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04.03.2010
Big Love (Saison 4) La croyance dans tous ses états

End of Days – 4.09 (diffusé le 07.03.10)
Voir note bilan
Our Next Ticket Out – 4.08 (diffuse le 28.02.10)
Des heures. On pourrait regarder Big Love des heures entières, sans que l’épisode hebdomadaire ne se termine jamais vraiment, aussi enthousiaste devant les trahisons familiales, la franchise de ton, le grand amour qui renaît çà et là à certains égard.
Pour cet avant dernier épisode de l’année, c’est un condensé d’émotions que la série nous offre avec humilié, passion, sans esbroufe à la Blood Atonement.
Barb enchaîne les erreurs et devient le maillon faible du clan Henrickson. De ces erreurs imprudentes, notamment celle de faire entrer Marylin dans la bergerie à sous, il n’y a que des tensions supplémentaires qui s’ajoutent à la relation déjà contrastée de Bill et Barb. Mais les nouvelles erreurs, commises pratiquement volontairement par Barb, en disent long sur cette nouvelle volonté féministe qui atteint en plein cœur cette sister-wive pas comme les autres.
De toutes, Barb est la femme qui dévisse au mieux la tête de Bill par des répliques toujours criantes de vérité. Dans cet épisode, un florilège de dialogues subtils et terriblement justes de Barb (sur le comportement volatile de Bill, les penchants dépressifs des femmes de l’Utah, de son incapacité à s’exprimer vraiment) mettent à mal la vérité d’apparence de la famille et de son cheminement.

Et vraiment, non, Barb n’avait aucunement le devoir de s’excuser.
Telle mère, telle fille. Comme Barb, Sarah décide de faire comme bon lui semble. Et partir ainsi à Portland couler des jours heureux, pour éviter d’être pointée du doigt par une catholique choquée par cette famille polygame politisée. Depuis le début, cette adolescente était le contre-pied (naturel ?) de l’idéologie Henrickson. Aspirant à une normalité civile, la jeune fille décide malgré tout l’amour qu’elle porte pour les siens de faire route seule. Avec les histoires qui gravitent autour, la transition est parfaite pour l’envol de Sarah.
Et quoi de mieux vraiment qu’une scène mi-larmoyante mi-joyeuse pour consacrer ce personnage féminin et cet univers qu’elle donne autant qu’elle rejette ?
Se faire pointer du doigt, Margene n’aimerait pas trop ça non plus. Alors discrètement mais sous couvert de protéger l’enfant d’Ana (parce que Margene a appris des plus fins limiers, Bill en tête, voilà tout), Margene se programme un mariage arrangé pour bénéficier d’une assurance en cas de coming-out virant à la cata.
Jolie pirouette qui évidemment salue l’évolution notable de l’ancienne baby-sitter. Malheureusement, la vérité despotique l’a rattrape toujours. Alors que Margene décide de se rétracter pour ne pas risquer sa liberté, Bill décide que ce mariage sera la preuve qu’aucune liaison n’existe entre elle et lui (une idiotie du patriarche, encore une) pour contredire la diabolique Marylin. D’autant que Margene ne le réalise que timidement mais sa liberté a été mise sous scellé depuis sa rencontre avec Bill. Alors, pour se faire entendre, Margene joue avec le feu (dixit Barb) en invitant Goran à se joindre à la famille, ce qui aboutit à une scène virile justement à côté de la plaque. Mais terriblement jouissive pour diminuer Bill.

De toutes les femmes qui entourent donc Bill, seule Nicki est véritablement à ses côtés. Parce que Nicki découvre qu’elle est amoureuse de Bill, la jeune mormone procède à une révolution. Vestimentaire, comportementale, et même religieuse (la jeune femme ne veut plus « partager »), Nicki veut aimer Bill et comme il se doit. Ce changement soudain, complètement abouti, ne restera pas longtemps imperturbable. Avec Alby pris à des hallucinations coriaces (mais émouvantes –dommage que la trame homosexualité tragique ne soit pas plus exploitée mais cela ne saurait tarder) ou Joey en meurtrier découvert, Nicki, qui sans oublier Wanda et sa mission antiJuniper Creek, retrouve alors ses démons timorés et ses pratiques isolées telle un coffre à jouets qui n’inhibe qu’elle. Heureusement, elle claque mieux que personne !

En analysant Big Love, force est de constater qu’il n’y a qu’à évoquer les vies des sister-wives (et celle de Juniper Creek en bonus) pour évoquer la matière même de la série (l’antipathie persévérante de Bill étant implicite dans chacune d’elles), sa chair la plus onctueuse. Le signe d’une série féministe exemplaire ?
Si Big Love est la meilleure série de l’Univers, c’est assurément parce qu’elle nous rend intarissable sur le sujet. Dense et fin à la fois, cet épisode, comme tous les autres, nous plonge dans les profondeurs étroites et impensables du monde si singulier de Big Love. Difficile de vouloir ressortir la tête hors de cet océan.
10/10

Blood Atonement – 4.07 (diffusé le 21.02.10)
A la même époque l’an dernier, Big Love consacrait son premier road trip. Une virée familiale symbolique et ancrée dans la spiritualité exacerbée de la série qui s’est révélée flamboyante et très touchante. Cette année, le road trip s’est noirci. Ambiance moite et dangereuse parmi les autruches.
Ainsi, l’histoire de Bill venu sauver son fils des mains du duo terrible d’Hollis et Selma au Mexique s’est taillée la part du lion dans cet épisode, au point de ne pas revenir sur certains points clés de l’épisode précédent (la trame homosexuelle d’Alby et le suicide de son amant).
De cette histoire, s’est instaurée une ambiance que l’on n’avait plus en tête depuis quelques épisodes intenses et qui rappelle à certaines égards le ton criminel mêlé de noirceur dérangeante qui fondait la série dès la fin de sa première saison. Scénaristiquement prenant, visuellement parfait (la moiteur du Mexique est parfaitement représentée), l’histoire a su monter en grade aux moments des repentis de Lois et Frank, qui dans sa confession, a peut-être gagné en estime et en considération fondamentale.
Le reste toutefois s’est avéré un peu trop complaisant dans le dénouement de cette intrigue coincée, qui a su fâcheusement faire oublier toutes les tensions nées précédemment entre Bill et Barb, à qui on ne lui fait plus. D’autant que le coup du bras arraché, des non représailles et le laisser-partir le clan Henrickson par Selma alors qu’une tribu mexicaine ravagée l’entoure, c’était limite. Une petite déception pour cette série qui pourtant ne recourt jamais à la facilité.

Heureusement, pour contrebalancer cette intrigue qui a pris la majorité du temps d’antenne, on retrouve une Margene enthousiaste et inventive. Pour éviter le départ d’Ana et retrouver l’harmonie familiale (et l’estime profonde de Barb pour qui le bébé compte un peu plus que pour les autres), Margene décide de se marier avec Gorban, le fiancé d’Ana pour qu’il bénéficie de la nationalité américaine.
La conséquence de ces actes dont on imagine qu’elle va être psychodramatique n’a pas été encore dévoilée, l’épisode s’est contenté de puiser l’humour de cette situation, à travers des scènes « Christmas tree » et « réunion entre sister-wives » particulièrement savoureuses (à l’image des éternels affrontements entre Nicki et Margie).
Pour Nicki, le ton est résolument plus sérieux. Sa mission fertile devient une priorité, d’autant que sa mère est enceinte et que l’injustice est insupportable. Nicki touche autant qu’elle rend hilare. Ici, Nicki émeut de nouveau en évoquant son absence d’enfance et son mariage si précoce. La mormone qui refuse d’appliquer les principes clefs de Juniper Creek espère pourtant concevoir un enfant pour retrouver son utilité dans sa famille et l’amour de Bill. Même combat, non ?

Entre Frank, Margene, ou Adaleen, Blood Atonement est un épisode repenti chargé de désamorcer les tensions. Pour mieux exploser sur la fin ? Avec deux épisodes restants et des intrigues particulièrement mystérieuses (JJ et Wanda), c’est à présager.
8/10

Under One Roof – 4.06 (diffusé le 14.02.10)
Véritable détonateur de l’enfer : plus que trois. Mais même s’il ne reste plus que trois épisodes avant la révérence ultime, Big Love nous soigne à l’envi son court déroulement simplement magistral. Under One Roof enfonce le clou de la qualité, de la brillance d’interprétation, de l’analyse de personnage comme aucune autre série ne le fait actuellement. Rien de plus normal : Big Love est inégalable.

Cela pourrait être épuisant, semaine après semaine, que d’enchaîner avec ferveur les superlatifs ampoulés, les qualificatifs démesurés et les panégyriques assumés pour évoquer cette série qui passe le plus clair de son temps à se faire évincer par d’autres tv shows plus médiatiques et convoités. Mais cela n’est pas. Avec Under One Roof comme exemple illustre, Big Love nous montre qu’elle mérite tel traitement boursouflé.
Par où commencer ? Par où s’échapper et clamer le génie ? Par le biais de la scène de la corde ? Ou de la maison-prétexte ? Celle de Lura, ou de Frank ou d’Ana sur le retour ? Ou peut-être même celle qui évidemment surpasse toutes les autres ? C’est celle de Nicky qui bénéficie ici d’un temps d’attention peut-être plus pointilleux.
Après une scène révélation ou Nicki ose l’affront en abordant son absence d’enfance, la sister-wive déboule au sealing de JJ et Adaleen pour mettre la pagaille en freaky trashy girl bien sentie. La scène nous essouffle, mais voilà que la série persiste et signe avec cette mise en scène de l’hôtel de l’horreur, où chaque chambre emprisonne une jeune fille mormone avant le passage forcé à l’autel noir.
Entre autres, il y a Cara Lynn, la fille de Nicki. Promise à un vieux schnok dégueulasse (la série a toujours su choisi ses acteurs dégueus avec goût, cet épisode à Mexico et avec les parents immondes de Wanda, encore plus) mais pour le moment rescapée par cette Nicki super-femme, super-héroïne qui avec son accoutrement étudié ne quittera plus jamais notre cœur mou de spectateur.

Aussi, même si plus en retrait lors de cet épisode, Margene nous confirme ses airs féministes à travers des discours de groupe et ses positions isolées dans une famille qui prône le consensus. A quoi pense t-elle la folle à oser contredire le patriarche sur son plan coming-out parfaitement façonné (à tort) ? Margene ne se démonte pas, ni avec Barb (une seule scène de rancune cela dit), ni contre Bill. Et si Margene avait pris le pli ?
En revanche, c’est Barb qui se démonte mais avec rage. Une jolie réminiscence faite saison 2. Souvenez-vous, il y a deux ans, Barb s’est exilée sciemment du domicile infernal pour se mettre à l’abri du désir toujours plus conquerrant d’un polygame conforté. Joli retour pour Barb, l’opiniâtre. Parallèle au retour d’Ana (enceinte jusqu’aux dents, voulant dicter ses règles), le retour de Barb l’insoumise se fait triomphant. En apprenant que Bill avait été carrément infidèle, l’insoumission se solde par une jolie scène conclusive où la femme se venge de Bill (en signant avec Marylin) et en osant surtout dire les quatre vérités à son mari qui toujours, sous couvert de ses missions religieuses, semble profiter de ce joli monde céleste. Jamais aucune réplique de Big Love n’aura été plus véridique, plus englobante, plus caractéristique du paradoxe Henrickson !
Et du côté du compound, le ton est toujours maîtrisé. Comme le reste, mais avec une ambiance toujours plus Carnivàlesque, la série explore les rouages de l’achat clandestin, du mariage arrangé et de l’homosexualité détestée. Comment s’en sortiront Lois, Frank, Ben et Jodean des mains du terrible Hollis? Comment réagira Alby après la mort de son amant, surtout depuis qu’il a tout révélé ? Quelles seront les représailles de Lura ? Et quel sera exactement le plan vengeance terrible de JJ contre Nicky ou Wanda ?
Trois épisodes pour nous en garder.

Under One Roof signe un subterfuge le plus impeccable, asphyxiant et juste. Evidemment sous couvert de la croyance de Bill le maître de famille, celui-l) retrouve son antipathie (qui lui sied bien, il faut l’avouer). Et Big Love nous coupe le souffle, retrouve ses marques et va plus loin. Un épisode simplement fort, simplement génial.
10/10
Sins of the Father – 4.05 (diffusé le 07.02.10)
On pensait que la série avait fait comme si de rien n’était, ne faisant aucune vague après la décision de l’affreux Bill, toujours entouré de ses femmes dévouées pour sa campagne et sa personne. Scandaleux ou presque, l’épisode réussit à rendre justice en réveillant les sister-wives, désormais montées contre Bill le sordide. Et à nous prendre enfin de court avec Bill l’émouvant.
C’est la saison de la diabolisation pour le héros de la série. Jamais Bill n’aura été plus antipathique et dérangeant qu’en ce moment. Tout se ligue contre lui, chacun de ses agissements sont le produit d’une ambition uniquement personnelle. L’exil de son fils, dont il ne parvient même pas à assumer l’intitulé ou sa quête politique démesurée et exigeante envers les siens. Si Bill veut un bureau officiel, c’est parce que l’ancien de Juniper Creek est traumatisé par le rejet vécu lors de son enfance et qu’il est désormais avide de pouvoir. Chacune de ses justifications, sous couvert de sa famille et « leurs » croyances (il ne s’agit que de la sienne, imposée), sonne faux. Bill cherche simplement à grappiller toujours plus. La série met du cœur à l’ouvrage dans cette malédiction du personnage, qui devient véritablement l’atout noir dans un havre d’amour déchu. C’est réussi, le spectateur en a eu les yeux révulsés.
Mais Big Love prend le contre-pied de cette chute. Et re-injecte dans ces trois femmes héroïnes une dose bien mesurée de justice et d’opinion personnelle.
Barb, qui enfin, campe une position contre Bill. On espérait qu’elle se révolte après avoir découvert que son fils a été banni du domicile familial, c’est le cas et mieux encore. Si Barb est toujours dévouée, le bonheur des siens passe avant et le spectateur est soulagé par cette louable priorité. Comme Margene, d’abord humiliée par cette histoirek, la jeune femme fait profil bas tout en contribuant à la cause de Bill. Mais refusant de porter le chapeau de cet exil insupportable, Margene qui récole les foudres de Barb, décide de ne pas se laisser faire et part affronter le patriarche sans sourciller, avec son sourire le plus désarmant du monde.
Cette difficile prise de conscience est encore plus émouvante chez Lois, mère de Bill. Dans la scène où Lois est au volant, Frank reproche à la mère d’avoir élever seule son fils. Lois en réalise qu’elle ne peut être tenue responsable pour tout. Parce que vraiment Lois est tombée de haut après cette scène vibrante au téléphone avec Ben. Comme Joey, Lois ne réalise pas que Bill reproduit le schéma dont il a été victime.
Pour Nicky, la révolte est autre. La jeune femme/la fille de Roman/Daphne/la femme de Bill mais pas en public réalise l’atout qu’elle représente pour son mari manipulateur (scène intime splendide et lourde de sens). Chacune de ses réactions épidermiques donnent à cet épisode des allures de film psychologique au potentiel analytique inépuisable.
Le moment tant attendu de Big Love a fini par arriver. La série a renversé la tendance à l’égard de son héros pilier. Si lui semble au bord de la suprématie professionnelle, sa sphère intime s’effondre et le soutien disparaît un temps, à juste cause. Mais la série, jamais manichéenne, renverse à nouveau la vapeur en s’achevant sur un discours final émouvant et une scène de victoire très mélancolique.
Big Love nous prend décidément aux tripes dans son humanité ou ses grands écarts. En conclusion, il semble que l’amour soit revenu. Mais l’enfant, lui, est parti.
10/10

The Mighty and Strong – 4.04 (diffusé le 01.02.10)
Parce que le retour attendu de Lost n’arrive même pas à la cheville de ces évènements hebdomadaires consacrés par Big Love, la priorité est légitime. Et naturelle.
Comme les précédentes saisons, Big Love retrouve son schéma pyramidal/à échelle, chaque épisode étant d’un cran supérieur au précédent. Supérieur en tout.
D’une densité folle encore, cet épisode n’épargne rien. Chaque thème, chaque ligne, chaque intrigue est couronnée d’une scène magistrale, légitimant ces acteurs, ces répliques, ce trevail d’écriture finement psychologique et humain.
D’abord, il y a l’intrigue lancée par JJ qui s’arrange pour se sceller à Adaleen pour se venger de Nicky. Ecoeurante à l’image du cri de désespoir lancée par la mère à sa fille, puis bouleversante dans sa justesse lorsque l’épouse mormone bafouée reprend son rôle et se tait, aux pieds du mari. JJ est la pire ordure de la série (après Bill, cela étant, à plus forte raison depuis cet épisode), son machiavélisme fait froid dans le dos. Les intrigues en jachère qui concernent d’un côté Nicky et de l’autre Wanda et Joey promettent de nouveaux frissons.
L’autre épouse bafouée, c’est la sœur jumelle de Cathy. Qui en plus d’être la femme de l’abomifreux père de Bill doit s’efforcer d’entendre les disputes continuelles entre lui et la mère de Bill (également géniale en femme habilitée, aux côtés de sa famille monogame proprette). Cette histoire de perroquets immigrés anéantit l’originalité de Weeds & co, et la scène conclusive où la sœur de Cathy sabote le tout est d’une créativité sans limite.
Aussi, il y a encore et toujours Nicky qui ne comprend pas les regards tendus pendant le repas business de la famille (une scène désopilante à la Big Love) ou qui retrouve son rôle d’infiltré, pareil au procès de saison 3, mais ici, pour le compte de Bill le politicien. Build with Bill. Mais surtout avec ses femmes, cet incapable.
Ou avec ses amis débonnaires. Doug, le polygame partenaire d’Home Plus. Suspecté de polygamie par le concurrent politique de Bill, le patron d’Home Plus décide de faire porter le chapeau à son vieux copain et tant pis si c’est dégueulasse, intolérable et injurieux pour sa religion.
La série connaît le talent d’Amanda Seyfried et nous offre une réminiscence de sa tragédie de l’an passé. L’histoire de ce bébé volé n’est pas tellement satisfaisante mais le souvenir est légitime, encore une fois.
Evidemment, cet épisode ne serait finalement rien sans le dernier rebondissement improbable de la série. Ben et Margene évoluent dans leurs sentiments, à la manière des auteurs qui peu à peu installent une histoire qui dépasse le cadre de l’inceste.
Bill s’officialise dans sa nature d’affreux personnage en décidant de virer son fils amoureux de son havre de paix polygame et égoïste. Il ne vaut pas plus que Frank ou Roman, ce père indigne. Ginnifer Goodwin retrouve elle aussi un registre dramatique, même déguisée en éléphant, le personnage et l’actrice sont épatantes. Fort à parier que l’intrigue sera charnière dans la déconstruction à perte du royaume de Bill le puissant.
Si nombreuses séries de network donnent du fil à retordre au jeu de la critique par leur non-évolution et leur matière languide, Big Love nous fait renouer avec l’écriture et l’art de la transmission télévisuelle. Rien de plus beau que d’écrire sur un chef d’œuvre.
9.5/10

Strange Bedfellows – 4.03 (diffusé le 24.01.10)
Avec Strange Bedflows, on reprend son souffle, on apprécie la mise en scène traditionnelle de la série et ce mini-road-trip pour une nouvelle mini-famille partie errer à Washington. Avant de finir définitivement hébété.
C’est définitif : plus rien n’arrête Bill dans sa quête de pouvoir politique. Le polygame a définitivement abandonné ses outils de chez Home Plus, n’a même pas pris la peine de profiter de ses machines à sous clinquantes et préfère se concentrer sur ses aspirations politiques directement à White House City. Avec Sissy Spacek, non négligeable, LA guest star de cette courte saison de Big Love.
Une histoire complètement déconnectée de l’ensemble resté à Utah, mais il y avait du bon à séparer un temps les sister-wives et offrir des moments privés entre Bill et Nicky. Et Cara Lynn.
Parce que Nicki n’aime plus Bill, que Bill est fidèle à lui-même et que Cara Lynn s’avère être une jeune fille follement complexe et juste. Et la scène du révolver ou petit-déjeuner express le montre aisément.
Barb reprend bel et bien le flambeau au casino, en devant faire face aux résistances des Indiens et aux conseils du jeune patron indien avec qui il y a, assurément, une attirance. Comme d’habitude, ça sent le roussis. La femme la plus tenace de Bill, la plus loyale et droite, commence elle aussi à flancher. L’avenir des Henrickson est décidément menacé de toutes parts et le résultat ne peut-être difficilement plus excitant. Le spectateur est ravi de surcroît voir Barb s’allier un temps avec sa précieuse fille, Sarah, qui mérite ce temps d’exposition. Toutes deux partagent un altruisme important.
Même si la troisième housewive est elle coincée dans le pays des mormons, Margene offre la scène la plus surprenante de l’année, déjà. On sentait l’attirance flotter dans l’air depuis le tout début entre la plus jeune femme de Bill et son fils, Ben. L’an passé, Margene avait réglé cette histoire avec force d’esprit et volonté. Cette année, parce que la famille Henrickson s’effrite gaiement et que rien n’est plus sûr, Margene s’offre ses propres écarts, parce que seule dans sa nouvelle vie à succès. En embrassant Ben, Margene s’expose à un risque impérieux, défit l’impardonnable, sa tête déconfite après le baiser est symbolique de cet ordre bouleversé. La suite promet un ébranlement certain.
Dans l’horreur encore, mais toutefois plus gérable, il reste deux protagonistes phares. JJ, qui avec sa lutte contre Nicki (et une scène forte dans la maison de Margene) et son histoire mystérieure liée à Joey et Wanda, continue de nous plonger dans la torpeur. Comme Alby, qui explore son homosexualité. Le fils du prophère gagne cela dit en empathie, notamment lorsqu’Alby s’émeut en apprenant qu’il n’y a pas d’homosexualité au ciel ou lorsqu’il est confronté au spectre de son père défunt qui l’accable de tous les maux. Là encore, Big Love exploite un nouveau filon, qui lui sied à ravir. La série étant tout aussi juste dans la bizarrerie malsaine que dans le sentiment amoureux ou son déni.
Encore une fois, un coup de maître. Cet épisode était simple et brillant, au processus irréversible. Difficile de ne pas attendre la suite avec fièvre.
9/10

The Greater Good – 4.02 (diffusé le 17.01.10)
Quel allait être le tournant opéré par la série ? Avec quelques scènes introductives des plus complexes, des plus symboliques mais aussi des plus jubilatoires, Big Love montre du doigt le chemin au loin vers lequel elle semble vouloir vagabonder. Entre croyances étranglées et chose publique.
Il fallait s’y attendre, Bill, plus avide de pouvoir que Tony Soprano, a presque tourné la page casino, en nommant responsable, son bras le plus droit des trois, Barb. Tant mieux, l’aspiration politique et/ou religieuse, le dilemme existentiel de cet homme d’autorité, semblent mieux lui seoir. Et siéent davantage à la série tout court.
Nicki incite férocement Bill à s’approprier le trône de Juniper Creek, vacant depuis la mort de Roman, (tout comme Joey, de retour avec Wanda). Le contexte s’imbrique parfaitement. Avec un couple en tête d’affiche illustre. Zeiljko Ivanek (toujours aussi effroyable, encore plus depuis qu’il n’a plus d’ongle) en JJ mesquin et sa compagne, la méchante attitrée de toujours, Melinda Page Hamilton, qui là encore avec sa perruque brune abominable, donne froid dans le dos.
Mais Barb préfère s’écarter de Juniper Creek tant qu’elle peut et soutient Bill dans son projet de course politique. Et comme Bill n’a plus d’appui, il doit se racheter une conduite religieuse, avec le mensonge et l’envie dissimulée. Un coup de maître subtil qui lie enfin les deux thématiques de Big Love et du monde : l’imposition religieuse par le pouvoir. Big Love est décidément un chef d’œuvre historique.
Entre Barb et Nicki, deux visions de vie et de famille qui s ‘affrontent dès lors. Quand on réalise que Barb accepte la recherche de pouvoir de son mari pour le regard social final sur elle et sa famille, on découvre que Nicki n’a jamais eu l’intention de délaisser ses espoirs fondés sur Juniper Creek qu’elle ne délaisse finalement pas, et en Bill en maître de cérémonie pour les mêmes raisons que Barb. Une révélation finement menée et fortement prometteuse.
Tout aussi prometteur, l’avenir prolifique de Margene. La jeune estampillée irresponsable fait fortune comme animatrice de télé-achat et devient plus que la housewive timide et guillerette. Un atout financier de plus, un intérêt nouveau. L’envol de Margene se fait en nuance et Ginnifer Goodwin est bluffante face à un mari presque véreux à son égard.
Il faut également être ravi que Sarah se marie, hésite, se marie enfin. Parce que cette jeune ado est assurément l’un des plus beaux atouts de la série. La seule qui dit non au mode de vie polygame, à la religion familiale et qui aspire à un peu de normalité. Son discours sur la Croyance, la sienne, celle de ses parents, ses doutes, s’avère d’une rare justesse, c’est peut-être le plus véridique dans Big Love.
On pleurait l’arrêt de Mad Men, la série à univers. Mais le retour de Big Love, l’autre série à univers, tombe à pic. Et ce second épisode, qui renoue avec la superbe dérangeante et la philosophie vertigineuse à tiroirs de la série, le prouve.
9.5/10

Free At Last – 4.01 (diffusé le 10.01.09)
Le Casino est en passe d’ouvrir ses portes. Mais le fantôme de Roman Grant hante encore les lieux et les esprits… Nicky poursuit son mea culpa, Margene se lance dans un projet bien à elle et Barb panique pour sa reconversion. Quant à Lois, elle dompte son affreux mari avec l’appât du gain.
Pour son grand retour sur l’écran glorieux d’HBO, Big Love a joué la comédie. Plus exactement, la série s’est amusée à créer un univers tragicomique pour un épisode transitoire essentiel à l’évolution annoncée par cette saison à venir. Alléchant et trépignant.
Alors que la saison 3 avait annoncé et renforcé certains traits évolutifs de la série sans réellement les mettre en évidence, les choses se sont établies en un épisode en cette nouvelle année. Petit coup d’accélération méritée pour une série complexe qui aspire à autre chose.
Ainsi, le grand projet du casino est lancé. A cet égard, Barb prend la barre du gros paquebot à fric et en profite pour opérer un changement personnel. L’an passé, la matriarche avait été profondément bouleversé par son ex-communion et en avait perdu tous ses repères. Plus qu’une entreprise capitaliste en marche, ce nouveau business Henrickson semble représenter plus pour Barb, qui comme la série, aspire à un nouveau modèle, un nouveau sens à sa vie.
Nicky refait surface la tête haute. Sans être totalement pardonnée, Nicky a su esquiver la séparation et retrouve sa place dans la famille tout en imposant sa fille, Cara Lynn, à la communauté. La relation prend de l’ampleur, avec une pudeur presque touchante. Le matériau n’a plus qu’à être exploité. Tout comme l’histoire de nerfs déjantée entre Lois et Frank, l’épisode clôt l’arc Roman Grant avec une attitude presque désarmante. La découverte du corps congelé de Roman par Nicky est totalement atypique, comme le reste, présenté avec désinvolture. Le parti-pris de la légèreté permet d’éviter de ressasser le passé : le prophète est mort, les yeux sont tournés vers l’avenir. Même ceux de Nicky qui rit et pleure sans comprendre.
On penserait alors Margene en reste, sans histoire personnifiée. A tort, la maturité faite désormais la jeunette de la famille. Devenue un soutien pour ses sister-wives, un repère impeccable, un atout de charme pour son mari confiant et un projet en solo en développement, Margene n’est pas laissée sur le bas-côté de la communauté. Les promesses bouillonnent de son côté, aussi.
A l’image du nouveau générique aux apparences habituellement nonchalantes mais qui de toute évidence, dissimule quelque chose, cet épisode nous ressert la formule récurrente -mystère familial et forme léchée, avec une once supplémentaire d’étrangeté. Assurément, il y aura anguille sous roche cette année.
8/10

Ecrit par Adam dans Big Love, Episodes | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : big love, saison 4, hbo, chloe sevigny, ginnifer goodwin, jeanne tripplehorn, bill paxton |
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Commentaires
Je viens de le voir, c'était assez déroutant mais j'ai beaucoup aimé cet épisode
Ecrit par : Goodman | 13.01.2010
L'épisode était carrément déroutant même ! Complètement à l'opposé du reste de la série, cette dernière semble être devenue plus franche, moins implicite dans ses storylines...
Le nouveau générique est génial, moi qui n'ait jamais vraiment aimé celui d'origine... il marque la transition que représente cet épisode et surtout le visage nouveau de Nicolette !
Et son frère qui va dans les bois c'était juste glauquissime et...
Bref, awsome ! 9.5/10
Ecrit par : M. | 13.01.2010
@ Goodman : déroutant, c'est le mot.
@ M : 9.5/10, quand même, tu fais fort ! J'aime aussi le nouveau opening credits ! Oui apparemment la piste gay va être très exploitée cette saison pour Alby !
Ecrit par : adam | 13.01.2010
Y'a beaucoup à dire sur cet épisode mais je crois qu'il faut prendre son mal en patience et attendre la suite !
Ecrit par : La Revolution | 13.01.2010
Aaah, il me reste encore le dernier épisode de la saison 3 à voir, et, vraiment, cette série est magnifique !
La saison 2 m'avait presque perdu en route, avec ces histoires de rivalités de clans mormons, mais cette saison 3 est aussi bien que la 1ere, où on se focalisait surtout sur cette famille atypique, fascinante, incompréhensible...
Bon, du coup, je n'ai pas lu ton article, je n'ai pas lu les commentaires... mais je voulais juste communier dans cet amour pour Big Love :')
Ecrit par : Clare | 13.01.2010
@ Revolution : malheureusement, j'aimerais faire comme toi mais je me collerais à analyser les épisodes chaque semaine :)
@ Clare : surtout oui ne te spoile pas, évite soigneusement mes paragraphes et continue de patauger dans l'amour gigantesque des mormons. Les trois adjectifs que tu choisis pour identifier cette famille sont les bons, bravo !
Ecrit par : adam | 13.01.2010
Qu'ajouter de plus à ta superbe review ? Après un retour très correct, ce second épisode était juste magistral, à couvrir d'éloges : si dense, si juste, avec une caractérisation des personnages absolument grandiose (je ne peux plus expliquer à quel point j'aime Nicky), des intrigues qui commencent à se dessiner de façon très intéressante, et une superbe consécration pour Sarah qui fait enfin la paix avec elle-même.
Beaucoup d'ambivalence et une réelle richesse dans cette série. Je suis à la fois tellement ravie qu'elle soit de retour, et tellement triste de cette si courte saison qui s'annonce en terme de nombre d'épisodes...
Un chef d'oeuvre. ^_^
Ecrit par : Livia | 23.01.2010
@ Livia : je viens moi aussi de lire ta review, je crois qu'on a été renversé pour les mêmes raisons.
Comme toi, Nicki me fascine, l'évolution de ces trois femmes, de ces modèles de genre, de la jeune Sarah, l'univers de Big Love est tellement dans la nuance, tellement féminin, beau et sobre, parce qu'on peut aussi évoquer des heures Wanda, la mère de Nicki ou celle de Bill. Ces femmes sont d'une richesse sans nom.
Je crois qu'il va falloir en profiter un maximum, faire des épisodes une séance mystique chaque soir. Parce que oui 9 petits épisodes, c'est l'injustice de l'année. Et en parallèle, Cougar Town obtient 24 épisodes. La victoire de la médiocrité sur le chef d'oeuvre sans étiquette.
Ecrit par : adam | 23.01.2010
Ce dernier épisode était ... TROP. Trop dans le meilleur sens du terme, tout va TROP vite... et j'adore ça, on a presque l'impression que les scénaristes se sont dis "tiens et si finalement on commençait à enclencher toutes ces storylines que l'on garde depuis trop longtemps ?" Alors c'est peut-être ça le nouveau de la saison 4... Margene et Ben, l'homosexualité du laideron de service, Nicky et sa blondasse de fille (la caricature du dessinateur était d'ailleurs folle de justesse) ... Ahh ... comme ça fait du bien de se dire que Big Love existe...
10/10
Ecrit par : M. | 28.01.2010
Tu as bien raison sur le côté "si finalement on commençait à engranger", vivement la suite !
Ecrit par : adam | 28.01.2010
Encore une fois, Big Love me laisse à court de superlatifs pour qualifier les émotions et l'intensité ressenties dans ce 4ème épisode. Effectivement, la construction pyramidale, avec des épisodes qui vont toujours plus loin, est à la fois fascinante et éprouvante, si j'ose dire. Cet épisode est encore une fois tellement dense... Mais les dernières minutes achèvent de façon glaciale de saper les quelques rares soupçons de légitimité que pouvait encore conserver Bill. J'ai beaucoup la comparaison entre les deux mariages, amenée par l'intrigue de Sarah, avec son mari qui remet Bill à sa place. Et on poursuit la descente aux enfers de façon incroyable, avec une Ginnifer Goodwin époustouflante. Et puis, la scène finale entre Bill et Ben, d'une violence implicite inouïe finalement. A partir du moment où la révélation de Margene a érigé Ben en "rival" de Bill, ce dernier reproduit exactement les mêmes schémas qui ont cours à Juniper Creek. C'était incroyable l'intensité traduite à l'écran, par un si bref échange !
Je pourrais continuer et disséquer chaque scène, chaque personnage, mais ce serait probablement trop long pour un commentaire. Big Love est juste grandiose. Le meilleur drama actuel, et il récompense ses téléspectateurs chaque semaine, de façon vraiment unique !
Ecrit par : Livia | 05.02.2010
Je crois que nous vivons les mêmes émotions devant BL...
Ecrit par : adam | 05.02.2010
Je crois que Big love est devenue ma série préférée. Quelle saison. Quelles femmes. Margene est juste géniale dans cette saison. Les personnages de Jupiner Creek sont maintenant des personnages qu'on a envie de suivre, la mère de Bill est vraiment très touchante, et en même temps elle reste assez brute.
Nicky se rebelle aussi un peu, et Barb prend enfin son courage à deux mains pour défendre ses enfants, contre son mari peu aimant, vis à vis de son fils.
Et puis la campagne de Bill ça donne un dimension particulière à la série. Quelque chose d'assez fédérateur qui nous rappelle que vivre son amour caché, c'est vraiment pas évident. (Surtout pour Nicki) .
Vive Big love, Vive tes critiques, et vive tes 10/10 !
Esperons que les 4 derniers épisodes (Hélas, 3 fois hélas) seront à la hauteur de ce dernier.
Ecrit par : LeChat | 10.02.2010
@ LeChat : je suis archi d'accord avec toi, tous tes arguments sont extrêmement louables et justes. Et oui, c'est officiel, Big Love est la meilleure série du moment.
Ecrit par : adam | 10.02.2010
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