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  • Secret Girlfriend (Saison 1) Narcissisme et dérision grivoise

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    Saison 1 – Bilan

    « The first show starring YOU », la voix-off gentiment piquante du générique pose les bases du concept très conceptuel, pourtant simple comme bonjour de Secret Girlfriend. Pas de héros, de belle gueule lissée, d’attitude chevaleresque ou de répliques épiques dans ce programme court de Comedy Central.

    Seulement vous, toi, moi : le téléspectateur pris au piège par une succession de cadres fenêtres, plus ou moins inspirées, où une galerie fort en bouche de personnages vient à vous, presque à genou. Et ce concept là, issue forcément d’une websérie branchée qui a séduit les dirigeants d’une chaîne à part, est un atout de séduction unique en son genre. Farfelu, jamais anodin, sémiologiquement inventif.

     

    Hors champ et champêtre

    La caméra subjective, le cadre troué : on s’adresse à vous, en réfère à vous, plaisante et vous agrippe même dans la piscine ou sous la couette, votre couette.

    Pas de scène ni de fresque, une seule vision frontale du spectateur qui actionne toute l’histoire, toutes les dynamiques de l’espace filmique. Vous n’avez évidemment pas de contrôle possible, mais l’effet d’action est plus que vivant. Mis à rude épreuve, le spectateur est alors un contre champ virtuel, indispensable à la survie de la série qui alors parie sur un effet dialogique et scénaristique impeccable, qui fonctionnent assurément.

    Pied de nez funky fait au média cinématographique et généralement sériel où la scène est l’unique cadre d’usage, Secret Girlfriend offre une ribambelle de sketches (deux par épisodes, 10 minutes chrono) où vous le héros, en hors champ, êtes acteur et directeur de scène. Une aubaine.

     

    Los Angeles et vous

    Dans cette série où le spectateur atteint un niveau d’implication rarement atteint devant sa télévision, autant préciser à ce premier les contours de l’environnement dans lequel il risque de mettre les pieds. Hostile ? Pas vraiment, mais Secret Girlfriend offre un cadre de vie férocement foutraque et déjanté.
    Il vous faudra alors survivre à l’emprise griffée d’une ex-petite amie névrosée et caricaturale (un plaisir de tous les instants), composer avec deux meilleurs amis balourds, geeks, frustrés et ravagés et choisir entre une voisine « hot » et une nouvelle potentielle petite amie cocasse, sportive et énergique. Sans compter la fréquentation du tout-Los Angeles, clubs de strip-tease ou bars lesbiens, sauna ou garçonnière délabrée.

     

    Mieux qu’une star de jeu vidéo à la vie limitée, vous êtes alors l’étalon de la ville, le roi de la cité des Anges. Vous êtes Vincent Chase, dans une version aussi peu angélique et moraliste qu’Entourage. Mais avec les deux facettes principales au rabais : l’entourage obèse et niais, et les filles, consommables bien moins regardantes (et regardables).

    Pour évoluer, il ne reste plus que vous et vos interactions, marquées essentiellement par des hochements de tête et des conversations d’iphone à iphone, via diverses applications telles que Skype ou Twitter. Et si Secret Girlfriend décide de vous mettre en boîte technologique sans détour, en réduisant l’humain, c’est pour se jouer d’une e-vérité 2009, qui est ce qu’elle est.

     

    Secret Girlfriend se présente alors comme un programme court formellement audacieux, fondamentalement potache et gras à la Judd Apatow.
    Un junk show en boîte XXL, aux recettes de séduction et de socialisation avariées : le héros consomme, façon graveleuse (vue dénudée ou gag scato entre copains), enfilant les calories et les méfaits assénés du programme sans penser à son estomac, encore moins à son bien-être intellectuel.

    Mais c’est tout le plaisir de la malbouffe, un peu écoeurante, toujours appétissante.


     

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  • Fringe (Saison 2) Derrière la Marge, un autre côté

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    August – 2.08
    (diffusé le 19.11.09)

    La vie d’une jeune fille en danger, un Observateur n’hésite pas à la sauver tout en mettant en péril sa propre mission. Informée, la division Fringe reconnaît le portrait vague de l’Observateur et tente d’identifier qui il est et pourquoi.


    Il aura fallu regarder trois épisodes loners pour retrouver un épisode mythologique dans la lignée de celui de Momemtum Deferred (2.04). Mais à la différence de ce dernier, « August » exploiter le mystère Fringe sans apporter de réponse.

    August, c’est le nom de l’un des Observateurs. Cet être présent depuis le commencement de la série, témoin de chaque évènement important de la série –et du monde. Mais en réalité la série nous apprend qu’ils sont plusieurs, August étant un collègue de notre habitué Bald Guy, comme on aime à le surnommer.

    Centré essentiellement sur l’un des traits les plus intriguants de Fringe, August déçoit, par son histoire simple et un peu creuse. Si de nouveaux renseignements sont portés à notre connaissance concernant les Observateurs (ils voyagent dans le temps, assistent à tout, de l’exécution de Marie Antoinette, à Sarajevo et mangent indien en groupe pour leur besoin d’épices), la série se contente d’utiliser son mystère pour créer une petite histoire isolée, qui finalement n’apportera rien au mythe de Fringe.

    Mais ladite intrigue est bien construite. Plus habile qu’une intrigue lambda, plus aboutie et plus haletante (promesse d’une information mythique à l’appui, en vain), l’histoire divertit foncièrement. Mais nous laisse sur une impression d’inachevé.
    La série sait pourtant palier ce manque de fond mythologique, en introduisant quelques éléments fort mystérieux sur la relation de Walter et de l’Observateur ou en nous laissant entrevoir un futur danger qui pèse sur la vie d’Olivia.

     

    Les Observateurs s’apparentent finalement à des messies, parfois rédempteurs (l’épisode nous prouve qu’ils peuvent ressentir et aimer) le plus souvent, funestes. Ils ressemblent finalement à leur série mère, qui on peut être sûr, essaiera de vite noyer cette histoire comme on tenter de noyer Peter.

    (6.5/10)

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  • Misfits (Saison 1) Pouvoirs et probation : du Skins dérouillé

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    Pilot & Episode 2 – 1.0/1.02 (diffusé le 12 & 19.11.09)

    Misfit signifie littéralement, à part, isolé, marginal. Plus que représentatif des personnalités des cinq jeunes héros, c’est l’étiquette même de cette nouvelle série de Channel 4, destinée à ces ados décomplexés, pour qui les aventures d’Effy et Freddie ne sont plus que du pipi de chaton (non sevré).

     

    Et si de vrais loosers devenaient de vrais super freaks ?

    D’emblée la question patauge dans le trivial sériel, le public étant autant habitué à la série SF sur le don extraordinaire que le programme social sur les pathétiques cul-terreux. Et pourtant, lier les deux genres est d’une subtilité inouïe.
    Il ne s’agit pas de Tony, sa belle gueule et ses actions sans conséquence. Il ne s’agit pas non plus de Claire Benett, invincible et investie d’une mission pacifico-colonisatrice. Avec Misfit, on s’écarte du mieux qu’on peut des représentations et des clichés sériels, pour faire du jamais-vu. Du vrai avec du faux, du paranormal par réalisme amadoué, jusqu'au registre gore. Et sa dérision conséquente.


    Nathan, Kelly, Curtis, Alisha et Simon sont les cinq adolescents en marge. Purgeant avec indiscipline et colère jamais étouffée leur peine de TIG pour leur délit respectif.
    L’un est pyromane, l’autre violente, quand les autres abusent globalement de stupéfiants en tout genre. Ces petits malfrats de bas étage, futurs ratés british, contraints à l’intégration sociale par l’art de peindre un banc public ou récurer un trône, donnent à Misfit son caractère actuel, ancré dans une société véridique. A l’image de Skins, en moins poétique, plus coupant, davantage pénal.

    Socialement, alors, c’est intéressant. Jamais boursouflé et plutôt juste (merci à la réalisation soignée et séquences visuelles maîtrisées). Les personnalités qui constituent cette bande sont tranchées, hautes en couleur ou ternies, toutes inadaptées. Un portrait plutôt réaliste de l’ado anglais entre deux eaux : le verbe haut, le poignée nerveux, la tignasse folle.

     

    Mais ce n’est pas tant le regard social en lui-même la série qui apporte à la qualité. C’est imbriqué à sa sphère fantastique que le registre produit un maximum de sens.
    D’abord simples marginaux, ces ados, victimes d’une étrange tempête de grêles taillées comme des météorites, se découvrent alors des pouvoirs insoupçonnés.
    Des dons préfabriqués, l’invisibilité et la télépathie, qu’ils parodient eux-mêmes «
    il y a toujours un mec qui sait voler
    », observent-ils ; aux pouvoirs ubuesques férocement contemporains –la jeune nymphette a le don de rendre la gente masculine en rute, une sorte d’invitation tactile au viol ; cette panoplie de compétences hors du commun est la pierre fondatrice de la série.

    Au service de l’existence de ces ados dont on n’épargne pas la vie familiale difficile ou la solitude précoce, ces transformations ajoutent à leur isolement social, exagère leur fardeau tragique, en injectant simultanément du fun (zombie), de la dérision (pornographie) et du bon mot.

     

    Misfits donc ne raconte pas le devenir d’ados rebelles convertis sur-humains. C’est une série sur l’anti-héros et sa malédiction, paranormale et sacrément sociale.

    (8/10)

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  • FlashForward (Saison 1) Chaos. Grippe A. What did you see ?

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    Believe – 1.09 (diffusé le 19.11.09)

    Bryce part à la recherché de Keiko, la femme présente dans son flash forward. Mark essaie de découvrir l’identité de l’homme derrière le message « Mark was drinking in his FF », écrit à sa femme. Quant à Demetri, il en apprend davantage sur la mystérieuse source qui l’avait jadis averti de sa mort à venir.



    Toutes les séries fantastiques ennuyeuses ont un acteur qui parlera à un moment donné japonais, sans pour autant procurer à la série une dimension japonisante.
    C’est encore le cas avec Flash Forward et sa nouvelle recrue, arrivée tout droit de Tokyo, mais qui –dieu soit loué- a vite troqué ses origines traditionnelles pour une logique Yankee. Guitare et émancipation, cette nouvelle héroïne, tout à fait charmante, est donc la pièce manquante du flash forward de Bryce, le docteur collègue d’Olivia. La série s’oblige à créer un décor à son histoire, entre entreprise tokyoïte cliché mais assez véridique et modèle familial étouffant. Totalement déconnecté de l’intrigue, le regard nippon ne déplaît pourtant pas.

    Exploité que sous ses aspirations de rôle secondaire, Bryce reçoit donc à l’aube de la pause hivernale, une attention toute particulière de la part des auteurs. Qui en le rendant malade et amoureux ont vu plutôt juste. Bryce s’avère finalement être un personnage plaisant, plutôt simple, ce qui représente un atout de taille dans une série centrée sur Joseph Fiennes et son art viril ampoulé.

    Ce dernier prend du retrait et se contente de chercher l’identité de l’auteur du message de délation adressé à sa femme. Sans son badge FBI, Mark est davantage regardable mais le héros trop crispé et trop imbu, est encore bien trop caricatural pour être fréquentable. Olivia, femme méritante, continue, elle, de monter en grade. Au service de l’intrigue Bryce, le docteur irradie quelques scènes, en laissant le talent de Sonya Walger s’installer naturellement.

    L’épisode oublie donc un temps son concept et se met à niveau de ses personnages. Et le résultat est pour une fois plutôt sobre.

    (6.5/10)

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  • Critique ciné : Away We Go (de S. Mendes)

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    Sam Mendes (American Beauty, Revolutionary Road) aurait-il fait faillite ? Sa femme Kate Winslet aurait-elle accumulé des dettes de jeux si démesurées qu’elle en oblige son réalisateur de mari a passer du côté indie de l’industrie ?
    Ou peut-être que le créneau indie est une lubie post-moderne, une étape à franchir pour toute pointure hollywoodienne. Un talisman d’humilité contre la fortune mainstream, pour son Little Miss Sunshine à soi ?

    Parce qu’Away We Go se veut férocement sincère, anti-commercial. De l’affiche, à la musique blues ind-irritante d’Alexi Murdoch, à son couple d’héros.
    Verona (Maya Rudolph), dessinatrice macabre au look altermondialiste chic et Burt (John Krasinski), ex-nerd reconverti fonctionnaire mais dont l’allure bûcheronne persistante révèle encore sa plus truculente gaucherie, sont deux futurs parents fusionnels, décidés à arpenter les routes du gros continent en quête de la recette éducative parfaite. L’idée de départ est pittoresque, jolie, indie donc, mais ne manque pas de niaiserie naïve.

    Contrairement aux Noces Rebelles où Mendes cogne contre deux êtres d’amour (DiCaprio et Winslet) à la violence étouffée, hystérique, incontrôlable avec une force et une maîtrise inépuisable, Away We Go est davantage un voyage insouciant, sans réelle profondeur, prétexte à dépaysement.
    Le couple n’est pas ici une problématique, il a valeur de certitude et d’amour dégoulinant absolu. Et le réalisateur ne s’en soucie d’ailleurs pas : les deux héros sont charmants, serviables et souriants, à la vision idéaliste, trop gentille. Un couple lisse parfait, qui au delà de leur symbole propret, peine à porter sur leurs (frêles) épaules les quelques enjeux narratifs du film, à peine exploités.



    Road-trip mélo déguisé, Away We Go s’apparente à un mode d’emploi familial, où la succession de sketches tantôts drôles, tantôt tragiques, permet de passer en revue les divers archétypes du genre. A égalité alternée, notion étroite qui en dit long sur la conception, les trois numéros comiques du film alimentent et inversement les trois scènes amères sur la désillusion biologique ou affective.
    Formidablement écrit, l’humour prend alors le pas sur l’envie taciturne. Alisson Janney, ancienne patronne délurée, Jeff Daniels, père égoïste et Maggie Gyllenhall, jeune mère 100% bio 100% love, avalent tout cru les prestations tire-larmes du couple stérile, de la sœur esseulée ou du frère plaqué. Satiriques, enlevés, affreusement ironiques, ces extraits de haute comédie mettent à mal tout concept américano-parental et stigmatisent joliment les quelques thématiques du matérialisme et de l’occidentalisme.

    Mais trop mécanique, pas assez conceptuel, le film reste ce produit de vagabondage doucereux, bien sous tout rapport, qui un peu amuse, un peu émeut, sans risque, à chaque tour de piste. L’ironie ne côtoie que trop le lacrymal et aboutit finalement à un film spongieux -double face, qui assurément aurait gagné en identité (et en superbe), en s’acquittant de ses sacro-saints états d’âmes, désespérément chagrinés.

    (7/10)

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  • Critique ciné : 2012 (de R. Emmerich, avec J. Cusack et A. Peet) *

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    Depuis les premières images diffusées l’an passé au compte goutte sur la Chine dévastée et le Christ Rédempteur en ruines, 2012 était la promesse du film catastrophe de la décennie.
    Depuis sa sortie en salles, mercredi dernier, il n’est plus que catastrophe. Un blockbuster archétypal réduit à néant, sans même la peau de chagrin (il paraîtrait qu’elle-même ait été engouffrée par l’Apocalypse).

    Les clichés plus tenaces que jamais -du portrait familial pudibond à la vision géopolitique dégoulinante de manichéisme-, 2012 se révèle être une ode à la bêtise sur fond d’héroïsme familial teinté de patriotisme écoeurant. Le bon pater familias, l’honorable conseiller scientifique, le débonnaire président des Etats-Unis et sa fille puritaine : tous les personnages de 2012 sont au service de la civilisation vue naïvement par 2012 : un concept judéo-chrétien au triptyque inévitable : inadéquat, inapproprié, inepte.



    Annoncée comme un renfort mythologique fondé sur les prévisions mayas, gonflé à bloc sur l’envie de fin du monde, 2012 ne s’empare pourtant que timidement de ces thèmes mystiques et préfère composer avec sa forme, seul leitmotiv coupable. Suspense au couteau, mais pas d’écriture au cordeau, une qualité inexistante, 2012 choisit sciemment de s’écarter d’un vrai concept redoutable d’anticipation, au potentiel inépuisable, pour n’incarner qu’une machine populiste invraisemblable, au spiritualisme abject, plus fumiste (et doucereuse) que la théorie Maya.
    Sans jamais assumer sa logique auto destructrice –les têtes blondes sont rescapés, l’un des continents épargné-, ni même aiguiser son regard philosophique ou concevoir un apport écologique, 2012 est une œuvre sans idée. Un produit passif-agressif -paresseux et froussard-, aux ressorts tristement mécaniques.


    Honnêtement cataclysmique, efficace dans ses effets (mais JJ Abrams fait les mêmes pour 42 minutes sur ABC chaque semaine), 2012 n’en reste pas moins un produit d’envergure, parfois époustouflant, qui s’amuse à tout faire effondrer. Chapelle Sixtine et Maison Blanche, infrastructures et continents, tout…, à l’exception d’une vision gauche et putride sur l’humanité idéaliste, ici plus enracinée que jamais.

    (3/10)

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  • Critique ciné : The Box (de R. Kelly, avec C. Diaz et J. Marsden) ****

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    The Box aurait-il crée un même vent de fascination sans les antécédents de Richard Kelly, auteur du majestueux Donnie Darko et de l’ébranlant Southland Tales ?
    Parce que son substrat –un jeune couple endetté pactise avec le Mal- d’une facture standard douteuse, aurait pu cantonner l’œuvre au produit paranormal contemporain pop-corn, à la procédure typique et l’effet vain.
    Mais The Box, définitivement fascinant, n’est pas un thriller SF de plus : son ambition est tout autre.

    C’est l’ambition de Richard Kelly, l’un des réalisateurs les plus prometteurs de sa génération, à la vision singulière et à la démarche désoeuvrée. Chaque scène, chaque plan compte sa ruse et son génie.
    Dans The Box, il y a l’étrangeté sombre de Lynch, la musique triomphante d’Hitchcock, le visuel plastique de Bergman. Entre théories du complot et portrait d’une Amérique proprette, tiraillée entre conventions sociales et désirs de vie, Kelly s’attache à faire de son film d’anticipation, une œuvre hybride, dérangeante, virtuose, à la narration vibrante, au style dépouillé, formellement audacieuse, fondamentalement prenante.

     

    Adaptée d’une nouvelle de Richard Matheson « Button, button », The Box s’emploie à toutes les bizarreries, toutes les idées. Sous l’apparat du genre occulte et de la retranscription splendide d’une époque, le film défit sa propre théorisation du mal incarné par Frank Lagella, l’impeccable émissaire diabolique, qui vient tenir la dragée haute à Cameron Diaz, épouse seventies parfaite.

    « Appuyez sur le bouton et vous recevrez un million de dollars », le dilemme, aux apparences curieuses, n’est presque pas sérieux. Mais il est symbolique dans ses intentions et ses questionnements. Calvaire construit sous nos yeux autour d’un couple forcément empathique, guidé par l’argent mais pour la bonne cause –la mère de famille est handicapée, le père bientôt sans emploi-,  The Box s’attarde à établir un vertigineux cadre de pensée, aux implications morales fortes, condamnant autant la culpabilité individuelle que la cellule familiale sclérosée.

    Et même si le message de The Box se révèle trop explicite dans ses détails sentencieux finaux (conclusion fâcheusement démystificatrice), le film conserve tout du long son allure maudite, sa superbe mythologique, sa logique macabre inéluctable, sa démarche puzzle enivrante et redoutable. Culte avant l’heure.

    (9/10)

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  • V (Pilot) Les visiteurs font du porte à porte

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    Un matin de tremblement, 27 vaisseaux identiques apparaissent au-dessus des 26 principales villes du monde (et Gizeh, ville des Pyramides). A l’intérieur, des aliens visiteurs aux allures humaines, venus apparemment en paix, répandre la bonne parole, les bonnes intentions et les soins médicaux. La Terre, cette idiote, cette débonnaire, tombe sous le charme.
    Mais les visiteurs semblent avoir des projets plus importants que d’être élus Aliens les plus sympas de l’Univers.



    90210 (2008), Melrose Place (2009)…, non les récentes adaptations ne sont pas l’apanage unique de la CW et de ses envies de relooking blushé. Avec V (2009), ABC prouve qu’elle sait aussi ressortir du placard des séries du passé. Mais à la différence de la Capitalist Whore, ABC réadapte une série de grande allure, et elle le fait plutôt bien.

    La réalisation maîtrisée -l’invasion des aliens s’est révélé réussie et haletante et rassure sur le côté non cheap de la série-, la narration rythmée, les dialogues satisfaisants pour un pilot (comprendre : toujours un peu bancals), la recrue de quelques références bien vues (Elizabeth Mitchell) et d’acteurs charismatiques (Morena Barracin), l’ambiance sombre d’un côté, l’allure clinique de l’autre : la série a réussi la première étape de son contrat formel. Elle est prise au sérieux.

    Mais c’est avant tout sur le fond que la série se devait d’amadouer, de conserver au moins l’esprit et le niveau de la série originale, créée par Kenneth Johnson. Dès le pilot, les enjeux sont clairement démontrés, heureusement modernisés. Le pilot de V aime à poser des bases immédiates, sans trop compter sur la patience du spectateur, c’est un gage indiscutable de qualité.

    Les thèmes de la résistance, du journalisme politique, de la religion, de l’endoctrinement de la jeunesse mondiale et de la dévotion débonnaire d’un peuple trompé sont autant d’atouts majeurs pour la suite.

    Introduits rapidement, le tout un peu survolé, ils représentent néanmoins de très solides perspectives qui permettent à V de gagner en légitimité, accessoirement de se démarquer indiscutablement de Flash Forward, l’autre série-évènement d’ABC, l’autre série SF, mais au charisme et à l’effet vains.

    V se veut être une série mystique, réfléchie et formellement spectaculaire. Ca tombe bien : on le veut aussi.

    (8.5/10)

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