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  • Broadchurch (Saison 1) Qui a tué Danny Latimer ?

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    Depuis Laura Palmer, la télévision s'empare du malheur des enfants. Broadchurch, production anglaise d'ITV, reprend l'enquête, en ayant l'esprit d'aller à rebours de tout concept thriller. D'une intelligence superbe.

     

    On aime bien les enfants, surtout les petites filles, lorsqu'elles disparaissent, lorsqu'on les tue dans les forêts. The Killing et Top of the Lake ont plus ou moins remis ça sur le tapis. Dans Broadchurch, le fondement est le même, mais le corps est différent. Pas de petite fille cachée au milieu des bois. Mais un petit garçon, retrouvé inerte sur le lit d'une plage, surplombée d'une falaise. Au loin, le paysage est beau.

    La suite est la même, évidente, mais toujours teintée de cette différence, cette façon intime, distincte et minutieuse, de montrer les gens. L'enquêteur dépêché sur les lieux est un inspecteur asocial, aigri, malmené par une condition cardiaque, qui a récemment fait scandale après une affaire criminelle qui a mal tourné, une enquête irrésolue sur le meurtre, justement, d'une petite fille. Comme si justement Broadchurch montrait du doigt tous ses thrillers ficelés d'une seule et même corde. Aux côtés de ce flic, Hardy (David Tennant), Ellie Miller (Olivia Colman, plus que parfaite) une quadra de retour de congé, de retour dans cette petite bourgade dont elle connaît tous les recoins, ses habitants, leurs façons de faire, leurs allures sauvages face à l'inconnu.

    D'entrée de jeu, un duo qui fonctionne mal sous les apparences, comme souvent. Lui est taciturne, autoritaire, sans tendresse, il prend les gens au col, ne connaît pas les détours. Elle est humaine, empathique, elle sait mêler l'ironie à la compassion. Une relation qui ouvre la voie sûre à la saison, dès le première épisode, à cette ambiance parfaitement établie. Etouffante, mais lumineuse, réaliste et pourtant si joliment mise en scène. En suivant un dispositif de résolution, sérieuse, minutieuse, cette série traque un tueur d'une façon implacable, tout en sachant montrer les effectifs d'a côté, ces rôles dans l'ombre que l'on ne montre jamais, les enquêteurs, comptables, gendarmes de seconde zone qui eux aussi s'activent à l'affaire.

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    Tout dans Broadchurch respecte cette idée très affrontée de réalisme social, de meurtre soudain d'une ville qui ne respire pas l'étrange. L'étrange se construit, se dévoile comme un filtre, les masques tombent sans théâtralité, les suspicions et le regard de l'autre. Et pourtant, malgré la mort du garçon qui règne, c'est la vie qui reste. Dans la famille du garçon, une grossesse inattendue, une affaire d'infidélité, une adolescente perdue, obligée de retrouver les siens. Il n'y a pas de thriller cloué sur les murs, ni d'artifices. Juste un drame ordinaire, domestique, qui vient perturber le nid d'une famille et d'une ville. La vie est partout, pâle ou noire, elle s'infiltre dans les foyers avoisinants, dans l'église, auprès du vicaire Paul, dans les écoles et dans le passé lourd des habitants. Une technique infaillible, où la série fait suspecter tout le monde, mais qui ici se fond dans un décor social, où les traumatismes de chacun, les femmes trompées, les enfants abandonnés, les journalistes désespérés, les veufs, et tous les autres au bord de la faillite ou de la maladie s'intercalent peu à peu, progressivement, pour venir éclater le premier plan.

    D'une construction parfaite, sans faille, qui investit le téléspectateur d'une façon rare, Broadchurch impressionne par son élan calme, sa façon de filmer l'histoire, aussi intime que flamboyante, sa manière de condamner toute morale, en laissant les paroles se murmurer, en laissant le téléspectateur témoin du récit, dans le recul et l'urgence, attentif à tout ce qui se dit.

     

    Plus qu'une série enquêtrice, Broadchurch est une série sur la perte et le prolongement, une oeuvre grande et lumineuse qui fera bientôt les beaux jours d'un remake américain. David Tennant restera l'enquêteur. Il faudra simplement oublier Olivia Colman, pas assez télégénique pour le public américain, alors qu'elle est le personnage de flic le plus fort et nuancé de ces derniers années. Heureusement, la série originale reviendra pour une seconde saison. Merci aux anglais.

    9/10

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  • Hannibal (Saison 1) L'ennui du plastique

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    Bryan Fuller est un type qui aime la mort. Dans chacune de ses séries, la mort est partout, en décor, sur les murs, possédée, ou dans sa nouvelle série, lorsqu'elle dégouline en plan ralenti, intensifiée ou antisépia. En reprenant Hannibal, l'un des personnages littéraires les plus sanguinolents et visuels qui soient, Fuller met à profit tout son savoir-faire. Et remonte la piste.

     

    La piste, c'est celle de Dragon Rouge, publié en 1981 par Thomas Harris, à l'aube de l'arrestation du docteur Lecter par l'entremise du profileur Will Graham. La série 2013 reprend cette trame d'origine, les personnages clés, tout en remontant le fleuve et en brouillant gentiment les indices. Avec Pushing Daisies, Wonderfalls et Dead Like Me, Fuller n'avait pas seulement placé la barre très haut, il avait surtout prouvé qu'il était capable d'essentiel, d'existentiel, de matière et d'ambiance. Inexistants ici.

    Il n'y a rien à dire sur la qualité formelle d'Hannibal, dépareillée du reste de la production de séries publiques. La série est le résultat voulu par NBC, ce qu'elle en attendait, un programme plus élitiste et plus impactant que les habituelles soupes en prime-time. Les moyens sont mis en œuvre, graphiques, étudiés, aux effets minutieusement pensées derrière un studio à mille boutons. Une esthétique sans faille, léchée, surléchée jusqu'à la languette, pour dire quand même, qu'ici, on ne joue pas dans la cour des morveux.

    Pour donner un peu plus de voix, le showrunner s'offre un casting sérieux, aussi impeccable que la moue torturé du héros, Hugh Dancy. Dans le rôle d'Hannibal, on ne pouvait rêver mieux que Mads Mikkelsen, mondialement remarqué depuis les drames de Bier et son prix cannois pour La Chasse (et pourtant piètre film), et puis les autres, tout aussi bien, Laurence Fishburne et quelques acteurs de l'univers Fuller, Caroline Davhernas, sortie de Wonderfalls et de sa bonne humeur, ou Eddie Izzard, pas rancunier pour deux sous après l'échec lamentable de The Mockinbird Lane sur la même chaîne. Fort de cette belle distribution, on dira que la série n'est absolument pas qu'une coquille vide, un emballage bien fait, sous des aspects satinés, légèrement inquiétants.

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    Mais on aura tort. Parce qu'Hannibal est, sur le fond comme sur la forme, terriblement prétentieuse et soporifique. Fière de son ambiance, de ses effets par milliers, de son jeu de personnages tendrement complexe et fouillé, propre au héros, transpirant, angoissé, pris par des visions cauchemardesques, à la fois sauveur et névrosé, la série feuilletonnante, traversée par des destins de psychopathes en tout genre, perd toute sa substance. Elle oublie tout intérêt dramatique, toute force iconique du rapport de force entre deux personnages littéraires sacrément bâtis, personnages qui ne devraient pas avoir besoin de tout l'apparat d'une production complexée.

    Sous des aspects jolis et musicaux (dont la bande-son grave est en boucle, sans fin, n'épargnant aucun plan, aucune réplique), Hannibal est triste, scolaire, jamais disponible, dénuée de toute forme d'humour et de distance. On suit l'arc sans émotion, sans effroi, ballotté entre les plans élégants et les interprétations solides, l'autisme léger de Dancy (marié à Claire Danes, la névrose, c'est pour la vie) et l'austérité cossue de Mikkelsen, paumé au milieu de cet univers fermé et, ironiquement, dénué de chair.

     

    Hannibal n'est pas un navet. Elle est une série publique qui se veut meilleure que les autres, qui se veut bœuf sur son beau nénuphar. Mais elle passe à côté de l'essentiel, d'une synergie dramatique, d'un investissement, d'une emprise par le téléspectateur.

    4/10

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