     

    Avec Daredevil, on espérait une modernité, une série habitée, majestueuse, comme un bel opéra. A l'inverse, elle n'est qu'un saga vaine, à peine indulgente.

    3/10

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  • Orange is the new black (Saison 1&2) L'avant et l'après

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    Pile un an après l'arrêt de Weeds sur Showtime, Jenji Kohan, la folle showrunner à lunettes pointues, voit l'avenir derrière les barreaux, dans une série carcérale mélodramatique, diffusée sur Netflix, la nouvelle référence sérielle depuis House of Cards. Après la fumette, une nouvelle façon de passer l'été.

     

    Dans cette prison du Connecticut, les femmes purgent leur peine dans un esprit collaboratif. Ici, pas de viol, de corruption majeure, d'ambiance à la Emerald City, cette nouvelle série n'a rien d'un Oz au féminin (l'un des surveillants-chefs le dit au cours du pilot). Au même titre que Weeds n'était pas The Wire.

    Toujours avec les créations de Jenji Kohan, le décor de fond ne définit pas les thématiques, la série préférant se focaliser sur les détails d'une vie enfermée, de l'organisation du groupe, des traversées de chacune. Dans cette ambiance, le quotidien bouleversé de Piper Chapman (la révélation Taylor Schilling, plus mignonne qu'un dessin animé). Une jeune femme qui à quelques mois de son mariage se fait rattraper par son passé et se voit condamnée à une année de prison pour complicité de traffic de drogue. Apparemment, tirée d'une histoire vraie (le roman de Piper Kerman Orange is the new black : My year in a woman prison).

    L'étrange monde d'Orange is the new black est ainsi vu à travers les yeux de cette jeune femme d'apparence sans histoires, que tout le monde ici appelle college (elle sait aligner quelques mots). Près d'elle, on aurait pu croiser Nancy Botwin, la dealeuse de banlieue à qui finalement tout sourit, mais Jenji Kohan a préféré se débarrasser des oripeaux pour dessiner de nouveaux visages. Des femmes de trempe.

    Et c'est la plus grande réussite de cette série. Une quinzaine de personnages féminins gravitent dans ce huit-clos grisâtre, avec chacune, une trajectoire, un passé, une fantaisie, une différence. En deux saisons, deux mystères, la série traverse, relie, découd ces trajectoires avec un sens du détail et une envergure implacable. A la façon de Six Feet Under, chaque épisode raconte le passage à l'acte d'une détenue. Une variété de scénars parfois légers, ironiques, dramatiques, qui humanisent ces détenues, qui les expliquent, les conditionnent aussi. Si l'on pense d'abord que l'ensemble est trop inoffensif, la série montre son intensité à chaque milieu de saison, entre guerre de gangs et tensions familiales. La série n'est pas un portrait, elle dépeint le décor d'une prison à sécurité minimale où la liberté et le travail sont offerts à la grappe carcérale, et où le conditionnement et la lucidité effleurent parfois le sujet social.

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    A l'image du générique écrit et interprété par Regina Spektor dans lequel des regards, des bouches, des mains de femmes américaines détenues défilent en vitesse rapide, la série est une ode au temps, une façon de mettre en jours, en minutes et en souvenirs la vie carcérale, où la trivialité et le grotesque côtoie le dur et le noir.

    La faiblesse, l'hygiène, l'influence, le changement de genre, l'homosexualité, l'intimité, l'extérieur, la survie, la croyance sont autant de thématiques exposées, reliées, montées de façon brusque dans chaque épisode, et travaillées au corps par la série comme des petits prismes permettant de comprendre ces femmes et leur condition. A travers ces femmes organisées en clans, surtout raciaux -les afros, les latinos, les séniors, les chrétiennes et les blanches menées d'une main de fer par Red, la série offre une tapisserie à motifs farfelus. Un répertoire de témoignages d'écorchées vives, de Doggett,  la chrétienne investie d'une mission évangélisatrice à la petite troupe de Piper, en passant par Crazy Eyes, Miss Claudette, Dayanara, Tricia, Taystee, Poussey, autant de femmes bouleversantes dans leurs histoires et leurs jeux.

     

    Extrêmement divertissant, parfait dans sa couture,  son sens de l'enjeu et du détail, Orange is the new black est une création de personnages, originale et brillante qui décrit la prison, la liberté et l'existence féminine sous un jour rarement exposé à la télévision.

    9/10

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