« Blabla-Séries : L'Hebdo-Séries n°13 en ligne | Page d'accueil | Better Off Ted (Saison 2) Et l’esprit du capitalisme »

08.12.2009

Project Runway (Saison 6) La victoire par le Mal

tv_project_runway01.jpg

 

Vous prendrez bien un peu de télé-réalité ?

Alors que la New York Fashion Week a rangé les costumes affriolants depuis des mois, Project Runway en a profité pour y signer son final tape à l’œil, diffusé il y a peu. Et si la saison 6 est une saison diantrement ratée, qui ne mérite pas son label de valeur sûre de real-tv, elle a l’avantage d’avoir fait triompher le Mal, de mettre au placard l’Innocence.
Comme pour suivre une logique inhérente à la théorie d’Hannah Arendt.

project-runway210.jpg

Et la gagnante est ... LA PLUS MECHANTE (celle qui donc mi-sourit)



Parce que Project Runway et philosophie, même combat vestimentaire.

Irina Shabayeva est une designer new-yorkaise de 27 ans. Issue d’une famille d’immigrés de Géorgie, Irina n’a pas sa langue dans sa poche, encore moins son égo démesuré. Elle est surnommé Mean-a Irina par ses camarades, ce qui en dit long. Parce que « i’m gonna kill someone, i’m not here to make friends », assene t-elle.

Habituellement utilisée avec parcimonie mais grande utilité, le cliché du candidat machiavélique survit toute la saison mais échoue à coup sur aux portes des grandes finales d’émissions réalité.
Cette fois, Project Runway a osé l’oxymore du « méchant gagnant ». La caricature d’une femme assurée tendance infatuée, Irina, fait enfin victoire.
Mais est-ce le talent déclencheur d’Irina ou un simple coup de pub dépoussiérant un Projet prévisible, en berne ?



Talent, version Vivienne W.

A l’image du caractère de la créatrice, la collection « moderne et cohérente » constituée de douze pièces originales de la candidate et proposée à New York durant la Fashion Week faisait la part belle au noir dans toute sa splendeur.
« Une collection qui manque de couleur », le rappelle justement Heidi. Il ne fallait pas être mannequin pour Victoria’s Secret pour formuler pareil avis. Mais Irina a risqué le parti pris unicolore, uniforme, pour une vision d’ensemble, axée sur la noirceur.

Cuir chic, tissus étirés, coupes étroites, accessoires droits, des chaînes au menton aux combos gants et chapeaux cosmopolites. Irina, férue de Gaultier, sert la jeune femme carnassier. Elle explique sa collection par une vision urbaine de la femme.
Affranchie, indépendante, la femme doit rester protégée par des habits sévères. Etre armée pour survivre dans la ville–elle-même new-yorkaise. Une allégorie excessive, mais moins risible que sa concurrente Althea, qui a adopté une vision de la mode futuriste en s’inspirant des films SF des années 50.

Comme le dit finalement quelqu'un d'important dans la mode télé, « même si totalement bidon, le discours d’Irina se vend bien et rejoint la cohérence de l’artiste, qui n’a jamais relâché pendant la saison ».

Sans titre 1.jpg

Le fouet est dans la remise, mais il faudra vaincre Irina.


Coup de pub, version Stella M.

La garce est vindicative, charismatique mais elle cache toujours un archétype de looser inconscient. Sauf cette année, avec Irina. Et cette victoire n’est que le contre-pied idéal fait à une saison 5 dégoulinante de manichéisme où la brillante garce (Kenley) est vaincue par l’angélique (LeAnn), après un défilé final dénué de suspense.

Parce que le syndrôme Kenley a la dent dure dans Project Runway. Comme la finaliste de la saison passée, Irina est une designer indépendante, fidèle à l’image de la femme abordable et jolie, qui au nom de son prétendu sens du travail artistique, fait style à part, ne se mêlant aux interactions groupées que dans un but de médisance teintée d’hauteur.

Mais Kenley avait le verbe haut. La caricature assumée, elle incarnait la figure infernale (sa dernière actu étant l’agression de son petit-ami par l’entremise de son chat). Alors que le cliché autour d’Irina se veut plus estompé. La jeune femme de famille immigrée n’a pas même la tendance sacro-sainte à la critique injurieuse et au caprice puérilisant de Kenley-« this is unfair », la designer 2009, elle, se veut plus habile dans ses attaques, moins calomnieuse, et plus travailleuse. Moins théâtrale.

kenley irina project runway.jpg
Qui a dit que la brune était tentaculaire ?

 

Un mal idiosyncratique en baisse qui légitimerait l’illégitime, la victoire par le travail ?

Quoi qu’il en soit, c’est une perpétuelle représentation idéologico-théâtrale teintée de morale préconçue que nous offre le show depuis trois saisons. L’émission est devenue exacerbée, friande des règlements de compte en off, des querelles internes, des visions raillées.
Alors qu’elle faisait d’abord la part belle aux talents, à l’envie de jeunes stylistes originaux, elle oublie dorénavant de retrousser ses manches, quitte à survoler les créations, défilés, coups du sort en tissus, pour barboter dans le consensuel belliqueux et personnalisé, toujours triomphant en télé-réalité.


En demi-teinte cette année, à l’exception d’une immigrée slave quarentenaire à la voix rauque et déstabilisante (Gordana), les candidats n’avaient franchement aucune saveur, aucune démarche novatrice. Pour donner de l’allure au programme, Project Runway a bien essayé le coup amoureux (Logan et Carol Hannah), les grosses ficelles du plagiat (Althea et Irina, entre autres) ou les ambiances de travail conflictuelles, mais la sauce théâtrale n’a pas pris.

Parce qu’à cette scénarisation outrancière, correspondant une baisse flagrante de qualité. La preuve aussi avec le jury, devenu affreusement consensuel et rigide. Avec Heidi Klum en animatrice lassée et même Tim Gunn, curieusement insipide, jamais surprenant sur ce qui fera ou ne fera pas l’unanimité. Parce qu’il n’est plus jamais question que d’unanimité à Project Runway : les avis de Michael Kors, Tim, Nina Garcia et Heidi étant cousus de fil blanc, sur motif d’uniformité. Et l’art du renouveau dans tout ça ?

project-runway211.jpg
Nina et ses amis sont d'accord : c'est OUT.

 

A peine achevé, à peine digéré, le runway, qui retrouvera enfin la Grosse Pomme, sera déroulé à nouveau le 14 janvier 2010 sur Lifetime. Pour une nouvelle vision spinozienne de la mode. Entre bien et mal, entre gentillesses et grosses trahisons montées.

project_runway.jpg
AIE.

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://www.blabla-series.com/trackback/2505695

Commentaires

Personne ne veut share ses opinions forcément riches sur Project Runway ? Non parce que je suis là pour ça, hein.

Écrit par : adam | 10.12.2009

Est-ce que ça veut dire que lorsqu'on regarde PR on peut savoir si on est IN ou OUT.
Ou est-ce que ça veut dire qu'on peut dissocier le bien du mal ?

La victoire de la méchante, en voilà une belle morale. Mais est-ce que ce n'est pas aussi parcequ'on juge son travail plûtôt que sa petite personne ( comme dans les rela TV plus classiques quoi ) ?

Écrit par : LeChat | 13.12.2009

Oui on peut le déterminer à partir de là, en effet. On juge surtout son travail, on jauge sa personnalité et sa victoire est due à une subtile combinaison des deux facettes.

Écrit par : adam | 14.12.2009

Écrire un commentaire