Blabla-Series : le site en séries prosélytiste a-critique : garanti sans couenne








25/09/2014

Silicon Valley (Saison 1) La comédie qui manque de pointe

silicon valley,critique,saison 1,hbo,mike judge

Discuter du numérique est tendance. Depuis IT Crowd et jusqu'Halt & Catch Fire, série sur l'espionnage industriel entre compagnies de processeurs, la technologie est devenue source de narration. Voire de comédie. Avec Silicon Valley, nouvelle recrue du cru HBO 2014, la sphère impitoyable de Palo Alto est gentiment tournée en dérision.

 

Créée par Mike Judge, Silicon Valley raconte l'ascension et les remous d'une petite start-up de compression fondée par quatre têtes dures, des passionnés bien sûr, forcément farouches et maladroits, timides, mesquins et sarcastiques. Une bande de potes à la Big Bang Theory sans la culture geek.

Pied Piper, c'est le nom du petit business qui fait sensation. Son créateur, Richard, réussit un coup de maître, un taux record de compression fichier texte, audio et vidéo, comme personne ne l'a fait auparavant. Employé de Hooli, une grande firme qui a pignon sur la baie, Richard quitte ainsi son poste et se lance dans l'inconnu avec ses quatre compères (dont forcément un Indien, un ventripotent, un cynique chevelu comme dans chaque recoin de Santa Clara). Jalousé par l'ex- entreprise, dirigé d'une main excentrique par Galvin Belson (Matt Ross, aussi véreux que dans Big Love),  Richard refuse le rachat et gros chèque et cherche les investissements. David contre Goliath ou presque.

silicon valley,critique,saison 1,hbo,mike judge

Si la série parie sur cette montée des petits, pas aussi téméraires que David et surtout plus chanceux, elle reste surtout une comédie un peu facile sur le paysage global de Palo Alto. Avec une douce ironie et quelques traits pince sans rire, la série explore les bas-fonds du monstre numérique de San Francisco, les coups bas et les trahisons entre grosses firmes de pointe, tout en raillant les difficultés des starts-up ingénieuses et vulnérables.

Les premières fondations de l'entreprise-garage sont ainsi décriées joyeusement, la recherche du nom de la compagnie, de son logo, son business-plan, avec un esprit joueur et décalé. Mais cet esprit, pourtant, ne fait pas toujours mouche. Au casting, des profils connus, Thomas Middleditch (Le loup de Wall Sreet), T.J Miller (The Goodwin Games) Zach Woods (The Office), des postures idéales mais un peu habituelles, un peu trop figées, des stéréotypes trop sages du geek tantôt inhibé tantôt balourd.

 

On ne s'ennuie pas devant Silicon Valley, la comédie est bien faite, joliment distribuée, se moquant gentiment des compagnies de renom, de Facebook à Nike en passant par Uber, mais il manque à l'ensemble une folie, une façon cinglante de servir son sujet ou de s'en éloigner. Une seconde saison déjà en préparation pourrait rectifier le tir.

6.5/10

silicon valley,critique,saison 1,hbo,mike judge

27/08/2014

The Leftovers (Saison 1) L'étrange relève

the leftovers,hbo,saison 1,damon lindelof,justin theroux,liv tyler,critique

Si les séries des nouvelles plateformes se taillent de plus en plus la part du lion, HBO n'a pas dit son dernier mot. La chaîne intelligente des années 90 a beau commettre des impairs, annuler Hello Ladies, laisser agoniser True Blood jusqu'à une fin médiocre, elle sait encore prendre des risques. Avec The Leftovers, belle série de l'étrange.

 

Un 14 octobre, ordinaire, une femme attend à la laverie, au téléphone. Elle prend la route, son bébé à l'arrière quand cela se produit. Pas de secousse, de bruit sourd. Son bébé disparait. Un enlèvement général. Des voitures s'entrechoquent, les conducteurs ne sont plus là. Les cris commencent alors à piétiner les trottoirs. Ce jour-là, 2% de la population mondiale a disparu.

The Leftovers s'ouvre ainsi, sur un pari fantastique, mais superbement mis en scène. Aux manettes, Damon Lindelof qui après Lost, compte bien prouver à ses détracteurs qu'il peut encore tenir une machine à l'engagement fort. Adaptée du livre éponyme de Tom Perrotta, connu pour son best-seller Little Children, la série n'a pourtant rien de Lost. Si le mystère nourrit la tension, la série centre son regard sur une petite ville qui se reconstruit après la catastrophe, une famille en particulier, les Garvey.

the leftovers,hbo,saison 1,damon lindelof,justin theroux,liv tyler,critique

Le père, Justin Théroux, proche et charismatique, est le shérif en chef. Tant bien que mal, il essaie de guérir, de panser les plaies des habitants, les coléreux, les endeuillés, les mystiques,  tout en essayant de garder le cap. Sa fille est une adolescente torturée, son fils est parti, il a rejoint les rangs d'une obscure organisation menée par un gourou.  La mère, Amy Brenneman, s'est dérobée il y a un an. Elle aussi a rejoint un groupe sectaire, les Guilty Remnant. Pas de gourou cette fois, mais des gens troubles (dont Ann Dowd, superbe), des gens drapés de blanc, qui depuis la catastrophe ont décidé de ne plus parler. Cigarette à la bouche, ils errent, peignent en blanc chaque recoin de la ville, et traquent les gens vulnérables, à l'image de Liv Tyler, une des nouvelles recrues.

Esthétisée à l'envi, criblée de plans naturalistes, la série se défait vite de ses racines prétentieuses à la Hannibal. Plus sobre, plus profonde au fil des épisodes, la série prend un envol digne, sous une bande originale puissante et impeccable, de James Blake à Agnès Obel en passant par les chants virtuoses de Max Richter qui signe également le générique.  Avant tout, The Leftovers est un drame. Un drame fascinant, humain où l'on suit avec attention les parts de vie de chacun, leurs liens familiaux, spirituels et religieux.  Dans The Leftovers, la disparition de l'humanité est une toile de fond, au loin nébuleuse, on ne se soucie pas du mystère, des origines. Seulement de ceux qui restent. Cette ville anéantie, triste, aseptisée de force, qui laisse parfois éclater les fureurs.

 

A l'image de ce grand générique, quand la lenteur rupestre rencontre la fissure, The Leftovers est un symbole fort, une allégorie du traumatisme. Grandiloquente mais intimiste, exigeante mais ambiancée, la série est une promesse d'une trame puissante, d'une ère étrange à venir.

9/10

the leftovers,hbo,saison 1,damon lindelof,justin theroux,liv tyler,critique

21/03/2014

Enlightened (Saison 1) Que faut-il être pour être heureux ?

enlightened,saison 1,critique,laura dern,hbo,luke wilson

A contre-courant, HBO tente tant bien que mal de poursuivre son échappée en marge, loin des canaux. Avec Enlightened, la série la plus subtile de 2013, HBO retrouve son statut indétrônable de chaîne prête à tout.

 

Amy est une femme de trempe. Une cadre réputée qui craque au cours d’une journée au bureau, le rimel dégoulinant sur les joues, les yeux gonflés par la frustration.  Noyée par le travail, l’ambition, les romances empesées, Amy se jette corps et âme dans une crise, une hystérie d’ascenseur, gros mots et gestuelle, qui vient tout chambouler.

C’est ainsi qu’Enlightened démarre son histoire. Mais très vite après l’hystérie, vient l’apaisement, quand Amy se réfugie dans un camp d’américains victimes de leurs nerfs, qui en ont assez de se crisper. Désormais le leitmotiv d’Amy sera la sérénité, la bienveillance, une attitude incarnée par la merveilleuse Laura Dern, cette muse de Lynch qui a manqué à l’écran. Derrière la machinerie ésotérique du personnage aux cheveux tout en boucles et en robes fleuries, se cache une force sensible qui donne à l’héroïne un charisme et une émotion implacables. Une fragilité.

 

enlightened,saison 1,critique,laura dern,hbo,luke wilson

Torturés par les sentiments d'impasse, l’espoir et la tristesse, la désillusion et le cynisme qui guette, Enlightened est une série sur la modernité, sur une femme ayant cédé à la société, dévorée par l’égocentrisme et la générosité, par l’envie ébahie d’agir et le confort de soi. Au travail, Amy se voit malmener par une équipe de faux derches, menée par son ex-assistante hypocrite et son nouveau patron, abruti de foire, là pour contrôler un petit groupe de bras cassés vérifiant des données, jaugeant la productivité des autres, dans cette sorte de multinationale déshumanisée. Le mal est permanent mais Amy insiste, elle vise la justice, le bien-être de tous. Amy veut lutter contre le mal. Contre le pouvoir. Elle y croit dur comme fer. Elle voudrait remporter le combat.

Chez elle, le mal, pourtant, est là aussi, rôdant comme un chat. Sa mère, silencieuse, froide, difficile mais à l’humanité touchante. Cet ex-mari junky (Luke Wilson), attentionné mais ailleurs. Cette amie d’idéologie (Robin Wright), aux méthodes douces, mais à la violence latente. Difficile pour l'héroïne de s'en sortir, de prôner la paix. Mais c’est aussi la faute d’Amy, tout ça. Ces gens, ces attitudes, ces secrets autour d’elle. Amy est crispante, Amy vomit des logorrhées bien pensantes, Amy empiète, envie, en fait bien trop. Amy a beau être une nouvelle illuminée, sourire façon écervelée, ses maux à elle sont ancrés. La façade est belle et bien retapée, brillante et peinturlurée comme il faut, ses soucis sont scellés au grenier et c’est le plus beau non-dit de la série, sa plus belle mise en scène, ce qui fait douter le téléspectateur tout au long de l'oeuvre. Finalement, que faut-il être, que faut-il faire pour être heureux ?

 

Un développement sourd, un questionnement profond sur le bonheur, sur la perception des autres et de soi dans ce bal pollué, une énergie joyeuse et triste à la fois. C’est le programme d’Enlightened, petit joyau télévisuel, à des années-lumière des midlife crises de Showtime et des drames de tout bord. Enlightened parle de tout, de la solitude, de l'entreprise et de l'amitié, elle invoque, fédère sans jamais en dire trop, en menant le ton de l’existence, au rythme des jours.

10/10

enlightened,saison 1,critique,laura dern,hbo,luke wilson

06/03/2014

Hello Ladies (Saison 1) Bonjour tristesse

hello ladies,critique,saison 1,christine woods,the office,stephen merchant,

En solo, loin de son ex-acolyte Ricky Gervais avec qui il avait crée The Office, Stephen Merchant se met en scène dans une comédie HBO. Plus qu'une mise en danger, une série-miroir. Le reflet le plus drôle de la rentrée.

 

Hello Ladies, dit-il. A chaque épisode. Stephen Merchant, créateur, scénariste et acteur de la série aime cette accroche. Cette façon panachée d'accoster les filles. Avec elle, on ressent toute la solitude du monde, la solitude de ce type, Stuart, un graphiste de L.A qui, avec sa petite boîte de web design, s'en sort bien, mais qui, insatisfait, rêve de soirées privées, de mannequins, d'actrices glamour à son bras. Stuart court beaucoup mais n'est pas un coureur. Derrière sa quête de conquête, le type n'espère que l'affection. Son problème, c'est qu'il vise haut.

Lui est un grand type. Plus de deux mètres de hauteur, un blond qui lorgne du côté du roux, affublé de lunettes épaisses et de sourcils broussailleux. Stuart est un type normal. Pas si laid quand on regarde bien, pas si bête quand on l'écoute, le type sait manier l'humour, l'ironie, il sait avoir de la conversation lorsque la pression quitte son flux sanguin. Mais il rejette la normalité, cette normalité qui le renvoie à son échec, son sempiternel célibat, sa solitude des vendredis soirs qu'il partage avec Wade, son meilleur copain normal récemment séparé de sa femme très normale. Alors pour mettre un peu de piquant dans sa vie, il aime bien fréquenter Jessica, cette petite actrice trentenaire qui occupe sa poolhouse. Autrement dit, sa locataire.

 

Hello-Ladies-KeyArt-02-16x9-1.jpg

 

Avec Jessica en béquille (Christine Woods, un faux air de Kristen Wiig), Stuart aspire toujours à mieux. Entre eux, pas d’ambiguïté amoureuse, mais quelques vacheries. L'actrice lui ouvre la porte d'entrée du milieu qui le fascine. Mais Jessica, elle aussi, est mangée par l'échec. Sa carrière ne décolle pas, à part quelques rôles dans des films de suite, un projet de websérie, sans parler de son agent Glenn, qu'elle côtoie le soir tard, lorsque celui-là n'a rien d'autre à se mettre sous la dent.

Ces deux-là se répondent. Leurs médiocrités se confondent, s'assimilent dans leur volonté de persister, de foncer dans les murs. Leurs bêtises urgentes amusent le téléspectateur puis le désolent, comme s'ils étaient victimes d'une condition. C'est tout l'art d'Hello Ladies, comme les débuts de The Office ou la petite The Comeback, Hello Ladies est du genre série à acharnement. L'écriture comique se fait au détriment des personnages, humiliés, moqués, montrés du doigt.

 

hello ladies,critique,saison 1,christine woods,the office,stephen merchant,

 

La cruauté de fond est dure, difficile pour ceux qui ont l'empathie à la place de la zygomatique. Mais Hello Ladies a l'exception de ne pas achever ses mourants. De fil en aiguille, la série développe des thématiques plus intimes qu'une comédie. Mélodramatique, tendre, profonde, la série évoque la dépression, l'espoir et la solidarité en interlignes. Dans ces travers, ces jours difficiles, ces petites humiliations et ces soirées esseulées, Hello Ladies capte l'errance et l'espoir de tous. La série s'en prend violemment à ses personnages pour faire rire la galerie mais elle finit toujours par calmer les ardeurs, se poser du côté des héros. 

Parce que Stuart n'est pas un seulement un type balourd, insistant, radin sur les bords et Jessica, une actrice qui se la raconte, qui ose faire des claquettes sur une table au cours d'une soirée huppée. Leur grotesque s'efface face à leur immense humanité. Cette bienveillance sincère qu'ils ont pour Wade, qu'ils ont l'un pour l'autre, révélatrice à la fin de la saison.

 

Vive, ambitieuse, parfaitement calée, Hello Ladies est une comédie post-The Office où la cruauté s'accompagne d'une tendresse, se reflétant l'une à l'autre, pour faire rire et toucher. Cela marche tellement que la série a été précocement annulée le mois dernier.

9/10

hello ladies,critique,saison 1,christine woods,the office,stephen merchant,

13/01/2014

Bates Motel (Saison 1) La mythologie du psychopathe

bates motel,a&e,vera farmiga,freddie highmore,critique

Puisqu'il est bon de fureter dans les origines, la chaîne A&E a lancé l'an passé la série Bates Motel, la série sur Norman Bates, le psychopathe à couteau de Psychose. Mais la série ose une modernité de ton, qui fait d'elle un produit hybride, étrange et parfois gauche.

 

On ne sait pas grand chose de A&E, la chaîne abonnée aux documentaires et aux séries peu palpitantes. Pourtant, elle a eu raison de faire confiance à l'un des anciens de Lost, Carlon Cuse. Il y a de quoi, Bates Motel est un pari osé, le pari d'un genre oublié, d'une œuvre phare, et puis surtout un focus sur un psychopathe iconique et sa mère recluse, Norma Bates, une sorte d'héroïne invisible qui a traversé les décennies.

Et pourtant malgré l'exploration du passé, Bates Moral se déroule de nos jours. Une volonté de décontenance le spectateur, de ne pas miser uniquement sur les artifices du prequel et de puiser ailleurs. La série s'ouvre au moment où Norma et son fils déménage dans une région portuaire après la mort suspecte du père de famille. La mère rêve d'un nouveau départ, elle place ses économies et l'argent de l'assurance-vie de feu son mari dans un motel de bord de rue et son manoir avoisinant. Une reconstitution parfaite du décor de Psychose. Malgré le décor rétro, l'étrange garde-robe de cette mère de famille, la série fait ce pied de nez contemporain. Dans un manoir victorien et fuligineux, la famille utilise leurs smartphones, le jeune garçon se rend en soirée de lycée en décapotable, avec ses nouvelles amies, pimbêches lookées et filles à papa. Et cela fonctionne.

bates motel,a&e,vera farmiga,freddie highmore,critique


L'essentiel de cette première saison se fonde sur la relation de la mère au fils, relation œdipienne et torturée. De façon progressive, la série installe ce que l'on suspecte. Norma Bates est une femme impulsive, colérique, parfois tyrannique. Dès le pilot, elle tue l'ancien propriétaire du motel venu l'agresser. Alors que Norman Bates, lui, n'est pas d'emblée un garçon solitaire et normopathe, sa personnalité se veut plus subtile, plus ombragée. Dans les rôles respectives, Vera Farmiga (The Departed, Conjuring) et Freddie Highmore, le petit Charlie paradant dans la chocolaterie, apportent une solidité à leurs personnages. Si Vera épate par son jeu fort, noir, teinté d'amour mal placé, c'est le jeune Norman Bates qui réussit à surprendre le plus. Un jeu tout en complexités, de frustrations, d'innocence et d'affection, ballotté par un désir de plaire et de quitter la mainmise maternelle.

Malgré le casting principal et cette relation qui s'effrite, s'intensifie, s'abîme d'épisode en épisode, Bates Motel dérange par sa conduite trop spectaculaire, ses rebondissements répétés, quitte à perdre sa belle ambiance. Les dix épisodes de cette saison jonglent entre l'héritage de Psychose, ses influences à la Twin Peaks, son aura étrange et une cadence de série publique où les enquêtes et les meurtres se superposent en couches laborieuses et parfois insipides. Trop d'assassinats, de pressions, de menaces, de choses dites, qui ne tournent pas rond, la série veille à être un thriller moderne et intense, oubliant son grain de départ.

 

Impeccablement interprétée, dotée de contenu scénaristique solide mais foutraque, Bates Motel ne convainc qu'à moitié. Une saison de bonne facture, entre le divertissement public haut de gamme et la série d'auteur légèrement surfaite, pas assez dense pour rendre son univers fort et captivant.

6.5/10

bates motel,a&e,vera farmiga,freddie highmore,critique

05/01/2014

Cinéma, séries, blabla : les choix 2013

Sur une année, on en voit des bandes et des films défiler. Sur les écrans, partout. Au cinéma. Il faudrait compter, recenser. Cette année, après calcul, 166 films. En moyenne, ça fait 276 heures. Ca fait beaucoup. Grosso modo, 12 jours. Si peu finalement.  En douze jours, quinze films ont compté plus que les autres.

 

1. La Vie d'Adèle - Le plus majestueux

2. Frances Ha - Le plus vibrant

3. Suzanne - Le plus émouvant

suzanne,film,choix 2013,critique

4. Mud - Le plus chaud

5. Snowpiercer - Le plus spectaculaire

6. The Sessions - Le plus nostalgique

7. 2 automnes 3 hivers - Le plus spirituel

film,choix 2013,critique,2 automnes 3 hivers

8. 40 ans mode d'emploi - Le plus drolatique

9. Le Passé - Le plus labyrinthique

10. L'inconnu du lac - Le plus terreux

11. Tel père tels fils - Le plus poétique

film,choix 2013,critique,tel père tel fils

12. Grand Central - Le plus nucléaire

13. Keep Smiling - Le plus tragicomique

14. Blanca Nieves - Le plus expressif

15. Foxfire Confessions d'un gang de filles - Le plus littéraire

film,choix 2013,critique,foxfire confessions d'un gang de filles

 

 

Le top cinq des déceptions

Ce ne sont pas des navets, simplement des films promis, des films ratés.

 

Only God Forgives

Les Amants Passagers

Blood Ties

Les Salauds

Tu honoreras ta mère et ta mère

 

 

Et du coté des séries, on préfère ne pas comptabiliser. Petit top annuel sans Girls, sans Mad Men, sans Homeland, parce qu'il est bon de savoir se renouveler.

 

1. Enlighetened (Saison 2) - La plus importante

choix 2013,critique,série,Enlightened

2. Game of Thrones (Saison 3) - La plus dangereuse

3. Masters of Sex (Saison 1) - La plus vivifiante

4. House of Cards/Orange is the new black (Saisons 1) - Les plus pionnières

choix 2013,critique,série,orange is the new black

5. Broadchurch (Saison 1) - La plus touchante

6. Hello Ladies (Saison 1) - La plus mélancolique

7.  Ja'mie private school girl (Saison 1) - La plus provocante

8. Brooklyn Nine-Nine (Saison 1) - La plus publique

choix 2013,critique,série,brooklyn nine-nine

9. Getting On (Saison 1) - La plus dérangeante

10. Top of the lake (Saison 1) - La plus confidentielle

11. Shameless (Saison 3) - La plus constante

12. Black Mirror (Saison 2) - La plus phénoménale

choix 2013,critique,série,black mirror

13. Veep (Saison 2) - La plus comploteuse

14. Real Humans (Saison 1) - La plus froide

15. The Killing (Saison 3) - La plus éternelle

 

 

Top cinq des séries échancrées


1. Arrested Development

2. Hannibal

3. Dexter

4. Under the dome

5. The Walking Dead

 

16/12/2013

Broadchurch (Saison 1) Qui a tué Danny Latimer ?

broadchurch,itv,chris chibnall,saison 1,critique,david tennant,olivia colman

Depuis Laura Palmer, la télévision s'empare du malheur des enfants. Broadchurch, production anglaise d'ITV, reprend l'enquête, en ayant l'esprit d'aller à rebours de tout concept thriller. D'une intelligence superbe.

 

On aime bien les enfants, surtout les petites filles, lorsqu'elles disparaissent, lorsqu'on les tue dans les forêts. The Killing et Top of the Lake ont plus ou moins remis ça sur le tapis. Dans Broadchurch, le fondement est le même, mais le corps est différent. Pas de petite fille cachée au milieu des bois. Mais un petit garçon, retrouvé inerte sur le lit d'une plage, surplombée d'une falaise. Au loin, le paysage est beau.

La suite est la même, évidente, mais toujours teintée de cette différence, cette façon intime, distincte et minutieuse, de montrer les gens. L'enquêteur dépêché sur les lieux est un inspecteur asocial, aigri, malmené par une condition cardiaque, qui a récemment fait scandale après une affaire criminelle qui a mal tourné, une enquête irrésolue sur le meurtre, justement, d'une petite fille. Comme si justement Broadchurch montrait du doigt tous ses thrillers ficelés d'une seule et même corde. Aux côtés de ce flic, Hardy (David Tennant), Ellie Miller (Olivia Colman, plus que parfaite) une quadra de retour de congé, de retour dans cette petite bourgade dont elle connaît tous les recoins, ses habitants, leurs façons de faire, leurs allures sauvages face à l'inconnu.

D'entrée de jeu, un duo qui fonctionne mal sous les apparences, comme souvent. Lui est taciturne, autoritaire, sans tendresse, il prend les gens au col, ne connaît pas les détours. Elle est humaine, empathique, elle sait mêler l'ironie à la compassion. Une relation qui ouvre la voie sûre à la saison, dès le première épisode, à cette ambiance parfaitement établie. Etouffante, mais lumineuse, réaliste et pourtant si joliment mise en scène. En suivant un dispositif de résolution, sérieuse, minutieuse, cette série traque un tueur d'une façon implacable, tout en sachant montrer les effectifs d'a côté, ces rôles dans l'ombre que l'on ne montre jamais, les enquêteurs, comptables, gendarmes de seconde zone qui eux aussi s'activent à l'affaire.

broadchurch,itv,chris chibnall,saison 1,critique,david tennant,olivia colman


Tout dans Broadchurch respecte cette idée très affrontée de réalisme social, de meurtre soudain d'une ville qui ne respire pas l'étrange. L'étrange se construit, se dévoile comme un filtre, les masques tombent sans théâtralité, les suspicions et le regard de l'autre. Et pourtant, malgré la mort du garçon qui règne, c'est la vie qui reste. Dans la famille du garçon, une grossesse inattendue, une affaire d'infidélité, une adolescente perdue, obligée de retrouver les siens. Il n'y a pas de thriller cloué sur les murs, ni d'artifices. Juste un drame ordinaire, domestique, qui vient perturber le nid d'une famille et d'une ville. La vie est partout, pâle ou noire, elle s'infiltre dans les foyers avoisinants, dans l'église, auprès du vicaire Paul, dans les écoles et dans le passé lourd des habitants. Une technique infaillible, où la série fait suspecter tout le monde, mais qui ici se fond dans un décor social, où les traumatismes de chacun, les femmes trompées, les enfants abandonnés, les journalistes désespérés, les veufs, et tous les autres au bord de la faillite ou de la maladie s'intercalent peu à peu, progressivement, pour venir éclater le premier plan.

D'une construction parfaite, sans faille, qui investit le téléspectateur d'une façon rare, Broadchurch impressionne par son élan calme, sa façon de filmer l'histoire, aussi intime que flamboyante, sa manière de condamner toute morale, en laissant les paroles se murmurer, en laissant le téléspectateur témoin du récit, dans le recul et l'urgence, attentif à tout ce qui se dit.

 

Plus qu'une série enquêtrice, Broadchurch est une série sur la perte et le prolongement, une oeuvre grande et lumineuse qui fera bientôt les beaux jours d'un remake américain. David Tennant restera l'enquêteur. Il faudra simplement oublier Olivia Colman, pas assez télégénique pour le public américain, alors qu'elle est le personnage de flic le plus fort et nuancé de ces derniers années. Heureusement, la série originale reviendra pour une seconde saison. Merci aux anglais.

9/10

broadchurch,itv,chris chibnall,saison 1,critique,david tennant,olivia colman

02/12/2013

Hannibal (Saison 1) L'ennui du plastique

hannibal,saison 1,nbc,critique,bryan fuller,mads mikkelsen,hugh dancy

Bryan Fuller est un type qui aime la mort. Dans chacune de ses séries, la mort est partout, en décor, sur les murs, possédée, ou dans sa nouvelle série, lorsqu'elle dégouline en plan ralenti, intensifiée ou antisépia. En reprenant Hannibal, l'un des personnages littéraires les plus sanguinolents et visuels qui soient, Fuller met à profit tout son savoir-faire. Et remonte la piste.

 

La piste, c'est celle de Dragon Rouge, publié en 1981 par Thomas Harris, à l'aube de l'arrestation du docteur Lecter par l'entremise du profileur Will Graham. La série 2013 reprend cette trame d'origine, les personnages clés, tout en remontant le fleuve et en brouillant gentiment les indices. Avec Pushing Daisies, Wonderfalls et Dead Like Me, Fuller n'avait pas seulement placé la barre très haut, il avait surtout prouvé qu'il était capable d'essentiel, d'existentiel, de matière et d'ambiance. Inexistants ici.

Il n'y a rien à dire sur la qualité formelle d'Hannibal, dépareillée du reste de la production de séries publiques. La série est le résultat voulu par NBC, ce qu'elle en attendait, un programme plus élitiste et plus impactant que les habituelles soupes en prime-time. Les moyens sont mis en œuvre, graphiques, étudiés, aux effets minutieusement pensées derrière un studio à mille boutons. Une esthétique sans faille, léchée, surléchée jusqu'à la languette, pour dire quand même, qu'ici, on ne joue pas dans la cour des morveux.

Pour donner un peu plus de voix, le showrunner s'offre un casting sérieux, aussi impeccable que la moue torturé du héros, Hugh Dancy. Dans le rôle d'Hannibal, on ne pouvait rêver mieux que Mads Mikkelsen, mondialement remarqué depuis les drames de Bier et son prix cannois pour La Chasse (et pourtant piètre film), et puis les autres, tout aussi bien, Laurence Fishburne et quelques acteurs de l'univers Fuller, Caroline Davhernas, sortie de Wonderfalls et de sa bonne humeur, ou Eddie Izzard, pas rancunier pour deux sous après l'échec lamentable de The Mockinbird Lane sur la même chaîne. Fort de cette belle distribution, on dira que la série n'est absolument pas qu'une coquille vide, un emballage bien fait, sous des aspects satinés, légèrement inquiétants.

hannibal,saison 1,nbc,critique,bryan fuller,mads mikkelsen,hugh dancy


Mais on aura tort. Parce qu'Hannibal est, sur le fond comme sur la forme, terriblement prétentieuse et soporifique. Fière de son ambiance, de ses effets par milliers, de son jeu de personnages tendrement complexe et fouillé, propre au héros, transpirant, angoissé, pris par des visions cauchemardesques, à la fois sauveur et névrosé, la série feuilletonnante, traversée par des destins de psychopathes en tout genre, perd toute sa substance. Elle oublie tout intérêt dramatique, toute force iconique du rapport de force entre deux personnages littéraires sacrément bâtis, personnages qui ne devraient pas avoir besoin de tout l'apparat d'une production complexée.

Sous des aspects jolis et musicaux (dont la bande-son grave est en boucle, sans fin, n'épargnant aucun plan, aucune réplique), Hannibal est triste, scolaire, jamais disponible, dénuée de toute forme d'humour et de distance. On suit l'arc sans émotion, sans effroi, ballotté entre les plans élégants et les interprétations solides, l'autisme léger de Dancy (marié à Claire Danes, la névrose, c'est pour la vie) et l'austérité cossue de Mikkelsen, paumé au milieu de cet univers fermé et, ironiquement, dénué de chair.

 

Hannibal n'est pas un navet. Elle est une série publique qui se veut meilleure que les autres, qui se veut bœuf sur son beau nénuphar. Mais elle passe à côté de l'essentiel, d'une synergie dramatique, d'un investissement, d'une emprise par le téléspectateur.

4/10

hannibal,saison 1,nbc,critique,bryan fuller,mads mikkelsen,hugh dancy