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  • Avatar : Avé Tartignole

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    Révolution, film sans précédent, réinvention du cinéma, apogée technique, du jamais vu. Les médias ont gratiné Avatar de maintes louanges furieuses. Alors que ce produit de luxe (300 millions de dollars, quand même) a la démarche la plus classique qui soit. Et la plus défectueuse, aussi.

     

    Cameron, anthropologue disco.

    Sur planète Pandora, le gros du problème, c’est la planète toute entière et son idéologie bêta, quasi-sectaire, humainement risible, qu’on lui colle au train. D’abord, James Cameron ne voit pas l’indigène comme un protagoniste complexe, dont les traits seraient hérités des visions de Levi Straus ou Moss, qu’il aurait repris avec méthode. L’indigène, l’auteur préfère le mettre en scène selon une lecture niaiseuse de Rudyard Kipling. Pas d’avancée réfléchie, pas d’étrangeté, d’intérêt intrinsèque. Le réalisateur se contente d’observer la tribu avec une bienveillance supérieure, docte, et d’utiliser l’avatar Jack comme une version adulte de Mowgly. Et son émerveillement permanent : « Oh, une jolie fleur, qui rétrécit quand on la touche », « Un grand arbre luminescent, c’est beau », « Une bête qui grogne, aïe, est-elle gentille ? ».


    Forte d’une intrigue colonisatrice minime, autour d’une pierre très précieuse, qui rapporte bonbon sur la planète Terre, l’œuvre ne s’émancipe jamais du manichéisme inhérent à cette quête condamnable de l’homme. Et assomme alors très rapidement par sa psychologie de comptoir.

    Sans histoire à proprement parler, le réalisateur d’Alien préfère consacrer sa première partie, interminable et répétitive, à l’apprentissage des usages de la tribu Na’Vi par l’avatar Jack. Héros accessoirement, aux envies d’abord très yankee –c’est un ancien soldat, forcément, blessé au combat, dès lors handicapé, forcément- Jack, immerge alors dans une culture exotique, sur le rythme alourdissant de James Horner dont le travail musical ressemble note pour note à certaines morceaux de Titanic.

    Mais dans cette découverte de l’ailleurs vertueux, pas d’étude, de regard, l’œuvre se contentera d’étaler des visuels paradisiaques pour l’aborder : Pandora est l’Eden d’ailleurs, vierge de toute salissure humaine, cela suffira pour sustenter Madame écolo.

     

    Alors visuellement, le résultat est impressionnant (le contraire aurait été fichtrement culotté). Décors fascinants, évasifs (lorsque la rétine de l’œil se fait enfin à cette fameuse 3D révolutionnaire (et Volt, Voyage au centre de la Terre, Monstres contre Aliens, Scrooge alors ?), ici trop dévorante). La forêt de cet autre monde est d’une beauté inégalable. La nuit, les paysages deviennent vifs et fluorescents, un peu comme un décor de nightclub gay, à l’image de l’Arbre des Ames et des paillettes frontales des Na’Vi ; un tout très disco.

    Mais l’imaginaire de ces lieux naturels quasi-saints –l’indigène lui est clairement la figure de sainteté-, est cloisonné sur lui-même. Le mystère entier qui laissait, de prime abord, s’échapper de cette vie au fin fond de l’espace est réduit très vite à poussière d’eucalyptus sacré. Parce que dans Avatar, tout est surécrit, sur-démontré.
    Du naturalisme tout-puissant aux impasses matérialistes : voix-off omnisciente et obligeante, détails spirituels simplement expliqués, rites prouvés, mythologie à plat pour un univers pourtant sui generis. Cameron, trop soucieux de son impact, ne prend pas le spectateur par la main, pire : il lui mâche son (hors d’) œuvre et lui laisse quelques petits morceaux à avaler pour le plaisir du spectacle. Un plaisir réduit à une contemplation béate, stupide, dénuée d’interprétation. Seul le détail du « faire lien » de la na’vi avec le monstre volant réussit à étonner, donner de la croyance.

     

    Naturisme religieux, bien. Contre mal, tout le reste.

    Simplifié jusqu’à la moelle, Avatar dé-complexifie ses maigres enjeux, seuls rescapés du ravissement formel affété, malencontreusement façonnés par un ramassis de clichés éculés avec lesquels le réalisateur abreuve l’essence de son produit.

    Une guerre imposée, deux peuples, deux visions antagonistes du monde. Les indigènes, débonnaires et spirituels, derrière la nature, et l’homme, vulgaire pâte à fric, grossière et maniérée, au contrôle de la machine, en duel sacré. L’exception de l’avatar Jack et son groupe de biologie (dirigé par Sigourney Weaver, plus forte que jamais) aux airs écolo faisant foi. Le dénouement suit ce rituel affreusement, totalement, terriblement manichéen, qui jamais ne prend le contrepied nécessaire. Les hommes soldats font feu sur la faune, les autochtones se défendent difficilement à l’aide de flèches inoffensives. Ce combat est voué à l’échec mais le groupe des Na-Vi a une carte supplémentaire : la spiritualité, la communion avec la nature, abêtissante et mille fois démontrée.

     

    Et c’est tout l’art du film. Une idéologie-Avatar, éblouissante de manichéisme, de préconçus scénaristiques, de bêtises même pas écolo. Une idéologie faisant triompher l’esprit sur la main guerrière, le naturisme religieux sur l’impérialisme américain, visible de la première bataille à morale entre l’homme et l’animal sauvage innocent, jusqu’aux soubresauts faussement palpitants du combat conclusif entre l’immonde colonel et l’adorable couple de bobos bleutés.

    Entre deux temps, 2h40. Et jamais d’inquiétude, de cramponnage au siège, de don de soi : le spectateur est passif, presque oublié. Le spectacle, simple baston idéologique sans contours, lui, (sur)joué d’avance.

    (4/10)

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  • Cast Offs (Saison 1) La télé des laissés-pour-compte

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    Channel 4 n’a pas fini d’innover. Après avoir jeté son dévolu sur de jeunes délinquants qui guerroient contre les forces de la nature, Misfits (la critique, ici), la chaîne publique anglaise s’attaque à l’handicap.
    Mais dans Cast Offs, pas de centre de rééducation ou d’accident terrible, la chaîne préfère exiler sa série sociale sur une île déserte et la contempler au loin, au prisme visuel le plus actuel : la télé poubelle.

     

    Un Dead Set paralympique croisé Survivor, sans hémoglobine ni crève-la-faim, ça donne quoi ?

    Cast Offs bénéficie d’un vrai concept de fond, singulier et foncièrement étrange. Et volontairement inadapté. Pareil à Dead Set, de vrais handicapés succèdent aux vrais candidats de réal-tivi et autres cadres sup de l’audiovisuel. Mais plus frappants et moins ostracisés, ces anti-héros par nature, au lien de filiation évident avec la galerie freak de Carnivàle, donnent au programme un brin d’authenticité, mêlant empathie et sincérité.

    Ne misant jamais sur l’apitoiement ou le pathos suranné, Cast Offs s’appuie essentiellement sur sa galerie de personnages. Un panel de bras cassés qui parle de lui-même et qui honore originalement le programme. Cécité, surdité et paraplégie rivalisent d’élégance visuelle avec d’autres tares moins courantes, comme la phocomélie et le chérubisme.

    Par nature inadaptée, ces handicapés deviennent alors le symptôme d’un environnement dysfonctionnel, plongés au cœur d’une îlé quasi-désaffectée, où chacun devra compter sur les compétences de l’autre, mais aussi ses failles, pour survivre. Et tout l’enjeu passionnant de Cast Offs réside sous cette dimension.

     

    Entre bizarrerie et humanité

    S’intégrer, après l’exclusion et la marginalité, ces quelques personnages, pions d’une fausse émission de fausse réalité, s’en donnent à cœur joie. Et plongent ainsi le spectateur dans un milieu sui generis, fait de bizarreries physiques à plein temps et d’humanité universelle.
    Sur le modèle d’un épisode-un personnage, la série s’attache à retranscrire la vie de ses anti-héros, entre vie citoyenne et vie sauvage. Le pilot s’ouvre sur Dan, le paraplégique, peut-être l’handicapé le plus standard, normalisé par la société.

    Hélas, on ne retrouve pas dans son portrait, une vraie originalité de ton ou d’univers, dialogues sur fond lancinant, malgré quelques prestations bien encanaillées de ces freaks de l’autre société, entre humour (trop ?) ciselé et mélancolie dissimulée.
    Le reste, la plongée dans la vie d’handicapé facilement représentable peine à capter l’intérêt, faute de réelle originalité de fond.

    La série aurait gagné en fascination si elle avait uniquement fait la part belle au périple sauvage de ces hommes et femmes invalides mais par nature combatifs et ironiques (trop ironiques ?). Mais le programme se veut trop social et perd en force de conviction lorsqu’elle enchaîne les flashbacks réalistes souvent préconçus.

     

    Filmer de vrais handicapés dans un faux format, sur une vraie-fausse île déserte, c’est pas aussi un peu immoral ? Ou gênant ? Ou conceptuellement populiste ?

    Y’a de ça, aussi, mais tel est parti-pri de Cast-Offs. Qui faute de réel équilibre, entre virée sauvage humoristique et vision sociale de l’handicap en souffrance, s’en tire mi-figue mi-raison. A l’image du fauteuil roulant de Dan, engoncé dans le sable.

     

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    (6.5/10)

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  • La Route - L’Humanité au cœur de l’Apocalypse

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    D’abord, survient une lumière aveuglante, acide, nucléaire. Puis, plus rien : le noir absolu, un chaos. Un chaos sur Terre, qui plonge les êtres humains, malheureusement rescapés, dans un état annihilant, sauvage, premier.
    Six ans après cette terrible apocalypse dont on ne sait quasiment rien (sa nature, ses causes), un homme (Viggo Mortensen, ahurissant) et son fils (Kodi Smit-McPhee, touchant) font route vers le Sud. Plus qu’une route, il s’agit d’une errance.

     

    Survie monochrome

    Une errance spirituelle, guidée par Cormac McCarthy, l’écrivain du livre original, Pulitzer en 2007. Et la marque du romancier américain se retrouve à l’écran : son jusqu’au-boutisme ancré dans une patience lettrée mais au processus inéluctable.

    C’est la fin irréversible de toute civilisation et la nécessaire survie de l’homme, parce que dans la Route, il n’est jamais question de mourir, de lâcher la main du fils. Le film consacre à satisfaire un anthropologue, un retour visuel à l’état sauvage, où les seuls besoins vitaux sont de manger, marcher et fuir l’autre. L’homme retrouve ses instincts primitifs, pire encore. Le cannibalisme est la peur qui terrasse les survivants. Plus de végétation ni d’animaux, l’homme devient le chasseur et sa proie.

    Formellement, le réalisateur John Hillcoat parvient brillamment à retranscrire cet état indicible instauré par McCarthy, oppressant, sinueux. Un état monochrome où la grisaille ambiante, uniforme étouffe le monde, du ciel à la mer. Où la saleté ronge l’homme, gris, réduit en lambeaux, en homme des cavernes recyclé.

     

    Transmission

    Mais plus qu’une survie, un adieu aux mœurs, toutefois d’une humilité formelle et beauté saisissante, le questionnement foncier du film s’établit autour de l’éducation et de la transmission. D’un père à son fils.
    Aller au Sud, « porter le feu », ne jamais baisser l’arme face à l’inconnu, se méfier et faire survie seul : jamais ce père ne cessera d’inculquer à son jeune fils une éducation, une humanité dans ce no man’s land sans but. « Papa », le héros, sans cesse interpellé par son enfant, apparaît alors comme une figure christique, dévouée à cette cause.

    L’effort est débonnaire, quasi-divin, Viggo Mortensen coupe le souffle dans sa quête parentale, parfois violente, toujours passionnée et acharnée, d’habilitation. Et cette finalité est noble, désarmante lorsque l’adieu attend, lorsque la transmission s’effectue enfin.
    Le film sublime son propos avec subtilité, autant que ce rapport d’amour de ces deux hommes, intact, magnifiant. L’innocence du garçonnet, aussi, malgré la faim, les trafics humains ou le sang vif, ébranle le cynisme du père et bouleverse l’ordre établi.

     

    A double sens finalement, la Route défend un humanisme indéniable, résistant à l’horreur et la sauvagerie. Telle une leçon de vie, l’œuvre est une instruction, une quête de sens symbolique, qui finit par rejaillir hors de l’écran.

    (7/10)

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  • Mister Eleven (Saison 1) 10 + 1 = amour, sans retouche

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    Quand l’auteur de Shameless, Amanda Coe rencontre Michelle Ryan, l’actrice aux gros bras qui prêtait jadis ses traits anglais à l’américaine Bionic Woman, la version blockbuster 2007, cela donne une mini-série en deux parties, diffusée sur ITV pour les Christmas holidays.
    Mister Eleven, son titre, n’inspire pas grand-chose. Encore moins l’hypothétique combinaison de Shameless, la série vorace et sale avec le bourratif produit bionique, rapidement éconduit par NBC.


    Dans Mr Eleven, il s’agit davantage d’une histoire mathématique à l’eau de rose, un « drama romantique » comme on aime à appeler ce genre de séries ou une terminaison lexicale subterfuge pour dissimiler l’eau de rose et la niaiserie, pourtant bien prégnantes.

    La mini-série raconte ainsi l’histoire de Sarah, une prof de maths qui très tôt, en raison de déconvenues amoureuses, s’est entichée d’un amour fétichiste pour les chiffres et autres proba. En grandissant, la jeune femme a développé sa propre théorie mathématique selon laquelle l’homme de sa vie ne pourra être que sa onzième conquête sexuelle.

    Fort de cette trouvaille scientifique, « Saz » rencontre alors Dan, le onzième flirt poussé. Et l’épouse séance tenante. Son bonheur semble alors mathématiquement prouvé.

    Mais la prof de maths découvre, peu après l’échange des vœux, que, son précédent flirt, témoin au mariage, n’avait été qu’un baiser volé très alcoolisé dans un taxi. Et réalise alors que Dan n’est pas son mari, mais Mister Ten. Sarah part alors à la recherche de Mister Eleven, plus aguerrie que jamais.

     

    Comment faire compliqué pour déguiser le cliché ?

    Sous ses airs alambiqués (l’histoire se résume difficilement en moins de sept lignes), Mister Eleven est l’exemple idéal de la quête amoureuse holywoodienne où jeune femme mariée s’embéguine d’un inconnu, après l’engagement (ou pire : la bague au doigt) et qui vivra le vrai amour, après un processus prévisible, toujours complaisant.
    Mais ici, point de Julia Roberts et son sourire qui ferait excuser toute invraisemblance de scénario. Le spectateur se contentera de Michelle Ryan et ses lointaines ressemblances labiales avec la reine de la comédie fleur bleue.

    Outre l’originalité initiale du fétichisme mathématique, de la recherche du dénominateur commun amoureux aux éternelles énigmes chiffrées de l’héroïne, Mr Eleven ne parvient pas à se démarquer de son étiquette d’histoire d’amour, trop classique.

    La série s’essaie bien à la modernité de ton (le sexe, comme critère de vie maritale), aux allures gentiment provoc’ portées par une bande-son impeccable, faite de Cat Power et Regina Spektor. Mais quasi-vaines, ces précautions permanentes de ne pas sombrer dans une ode romantique pour être dans le coup –ironique, ont l’effet inverse : réflexion creuse sur l’amour et chemin prévisible vers l’être aimé.

    Parce qu’au bout du compte, malgré l’enrobage mathématico-humoristique, Mister Eleven est bel et bien une bluette, aux codes établis, mais à la forme remise au goût du jour. Si tant est qu’il en faille beaucoup pour cela.

    (4.5/10)

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  • Max & les Maximonstres : L’onirisme colérique qui résonne au loin

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    Spike Jonze nous avait quitté avec Adaptation, l’œuvre qui avait su associer la gracilité de Meryl Streep à la grossièreté de Nicolas Cage en nous réconciliant avec Action Man.
    Six ans plus tard, l’auteur de « Dans la peau de John Malkovitch » revient avec une vraie adaptation. Celle du livre consacré de Maurice Sendak, Where the Wild Things Are, plus connu chez nous sous le titre magique de Max et le Maximonstres. Un album pour jeunes existences qui s’emploie à raconter les dures rêveries d’un enfant turbulent et entier.

     

    Désincarné

    Mais d’adaptation, il n’en est jamais vraiment question dans l’œuvre de Jonze. Sendak, l’auteur qui a su parler aux enfants avec véracité, a conçu un livre surtout illustré, rarement écrit (10 lignes en tout et pour tout), qui faisait la part belle à la propre interprétation du jeune lecteur, le renvoyant directement à ses propres « Maximonstres », sa propre image de lui à travers ses rapports d’identité et d’altérité. Le film est donc avant tout un tremplin imaginaire, une passerelle dont la richesse visuelle et poétique vient d’ailleurs.

    Mais en reprenant le matériau indispensable de Sendak – l’hyperactivité du héros, la fidélité des portraits des monstres sauvages, la fuite fantasmée, on retrouve dans le film ce qui avait permis une rupture brutale avec la littérature enfantine.
    Pas de vision angélique de l’enfant, de figure familiale embellie, d’escapade fabuleuse. Le charme réside avant tout dans sa cruciale démonstration de l’enfance, lucide, jamais arrangée, ou sirupeuse.

    L’ornement de l’œuvre ne puise pas dans un visuel édulcoré, ou une morale exacerbée. Davantage dans une bataille douloureuse de boules de terre sur une île désenchantée, et dans l’inconstance d’un jeune héros égoïste déjà manipulateur. A eux seuls, aussi, les Maximonstres, ces créatures insensées aux allures embroussaillées voire diaboliques (certaines sont affublées de cornes), démontrent cette envie d’onirisme désincarné.

     

    Entre réalité hirsute et imaginaire transcendé

    Sans Charlie Kaufman cette fois, son scénariste fétiche, qui le vaut bien assurément, le réalisateur recrée ici un décor unique. Entre réalité hirsute et imaginaire transcendé. Max, le jeune voyageur (et acteur prodige qui hurle, piétine, mord comme personne) règne sur son propre domaine.
    Roi, il y entremêle ses fantasmes familiaux, où Carol le Maximonstre serait une figure de patriarche protecteur et KW une mère plus attentionnée. Mais c’est aussi sa propre image que Max greffe à ces « Choses Sauvages », dont les traits joueurs et valeureux sont une représentation désirée, qu’il aime à concevoir comme modèle identitaire.

    Mais l’île sauvage est aussi le reflet d’une réalité qui s’impose au héros, omnisciente et inextirpable. La disparition du soleil, la tragédie amoureuse, l’ordre sociétal, la perception de l’étranger, la destruction matérielle et affective, tant de thèmes matures offerts sur fond tantôt mélancolique, tantôt foutraque de Karen O (& the Kids) pour ne jamais composer qu’avec l’exutoire de l’enfant, mais aussi avec ses inquiétudes et ses consciences déjà acquises du monde.

     

    Max et les Maximonstres est un voyage triste, parce qu’il est intelligent et lucide. De sa lucidité lumineuse, naît une douce-amère échappatoire. Une errance cruelle, ludique, forte, qui tambourine et cajole en même temps. Des sentiments tordus effrénés qui s’empilent, comme s’entassent sans détour ces choses sauvages, pour un résultat maxi-singulier.

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    (9/10)

     

     

    Une bande-annonce idéale, sur fond idéal : la majestueuse Karen O (Yeah Yeah Yeahs)

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  • Brothers & Sisters (Saison 4) Walkers contre aléas de la vie

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    Nearlyweds – 4.10 (diffusé le 13.12.09)

    Jour J pour Rebecca et Justin. Tommy et Elizabeth font même le déplacement.

     

    Au tour de Brothers & Sisters de diffuser son ultime épisode 2009. Mariage et enfant, « second thoughts » et alarmisme, la série reprend sa formule usée emblématique.

    Le mariage de Justin et Rebecca est menacé. Par les forces de la nature, d’abord, par l’argent qui manque d’Holly, mais aussi par Justin lui-même. Le cabotin de la bande a toujours le rôle du lâche et du faible. Du coup, les auteurs reprennent le filon et offrent une histoire un peu faiblarde sur le doute pré-mariage, qui peine à capter l’intérêt. Mais l’épisode met vite fin à la confusion et offre un mariage à la plage dans un esprit très Brothers & Sisters : sourires forcés et cohésion de groupe.

    L’occasion aussi de revoir Tommy, qui peu à peu se re-familiarise avec les décors. L’acteur brille toujours autant par sa fadeur inouïe. Et ses histoires parentales ne dissimulent pas cette absence. Comme une fleur, il arrive au mariage, accompagné de sa fillette. Mais l’avocat du groupe, Kevin, n’oublie pas son droit civil et crie au kidnapping d’enfant. Une trame épineuse, qui vite se défait grâce au bon-sens de Julia, qui a fait le déplacement, pour notre plus grand plaisir cette fois-ci.

    Avec cette histoire de mariage compromis et de kidnapping d’enfant avorté, on en oublierait l’essentiel de cette saison : le cancer de Kitty. Qui bénéficie d’une perruque qui résiste drôlement au vent marin.

    Mais c’était mal connaître la série, qui alors décide de se finir sur un cliffhanger médical concernant la jeune politicienne. Aussi faussement intriguant que le sort de Bree sur la même chaîne. Toutefois, plus épique.

    (5/10)

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  • Dexter (Saison 4) Foyer, enfants, meurtres. Does it take a village ?

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    The Getaway – 4.12 (diffusé le 13.12.09)

    Le combat final entre Dexter et Arthur est arrivé. Debra, quant à elle, découvre la vérité sur son frère.


    Il est toujours ardu de critiquer un chapitre haletant d’une saison qui a frappé par son intensité.  D’autant qu’il se finit sur un cliffhanger de taille, un rebondissement émotionnel puissant qui met à mal le spectateur dans sa quête d’équilibre étroit dans une série qui ne s’en soucie guère.

    Les 50 minutes conclusives d’une traque humaine vigoureuse étalée sur douze semaines se devaient d’être à la hauteur du spectacle haletant et fort de cette saison. Mais en dent de scie, l’épisode a fait la part belle à la mollesse et à une certaine complaisance de dénouement. Comme tout season final de Dexter qui respecte son code, l’épisode prend l’arc par les rennes, monte le ton crescendo et offre une scène d’action finale à l’emporte pièce. Frustration mêlée d’inquiétude, le spectateur reste sur sa faim, malgré un spectacle sanglant et manichéen qui donne le tournis.

    Mais dans cette quatrième saison, où l’intensité a rivalisé de pics record, le sentiment de vertige a été plus que jamais exploité. Une première partie moins rythmée plus tard, l’épisode s’achève sur une seconde bien plus spirituelle (la mise à mort décorée de Trinity) et sombre.
    Son paroxysme évident est la scène finale de cet épisode final, où Dexter découvre sa femme assassinée. Y avait-il moins inattendu ? Y avait-il meilleur sujet à évolution pour un héros en crise existentielle ? Le doute n’est pas permis.

    Les auteurs de Dexter ont rarement eu autant raison et ont su amener leur bouleversement avec une rare mesure, une rare intelligence d’écriture.  Une rare horreur, également.
    Et même si la scène, à la mise en scène personnelle –un parallèle parfait avec l’histoire du héros- émouvra et choquera foncièrement le spectateur shipper, celle-ci sera avant tout un passage brillant, qui permettra à la série d’exposer encore une fois sa pièce maîtresse sous un autre angle.

    Plus d’analyse dans le bilan à venir, très bientôt.

    (9/10)

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  • Glee (Saison 1) – Pour qui sonne le Glas (Bilan)

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    G comme Gabégie

    S’il n’y avait qu’une expression pour décrire ces sectionals, symbole du season finale de la mi-saison de Glee et Glee elle-même, ce serait : une immense gabégie. On pourrait aussi parler de final mielleux insipide. Incolore. Prévisible, affreusement prévisible. Qui tire davantage de la série Disney Channel que d’un ensemble show en prime sur la FOX.
    Mais on retiendra surtout cette gestion gabégique de la série, aussi regrettable que les prestations de Finn, plus inexistant tu meurs.

    Glee ne se contente pas seulement de faire triompher sa morale et d’associer joie, victoire, séparation, divorce, mariage avorté, renvoi disciplinaire et histoire d’amour dans un esprit rarement aussi sirupeux, complaisant et tristement maladroit.

    Elle sacrifie surtout tous les enjeux déployés au cours de la saison pour un épisode de transition, commercialement important, en leurs attachant une importance quantitative et dénué de créativité, à l’exception du renvoi (tristement facile) de Sue, qui, elle seule, gagne en hargne.

     

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    Surexcitation sans fond

    Pas de demi-teinte, seulement des excès. Vocaux, verbaux, situationnels, sentimentaux ; la série est un ramassis de scènes bien pensantes, où l’abjecte difficulté se résout toujours par la sincérité et l’esprit sain. Episode final, les Glee se font manger tout crus par des équipes tricheuses et malveillantes (même par des handicapés, ils devraient avoir honte ces êtres en difficulté, forcément honnêtes et le cœur sur la main).

    Une chanson des Rolling Stones par Finn le gentlemen sauveur et la voix toute-puissante (trop-puissante ?) de Rachel suffira alors pour mettre en liesse une salle (ou en pleurs Will alors sur la touche) pour un final chanté ridicule. Le niveau du plus affligeant aurait été là atteint si la mi-saison ne s’était pas achevé sur un clipdance hommage au professeur émérite et dont le message idéologique rappelle l’importance d’avoir un bon compagnon de vie.

    Aussi ridicule, ce perpétuel effort de fond de combiner des scènes drama avec des saynettes plus légères. Comme si la série n’assumait pas son propre ton, bon enfant ou méchamment puéril.
    Quinn pleure avec conviction, Rachel est parfaite dans son rôle d’héroïne cheftaine (seul atout qui assume sa complexité) mais le reste est voué au mal trop peu ironique (dont les soubresauts du 1.12 ont crée une attente vaine) ou au bien simplet à l’intérieur duquel Glee Club guilleret, professorat et adultes immatures ont la part unique.
    Entre les deux, une frontière étanche.

     

    De toutes les ressources récoltées depuis treize semaines, Glee en fait un épisode synthèse bâclé et impose sa vision du triomphalisme dégoulinant de sensationnalisme et de bêtises vertueuses.
    Une conclusion aux grands mais tumultueux débuts d’une série foncièrement populaire, à l’image de ce trophée gagné par Glee Club. Brillant, victorieux, tape à l’oeil, mais … en toc.

     

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    Moyenne : 4.5/10

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