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  • L’Arnacoeur vs Tout Ce Qui Brille - Critique croisée

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    Une fois n’est pas coutume, deux films passent main dans la main sous le broyeur de la critique. L’Arnacoeur de Pascal Chaumeil et Tout ce Qui Brille de Géraldine Nakache et Hervé Mimram. Entre ces deux comédies françaises, rien en commun, si ce n’est un consensus médiatique sur leur supposée bonne facture. Dans l’étude comparative du meilleur cabotinage, quel projet frenchi sortira gagnant ?


    Personnalité

    D’abord, pour les deux films français printaniers, l’Arnacoeur et Tout ce qui Brille, deux têtes d’affiche diamétralement opposées. Romain Duris et Vanessa Paradis sur le retour dans le premier, ou un choix d’acteurs caviars, méticuleusement sélectionnés pour appâter le grand public. Alors que dans Tout ce Qui Brille, la part belle est faite à Géraldine Nakache et Leila Bekthi, deux actrices montantes et sympathiques mais pas bien solides en matière d’attrait marketing. Plus osé, Tout ce qui Brille relègue farouchement au rang d’accessoire chic et choc, deux comédiennes plutôt bankables, Virginie Ledoyen et Linh-Dan Pham en lesbiennes socialites, pour un parti pris contraire au concept de son titre.


    Pourtant, autant dans l’Arnacoeur que dans Tout ce qui Brille, ce sont bel et bien les seconds rôles loufoques qui parviennent à tenir la dragée haute face aux héros protagonistes. D’un côté, Julie Ferrier et François Damiens impeccables en époux espions malgré eux. De l’autre, Audrey Lamy, sœur cadette d’Alexandra qui interprète une fille banlieusarde prof de sport avec étincelle et bagou. Deux trajectoires foutraques qui contrastent au paysage lisse et joli des deux œuvres, en apportant une touche d’humour enlevé et de franc-parler fort en bouche.

    Avantage quand même au film grande gueule de Géraldine Nakache, héroïne plus dynamique qu’une Vanessa à peine alerte.


    Histoire de charme

    D’emblée, le sujet de Tout Ce Qui Brille sur le quotidien menteur de deux jeunes filles de cité avait des airs de présentoir populiste. Loin d’être démago, le film s’est emparé d’un thème teinté social pour composer humblement une odelette branchée sur l’amitié, traitée avec simplicité et sérieux. Stigmatisant l’air de rien la distinction sociale à qui mieux mieux, l’apparat sur fond de parisianisme d’une France d’en bas qui ne s’ignore plus, cette première œuvre, superbement écrit, étonne autant qu’elle désopile.

    Honnêtement perfectible mais débordant d’humour et d’énergie communicative, Tout Ce Qui Brille est la promesse d’une nouvelle génération sans prétention de comédies, décidée à dépoussiérer ce genre sinistré.


    Dans l’Arnacoeur, comédie gentiment cynique, le fond est loin des allusions réalistes de Tout ce qui Brille. Mêlant grotesque à la hâte et subtile filouterie, sa mécanique démarre sous les chapeaux de roues, mais peine à maintenir ce rythme sur la durée. Alternant scènes de chassé-croisé amoureux et gags soufflés parfois réussis, parfois en toc, la cadence et le charme du film en pâtissent rapidement.

    D’autant plus que le souci permanent de polir les angles et de viser l’happy end mélo général condamne l’Arnacoeur à du déjà-vu sentimentalo-frileux, façon Hors de Prix ou comédie weberienne. On espérait plus d’une comédie dite enlevée, qui mêlait romance et action, Paradis et Duris.


    Si l’Arnacoeur peine à tenir le haut du pavé dans le genre de la comédie française renouvelée, victime de sa romance à toute épreuve et de son duo de stars qui n‘a rien de l’alchimie promise, la dramédie plus actuelle et bien plus attachante de Tout ce qui Brille, réussit elle, entre émotion authentique et situations drolatiques irrésistibles, à complètement s’imposer dans un courant casse-gueule, génialement maîtrisé. Une victoire humble et sincère, qui s’assume telle quelle.

     

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    L’Arnacoeur : 5.5/10

    Tout Ce Qui Brille : 8.5/10

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  • Millenium : film, série, romans : l'acteur principal vous dit tout !

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    Alors que la série MILLENIUM est actuellement diffusée sur Canal+, l’Hebdo Séries est allé à la rencontre de Michael Nyqvist, acteur principal de cette adaptation à succès des romans de Stieg Larrson. Il évoque pour nous le rapport entre film et série, les différences avec les romans, ses sources d’inspiration, l’intérêt du format série, et sa ressemblance avec un célèbre acteur hollywoodien...

     

    Egalement au sommaire :

    -         Christian Slater est encore de retour

    -         MODERN FAMILY et FLASHFORWARD débarquent en France.

    -         NURSE JACKIE est sur Twitter

    -         La gym féminine se décline en séries

    -         On a trouvé le sosie de George Clooney !

     

     

    Bonne émission, et à la semaine prochaine pour le grand retour des DESPERATE HOUSEWIVES !




    L’Hebdo Séries, c’est votre émission de référence sur les séries. Chaque jeudi, retrouvez toute l’actu de vos séries préférées en 7 minutes chrono ! News, reportages, interviews, tendance, sélec…Toutes les émissions sur http://www.canalplus.fr/hebdoseries

     

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  • Alice au pays des Merveilles (Critique) A pétard maniéré

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    Revisiter un classique, pire un monument littéraire, un état d’esprit, n’est jamais une mince affaire. Même lorsqu’on a fait des adaptations épico-gothiques son mot d’ordre moderne, imperturbable dans une carrière de cinéaste pourtant jalonnée d’œuvres originales diaboliquement ingénieuses. Mais aussi de ratés dupliqués (Sweeney Todd).

    A croire que Tim Burton ne s’épanouit réellement dans son art qu’en reprenant le matériau des autres. La teinte or de la chevelure d’Alice en aurait-t-elle été délavée ?

     

    L’heure du geste

    Chef d’œuvres parmi les plus aboutis et matures que le monde de la littérature ait porté, Alice au pays des Merveilles est une histoire à tiroirs sans limite imaginaire, où la fantaisie fréquente la déraison, l’onirisme prend à bras-le-corps la barbarie, tous s’épuisant aussi dans la douce impertinence d’une fillette.

    Alors qui mieux que Tim Burton, chef de file du conte néo-baroque, pour adapter telle basilique ? Mais voilà qu’étonnamment, le réalisateur excentrique a oublié sur le chemin de l’appropriation éhontée, une empreinte personnelle, de celle qui avait consacré la poésie du cinéaste.

     

    Alice du studio Disney 2010 ne s’encombre donc pas de fioriture spirituelle, l’accent est mis sur le divertissement. A cet égard, un contrat à moitié rempli, Tim Burton établit avec conviction sa vision formelle de l’œuvre en question, injectant aux personnages clés un maniérisme hilarant. Sans vraiment pourtant instaurer une esthétique propre, une imagerie gothique qui aurait donné à Alice et son pays, une modernité plastique, un regard nouvellement biscornu.

    Du lot, outre Mia Wasikoswka (révélée par In Treatment), dans le rôle-titre – mais limité, ce sont les trois héros secondaires et leur tare caractéristique (le despotisme adipeux fait Reine rouge, l’afféterie gestuelle d’une Reine Blanche et l’air grimaçant du Chapelier) qui assurent un spectacle amusé. Dommage que le décor, les milles détails animés –l’essentiel ou presque de l’œuvre-, là cantonnés à un catalogue de références survolées, ne rejoignent pas ce maniérisme à la drôlerie originale.


    Tout au contraire

    Dans l’oeuvre de Caroll, pas de morale bien pensante, de lecture juvénile soulignée. Alice est d’abord une œuvre de maturité qui excelle à rendre compte que la liberté et le possible sont inextricablement liés. Alors d’emblée, ce qui frappe ici, c’est l’absence totale de symbolique, de laisser-faire, substitués à une aventure-attraction.
    On salue évidemment la tentative de Burton de trouver un autre écho à cette histoire sur-instituée. Toutefois un brin simplette et tristement manichéenne, à l’image de l’échiquier grandeur nature.

    Plus lisse, plus sécurisé, le fond du film s’organise avec célérité.  Péripéties ultraminutées, dénouement linéaire, complaisant, aventure globale surdémontrée : l’histoire se banalise à mesure qu’elle déploie son imagerie et va à l’encontre totale de l’incohérence prônée par l’œuvre. Ses jeux de mots, sa langue mystérieuse, ses casse-tête interminables, son absurdité expérimentale. Rien de tout ça chez Burton, qui lui préfère les scenarii d’aventure de jeux vidéos. Même le guinguendélire final du Chapelier lorgne plus de l’essai ridicule que de l’incarnation poétique.

     

    Si l’univers burtonien ne décevra pas les plus fervents admirateurs du cinéaste, qui a ici réussi à procurer une autre forme farfelue à l’œuvre, les puristes du conte de Carroll pourraient bien crier à la supercherie face à cette gabegie narrative. Une question épineuse d’angle de vue.

    5.5/10

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  • Skins (Saison 4) Le grand huit émotionnel

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    Everyone - 4.08 (diffusé le 18.03.10)

    L'épisode qui clôture la deuxième génération : Effy est de retour parmi ses amis, la bande assume que Freddie a disparu jusqu'à ce que Cook découvre la vérité. L'année se termine et chacun prend son chemin...

    Cet épisode est donc le dernier de cette deuxième génération, qui aura sûrement connu autant de hauts que de bas. On ne peut pas dire qu'ils soient partis par la grande porte, cette saison 4 étant extrêmement bancale, comme peut l'être ce season finale qui donne un goût  d'inachevé.

    Il répond pourtant à la formule classique de ce genre d'épisodes : donner à chaque personnage une conclusion à son histoire, mais le problème vient surtout de la construction de la saison qui s'est davantage concentrée sur les personnages en solitaire et ce series finale en souffre par conséquent.
    Et si on peut apprécier l'effort de revenir à la case départ (Emily et Naomi se réconcilient, on imagine qu'il soit de même pour Pandora et Thomas) et d'effacer les erreurs, les vraies, c'est définitivement trop tard car l'épisode manque grandement de cohérence avec les épisodes précédents.

    Les facilités scénaristes sont nombreuses : Thomas et Pandora qui partent pour Harvard, rien que ça ; Effy qui reprend ses habitudes fêtardes ; la bande qui semble donner peu d'intérêt au  "départ" de Freddie.
    Pire, on ne se sent même plus concerné par ce qu'il se passe pour ces personnages, ils font leur sortie dans l'indifférence totale. On ne sait même pas ce qu'il va devenir de JJ, pourtant le protagoniste le plus sympathique et qui nous ramenait avec le plus de facilité aux temps plus joyeux de la saison inaugurale.

    La scène finale aurait pu être légendaire, avec un Cook prêt à venger la mort de son pote. Mais rien de tout ça : on n'est pas surpris, ni touché.
    On regarde Skins sans plus s'intéresser aux personnages et c'est un défaut capital. Surtout que ladite scène a été coupée très subitement. En même temps, on comprend les scénaristes de ne pas vouloir nous montrer une scène de baston. Trop over the top, sûrement.

    C'est donc la fin pour une génération qui nous avait pourtant montré ce qu'elle avait dans le ventre dans la saison 3. qui était quand même loin d'être extraordinaire. Mais la saison 4 aura été la plus faible de la série jusque là : des épisodes mous, improvisés, et une conclusion décevante. Les personnages ont perdu de leur charme, indéniablement. Et Skins sans ses personnages, c'est une série sans âme qui nage dans l'incertitude, une profonde déception en découlant.

    (5/10)

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  • THE PACIFIC débarque : Interviews et images inédites !

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    Après BAND OF BROTHERS, la nouvelle série évènement du duo Hanks-Spielberg, THE PACIFIC débarque sur HBO. Pour l'occasion, l'Hebdo Séries vous gâte avec des interviews et des images inédites de cette superproduction, que vous pourrez bientôt découvrir sur Canal+.



    Egalement au sommaire :

    - La nouvelle série des créateurs de PIGALLE se précise

    - Jack Bauer sur le départ

    - MAD MEN adapté en.... poupées !

    - Dans la sélec : MILLENIUM, LA LOI SELON BARTOLI et HOW I MET YOUR MOTHER

    - Le tout nouveau teaser de BOARDWALK EMPIRE


    Bonne émission !

     

     

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  • Sons of Tucson (Saison 1) Enfantillages sans goût

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    Pilot – 1.01 (diffusé le 14.03.10)

     

    Entre les valeurs sûres animées dominicales, la FOX vient de lancer en mi-saison le pilot d’une nouvelle comédie, Sons of Tucson. Mais entre l’humour à plat et les situations poussives, difficile de voir dans ce nouveau projet caractéristique d’une chaîne, une quelconque nouveauté, encore moins, un genre comique.

     

    Ron est un looser prouvé, entre les arnaques de supermarché, une caisse à mi-temps et les dettes gourmandes, cet énergumène mal rasé et ventripotent n’aspire pas à grand avenir. Par chance, il croise le chemin de trois jeunes enfants, qui le recruteront pour assurer les services paternels jusqu’à ce que vrai Papa, riche banquier véreux, sorte de prison. Tout ça parce que la D.A.S.S américaine craint un peu.

    Si Lux (Life Unexpected) avait l’argent de la famille Gunderson, nul doute que la jeune boucle d’or aurait elle aussi décidé d’un avenir sans autorité. Heureusement pour elle, ce sont les trois fils Gunderson qui vont porter sur le dos Tyler Labine fait boulet. Version simplette de Jack Black, l’allure comique en moins. Dans The Reaper, le comédien tentait déjà, tant bien que mal, de nous faire décrocher un sourire en jouant les pitres mal fagotés. Là encore, la palette de jeu est limitée à deux grimaces.

     

    En dépit des succès récents des comédies réactualisées d’ABC, Sons of Tucson mise elle sur une potacherie presque dépassée. Un humour gras et prévisible qui jamais nous embarque dans cette aventure faite de course poursuites et de dialogues éculés. Déploiement poussif, presque a-rythmé, répliques sans panache, le pilot est une succession de sketchs sans entrain, préférant les péripéties overzetop sans regard.

    Il n’y a donc plus de morale, le parent n’est qu’accessoire. L’enfant roi tire les ficelles, à coup de liasses de billets. Si Sons of Tucson dit bien quelque chose, c’est ça. Malheureusement, cette indiscipline à la mode ne rend même pas attachants ces enfants protagonistes –qui d’ailleurs ont été changés au pied levé en ce début d’année sérielle.
    Pire, la série condamne ses trois jeunes héros à être une caricature irritante et bêta. Un rôle inverse de ce bon vieux Malcolm (SoT bénéficie de la même prod) ou de ces Brick, Haley, Luke, qui illuminent désormais les mercredis d’ABC.

    4/10

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  • Séries télé : les spin-off passés au crible

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    CSI, Law & Order, NCIS, Friends, Buffy...

    Innombrables sont les séries qui ont connu un spin-off, ces programmes dérivés des originaux. L’Hebdo Séries s’intéresse cette semaine à ce phénomène, et analyse ces œuvres qui partagent le même univers et parfois les mêmes personnages. Entre rentabilisation d’une marque et prolongement du rêve, les exemples ne manquent pas : FRIENDS/JOEY, BERVERLY HILLS/MELROSE PLACE, BUFFY/ANGEL, BATTLESTAR GALACTICA/CAPRICA, LES EXPERTS/LES EXPERTS MIAMI, JAG/NCIS …


    Dans l’émission, retrouvez aussi les traditionnelles news, chargées en casting et prolongements, mais aussi la sélec télé de la semaine, et un bonus hilarant où Zach Galifianakis (VERY BAD TRIP, BORED TO DEATH) s’incruste dans les émissions d’NBC.


    Bonne émission, et à la semaine prochaine, avec des interviews et images exclusives de THE PACIFIC, la dernière superproduction d’HBO !

     

     



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  • Precious (Critique) Au summum du pire, une existence précieuse

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    Au cinéma, il existe une hiérarchie du malheur, allant des humiliations quotidiennes, des crises sociales, des revers, jusqu’à l’ineffable du sordide. Au summum du pire, il y a Precious. Une existence condensée du mal, ébranlant chaque seconde le spectateur. Si Precious dérange et émeut à la fois, c’est parce qu’il cogne là où la plaie n’est pas refermée.

     

     

    Sous le gouffre, le gouffre encore

    Clareece, surnommée Precious (Gabourey Sidibe), est une adolescente obèse. Violée par son père, sous les yeux d’une mère tyrannique et persécutrice, qui la déteste pour lui avoir volé son homme. De ces incestes, est née sa première fille, un enfant trisomique dont elle ne peut s’occuper. Un garçon par la suite, normal cette fois, dont la naissance fait malencontreusement apprendre à Precious qu’elle est atteinte du SIDA.

    De cette hiérarchie du malheur donc, Precious atteint son sommet. Imbattable sur le terrain de l’épouvantable, de l’immondice, de cette cruauté totale, perpétuelle, harassante, qui cogne l’héroïne à coup de viols et de pots de fleurs, le film est d’abord une épreuve humaine qui surnage dans la douleur sans se noyer, assumée et vertigineuse.


    D’abord, Precious est une héroïne timide dont la retenue délicate puise dans le spectaculaire, le physique colossal de l’actrice oeuvrant en ce sens (une claque par elle, c’est un coup de massue). Et puis, il y a cette scène où  Precious révèle sa puissance dans les larmes. Révélant sa tristesse au grand jour, autour de l’atelier d’écriture auquel elle assiste assidûment, son fardeau infernal dans ces mots qui glissent enfin.

    Sur cette pente de la survie (et de l’instruction, une condition) vers lequel l’héroïne semble vouloir discrètement se hisser, Precious rencontre une institutrice lesbienne (Paula Patton, radieuse) et une assistante sociale courageuse (Mariah Carey, exagérément surprenante). Le film ne lorgne alors plus du côté de la torpeur sociale, il est question de s’en sortir malgré les bâfres et les cicatrices.

     

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    Sans regard, sans façon

    Parce que Precious n’est aucunement un cahier de doléances, une vitrine du malheur, c’est une œuvre forte, sans concessions. Si évidemment certaines mines attendries de travailleurs sociaux sont là en face de cette héroïne qui voûte sous le poids de l’affreux, le film refuse ardemment le maniérisme.

    Souvent inexpressive, l’héroïne même pas attachante, ne plaide pas la souffrance. Son entourage est inerte, sans remord (à l’exception d’une scène maternelle finale qui nous prend littéralement à la gorge). Même ses camarades de classe ricanent de voir le nourrisson de trois jours de leur copine enveloppé dans une layette couverte de sang.

     

    C’est cette entièreté lucide qui finit par tordre les boyaux, déjà bien malmenés par cette affliction de départ (le film s’ouvre quasiment sur le viol de la jeune fille). A aucun moment, l’oeuvre se pose, se complait dans ses successifs coups du sort, sans chagrin affiché, sans détresse proclamée. Pas de tension, juste un état piteux.

    Vierge de tout désir pleurard, le film justifie ainsi et avec force son absence de mise en scène, voire ses allures amatrices.
    Brute, Precious livre ainsi son sujet tout aussi rudement, sans pincette, comme une insulte maternelle ignoble lancée au visage, mais délicatement sur la durée ou le fond. A l’image de ces pensées qui trottent dans la tête de l’héroïne illettrée, des discours mal conjugués mais intacts dans ce désir de gloire pailletée, cette envie féroce de s’extirper du calvaire.

     

    Precious, traumatisante, déstabilisante, éprouvante, au fardeau social très lourd, est un film sur la résilience. In fine, une ode modeste à la reconstruction.

    8/10

     

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