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31.08.2010

Dexter (Bilan) De l’art terrifié d’être un père de famille meurtrier

Saison 4 – Critique

L’an passé, la série nous avait offert un break intellectuel en faisant n’importe quoi avec le concept papier du serial killer fréquentable, et s’était achevée sur un mariage heureux. Cette année, la série nous a cogné douze semaines et s’est finie brutalement. Sur une touche de noirceur macabre, le leitmotiv plastique de cette saison.

 


Famille ou Scalpel ?

Plus qu’une page qui se tourne avec la fin de cette quatrième saison. C’est un rituel anéanti. Une existence choisie qui résonne comme un échec pour un héros malmené dans ses conceptions multicartes.

En respectant les propres lois de son héros sociopathe, la série impose une logique jusqu’au-boutiste, effrénée et puissante. Comme un code en péril, elle ne se contente plus de placer Dexter sur la corde raide pour l’en sauver in extremis. Avec cette saison, la série confronte son héros à ses propres erreurs, ses propres choix. Par l’entremise de Trinity dont l’effet impactant n’a jamais été aussi important dans le psyché de Dexter.

Alors père de famille, Dexter apprend à s’adapter à son nouvel environnement, lui et ses lubies macabres. Une vraie évolution situationnelle, où Dexter passe de célibataire propret impeccable à père débordé, négligé, aux multiples responsabilités. Dexter se trouve alors de nouvelles problématiques de vie, noue avec d’autres discours intérieurs et s’éloigne des éternelles tirades sur la solitude et le savoir-être du mal dont le spectateur abreuve l’essence depuis quatre ans.

Peu à peu, la série met en exergue la difficulté pour le héros de jongler entre ses différentes étiquettes et l’a finalement opposé au choix crucial. Famille ou scalpel ? Une réflexion dont le spectateur a été témoin et qui symbolise parfaitement l’impasse psychologique du héros, maîtrisée par cette saison.

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L’onirisme par l’Horreur

La saison 4 est plus qu’une loi du talion. Plus qu’une traque bête et méchante conduite par un tueur de tueurs, à l’encontre d’un original sociopathe fripé. Il y a plus chez Dexter (plus aussi chez Trinity). Le psychopathe y a mis, cette année, de sa personne, de ses considérations. Le parallèle avec sa nouvelle vie familiale, ses responsabilités de père et mari ont alors été toujours le point d’accroche de Dexter à l’encontre du Trinity Killer.
Un sentiment vertigineux naît alors très tôt chez le héros et hors de l’écran, et permet d’opposer alors deux monstres, deux conceptions de l’horreur insérée dans une banalité du réel et dont la source sadique puise directement dans le traumatisme de l’enfance.

Pareille à l’évolution de l’histoire, l’évolution de l’anti-héros se fait par étapes. Au départ timide et traumatisé, le Trinity devient ensuite une figure sage et maîtrisée, sereine et brillante. Pour finir homme écoeurant, sadique et incarner l’Horreur.
En scène, le Trinity Killer offrait plus d’ampleur quand il n’était alors qu’un monstre sexagénaire pusillanime et monomaniaque. Mais il se devait d’évoluer et d’apporter à Dexter la schématisation d’une vie familiale ambivalente vers laquelle ses rites et lui se dirigeaient.

Plus abject, bien moins samaritain que Dexter, Trinity a été une pièce scénaristique indispensable à l’univers étouffé, qui étranglait visuellement, à chacune des scènes où la famille Mitchell se réunissait, elle martyre, terrorisée par la figure d’un père violent et fou à lier.
La découverte du vice par Dexter s’est faite sous nos yeux, au même moment. Au moment aussi où Christine n’est plus apparue comme la seule journaliste avide de sensationnalisme. En gentille fille dévouée à un père trop pleutre pour s’en soucier, Christine est devenue une figure fascinante, de torpeur, symbole d’une dévotion filiale qui lui a coûté la vie.

Electriques et stupéfiants, ces moments d’intense vileté ont permis à la série de retrouver son emprise psychologique, d’une certaine manière onirique.

 

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Séquelles et apostrophe

Les véritables enjeux de cette saison ne sont pas les quelques scènes finales, où d’une manière ou d’une autre, le serial killer de l’année finit dans des sacs de poubelle, au fin fond de l’océan. Les enjeux-ci sont inhérents à Dexter, à ses choix, aux conséquences inéluctables. Parce que le jeu du chat et de la souris, du monstre et du monstre a, cette année, débouché sur l’impensable.

Le choix d’une famille ou d’une pulsion n’a pas suffi à assurer les questionnements de la série. Ajoutés à la relation terrifiante de Dexter et Trinity, ils ont pris une autre dimension : inéluctable. En se débarrassant (rapidement, toujours) du tueur récalcitrant, Dexter accomplit sa tâche. Mais avant de finir sur la table chirurgicale de l’expert sanguin, Trinity (on le suppose) a débuté son nouveau cycle meurtrier et s’en est pris à Rita, l’épouse.
Mise en scène écoeurante, qui rappelle celle de Dexter enfant, le meurtre de Rita est la conséquence ultime d’une saison entière. L’exemple paroxystique du suspense à couper au couteau de cette saison, les parfaites représailles des actes de Dexter, qui n’est plus impuni, plus intouchable. Et ce lugubre assassinat, au demeurant très émouvant pour le spectateur habitué au cadre familial idéal, ouvrira la voie à une autre ère pour le héros, un code à modifier, une manière de vivre, aussi.

Aussi, la quête d’abord farfelue de Debra (Jennifer Carpenter, toujours impeccable) a fini par gagner une légitimité de terrain indéniable. En enquêtant sur le passé professionnel et sentimental de son père mentor, Debra a voulu démystifier une figure sacralisée. Peu à peu, elle a mis les fondations du fonctionnement codé de son frère, en péril, en découvrant la réalité sur son enfance, ou son lien de parenté avec le Ice Truck Killer. Mais cette année, l’enjeu de fond est resté en suspens. Peut-être l’année prochaine.

 

En attendant le deuil, le doute, ou la solitude re-embrassée de Dexter, la mort de Rita, et sa mise en scène sanglante, restera gravée dans les mémoires. Comme la marque d’une fin sordide. La fin des quatre plus grandes années révolues d’un sombre serial killer socialement réhabilité mais dont la complexité n’a jamais été vraiment mise à jour.

 

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Note globale : 8/10

Les critiques épisode par épisode sont à lire ici.

Trackbacks

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Commentaires

Quel sacré bilan, il reste plus grand chose à dire de cette saison, que j'ai trouvée moi aussi incroyable et prenante à souhait, j'aurai peut-être parlé plus de Debra et de Christine, mais en trois mots tout à fait d'accord!

Écrit par : Dex | 31.12.2009

Cette saison a, comme vous le dites, beaucoup de bonnes idées. Mais toutes ne sont pas si bien exploitées et l'ennui s'est fait ressentir des fois. Mais globalement, je suis bien d'accord avec toi, c'est une super saison !

Écrit par : Benji | 31.12.2009

@ Dex : j'aurais voulu, tu sais. Mais c'est difficile de faire des apartés dans une critique qui n'a finalement qu'un angle (le plus important).

@ Benji : alors s'il y a bien quelque chose que je n'ai pas ressenti cette saison, en particulier sur la fin, c'est bien de l'ennui. Qu'est ce qui a été ennuyeux au juste ?

Écrit par : adam | 31.12.2009

Je ne me suis pas ennuyé une seconde cette saison. J.Lightow était parfait. Il y a tout de même matière à critique(les persos secondaires inexistants, Harry insupportable. Tu as tout dis dans ton bilan. Vivement l'année prochaine!

Écrit par : Flow | 01.01.2010

Ah il y a Dex sur ton blog ! Ayé, je joue le jeu. (c'est Red btw)

J'ai un avis un peu moins optimiste, parce que comme Flow l'a dit, saison très divertissante mais trop de lacunes : comme je te l'avais dit dans un autre commentaire, les réflexions de Dexter deviennent trop redondantes (carrément insupportables même), un conflit Dexter/Trinity très peu subtil. Une saison beaucoup trop grand-public je trouve, et plus politiquement correcte aussi.

C'est vrai que la dernière scène du season finale est plutôt réussie, mais le cliff en lui-même me rappelle un peu la saison dans sa globalité, trop carrée, Trinity c'est le méchant, Dexter c'est le "gentil", on tue Rita etc. Ça manque un peu de nuances, du coup on a presque l'impression de lire une BD à l'écran tellement c'est carré, caricatural et purement narratif, jamais approfondi. Juste pour le plaisir du divertissement et Dexter était bien plus que ça. Surtout en saison 2.

Mais c'était jouissif, oui, pas ennuyant, après une saison 3 molle, mais comme tu dis la s3 était un peu plus "intellectuelle". Dommage qu'ils aient pas su trouver le juste milieu (à mon goût).

Écrit par : Kyle Butler (Red) | 01.01.2010

@ Flow : Flow a un blog, je vais aller voir ça ! Quant à nos moutons de la nuit, je rejoins ton avis (sur les persos secondaires, quoique Debra est encore plus brillante et ça j'aurais du le mettre en évidence) ! Vivement, ouais !

@ Red : oui, on peut être multi-identity ici, c'est tellement fancy !
Alors c'est que je dois être grand public (je viens d'adorer Esther, soooo), mais vraiment, les discours et ce duel m'ont plu. Comme cela se voit au vu du bilan, j'ai essayé d'expliquer, cela dit. Mais je crois que tu as raison au fond, c'etait bien plus du divertissement dans la forme. Mais contrairement à toi, j'ai été conquis par le fond (l'aspect famille-scalpel).
Peut-être que la saison 5 saura le trouver, le juste milieu du sériephile expert :)

Écrit par : adam | 02.01.2010

Tout à fait de point de vue, quelle saison !

Écrit par : John | 02.01.2010

Merci c'est sympa d'aller voir mais je débute (j'ai même pas fini la forme)...
Pour en revenir à Dexter et Debra, je ne parlais pas d'elle (elle est parfaite) car pour moi, c'est un perso principal!

Écrit par : Flow | 02.01.2010

@ John : du mien ? oh merci !

@ Flow : courage, la forme, ça met du temps, c'est normal. Quels persos secondaires ? Angel et le lieutenant, c'était limite, le reste, désert...

Écrit par : adam | 02.01.2010

Merci. Les persos secondaires je parlais de tous. Harry bien sûr mais surtout Angel et Laguartha. Je trouve assez artificiel de les avoir mis ensemble comme si il ne pouvait plus exister séparément. Masuka est un cas à part.

Écrit par : Flow | 03.01.2010

Tiens, tu me fais penser que Masuka a été selon moi sous-exploité cette année !

Écrit par : adam | 03.01.2010

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