Blabla-Series : le site en séries prosélytiste a-critique : garanti sans couenne








21/03/2014

Enlightened (Saison 1) Que faut-il être pour être heureux ?

enlightened,saison 1,critique,laura dern,hbo,luke wilson

A contre-courant, HBO tente tant bien que mal de poursuivre son échappée en marge, loin des canaux. Avec Enlightened, la série la plus subtile de 2013, HBO retrouve son statut indétrônable de chaîne prête à tout.

 

Amy est une femme de trempe. Une cadre réputée qui craque au cours d’une journée au bureau, le rimel dégoulinant sur les joues, les yeux gonflés par la frustration.  Noyée par le travail, l’ambition, les romances empesées, Amy se jette corps et âme dans une crise, une hystérie d’ascenseur, gros mots et gestuelle, qui vient tout chambouler.

C’est ainsi qu’Enlightened démarre son histoire. Mais très vite après l’hystérie, vient l’apaisement, quand Amy se réfugie dans un camp d’américains victimes de leurs nerfs, qui en ont assez de se crisper. Désormais le leitmotiv d’Amy sera la sérénité, la bienveillance, une attitude incarnée par la merveilleuse Laura Dern, cette muse de Lynch qui a manqué à l’écran. Derrière la machinerie ésotérique du personnage aux cheveux tout en boucles et en robes fleuries, se cache une force sensible qui donne à l’héroïne un charisme et une émotion implacables. Une fragilité.

 

enlightened,saison 1,critique,laura dern,hbo,luke wilson

Torturés par les sentiments d'impasse, l’espoir et la tristesse, la désillusion et le cynisme qui guette, Enlightened est une série sur la modernité, sur une femme ayant cédé à la société, dévorée par l’égocentrisme et la générosité, par l’envie ébahie d’agir et le confort de soi. Au travail, Amy se voit malmener par une équipe de faux derches, menée par son ex-assistante hypocrite et son nouveau patron, abruti de foire, là pour contrôler un petit groupe de bras cassés vérifiant des données, jaugeant la productivité des autres, dans cette sorte de multinationale déshumanisée. Le mal est permanent mais Amy insiste, elle vise la justice, le bien-être de tous. Amy veut lutter contre le mal. Contre le pouvoir. Elle y croit dur comme fer. Elle voudrait remporter le combat.

Chez elle, le mal, pourtant, est là aussi, rôdant comme un chat. Sa mère, silencieuse, froide, difficile mais à l’humanité touchante. Cet ex-mari junky (Luke Wilson), attentionné mais ailleurs. Cette amie d’idéologie (Robin Wright), aux méthodes douces, mais à la violence latente. Difficile pour l'héroïne de s'en sortir, de prôner la paix. Mais c’est aussi la faute d’Amy, tout ça. Ces gens, ces attitudes, ces secrets autour d’elle. Amy est crispante, Amy vomit des logorrhées bien pensantes, Amy empiète, envie, en fait bien trop. Amy a beau être une nouvelle illuminée, sourire façon écervelée, ses maux à elle sont ancrés. La façade est belle et bien retapée, brillante et peinturlurée comme il faut, ses soucis sont scellés au grenier et c’est le plus beau non-dit de la série, sa plus belle mise en scène, ce qui fait douter le téléspectateur tout au long de l'oeuvre. Finalement, que faut-il être, que faut-il faire pour être heureux ?

 

Un développement sourd, un questionnement profond sur le bonheur, sur la perception des autres et de soi dans ce bal pollué, une énergie joyeuse et triste à la fois. C’est le programme d’Enlightened, petit joyau télévisuel, à des années-lumière des midlife crises de Showtime et des drames de tout bord. Enlightened parle de tout, de la solitude, de l'entreprise et de l'amitié, elle invoque, fédère sans jamais en dire trop, en menant le ton de l’existence, au rythme des jours.

10/10

enlightened,saison 1,critique,laura dern,hbo,luke wilson

06/03/2014

Hello Ladies (Saison 1) Bonjour tristesse

hello ladies,critique,saison 1,christine woods,the office,stephen merchant,

En solo, loin de son ex-acolyte Ricky Gervais avec qui il avait crée The Office, Stephen Merchant se met en scène dans une comédie HBO. Plus qu'une mise en danger, une série-miroir. Le reflet le plus drôle de la rentrée.

 

Hello Ladies, dit-il. A chaque épisode. Stephen Merchant, créateur, scénariste et acteur de la série aime cette accroche. Cette façon panachée d'accoster les filles. Avec elle, on ressent toute la solitude du monde, la solitude de ce type, Stuart, un graphiste de L.A qui, avec sa petite boîte de web design, s'en sort bien, mais qui, insatisfait, rêve de soirées privées, de mannequins, d'actrices glamour à son bras. Stuart court beaucoup mais n'est pas un coureur. Derrière sa quête de conquête, le type n'espère que l'affection. Son problème, c'est qu'il vise haut.

Lui est un grand type. Plus de deux mètres de hauteur, un blond qui lorgne du côté du roux, affublé de lunettes épaisses et de sourcils broussailleux. Stuart est un type normal. Pas si laid quand on regarde bien, pas si bête quand on l'écoute, le type sait manier l'humour, l'ironie, il sait avoir de la conversation lorsque la pression quitte son flux sanguin. Mais il rejette la normalité, cette normalité qui le renvoie à son échec, son sempiternel célibat, sa solitude des vendredis soirs qu'il partage avec Wade, son meilleur copain normal récemment séparé de sa femme très normale. Alors pour mettre un peu de piquant dans sa vie, il aime bien fréquenter Jessica, cette petite actrice trentenaire qui occupe sa poolhouse. Autrement dit, sa locataire.

 

Hello-Ladies-KeyArt-02-16x9-1.jpg

 

Avec Jessica en béquille (Christine Woods, un faux air de Kristen Wiig), Stuart aspire toujours à mieux. Entre eux, pas d’ambiguïté amoureuse, mais quelques vacheries. L'actrice lui ouvre la porte d'entrée du milieu qui le fascine. Mais Jessica, elle aussi, est mangée par l'échec. Sa carrière ne décolle pas, à part quelques rôles dans des films de suite, un projet de websérie, sans parler de son agent Glenn, qu'elle côtoie le soir tard, lorsque celui-là n'a rien d'autre à se mettre sous la dent.

Ces deux-là se répondent. Leurs médiocrités se confondent, s'assimilent dans leur volonté de persister, de foncer dans les murs. Leurs bêtises urgentes amusent le téléspectateur puis le désolent, comme s'ils étaient victimes d'une condition. C'est tout l'art d'Hello Ladies, comme les débuts de The Office ou la petite The Comeback, Hello Ladies est du genre série à acharnement. L'écriture comique se fait au détriment des personnages, humiliés, moqués, montrés du doigt.

 

hello ladies,critique,saison 1,christine woods,the office,stephen merchant,

 

La cruauté de fond est dure, difficile pour ceux qui ont l'empathie à la place de la zygomatique. Mais Hello Ladies a l'exception de ne pas achever ses mourants. De fil en aiguille, la série développe des thématiques plus intimes qu'une comédie. Mélodramatique, tendre, profonde, la série évoque la dépression, l'espoir et la solidarité en interlignes. Dans ces travers, ces jours difficiles, ces petites humiliations et ces soirées esseulées, Hello Ladies capte l'errance et l'espoir de tous. La série s'en prend violemment à ses personnages pour faire rire la galerie mais elle finit toujours par calmer les ardeurs, se poser du côté des héros. 

Parce que Stuart n'est pas un seulement un type balourd, insistant, radin sur les bords et Jessica, une actrice qui se la raconte, qui ose faire des claquettes sur une table au cours d'une soirée huppée. Leur grotesque s'efface face à leur immense humanité. Cette bienveillance sincère qu'ils ont pour Wade, qu'ils ont l'un pour l'autre, révélatrice à la fin de la saison.

 

Vive, ambitieuse, parfaitement calée, Hello Ladies est une comédie post-The Office où la cruauté s'accompagne d'une tendresse, se reflétant l'une à l'autre, pour faire rire et toucher. Cela marche tellement que la série a été précocement annulée le mois dernier.

9/10

hello ladies,critique,saison 1,christine woods,the office,stephen merchant,

13/01/2014

Bates Motel (Saison 1) La mythologie du psychopathe

bates motel,a&e,vera farmiga,freddie highmore,critique

Puisqu'il est bon de fureter dans les origines, la chaîne A&E a lancé l'an passé la série Bates Motel, la série sur Norman Bates, le psychopathe à couteau de Psychose. Mais la série ose une modernité de ton, qui fait d'elle un produit hybride, étrange et parfois gauche.

 

On ne sait pas grand chose de A&E, la chaîne abonnée aux documentaires et aux séries peu palpitantes. Pourtant, elle a eu raison de faire confiance à l'un des anciens de Lost, Carlon Cuse. Il y a de quoi, Bates Motel est un pari osé, le pari d'un genre oublié, d'une œuvre phare, et puis surtout un focus sur un psychopathe iconique et sa mère recluse, Norma Bates, une sorte d'héroïne invisible qui a traversé les décennies.

Et pourtant malgré l'exploration du passé, Bates Moral se déroule de nos jours. Une volonté de décontenance le spectateur, de ne pas miser uniquement sur les artifices du prequel et de puiser ailleurs. La série s'ouvre au moment où Norma et son fils déménage dans une région portuaire après la mort suspecte du père de famille. La mère rêve d'un nouveau départ, elle place ses économies et l'argent de l'assurance-vie de feu son mari dans un motel de bord de rue et son manoir avoisinant. Une reconstitution parfaite du décor de Psychose. Malgré le décor rétro, l'étrange garde-robe de cette mère de famille, la série fait ce pied de nez contemporain. Dans un manoir victorien et fuligineux, la famille utilise leurs smartphones, le jeune garçon se rend en soirée de lycée en décapotable, avec ses nouvelles amies, pimbêches lookées et filles à papa. Et cela fonctionne.

bates motel,a&e,vera farmiga,freddie highmore,critique


L'essentiel de cette première saison se fonde sur la relation de la mère au fils, relation œdipienne et torturée. De façon progressive, la série installe ce que l'on suspecte. Norma Bates est une femme impulsive, colérique, parfois tyrannique. Dès le pilot, elle tue l'ancien propriétaire du motel venu l'agresser. Alors que Norman Bates, lui, n'est pas d'emblée un garçon solitaire et normopathe, sa personnalité se veut plus subtile, plus ombragée. Dans les rôles respectives, Vera Farmiga (The Departed, Conjuring) et Freddie Highmore, le petit Charlie paradant dans la chocolaterie, apportent une solidité à leurs personnages. Si Vera épate par son jeu fort, noir, teinté d'amour mal placé, c'est le jeune Norman Bates qui réussit à surprendre le plus. Un jeu tout en complexités, de frustrations, d'innocence et d'affection, ballotté par un désir de plaire et de quitter la mainmise maternelle.

Malgré le casting principal et cette relation qui s'effrite, s'intensifie, s'abîme d'épisode en épisode, Bates Motel dérange par sa conduite trop spectaculaire, ses rebondissements répétés, quitte à perdre sa belle ambiance. Les dix épisodes de cette saison jonglent entre l'héritage de Psychose, ses influences à la Twin Peaks, son aura étrange et une cadence de série publique où les enquêtes et les meurtres se superposent en couches laborieuses et parfois insipides. Trop d'assassinats, de pressions, de menaces, de choses dites, qui ne tournent pas rond, la série veille à être un thriller moderne et intense, oubliant son grain de départ.

 

Impeccablement interprétée, dotée de contenu scénaristique solide mais foutraque, Bates Motel ne convainc qu'à moitié. Une saison de bonne facture, entre le divertissement public haut de gamme et la série d'auteur légèrement surfaite, pas assez dense pour rendre son univers fort et captivant.

6.5/10

bates motel,a&e,vera farmiga,freddie highmore,critique

05/01/2014

Cinéma, séries, blabla : les choix 2013

Sur une année, on en voit des bandes et des films défiler. Sur les écrans, partout. Au cinéma. Il faudrait compter, recenser. Cette année, après calcul, 166 films. En moyenne, ça fait 276 heures. Ca fait beaucoup. Grosso modo, 12 jours. Si peu finalement.  En douze jours, quinze films ont compté plus que les autres.

 

1. La Vie d'Adèle - Le plus majestueux

2. Frances Ha - Le plus vibrant

3. Suzanne - Le plus émouvant

suzanne,film,choix 2013,critique

4. Mud - Le plus chaud

5. Snowpiercer - Le plus spectaculaire

6. The Sessions - Le plus nostalgique

7. 2 automnes 3 hivers - Le plus spirituel

film,choix 2013,critique,2 automnes 3 hivers

8. 40 ans mode d'emploi - Le plus drolatique

9. Le Passé - Le plus labyrinthique

10. L'inconnu du lac - Le plus terreux

11. Tel père tels fils - Le plus poétique

film,choix 2013,critique,tel père tel fils

12. Grand Central - Le plus nucléaire

13. Keep Smiling - Le plus tragicomique

14. Blanca Nieves - Le plus expressif

15. Foxfire Confessions d'un gang de filles - Le plus littéraire

film,choix 2013,critique,foxfire confessions d'un gang de filles

 

 

Le top cinq des déceptions

Ce ne sont pas des navets, simplement des films promis, des films ratés.

 

Only God Forgives

Les Amants Passagers

Blood Ties

Les Salauds

Tu honoreras ta mère et ta mère

 

 

Et du coté des séries, on préfère ne pas comptabiliser. Petit top annuel sans Girls, sans Mad Men, sans Homeland, parce qu'il est bon de savoir se renouveler.

 

1. Enlighetened (Saison 2) - La plus importante

choix 2013,critique,série,Enlightened

2. Game of Thrones (Saison 3) - La plus dangereuse

3. Masters of Sex (Saison 1) - La plus vivifiante

4. House of Cards/Orange is the new black (Saisons 1) - Les plus pionnières

choix 2013,critique,série,orange is the new black

5. Broadchurch (Saison 1) - La plus touchante

6. Hello Ladies (Saison 1) - La plus mélancolique

7.  Ja'mie private school girl (Saison 1) - La plus provocante

8. Brooklyn Nine-Nine (Saison 1) - La plus publique

choix 2013,critique,série,brooklyn nine-nine

9. Getting On (Saison 1) - La plus dérangeante

10. Top of the lake (Saison 1) - La plus confidentielle

11. Shameless (Saison 3) - La plus constante

12. Black Mirror (Saison 2) - La plus phénoménale

choix 2013,critique,série,black mirror

13. Veep (Saison 2) - La plus comploteuse

14. Real Humans (Saison 1) - La plus froide

15. The Killing (Saison 3) - La plus éternelle

 

 

Top cinq des séries échancrées


1. Arrested Development

2. Hannibal

3. Dexter

4. Under the dome

5. The Walking Dead

 

16/12/2013

Broadchurch (Saison 1) Qui a tué Danny Latimer ?

broadchurch,itv,chris chibnall,saison 1,critique,david tennant,olivia colman

Depuis Laura Palmer, la télévision s'empare du malheur des enfants. Broadchurch, production anglaise d'ITV, reprend l'enquête, en ayant l'esprit d'aller à rebours de tout concept thriller. D'une intelligence superbe.

 

On aime bien les enfants, surtout les petites filles, lorsqu'elles disparaissent, lorsqu'on les tue dans les forêts. The Killing et Top of the Lake ont plus ou moins remis ça sur le tapis. Dans Broadchurch, le fondement est le même, mais le corps est différent. Pas de petite fille cachée au milieu des bois. Mais un petit garçon, retrouvé inerte sur le lit d'une plage, surplombée d'une falaise. Au loin, le paysage est beau.

La suite est la même, évidente, mais toujours teintée de cette différence, cette façon intime, distincte et minutieuse, de montrer les gens. L'enquêteur dépêché sur les lieux est un inspecteur asocial, aigri, malmené par une condition cardiaque, qui a récemment fait scandale après une affaire criminelle qui a mal tourné, une enquête irrésolue sur le meurtre, justement, d'une petite fille. Comme si justement Broadchurch montrait du doigt tous ses thrillers ficelés d'une seule et même corde. Aux côtés de ce flic, Hardy (David Tennant), Ellie Miller (Olivia Colman, plus que parfaite) une quadra de retour de congé, de retour dans cette petite bourgade dont elle connaît tous les recoins, ses habitants, leurs façons de faire, leurs allures sauvages face à l'inconnu.

D'entrée de jeu, un duo qui fonctionne mal sous les apparences, comme souvent. Lui est taciturne, autoritaire, sans tendresse, il prend les gens au col, ne connaît pas les détours. Elle est humaine, empathique, elle sait mêler l'ironie à la compassion. Une relation qui ouvre la voie sûre à la saison, dès le première épisode, à cette ambiance parfaitement établie. Etouffante, mais lumineuse, réaliste et pourtant si joliment mise en scène. En suivant un dispositif de résolution, sérieuse, minutieuse, cette série traque un tueur d'une façon implacable, tout en sachant montrer les effectifs d'a côté, ces rôles dans l'ombre que l'on ne montre jamais, les enquêteurs, comptables, gendarmes de seconde zone qui eux aussi s'activent à l'affaire.

broadchurch,itv,chris chibnall,saison 1,critique,david tennant,olivia colman


Tout dans Broadchurch respecte cette idée très affrontée de réalisme social, de meurtre soudain d'une ville qui ne respire pas l'étrange. L'étrange se construit, se dévoile comme un filtre, les masques tombent sans théâtralité, les suspicions et le regard de l'autre. Et pourtant, malgré la mort du garçon qui règne, c'est la vie qui reste. Dans la famille du garçon, une grossesse inattendue, une affaire d'infidélité, une adolescente perdue, obligée de retrouver les siens. Il n'y a pas de thriller cloué sur les murs, ni d'artifices. Juste un drame ordinaire, domestique, qui vient perturber le nid d'une famille et d'une ville. La vie est partout, pâle ou noire, elle s'infiltre dans les foyers avoisinants, dans l'église, auprès du vicaire Paul, dans les écoles et dans le passé lourd des habitants. Une technique infaillible, où la série fait suspecter tout le monde, mais qui ici se fond dans un décor social, où les traumatismes de chacun, les femmes trompées, les enfants abandonnés, les journalistes désespérés, les veufs, et tous les autres au bord de la faillite ou de la maladie s'intercalent peu à peu, progressivement, pour venir éclater le premier plan.

D'une construction parfaite, sans faille, qui investit le téléspectateur d'une façon rare, Broadchurch impressionne par son élan calme, sa façon de filmer l'histoire, aussi intime que flamboyante, sa manière de condamner toute morale, en laissant les paroles se murmurer, en laissant le téléspectateur témoin du récit, dans le recul et l'urgence, attentif à tout ce qui se dit.

 

Plus qu'une série enquêtrice, Broadchurch est une série sur la perte et le prolongement, une oeuvre grande et lumineuse qui fera bientôt les beaux jours d'un remake américain. David Tennant restera l'enquêteur. Il faudra simplement oublier Olivia Colman, pas assez télégénique pour le public américain, alors qu'elle est le personnage de flic le plus fort et nuancé de ces derniers années. Heureusement, la série originale reviendra pour une seconde saison. Merci aux anglais.

9/10

broadchurch,itv,chris chibnall,saison 1,critique,david tennant,olivia colman

02/12/2013

Hannibal (Saison 1) L'ennui du plastique

hannibal,saison 1,nbc,critique,bryan fuller,mads mikkelsen,hugh dancy

Bryan Fuller est un type qui aime la mort. Dans chacune de ses séries, la mort est partout, en décor, sur les murs, possédée, ou dans sa nouvelle série, lorsqu'elle dégouline en plan ralenti, intensifiée ou antisépia. En reprenant Hannibal, l'un des personnages littéraires les plus sanguinolents et visuels qui soient, Fuller met à profit tout son savoir-faire. Et remonte la piste.

 

La piste, c'est celle de Dragon Rouge, publié en 1981 par Thomas Harris, à l'aube de l'arrestation du docteur Lecter par l'entremise du profileur Will Graham. La série 2013 reprend cette trame d'origine, les personnages clés, tout en remontant le fleuve et en brouillant gentiment les indices. Avec Pushing Daisies, Wonderfalls et Dead Like Me, Fuller n'avait pas seulement placé la barre très haut, il avait surtout prouvé qu'il était capable d'essentiel, d'existentiel, de matière et d'ambiance. Inexistants ici.

Il n'y a rien à dire sur la qualité formelle d'Hannibal, dépareillée du reste de la production de séries publiques. La série est le résultat voulu par NBC, ce qu'elle en attendait, un programme plus élitiste et plus impactant que les habituelles soupes en prime-time. Les moyens sont mis en œuvre, graphiques, étudiés, aux effets minutieusement pensées derrière un studio à mille boutons. Une esthétique sans faille, léchée, surléchée jusqu'à la languette, pour dire quand même, qu'ici, on ne joue pas dans la cour des morveux.

Pour donner un peu plus de voix, le showrunner s'offre un casting sérieux, aussi impeccable que la moue torturé du héros, Hugh Dancy. Dans le rôle d'Hannibal, on ne pouvait rêver mieux que Mads Mikkelsen, mondialement remarqué depuis les drames de Bier et son prix cannois pour La Chasse (et pourtant piètre film), et puis les autres, tout aussi bien, Laurence Fishburne et quelques acteurs de l'univers Fuller, Caroline Davhernas, sortie de Wonderfalls et de sa bonne humeur, ou Eddie Izzard, pas rancunier pour deux sous après l'échec lamentable de The Mockinbird Lane sur la même chaîne. Fort de cette belle distribution, on dira que la série n'est absolument pas qu'une coquille vide, un emballage bien fait, sous des aspects satinés, légèrement inquiétants.

hannibal,saison 1,nbc,critique,bryan fuller,mads mikkelsen,hugh dancy


Mais on aura tort. Parce qu'Hannibal est, sur le fond comme sur la forme, terriblement prétentieuse et soporifique. Fière de son ambiance, de ses effets par milliers, de son jeu de personnages tendrement complexe et fouillé, propre au héros, transpirant, angoissé, pris par des visions cauchemardesques, à la fois sauveur et névrosé, la série feuilletonnante, traversée par des destins de psychopathes en tout genre, perd toute sa substance. Elle oublie tout intérêt dramatique, toute force iconique du rapport de force entre deux personnages littéraires sacrément bâtis, personnages qui ne devraient pas avoir besoin de tout l'apparat d'une production complexée.

Sous des aspects jolis et musicaux (dont la bande-son grave est en boucle, sans fin, n'épargnant aucun plan, aucune réplique), Hannibal est triste, scolaire, jamais disponible, dénuée de toute forme d'humour et de distance. On suit l'arc sans émotion, sans effroi, ballotté entre les plans élégants et les interprétations solides, l'autisme léger de Dancy (marié à Claire Danes, la névrose, c'est pour la vie) et l'austérité cossue de Mikkelsen, paumé au milieu de cet univers fermé et, ironiquement, dénué de chair.

 

Hannibal n'est pas un navet. Elle est une série publique qui se veut meilleure que les autres, qui se veut bœuf sur son beau nénuphar. Mais elle passe à côté de l'essentiel, d'une synergie dramatique, d'un investissement, d'une emprise par le téléspectateur.

4/10

hannibal,saison 1,nbc,critique,bryan fuller,mads mikkelsen,hugh dancy

25/11/2013

Rentrée séries : les drames de l'année, un drame

Il est presque devenu impossible de laisser s'époumoner une bonne série dramatique sur un fond public. Les séries à potentiel meurent, se font euthanasier, tandis que les médiocres survivent à coup de matraque surfabriquée ou vampirisée. Une des plus mauvaises saisons de cette décennie. Et c'est un pseudo-expert qui vous le dit.

 

Lucky 7

Lucky 7 est la première condamnée à mort de l'année. Et comme toute mort subite, elle était la série la plus intéressante. Elle se présentait comme la perle, la série originale de l'année, sans manière, sans formule, sans acteur recyclé. La série mettait en scène le petit personnel d'une station service dans un quartier populaire de Chicago, habitué à jouer à la loterie chaque semaine, une habitude qui finira par leur faire décrocher le gros lot. Dans un décor d'une Amérique actuelle, où les métros grincent, où les couples retournent vivre chez maman faute de revenus, où le désespoir a mille visages, Lucky 7 montrait son parti-pris, son envie de se jouer de destins modestes, d'amitiés sincères entre une caissière en surpoids, un mécano, et une jeune femme célibataire. La série posait de belles questions quant à l'avenir, quant a la récession, quant au bouleversement des vies et à la solidarité. Questions stoppées net, en plein vol, après deux petits épisodes.

8/10

critique,saison 1,reign,the tomorrow people,betrayal, agents of shield,the originals,betrayal,once upon in wonderland,lucky 7,

 

Betrayal

Betrayal fait parler. Peu regardée, peu conspirationniste dans un décor de chaîne habituée aux franchises, les franchises vampires, les franchises judiciaires, policières, les franchises remakes. Mais Betrayal séduit, par sa simplicité, son envie de ne pas trop en jeter, de faire cohabiter dans un feuilleton petite intrigue criminelle et vraie passion amoureuse, infidélité habituelle mais tellement bien menée, sobrement, avec désir, qui unit Hannah Ware et Stuart Townsend, deux beautés implacables et dotés de répliques bien écrites.  D'un habillage très années 80, dans un décor new-yorkais de nos jours, Betrayal a une empreinte Last Night, dans son déroulé pudique, jamais caricatural, et dans ses scènes de soap qui ne virent jamais à l'hystérie, en dépit de la locomotive Revenge de dimanche américain qui lui coûtera vite le fossé.

6/10

critique,saison 1,reign,the tomorrow people,betrayal, agents of shield,the originals,betrayal,once upon in wonderland,lucky 7,

Mais ils sont tellement beaux...

 

The Originals

Avec un titre très provocateur, la CW commande une fois de plus un produit calibré vampires. Une sorte de spin-off tiré par les cheveux de Vampire Diaries, diffusé l'an passé au cours de la saison des frères vampires. Ce qui est étonnant avec les vampires, c'est qu'ils ont su se ringardiser en l'espace de quelques années alors qu'un effet kitsch, sitcom ou formula policier, ne se produit généralement qu'après une ou deux générations de séries. Mais The Originals confirme la tendance. Le vampire est imbuvable. Trop victorien, sentencieux, moraliste et romantique, le vampire est une sorte de créature énervante et bas de gamme, qui rend les jeunes filles humides, malgré l'air béat et les grosses canines. Dans The Originals, il est question des vampires originaux. Quelle belle ironie. La série se déroule à la Nouvelle Orléans, on y insère musique et potions du coin, mais la formule sérielle est la même, faite de scènes mythologiques rasoirs, de confrontations entre vampires sympas, vampires pas sympas, grandes familles de dents longues et autres petites sorcières mignonnes traînant dans les venelles sombres. Avec une esthétique tellement ringarde et des personnages-créatures caricaturaux à la limite du supportable, The Originals donne des envies de génocide.

1/10

critique,saison 1,reign,the tomorrow people,betrayal, agents of shield,the originals,betrayal,once upon in wonderland,lucky 7,

 

Once Upon A Time In Wonderland

Affublé d'une idéologie bonbon et de gentilles énigmes, Alice aux pays des merveilles alimente depuis longtemps les esprits télé fastoches, bien loin du génie de Lewis Carroll ou d'un travail oulipien. Encore une fois, la pauvre Alice se retrouve dans une impasse, une série grossière, qui accumule, à la fois, les erreurs factuelles et le mauvais goût. Mais tel est le créneau de la marque Once Upon A Time qui joue souvent avec les codes, détourne les histoires, écœure surtout. Dans le pays des merveilles, Alice se prend de passion pour le génie, celui d'Aladdin. Terrible association de genres, de contes, qui saute aux yeux comme une faute d'orthographe. Jafar est là, aussi, tant qu'à faire, sur son tapis plus rigide et droit que volant, il est le bras droit de la Reine de coeur, qui vit dans un château pixellisé, customisé jeux d'échecs et qui, de ses lèvres épaisses et ses petits yeux de chat, joue très mal et n'exprime rien. Malgré les rebondissements et la musique guillerette, la série n'a pas de corps. Elle n'est qu'une succession de plans affreux, effets numérisés ratés, à peine digne d'un téléfilm à petit budget, qui serpentent vers un concept insipide et tiré par les poils. Très embarrassant pour une série prime-time supposée endosser un poids de la littérature.

2/10

critique,saison 1,reign,the tomorrow people,betrayal, agents of shield,the originals,betrayal,once upon in wonderland,lucky 7,

 

The Tomorrow People

LA CW ne manque pas d'idées dans sa besace pour lancer de nouvelles séries. La religion, l'écologie, la sexualité, le travail, la chaîne pour ados écarte de belles thématiques d'un revers de main pour se focaliser sur ce qui lui tient vraiment à cœur : l'adolescent à pouvoirs. Après les Arrow, les Vampires, les Originals, la chaîne lance The Tomorrow People, au titre très inspiré et au concept rarement vu : des adolescents au pouvoir surhumain traqués par un gouvernement secret et d'autres sur-hommes mal intentionnés. Le concept est fort, presque une tragédie, et l'on devine à travers le personnage principal, un nouveau héros qui refuse cette fatalité, parce que son père l'a abandonné et qu'il reste un jeune garçon intègre et proche de sa mère de classe moyenne, que de grandes choses vont se jouer. De beaux affrontements, servis sur répliques chaudes, des enjeux sur le bien et le mal que Christopher Nolan n'a pas encore cerné. Bien sûr, dans le casting, du beau monde, de beaux athlètes, forts, blond, brun, une belle héroïne mystérieuse, et un sympathique japonais qui forcément représente un hommage à une série très ancienne, appelée Heroes. Mais contrairement à Heroes qui avait des défauts et qui manquait d'inventivité niveau capacités extraordinaires, The Tomorrow People fait plus fort : tous sont dotés du même pouvoir, une sorte de télétransportation mêlée de télépathie. En bref, du jamais-vu.

1/10

critique,saison 1,reign,the tomorrow people,betrayal, agents of shield,the originals,betrayal,once upon in wonderland,lucky 7,

 

Marvel Agents of S.H.I.E.LD

Parce qu'Avengers a fait un carton au box-office et que Marvel continue de couler des jours heureux en costume latex et saga toute-faite, la série des super-héros trouve une place dans le paysage télévisuel, avec, à sa tête, un Joss Whedon, qui revient au petit écran, après avoir savouré son petit et colossal triomphe. Pour autant, pas de révolution du genre. Malgré un concept intéressant, une section gouvernementale en charge de catalyser les super-héros en herbe qui pullulent dans les rues des grandes villes américaines,  ou comment ringardiser les thématiques d'Heroes, série d'il n'y a pas si longtemps, la série Marvel n'a pas bien grand intérêt. De la grosse machinerie, certes plus jolie et mieux réalisée que le monde de Wonderland, des personnages connus, on reprend l'agent Coulson de la sage Thor et d'Avengers, de l'humour parodique façon Whedon, mais l'ensemble demeure bancal, à trois pieds, comme si ce concept de grosse production souffrait de son décor, éculé, trop fabriqué, sur-écrit de façon geek pour que le spectateur puisse ressentir la moindre tension, la moindre nouveauté.

4/10

critique,saison 1,reign,the tomorrow people,betrayal, agents of shield,the originals,betrayal,once upon in wonderland,lucky 7,


Reign

C'est elle, la surprise de l'année sur la grille CW. Alors qu'on attendait une série caricaturale, entre un Games of Thrones et un Pretty Little Liars, Reign surprend. Elle épate par sa maturité et son absence de lieux communs. La série raconte l'histoire de Marie Stuart, reine d'Ecosse, alors qu'elle n'est qu'une adolescente promise à François II et à la France. Dans un esprit historique, joliment médiéval où les robes à jabot courent sur le marbre et les pièces en verre, Reign est une série pour adolescents, à la fois, hors-sentier, définie et codifiée. Mais les ficelles dans Reign, son manichéisme, son décor fleur bleu servent le propos et l'originalité de la série. En évoquant l'arrivée d'une jeune reine, la série s'essaie à la frivolité de Marie-Antoinette, en introduisant une cour de jeunes femmes, elle obéit aux codes de la série adolescente, faisant là un pari osé, imaginer des adolescents à la Gossip Girl au 16e siècle. Pour autant, jamais de ridicule, la série assume son propos, son mélange de genres, romantique, mélodramatique, teintée d'histoire et de magie (autour de Nostradamus), sans trop en faire, sans boursouffler son propos, sa couleur et sa robe. De beaux personnages, des répliques assez fournies, le résultat de cette série ado est appétissant, élégant, doux à l'oreille (la bande-son indé se veut plus inhabituelle), plus intéressant que la plupart des séries robotisées sur les chaînes concurrentes.

7/10

critique,saison 1,reign,the tomorrow people,betrayal, agents of shield,the originals,betrayal,once upon in wonderland,lucky 7,


29/10/2013

Hostages (Saison 1) Le programme captif

hostages,critique,saison 1,toni colette,dylan mcdermott,jerry brukheimer,cbs

Produite par Jerry Brukheimer, le responsable des migraines cinéphiles, de Pirates des Caraïbes aux casse-têtes télé, les Experts et leurs cantons, Hostages se voulait la grosse ficelle de la rentrée. Et pourtant, la série surprend par son rythme, son calme et son efficacité.

 

On attendait peu de cette série au look molosse, malgré les retrouvailles chaleureuses avec Toni Colette, une simple recette calibrée de gros moments et d'effets massifs. Mais il se pourrait bien que la série surprenne par ses inspirations européennes et ses modèles câblées. Adaptée d’une idée israélienne jamais produite, cette série, formatée conspiration politique et prise d'otages familiale, suit le docteur Ellen Sanders, une chirurgienne de Washington, censée opérer le Président américain, souffrant d'une maladie bénigne. La veille de l’opération -très médiatisée, une bande cagoulée envahit la maison des Sanders et prend le docteur et sa famille en otages. La demande est simple, pour sauver ses deux enfants et son mari, Ellen Sanders devra tuer le Président lors de l'intervention.

Grâce à Homeland qui a remis au goût du jour les conspirations nationales et les familles américaines dévouées, Hostages en est son produit public, facile. La série met en parallèle l'histoire de cette famille modèle, qui finalement cache une part d'ombre, le mari (Tate Donovan) est infidèle, la fille, enceinte, et le fils, dealeur d'herbe. En face, sous les cagoules, l'équipe de prise d'otages est une grappe d'agents FBI au bagage familial intense. Notamment Dylan McDermott qui élève sa fille et rend des visites quotidiennes à sa femme malade. Sur la lignée d'Homeland, la série joue volontairement sur les rôles, la frontière peu étanche entre les très gentils et les très méchants. Ici, probablement un Président américain un peu corrompu ou préparant une terrible stratégie politique.

hostages,critique,saison 1,toni colette,dylan mcdermott,jerry brukheimer,cbs


Dans Hostages, le fond est résolument classique, digne d'une série-évènement de chaîne publique, mais d'épisode en épisode, la série parvient à rendre son ensemble attrayant, vif, et plutôt bien fichu. Des scènes assez longues, aux dialogues choisis, rares dans ce genre de séries habituées aux effets bruts, courts et épileptiques, comme The Blacklist dernièrement. Aussi, le casting apporte une vraie preuve de conviction, grâce à Toni Colette, toujours impeccable, et aux autres, qui gomment les clichés scénaristiques de l'ado en crise et du mari infidèle, laissant une famille baillotée plutôt honnête et intéressante à suivre.

Malgré un accueil public et critique mitigé, Hostages sait capter l'attention du téléspectateur, par son ambiance plutôt fine, élégante et sa distribution en marge du répertoire networks. Jamais poussive, d'un capital dramatique solide, la série promet des rebondissements politiques et familiaux dignes d'un lundi soir. Rien d'éblouissant, mais suffisamment étoffé pour concurrencer les Scandal et consœurs du paysage télé.

7/10


hostages,critique,saison 1,toni colette,dylan mcdermott,jerry brukheimer,cbs