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  • Real Humans (Saison 1) Comment vivre avec son androïde ?


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    Dans le paysage audiovisuel français, Arte dicte une nouvelle conduite en matière de séries. Après The Killing ou Borgen, la chaîne d'auteur exporte Real Humans, une série venue de Suède.  Un nouveau pied-de nez fait à Canal + et sa diffusion automatique des séries U.S dites huppées.

     

    Créée par Lars Lundström, Real Humans (Akta Manniskor que l'on peut traduire par 100% Humains) désigne la société suédoise aux airs de zone pavillonnaire américaine dont les habitants sont désormais aidés par des robots aux traits humanisant. Les hubots. A travers le portrait quotidien de figures-types, la famille nombreuse, le veuf âgé, la femme divorcée, ces hubots apportent leur contribution, comme de nouveaux domestiques, de nouveaux ouvriers, de nouveaux vecteurs de services. 

    Mais que l'on se rassure, dans la société future, rien n'a changé. Les robots existent mais ils ne sont que des objets incapables d'émotion, d'état d'âme ou d'intention... sauf lorsque l'homme y met son grain de sel.  Ainsi, la série réussit à créer cette société ultra-moderne authentique sans ce décor futuriste ou cette logique expérimentatrice. Il s'agit d'une société depuis longtemps établie, harmonieuse de classes privilégiées se dédouanant de tâches ingrates. Acheter un hubot est un acte quotidien, sévèrement codifié mais facile à mettre en pratique. Anita ou Mini, le hubot-star est d'ailleurs une offre cadeau "1 acheté = 1 gratuit", dans une logique de consommation bien vue.

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    Le point fort de Real Humans, c'est que la série ne traite pas son sujet de façon fantastique, la série se rangeant davantage du côté du drame ou du film social. Plus intimiste et détaillée, la série voit le robot comme une métaphore de préoccupations actuelles, fort de questionnements ethico-moraux, il est le matériel pour lequel la série exploite avec une précision rare le rapport de l'être humain à l'objet, captant leurs interactions, leurs failles et leurs excès.

    Puisqu'à force de soutien et de magouille technique, les hubots empiètent. Débordent. Certains se sentent menacés, un parti 100% Humains se met en place. La série réussit ainsi à critiquer son modèle sociétal et à rassembler les composants d'un extrémisme générique dont la traite des noirs n'est qu'une origine parmi toutes. Plusieurs pistes scénaristiques,  du  robot détraqué, sexuel (façon A.I) au robot victime de viol et de maltraitance, questionnent le rôle de l'humain à l'objet. Car le robot reste robot. Un véhicule motorisé relié à un fil électrique, soumis à un mode d'emploi et à un contrôle technique. Ainsi, la série s'échappe volontairement de cette dépendance technologique et invente un mouvement des hubots libres ou hybrides, crée en marge du secteur industriel. Avec ces hubots affranchis de codes, réclamant des droits, les sentiments se volent et les vices se plagient. L'homme n'est plus qu'un rival. Une espèce menacée.

     

    Avec une belle lucidité sur notre époque et une réflexion scénaristique d'envergure, Real Humans s'avère être une anti-fable incontrôlable, dense et minutieuse, laissant penser que dans une société lointaine améliorée, les enjeux ont un sacré air de déjà-vu.

    8.5/10

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  • Rubicon (Saison 1) Jeux et enjeux de pouvoirs

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    Après Mad Men puis Breaking Bad, il était temps pour la chaîne classique AMC de transformer l’essai du suprême sériel en principe intangible. Les deux séries les plus classieuses du moment ont beau attirer les superlatifs, AMC devait développer sa collection de trophées. Avec Rubicon, série très comploteuse, la chaîne premium part sur les traces bigarrées de HBO.

     

    Rubicon n’est plus seulement ce petit fleuve italien mythique outrepassé par l’ami Jules, aujourd’hui, il désigne une théorie du complot, une intrigue de taille qui pourrait bien malmener le paysage télévisuel du mystère. Ce mystère, toujours lui. Le complot, les jeux de pouvoir, les conspirations gouvernementales, les assassinats politiques, les agences secrètes, les américains en raffolent, en redemandent, sous formes de polars en tout genres, de fictions câblées, de formulas hertziens, et de best-sellers à la Vinci Code.

    Alors pour entretenir les machinations, la paranoïa fantasmée de certains, les élucubrations de certains autres, Rubicon a le potentiel idéal pour devenir la référence du complot. Si la série n’a pas l’envergure de Mad Men ou Breaking Bad, qu’à cela ne tienne, Rubicon tente de nous concerner avec sa richesse du détail, son sens visuel et musical de la mise en scène, son enrobage froid, toujours inquiétant.

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    L’expert, ici, s’appelle Will (James Badge Dale, The Pacific). Veuf et solitaire (l’homme a perdu femme et enfants qui l’attendaient sur le toit d’une tour du World Trade Center le jour des attentats), Will est un analyste pour une agence gouvernementale secrète dissimulée derrière une société fictive.
    A la mort de son patron et guide spirituel, Will va se mettre sur la piste de mystérieux jeux fléchés parus dans plusieurs grands quotidiens internationaux. De cette enquête à la mort de son ami, Will réalise qu'une intrigue se trame.

    Il y a quelque chose dans Rubicon qui renoue avec le classicisme du genre du thriller. Une vraie ambiance, d’emblée, s’institue au sein des murs silencieux de cette agence secrète. Le leitmotiv de la série, son intrigue centrale désignant un traquenard politico-financier planétaire, est prudemment conservé, à mesure que se taillent les enjeux, les personnalités et nos attentes.
    Pas de vraie prise de risque, de storylines appétissantes tels des effets d’annonces, Rubicon est une série qui prend volontairement son temps, qui pose les bases d’une intrigue costaude, qui semble être façonnée en amont.

     

    Outre les enjeux importants sous-jacents à la série, à la manière d’un Damages flamboyant, Rubicon se révèle efficace dans ses mises en forme, dans l’introspection de ses personnages, tous ambivalents, et dans cette ambiance dangereuse latente.
    Malgré un regard scénique parfois trop poseur, Rubicon nous interpelle suffisamment pour garantir un bon divertissement.

    7/10

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