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09.03.2010
Precious (Critique) Au summum du pire, une existence précieuse

Au cinéma, il existe une hiérarchie du malheur, allant des humiliations quotidiennes, des crises sociales, des revers, jusqu’à l’ineffable du sordide. Au summum du pire, il y a Precious. Une existence condensée du mal, ébranlant chaque seconde le spectateur. Si Precious dérange et émeut à la fois, c’est parce qu’il cogne là où la plaie n’est pas refermée.
Sous le gouffre, le gouffre encore
Clareece, surnommée Precious (Gabourey Sidibe), est une adolescente obèse. Violée par son père, sous les yeux d’une mère tyrannique et persécutrice, qui la déteste pour lui avoir volé son homme. De ces incestes, est née sa première fille, un enfant trisomique dont elle ne peut s’occuper. Un garçon par la suite, normal cette fois, dont la naissance fait malencontreusement apprendre à Precious qu’elle est atteinte du SIDA.
De cette hiérarchie du malheur donc, Precious atteint son sommet. Imbattable sur le terrain de l’épouvantable, de l’immondice, de cette cruauté totale, perpétuelle, harassante, qui cogne l’héroïne à coup de viols et de pots de fleurs, le film est d’abord une épreuve humaine qui surnage dans la douleur sans se noyer, assumée et vertigineuse.
D’abord, Precious est une héroïne timide dont la retenue délicate puise dans le spectaculaire, le physique colossal de l’actrice oeuvrant en ce sens (une claque par elle, c’est un coup de massue). Et puis, il y a cette scène où Precious révèle sa puissance dans les larmes. Révélant sa tristesse au grand jour, autour de l’atelier d’écriture auquel elle assiste assidûment, son fardeau infernal dans ces mots qui glissent enfin.
Sur cette pente de la survie (et de l’instruction, une condition) vers lequel l’héroïne semble vouloir discrètement se hisser, Precious rencontre une institutrice lesbienne (Paula Patton, radieuse) et une assistante sociale courageuse (Mariah Carey, exagérément surprenante). Le film ne lorgne alors plus du côté de la torpeur sociale, il est question de s’en sortir malgré les bâfres et les cicatrices.

Sans regard, sans façon
Parce que Precious n’est aucunement un cahier de doléances, une vitrine du malheur, c’est une œuvre forte, sans concessions. Si évidemment certaines mines attendries de travailleurs sociaux sont là en face de cette héroïne qui voûte sous le poids de l’affreux, le film refuse ardemment le maniérisme.
Souvent inexpressive, l’héroïne même pas attachante, ne plaide pas la souffrance. Son entourage est inerte, sans remord (à l’exception d’une scène maternelle finale qui nous prend littéralement à la gorge). Même ses camarades de classe ricanent de voir le nourrisson de trois jours de leur copine enveloppé dans une layette couverte de sang.
C’est cette entièreté lucide qui finit par tordre les boyaux, déjà bien malmenés par cette affliction de départ (le film s’ouvre quasiment sur le viol de la jeune fille). A aucun moment, l’oeuvre se pose, se complait dans ses successifs coups du sort, sans chagrin affiché, sans détresse proclamée. Pas de tension, juste un état piteux.
Vierge de tout désir pleurard, le film justifie ainsi et avec force son absence de mise en scène, voire ses allures amatrices.
Brute, Precious livre ainsi son sujet tout aussi rudement, sans pincette, comme une insulte maternelle ignoble lancée au visage, mais délicatement sur la durée ou le fond. A l’image de ces pensées qui trottent dans la tête de l’héroïne illettrée, des discours mal conjugués mais intacts dans ce désir de gloire pailletée, cette envie féroce de s’extirper du calvaire.
Precious, traumatisante, déstabilisante, éprouvante, au fardeau social très lourd, est un film sur la résilience. In fine, une ode modeste à la reconstruction.
8/10
Ecrit par Adam dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : precious, gabourey sidibe, mo'nique, lee daniels, push, critique |
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Commentaires
C'est un film imparfait mais qui m'a ému (et c'est rare) à plusieurs moments par la dureté des événements.
Actrices extra (Sidibe, Mo'nique et comme tu dis la merveilleuse Paula Patton), scénario casse gueule dans l'accumulation mais maîtrisé.
Seul la mise en scène m'a agacé par moment avec l'onirisme de Precious.
Ecrit par : Florian | 09.03.2010
C'est un film assez stupéfiant, vraiment je ne m'attendais pas à ce qu'il soit aussi violent psychologiquement et aussi bien joué! Un excellent drame!
Ecrit par : Goodbauer | 09.03.2010
D'accord avec vous deux. Perso, je n'ai pas trouvé l'onirisme très pregnant dans le film ni dans son sujet et c'est le seul maigre remede du film, heureusement. Quant au mot drame, c'est un très bon résumé.
Ecrit par : adam | 09.03.2010
Bah en fait je trouve que ça casse le moment. Même si c'est dur à voir et à dire, la scène du viol pouvait être filmé telle quelle (et sans le porc qui cuit, comme métaphore on n'a pas fait plus facile depuis...). Même si c'est intéressant de montrer l'évasion psychologique des victimes de viols.
Ecrit par : Florian | 10.03.2010
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