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04.01.2010

Esther (Critique) L’épouvante n’a plus d’âge

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Les enfants sont formidables

Au XXe siècle et à plus forte raison, au XXIe, les enfants ne sont plus ces entités à l’innocence imparable et à la quasi-sainteté démontrée. Dans le Ruban Blanc, Haneke use alors de l’aube nazie et son terreau humain pour démonter un principe bienveillant. Celui de l’irréfragable gentillesse enfantine.

Les enfants terribles seraient-ils plus qu’un mythe ?
Les rangs hitlériens cannois, mais aussi Max, qui s’invente des monstres grandeur nature pour s’échapper, l’enfance de Dupontel ou les figures horrifiques (Ils, The Children, Jeu d’Enfant, 666) démontrent actuellement l’exportation dudit modèle à l’écran. Parce qu’il fait bon d’être méchant.

Mais ces petits démons, monstres de torture ou de colère, grands manipulateurs n’arrivent sûrement pas à la cheville, pourtant frêle, d’Esther.

Un cas sur pattes, haut comme trois pommes, qui martèle deux heures, et tue un peu.

 


Qu’est-ce qui ne va pas chez Esther ?

Esther, une enfant d’abord idéale. Eloquente et timide, vive et prodige, cette orpheline représente le fantasme parental universel. Le narcissisme exalté d’une famille toute entière.
Mais de courte durée.

Parce qu’Esther a un secret enfoui. Et le spectateur ne pourra jamais le découvrir.
Tel est le postulat risqué du nouveau film de genre de Jaume Collet-Serrat. Risqué parce que les films sur les enfants mystérieux, y’en a à foison et que la plupart de ces intrigues peu ambitieuses mettent à mal toute leur portée horrifique et ratent le coche de l’efficacité (Dorothy).

Mais le cinéma fantastique ibérique est d’une autre trempe. Et pareil à Darkness de Jaume Balaguero, Collet-Serrat parvient à captiver avec très peu et relève son pari : le secret d’Esther, terrifiant, reste bel et bien intact deux durant.

Expatrié à Hollywood, le réalisateur espagnol n’en perd pas la main. Contrairement à Fragile dans lequel Balaguero peine à diriger Calista Flockhart, perdue au milieu d’enfants handicapés, le sol américain sied bien au cinéaste.
Avec sa palette d’acteurs convaincants (Peter Sarsgaard et la brillante Vera Farmiga), l’espagnol plonge une famille américaine proprette dans un chaos juvénile, indécelable. Aux apparences lisses, cadre américanisé, dialogues surfaits, le film crée très vite une descente aux enfers, dont le spectateur est témoin de chaque étape. Sadique sur le fond, enlevé sur la forme, Esther réussit à créer une tension progressive, brillante d’efficacité dans lequel la fluette héroïne mène la danse macabre.

 


Logique impitoyable

A rude épreuve dans Esther, le spectateur est foncièrement actif, interpellé. Horrifié par cette jeune fille abominable mais dont on ignore les tenants et les aboutissants, l’œil est circonspect, toujours à l’affût. Jamais de véritable mise à propos, le scénario révèle une gradation dans le machiavélisme dont on n’imaginait pas l’extrême.

Gentil thriller familial ou film gore, l’étiquette du film vacille d’abord, pour mieux traumatiser le spectateur, à l’image des actes d’Esther, qui assurent une ascension maléfique, à l’origine improbable.
Spectacle dans lequel rien n’est laissé au hasard, surtout pas la vileté de l’héroïne, Esther ne révolutionne pas le genre ni ses grandes thématiques mais a cette grande capacité pour assumer ses logiques, mener avec cadence son circuit. Jamais totalement prévisible, au contenu mythologique très convaincant (l’explication se dessine au moment où se perpétue l’horreur)  le film assure une épouvante sans faille et fiable.


Esther n’est pas un film sanguinolent et effrayant. Il excelle avant tout dans sa logique destructrice jusqu’au-boutiste et haletante.

(7/10)

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Commentaires

J'ai diablement envie de le voir tiens! après ces rec 2 / paranormal activi-truc mauvais et décevants :/

Écrit par : keepo | 04.01.2010

D'accord avec toi !
"Esther" est un film à la tension palpable, au suspense incessant mais bien maîtrisé, avec une héroïne qu'on aime aimer au départ, avant de la haïr de tout notre possible, tant on voudrait la voir crever au bout d'un moment. Et quand elle se reçoit un gros pain dans la gueule, c'en est carrément jouissif.
Malgré tout, il y a quelques écarts scénaristiques, ce qui est "logique" pour un thriller horrifique. Et la fin... ah lala ! C'est rare que je ressors du cinéma bouleversé, voire même traumatisé !

Note : 7/10 (comme toi, tiens !).

Écrit par : Fabien | 04.01.2010

@ Keepo : Esther n'a rien à voir, c'est un vrai bon film :)

@ Fabien : je crois que le mot tension est central chez Esther, c'est vraiment ce que j'ai ressenti. Et tu as raison, on a vraiment envie de l'égorger cette "gosse". Très bonne surprise !

Écrit par : adam | 04.01.2010

Salut,

J'ai vu Esther la semaine dernière et j'ai vraiment aimé. La fin est surprenante je trouve.

Écrit par : Laurent | 04.01.2010

Je l'ai trouvé vraiment banal celui là.
Les personnages sont vraiment caricaturaux et le retournement de situation est grotesque. Divertissant tout au plus.

Écrit par : Flow | 04.01.2010

@ Laurent : elle l'est en effet, brr !

@ Flow : l'as tu vu en VO ? Parce que la VF était une cata, je pense que la caricature était moins pregnante en VO.

Écrit par : adam | 04.01.2010

Je l'ai vu en version canadienne...lol
Non mais ce qui m'a dérangé par dessus tout, c'est que le film installe une ambiance malsaine puis s'en débarasse grâce à la révélation finale.

Écrit par : Flow | 05.01.2010

@ Flow : en version canadienne ? N'en dis pas plus :D
J'ai aimé la révélation finale, perso !

Écrit par : adam | 05.01.2010

Le film commence à m'intéresser avec les critiques positives que j'ai lues, alors que l'histoire bof bof. Je jetterai peut-être un coup d'oeil. Au courant de l'année ... ^^

Je savais pas que tu avais vu Le Ruban Blanc ! J'avais beaucoup aimé pour ma part, j'ai même envie de le revoir.

Écrit par : Red | 05.01.2010

Ah mais faut pas croire les canadiens sont des bêtes en doublage...un peu comme nous quoi.

Écrit par : Flow | 05.01.2010

Après Joshua, la douce Vera Farmiga n'en finit pas d'adopter et de tanner des suppôts de Satan...J'ai adoré aimer puis détester Esther. La cruauté enfantine n'est jamais édulcorée dans le film et j'ai trouvé ça bien de mettre l'accent sur leurs travers autant que leur innocence. Par contre, je trouve que le film n'était par moments pas assez jusqu'au boutiste et ne franchissait jamais une certaine limite, un peu comme si on ébauchait une idée puis que l'on se rétractait...Je pense à certaines scènes mais je ne veux pas spoilerifier...
Donc, oui, absolument d'accord avec ta critique, Adam. ;)
Je conseille aussi de le voir en VO parce que la VF est une calamité Jane.

Écrit par : Oriane | 05.01.2010

@ Red : oui je ne louperais Haneke pour rien au monde, je m'étais pas senti pour une critique.

@ Oriane : je n'ai pas vu Joshua, tu m'en apprends une bonne, j'ignorais que Vera en était l'héroïne, c'est limite dis donc.
Je n'ai jamais eu le sentiment que le film se rétractait, c'est drôle, peut-être étais-je trop investi, tu peux spoilerifier tout ce que tu veux, des critiques comme les tiennes sont hautement bienvenues !
Je l'ai vu en VF perso et c'était en effet très tarte par moment !

@ Flow : ah mais je te crois sur parole ^^

Écrit par : adam | 05.01.2010

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