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08.01.2010
Agora (Critique) Guerres religieuses et joyeusetés solaires

Transition de genre ratée pour le réalisateur, Alejandra Amenàbar, qui s’était illustré dans un univers fantastique crucial, l’améliorant par ses précédentes oeuvres, Abre Los Ojos et The Others. Pour sa reconversion au cinéma historico-religieux, l’espagnol américanisé a manqué d’un peu de subtilité.
Religion et Science, rixe itérative
Dès le début, Agora annonce la couleur. Le film ne sera que trop bavard, que trop peu violent. Un comble pour un péplum situé en Egypte, au IVe siècle avant Jésus Christ. Les mots savants (en l’occurrence d’Hypatie) l’emportent sur le glaive et le sang, acteur presque absent de l’épopée. Ces débuts pénibles ne le sont pas en raison de cette volonté pacifique (le film est simplement pudique) mais parce que le cinéaste met en scène son sujet avec grande maladresse.
Férocement elliptique, à l’image de la théorie de son héroïne, le film se contente d’une retranscription contextuelle bâclée et sans contours de l’aire religieuse antique. De l’époque égyptienne où les dogmes s’affrontent à coup de doctrine violente et d’hégémonie idéologique par le poignet.
En plus d’un usage fébrile de l’anglais –recours volontairement tatillon et fortement irritant, le film pèche par excès didactique. A l’instar des thèmes majeurs de l’époque dont on retrouve ici l’intolérance de l’autre croyant, l’impiété, la sorcellerie. Rebattus, ces thèmes offrent peu de distractions, outre visuelles. Mais l’hégémonie chrétienne qui s’impose à l’époque permet quelques réjouissances originales, notamment les baptêmes publics forcés qui relèvent de l’intérêt historique.
Scindé gentiment en deux parties, le film accorde sa première à la bataille opposant païens aux chrétiens. S’illustrant à travers la démolition de la mythique Bibliothèque d’Alexandrie, le moment cinématographique est superbe, Amenàbar s’avère particulièrement cruel dans sa démonstration de l’éradication de la culture, dont on pourrait transposer le message à nos bon vieux jours.
Mais le cinéaste fait preuve de la même méthode pour la seconde partie de son projet, affrontant chrétien à juif à coup de galet renforcé. Répétitif jusqu’à un ennui abyssal, peu glorieux, Agora manque d’idées génératrices et se condamne dans l’alternance automatique des pillages religieux et de la quête du savoir d’Hypathie, l’héroïne astronome. Leur faisant perdre tout intérêt respectif, l’œuvre finit par s’assagir dans une leçon historique et métaphysique studieuse et sans âme.
Le portrait d’une femme sincère
Au milieu de la plèbe assaillie, Hypatie. Une femme qui irradie le paysage meurtri d’Alexandrie et qui envisage la science. A l’écart des querelles dogmatiques, la déesse païenne préfère croire en la philosophie.
Sans la magnifique Rachel Weisz qui l’incarne (et dont on n’attribuera jamais assez de mérites ici), Agora serait aussi vide (spirituellement et visuellement) qu’un casque de combattant, après l’ouverture du feu. Il faut dire que ses co-citoyens manquent cruellement de prestance (Oscar Isaac et Max Minghella) et peinent à marquer les esprits.
Rachel Weisz incarne avec acharnement cette héroïne savante -mathématicienne et astronome. Les yeux lumineux, le visage entier, Rachel Weisz conserve cette force de jeu, ce charisme têtu qui l’avait consacré dans The Constant Gardener.
Mais son rôle manque de vertige, en raison d’un script trop linéaire. Autiste physicienne ou presque, l’héroïne est davantage préoccupée par la structure de l’atmosphère que par la paix parmi les siens. Jamais introspectif ou flatteur, le film empêche l’héroïne de décrocher toute appréciation sans borne, toute fascination historique.
Le charisme d’une figure martyre en jachère, Hypatie demeure le point de gravitation unique d’un film théologique, qui se perd en considérations obscurantistes maladroites.
Agora est un exercice de style superfétatoire pour un cinéaste entre-deux. Gauche, froid et linéaire, au cheminement artistique étrange, le film d’Alejandro Amenabar questionne sur sa réelle nécessité. A défaut d’un propos pleinement assimilé.
(4/10)
Ecrit par Adam dans xCritiques Cinéx | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : agora, alejandro amenabar, rachel weisz, critique, cinéma, the others |
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Commentaires
Ta critique ne m'encourage pas trop à le voir. Mais vu que ma curiosité n'a aucune limite, je me calerai un moment dans la semaine qui vient, et je te ferai part de mon avis, comme toujours !
Après ou avant d'avoir vu Drew Barrymore en réalisatrice dans "Bliss".
Ecrit par : Fabien | 08.01.2010
C'est aussi à ma prog ce we !
Ecrit par : adam | 08.01.2010
Hâte de lire ta critique !
Ecrit par : Fabien | 09.01.2010
J'étais très enthousiaste moi, j'irai le voir malgré tt !
Ecrit par : Anita | 09.01.2010
Je pensais que ce serait mieux que ça... Déçue !
Ecrit par : ImTelephage | 09.01.2010
@ Fabien : tu es gentil !
@ Anita : ah bah oui, hein, je ne suis qu'à moitié proselytiste.
@ ImTelephage : on est d'accord. Triste !
Ecrit par : adam | 10.01.2010
Superbe film qu'il ne faut pour rien au monde raté. Critiqiue totalement infondé.
Ecrit par : souliman | 11.01.2010
Très beau film, on ne peut s'empêcher de la transposer à ce qui se passe aujourd'hui. critique infondée !
Ecrit par : Franck | 12.01.2010
Je suis allé le voir cet après-midi, et c'est ainsi que je m'oppose à ta critique.
Le film est magnifique, et ce de n'importe quel point de vue (visuel, etc.). Amenabar livre une critique juste et acerbe sur l'homme en général, la fanatisme religieux et la place de la femme à l'époque.
A voir !
Ecrit par : Fabien | 16.01.2010
Beau et d'une modernité, d'une actualité époustouflantes....A quoi servent les religions? Qu'à provoquer de la haine et de la violence entre les hommes.les hommes oublient Dieu, au nom de Dieu: quel orgueil! Hypathie n'a pas de religion : elle incarne la sagesse. Quant à la place de la femme ds les religions monothéistes, on la connait!!!Seuls les hommes interprètent les écritures: les Immans ne sont pas des femmes, les prêtres chrétiens ( sauf chez les protestants), non plus ; il ya je crois(?) des rabins juifs de sexe féminin, ms peu il me semble.... C'est un film courageux ds une époque qui en a bien besoin.Marie-José Conte
Ecrit par : Conte | 19.02.2010
Beau et d'une modernité, d'une actualité époustouflantes....A quoi servent les religions? Qu'à provoquer de la haine et de la violence entre les hommes.les hommes oublient Dieu, au nom de Dieu: quel orgueil! Hypathie n'a pas de religion : elle incarne la sagesse. Quant à la place de la femme ds les religions monothéistes, on la connait!!!Seuls les hommes interprètent les écritures: les Immans ne sont pas des femmes, les prêtres chrétiens ( sauf chez les protestants), non plus ; il ya je crois(?) des rabins juifs de sexe féminin, ms peu il me semble.... C'est un film courageux ds une époque qui en a bien besoin.Marie-José Conte
Ecrit par : Conte | 19.02.2010
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