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06.12.2010
Big Love (Saison 4 - Bilan) La croyance dans tous ses états

Un grand moment de série, unique et intense que nous a offert en guise d’épisode final, et chaque dimanche pendant neuf semaines, l’inégalable Big Love. Avec une saison parfaite de bout en bout, un exemple de maîtrise, à tout niveau, de spiritualité, d’écriture, d’émotion, Big Love s’achève sur une note plus qu’aboutie, le summum de l’évolution, de l’ambition d’une série qui toujours va plus loin, qui après quatre ans d’antenne, nous émeut, nous cogne, nous surprend toujours. Sans jamais nous éconduire.
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Chemin de fer électrique
On aurait vraiment pu penser que cette année, Big Love avait multiplié les histoires, en quête de direction et d’étoffe. Pourtant, à en juger par le chemin de fer de ce season finale, difficile de voir autre chose que l’assemblement méthodique et naturel de chaque élément déployé au cours de la saison, du plus insignifiant au plus frappant.
Du plus insignifiant donc, on commence par la nouvelle vie d’Alby qui n’a plus de sens depuis la découverte puis perte de son amant et qui pour oublier, se venge sur sa femme chef, en oublie sa sœur, sa foi et même son ambition dirigé vers Juniper Creek. Plus rien n’importe, Alby devient l’ombre de lui-même, cet épisode finale le rappelle subtilement, sans s’attarder, sans se draper dans de grandes zou mélodramatiques.

On retrouve cette même pudeur de fond, qui ne souligne que mieux l’émotion de la série dans les trop rares scènes de retour de Don. Lui aussi, sa vie est détruite depuis la dénonciation honteuse et égoïste de Bill soucieux de protéger sa seule famille, et non sa religion. La scène du fils vengeur était surprenante, nous rappelant avant tout que la série ne laisse rien au destin, ne mettant jamais ses histoires secondaires sur le bas-côté.
En début de saison, Bill devient à la co-tête d’un casino d’Etat. L’histoire n’avait au départ qu’un potentiel limité en raison du rapide intérêt pour la politique du nouveau patron à sous. Pourtant, la série poursuivait d’approfondir les relations des Indiens avec Barb et l’arrivée de Marylin n’a fait que rendre indispensable cette facette du jeu pour la suite. Formidablement menée, digne d’un thriller politique haletant, la carte Marylin a été jouée avec efficacité, faisant précipiter les évènements de la série telle une avalanche incontrôlable et montrant la force des lobbyings et de la mesquinerie politique dans la société américaine.
Tandis que le sort de la réserve indienne a non seulement ajouté une pierre non négligeable à l’édifice final, il a en outre eu un impact incommensurable sur l’équilibre de la femme de Bill, qui décide d’une vendetta personnelle sous forme de test de paternité.

Et puis, il y a Ana dont l’histoire va rapidement s’entremêler à celle des sister-wives héroïnes. Mais d’abord, le retour de l’immigrée signe une fois de plus la constante maîtrise de la série, qui, contrairement à beaucoup d’autres, ne compose pas ses idées de manière isolée en espérant au bout du compte y voir un constat de globalité. La série ne prend pas ses marques a posteriori, elle les crée elle-même en amont, en jaugeant son édifice passé et sa potentialité. La série aurait-elle été aussi époustouflante de réussite sans l’ingérence d’Ana dans l’équilibre familial, sans celle de Marylin dans la sphère de Bill, sans la trame homosexuelle sublime d’Alby, sans ces détails secondaires souvent métaphoriques (on y revient vite) ?
Une trame noire
Cette année, la série semblait vouloir faire la part belle à la quotidienneté de la famille Henrickson, l’ambition politique d’une tribu fondamentalement apolitique poussée par un chef de clan qui n’aspire qu’à la reconnaissance publique. A la mi-saison, avec en point d’orgue l’épisode noirâtre au Mexique, la série est venue corriger ce parti pris standardisé en reprenant les ingrédients dérangeants qui ont fait son succès les deux premières années.

Moins de Juniper Creek, et d’éventuelle course à la prophétie (un regret), la série préfère consacrer la venue d’un nouvel ancien, JJ un fervent polygame du Kansas, aux dents longues, à l’air plus qu’inquiétant et l’arrivée avec lui, de sa compagnie, aussi carnivàlesque que la communauté du prophète toute entière. La série a pris son temps pour distiller les éléments de l’arc annuel. Privilégiant la mise en scène d’un caractère dangereux pendant de longues semaines, pour dévoiler en toute fin les véritables tenants de cette histoire eugéniste –dont la dimension sordide fait écho à cette mise en scène, initiée par Zeljko Ivanek, dont le jeu est encore plus féroce que dans Damages.
Pour certains, dévoiler le contenu du mystère qui entourait ce personnage (et qui concernait tout le clan de Bill, à travers Nicky, l’ex-femme de JJ et mère de sa fille, Cara Lynn) et le résoudre dans le même temps pourrait être un brin risqué, mettant à mal tout le potentiel dramatique de l’histoire. Ce fut pile le contraire, l’intrigue de JJ et d’Adaleen, à l’effet démontré (no spoiler), permit de bâtir une conclusion majestueuse à la série, la justification de tant de malaise injecté tacitement tout au long de saison (via l’ex-mariage de Nicky, Wanda et son noyau familial pourri), tout en étant un clin d’œil de noirceur fait aux adeptes de Big Love qui leur rappelle à bien des égards que la série reste sur les mêmes bases HBOesques de ses débuts.

Famille : la matière inextinguible de la série
Si le paysage de la série est dense, sans limite, il ne serait qu’un terrain vague sans allure sans la tribu réduite des Henrickson. Comme chaque année, les trois épouses formidables de Bill ont bénéficié d’une attention particulière, d’une évolution manifeste, signant çà et là des moments forts servis sur des répliques dont la justesse n’a pas d’égal, même dans Big Love.
Entre la première saison et celle-ci, le bouleversement dans l’ordre familial établi est impressionnant. Margene s’émancipe, aspire à une indépendance et un regard, s’offre même une soupape de sécurité. La business woman se marie avec Goran pour assurer à lui, Ana et son enfant de rester sur le sol américain. En filigrane, c’est la peur de s’engager dans un mariage polygame connu de tous qui effraie Margene, peut-être la peur tout court de l’engagement alors que le succès et l’argent lui tendent les bras.

A l’inverse, Barb qui était la plus fidèle de toutes, devient l’opposant attitré de Bill. Des choix, des positions, des priorités jusque dans les conceptions de Bill, Barb n’est plus. La femme a appris à ses dépends que l’illusion de son mariage résonnait que trop bien dans chaque facette de la vie de son mari. En apprenant que Bill avait couché avec Ana avant leur mariage éclair, Barb a réalisé que la fumisterie avait la taille de son toit (la femme ne rejetterait-elle pas carrément la polygamie en toute fin ?). Par amour pour Bill et son rêve, par amour pour ses sister-wives aussi, Barb reste à leurs côtés et affronte le monde. Il n’empêche que sa vision des choses a radicalement changé et que ces choses seront bien vite biaisées pour elle.
Quant à Nicky, la mormone s’attache plus que de raison, se libère de ses anciens carcans religieux pour se jeter, paupières aimantes, dans l’amour d’un mari et d’une fille, donc d’un modèle, quitte à souffrir d’exclusivisme et de vision (presque) judéo-chrétienne de la familia. L’arrivée de JJ et son mariage arrangé avec Adaleen permit de revenir un temps sur l’enfance difficile de la jeune femme (mariée de force à ce même vieillard à l’âge prépubère) et pourrait même expliquer ce retour désiré à la normalité. Débarrassée de ses idéaux mormons et de ses habits traditionnels, la transformation de Nicky a été incroyable. Fondamentalement émouvante. Le symbole du potentiel inextinguible de la série.

Avec Marylin, Barb, Don ou Ben, Bill a cette année enchaîné les bévues. Orgueilleux jusqu’à la moelle, Bill se mord rarement les doigts. Pro-sister-wives cette année, la série a donné du fil à retordre à Bill et l’a souvent mis en difficulté, professionnelle, politique, privée jusqu’au point de non retour. Jamais Bill n’avait montré signe de faiblesse, c’est chose faite
Cela dit, le chemin du patriarche antipathique a aussi été semé d’héroïsme (au Mexique), de courage politique, de passion et d’amour à toute épreuve, laissant intact la réputation de Bill le sauveur. De ses erreurs commises, Bill les a transformés en leçons, notamment lorsque le père autorise sa fille Sarah à prendre le large pour un au revoir dans l’esprit de la série. Ou lorsqu’au final, Bill avoue qu’en effet, la noirceur est présent en lui aussi.
L’aveuglément permanent de Bill aura-t-il alors eu raison de sa famille ? Entre Nicky qui aspire à un mariage exclusif, Margene mariée à un autre, au business indépendant et Barb prête à s’opposer à son partenaire de vingt ans et à toute une conception qu’elle rejette, Bill semble être le seul véritable prêcheur pour son église.
C’est ce qu’on appelle : une croyance dans tous ses états.

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Big Love n’est pas un chef d’œuvre à proprement parler, il ne fait pas état d’un record, d’une ascension dans un art cinématographique. Big Love est l’exemple illustre de l’art de la mécanique sérielle, de ce caractère feuilletonnant passionnant qui là est justifiée dans sa longueur et son déploiement cloisonné grâce à la vertigineuse profondeur de l’histoire, son concept alambiqué, son ton unique en son genre et forcément, ses personnages clefs, qui se transmuent, évoluent, s’enracinent au gré des épisodes, au fil du temps et des bouleversements.
C’est donc bel et bien un chef d’œuvre de série. La raison sine que non d’allumer une bonne fois pour toutes sa télé, histoire de voir le monde.
Note de saison : 10/10
Écrit par J.D.L (Webmaster) dans Big Love | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : big love, saison 4, hbo, chloe sevigny, ginnifer goodwin, jeanne tripplehorn, bill paxton |
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Commentaires
Je viens de finir la saison et je dois bien reconnaitre que Big Love est une folle surprise, je rejoins ton avis sur tous les points ! Ca a été mon premier grand bouleversement de cet année !
Vivement la suite, dommage qu'il faille attendre si longtemps !
Écrit par : Eclair | 17.03.2010
@ Eclair : c'est une injustice récurrente, neuf épisodes géniaux face à tant de vingtaines d'épisodes usés avant d'être produits...
Écrit par : adam | 17.03.2010
Bravo pour cette critique récapitulative, c'est un contenu très dense, mais fidèle à la série !
Écrit par : Marco | 17.03.2010
J'avais décroché au bout de quelques épisodes de la saison 1, promis je retenterai une fois.
Écrit par : Miss Babooshka | 06.12.2010
Il faut absolument que je me lance dans cette série, vu tout le bien que j'ai lu à son sujet !
Écrit par : Red | 12.12.2010
4ème saison déjà ?! Et je ne regarde toujours pas...une honte.
Écrit par : Luxe & Vintage | 13.12.2010
A tous : qu'attendez-vous ?
Écrit par : adam | 13.12.2010
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