Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.









22/06/2015

The Last Man of Earth (Saison 1) Petits instincts

the last man on earth,fox,will forte,january jones,kristen schaal

Sur la FOX et ailleurs, on ne parle que d'Empire. Pourtant, dans le rayon comédies, sa nouvelle trouvaille, The Last Man on Earth, est de loin la meilleure nouveauté de cette année. Parce que subtile, vacharde et profondément humaine.

 

L'apocalypse soudaine. L'humanité entière disparaît. Un seul homme survit. Pas plus courageux qu'un autre, plus intelligent, plus débrouillard, au contraire. Le dernier homme sur terre s'appelle Phil Miller. Il vit à Tucson, Arizona. On imagine alors une fresque humaniste, l'errance d'un homme, entouré de ballons de toutes sortes en guise d'amis quand il décompresse dans son bar QG. Mais Phil Miller est un homme victime de ses instincts primaires. Quadragénaire paresseux qui utilise une piscine comme ses toilettes, joueur puéril, passant sa journée à éclater des canettes de bière au rouleur compresseur, voleur sans foi ni loi, s'amusant à décorer de tableaux de maîtres, de sarcophages et d'ossements de dinosaures ses nouveaux et luxueux appartements. Alors pour la fresque humaniste, on n'y est pas vraiment.

Pourtant, il y en a de l'humanité chez cet homme. Pas l'humanité la plus noble, la plus élégante, façon Montaigne, mans une nature profonde. Phil Miller est comme tout à chacun. C'est ce qui le rend attachant. Egoïste, lâche, menteur, sale, des tares étendues à des proportions comiques, mais empruntées à monsieur-tout-le-monde. Et comme monsieur-tout-le-monde, Phil n'a qu'un but : s'accoupler avec une femme.

the last man on earth,fox,will forte,january jones,kristen schaal

Son rêve se réalise. La dernière femme apparaît devant ses yeux, en plein désert. Manque de chance, elle n'est pas le fruit d'un miracle. Carol (Kristen Schaal, toujours parfaite) est une femme au physique plutôt ingrat, aux talents culinaires atroces, bruyante, pénible, férocement romantique. Contraint, Phil l'épouse. Et alors la comédie s'emballe. Une autre femme apparaît. January Jones, splendide et méprisante, à sa façon toujours. Puis un homme gentil (mais obèse) qui pique la belle sous les yeux dépités de Phil. Et ainsi de suite. Un petit groupe se forme et Phil ne saura plus comment mener la danse.

Originale, attendrissante, irrésistiblement amusante, The Last Man on Earth prend un malin plaisir à saisir la frustration de cet homme. Il pourrait être un personnage vil et antipathique mais il est tout l'inverse. Will Forte, espiègle, solaire, tenace, aspire surtout à se faire aimer. A se faire aimer des autres, à coup de mensonges carabinés et de belles déclarations. Mais avec lui, le groupe est cruel, à l'image du monde. La série capte ça avec brio, cette réflexion sur la domination du plus fort, du plus attractif, les relations, les désirs, sur ces peurs individuelles qui animent les comportements. A mesure que le groupe s'amplifie, ces peurs sociales contaminent les membres tour à tour. Aux prises avec la solitude, chaque personnage renoue avec ses turpitudes. Avec l'envie, la jalousie, la mesquinerie, le mépris, quitte à finir rance. Phil Miller n'est alors plus une caricature, il est le premier homme d'une humanité retrouvée, d'une humanité vivante, souvent émouvante mais profondément viciée. C'est l'art immanquable de the Last Man on Earth.

10/10

the last man on earth,fox,will forte,january jones,kristen schaal

09/06/2015

Sense8 (Saison 1) Les Wachowskis à la télé

sense8,heroes,matrix,critique,netflix,wachowskis

Après quelques navets ou oeuvres incomprises, les Wachowskis prennent les manettes de leur première série chez Netflix. Budget colossal pour une série tout aussi imposante.

 

Sense8 a du cran. Une ambition digne du célèbre duo américain. Un projet un peu fou digne de leur rang mystique. Une sorte d'état des lieux du monde, un bilan humain et politique qui prolonge Cloud Atlas, cette œuvre générique qui traversait les âmes et les siècles. Déconcertante ou bien géniale.

Là encore, on s'interroge. Chaque épisode de Sense8 est une remise en cause. Chaque réplique au cordeau. Dans Sense8, il y a tout. Une volonté humaniste de cartographier nos cultures et nos consciences, à travers huit destins d'hommes et de femmes inextricablement liés par leur sensibilité. Huit héros du monde entier qui résonnent ensemble, qui se projettent, se retrouvent, malgré les kilomètres, et par l'entremise de témoins presque divins (Daryl Hannah). Londres, Berlin, Nairobi, Mexico, Séoul, l'Islande, l'Inde, Chicago, la série tournée en ces lieux veut réunir le monde et les individus, tout en évoquant cette toute-puissance chère aux anciens papas de Matrix. Cela pourrait laisser de marbre mais on se laisse volontiers hypnotiser.

sense8,heroes,matrix,critique,netflix,wachowskis

Au delà d'un pilot raté, trop démonstratif, Sense8 se reprend par la suite, plus affûtée, plus soucieuse de chacun de ses héros perdus aux quatre coins du monde. La série aime répandre les mythes et récolter les réponses. Tantôt mièvre, tantôt new-age, souvent sincère ou métaphysique, la série transcende notre époque à travers des personnages clés. Des conducteurs de bus africains, des DJ européens, des lesbiennes-trans à SF, des japonais financiers, des flics américains, des acteurs mexicains de telenovela, des chercheurs indiens, autant de cartes d'identité peu inspirées mais faciles à suivre. Et bien sûr, tout y passe. Le transsexualisme bien sûr, l'homosexualité, la famille, la corruption, la maladie, la mélancolie, des pistes vues comme des des gangrènes contemporaines qui agissent ici comme le dioxyde de carbone de cette bible.

Certaines trames  fonctionnent efficacement, à la façon d'une machinerie lancée par JJ Abrams, grâce aux hommages à Lost (le personnage de Sun ou l'acteur Sayid) ou bien Heroes, même Twin Peaks ou Soderbergh en cherchant bien. Mais la série profondément divertissement vise à l'excès une noblesse qu'elle ne peut atteindre, malhabile souvent, éclatée dans le monde entier à la façon d'un mauvais Game of Thrones.

 

Sense8 est bien loin du best-viewer d'HBO, de sa superbe surtout et des ponts scénaristiques qu'elle bâtit entre ses univers. Plus triviale dans ses cheminements, souvent maladroite et démagogique, et sans enjeu intense. Malgré tous ces défauts pèle-mêle, Sense8 est une oeuvre ambitieuse dans son récit mondialiste, agréablement bordélique et sirupeuse.

6/10

sense8,heroes,matrix,critique,netflix,wachowskis

 

31/05/2015

Intrusion (Saison 1) La part du mal

intrusion,arte,xavier palud,jonathan zaccai

Intrusion, la nouvelle série d'Arte est une fulgurance. Trois épisodes de 52 minutes pour une virée labyrinthique dans l'étrange et dans le psyché.  Si fulgurante qu'elle pourrait laisser indécis.

 

Depuis Dostoïevski jusqu'à Enemy, en passant par Arrested Development,  les auteurs raffolent de ces histoires. Les histoires de jumeaux, de sosies, de doubles, de nemesis. Des alter ego maléfiques qui hantent la personnalité du héros et sèment la confusion chez le téléspectateur. L'idée est reprise par Arte. Mêmes codes, même trouble. Intrusion raconte la trajectoire de Philip Kessler (Jonathan Zaccaï), un pianiste de renom, angoissé par son art exigeant et par un passé trouble. Lors d'un récital, l'homme est pris de lourdes convulsions. Il se réveille plus tard, sur le sol d'une imprimerie, dans la peau de Marc, son jumeau décédé à l'âge de dix ans.

Créée par Xavier Palud à qui l'on doit le terrible Ils et le pas terrible A l'aveugle, cette nouvelle série française montre un vrai goût pour le classique. Un univers sériel, celui de l'habituel pianiste bourgeois marié à une femme énigmatique à peine grimaçante (Judith El Zein). Un héros à vif, hanté par des souvenirs de famille difficiles, sujets aux doutes et aux relectures. Classique aussi, pour sa narration à étapes, deux premiers épisodes consciencieux en guise d'introduction,  l'opposition naissante entre les deux doubles maléfiques, puis son altercation finale. Lorsque la vérité fait écho à la chute du héros. Des héros ?

intrusion,arte,xavier palud,jonathan zaccai

Pour autant, la série n'est pas exempte d'erreurs. Des lacunes dans la réalisation, dans le son et dans l'écriture. Malgré un goût pour les fausses pistes, Intrusion pêche par une écriture volontairement silencieuse, trop peu soignée. Si la série exécute habilement le mélange des genres, entre fantastique, psychologique et drame bourgeois, elle n'a jamais l'ampleur des œuvres de son rang. Ces oeuvres-là qui éblouissent par les méandres de leurs histoires, par leur ambiance paranoïaque et intense qu'Intrusion n'a pas.

Mais toutefois, la mini-série est audacieuse. Ambitieuse, certainement. Un peu hasardeuse aussi. Toujours, elle veille à ne pas délivrer ses secrets, à laisser le miroir partiellement caché, dans l'ombre, là où le mystère et les fantasmes électrisent jusqu'au bout les téléspectateurs. Quitte à la petite déception de fin.

6/10

intrusion,arte,xavier palud,jonathan zaccai

20/05/2015

Grace and Frankie (Saison 1) La vie des septuagénaires

Grace & Frankie,saison 1,netflix,martha kauffman,jane fonda,lili tomlin

La vie de deux femmes d'âge avancé après une rupture brutale. Un pari mélo pour Netflix qui ici essuie un bel échec.

 

Grace et Frankie sont deux femmes, âgées entre 70 et 77 ans. Bien sûr, tout les oppose. L'une est bourgeoise, familière des brunchs en famille, des sorties au country club et des séances shopping chez Michael Kors. L'autre bohème, presque new-age, peintre habituée aux rites et aux incantations psychédéliques, sous la pleine lune, entourée de statuettes africaines et d'objets vert-de-gris. Leur mari respectif sont associés dans un gros cabinet d'avocat mais les deux femmes se détestent. Leur vie s'effondre le jour où leur mari les quitte pour le conjoint de l'autre.

Pensée par Martha Kauffman, l'une des créatrices de Friends, rien que ça, la comédie se paie le luxe de Jane Fonda et de Lili Tomlin dans les rôles titre. Martin Scheen, June Diane Raphael, Sam Waterston, pour les personnages aux alentours. Un beau casting marketing. Au delà, un espoir de comédie, grâce à Jane Fonda, connue pour ses grimaces comiques depuis dix ans et Lili Tomlin, pour sa profondeur (très remarquée dans Damages). La comédie était toute tracée mais elle s'est plantée dans le décor, faute d'ambition.

Grace & Frankie,saison 1,netflix,martha kauffman,jane fonda,lili tomlin

Chez Grace et Frankie malheureusement, tout manque de fond. Tout est appuyé. Dans leur logis, chez leurs amis, chez leur famille, dans leurs façons d'être. Caricaturale à l'extrême, la série rate son virage dès les premières scènes. La comédie appartient à ce genre compliqué : ces films, ces séries qui reposent sur la parfaite opposition des deux héros contraints de composer ensemble. Sans la nuance comique, Grace et Frankie se vautre dans la caricature. Grace est insupportable de tics, l'actrice Jane Fonda à la limite du sur-jeu croulant. Frankie manque de réalisme, cette femme riche hippie sans relief, sans existence. Seule sa relation avec son ancien conjoint (Sam Waterston) est un joli propos.  Une belle histoire en apparence, un couple lié par une profonde amitié.

Depuis l'époque de Friends, Martha Kauffman n'a plus rien dans sa besace. Pas même quelques belles répliques, pas même le rythme d'une scène comique. Très alourdie dès le départ, la comédie s'effondre au fil des épisodes et perd toute sympathie et même la mélancolie de Cat Power n'y peut rien. L'intention toujours plus creuse, bêtement vaudevillesque. Entre petits coups bas, crises de famille poussives, et l'amitié naissante entre ses deux femmes à peine amusantes, pire, à peine attachantes, Grace et Frankie est déjà vieillotte, déjà caricaturale, déjà cernée. A l'image d'une sitcom graillonneuse de Tv Land.

3.5/10

Grace & Frankie,saison 1,netflix,martha kauffman,jane fonda,lili tomlin

03/05/2015

Le bureau des légendes (Saison 1) L'espion sobre

le bureau des légendes,mathieu kassovitz,lea drucker,eric rochant,jean pierre darroussin

Nouvelle création pour Canal + qui, enfin, mise du côté des séries paranoïaques à la Homeland. Pas de CIA ici, ou presque, mais la DGSE, service de renseignement extérieur français. Moins glamour aux premiers abords, et pourtant passionnant.

 

A la DGSE, on les appelle les légendes. Des agents du renseignement. Des espions. Des clandestins, comme le héros, Mathieu Kassovitz, alias Guillaume Debailly, alias Paul Lefebvre, alias Malotru. Beaucoup d'alias pour un homme sous couverture, planqué en Syrie, à Damas depuis six ans, à jouer les professeurs de français agrégé et arabophones (le tout en une formation éclair d'un an), chargé en douce de recruter et de tisser un réseau de sources.

La série démarre à la fin de la mission. Lorsque Malotru, exemple de nom trivial donné aux agents de la DGSE (dans la fiction comme dans la vie), rentre à Paris, serein, mais le cœur encore amoureux. La série part d'un postulat pragmatique, terriblement efficace : capter le quotidien de l'espion, entre préparatifs et contrecoups, cette hypervigilance aigüe selon la psy du service (Lea Drucker, très juste).

Au delà du retour prodigue du héros, la série se déploie sur plusieurs intrigues fils-rouges : la disparition soudaine en Algérie d'un collègue en mission, Cyclone, et les préparatifs rigoureux d'une nouvelle recrue, Marina (Sara Giraudeau) chargée d'infiltrer un prestigieux service de sismologie en Iran. Des histoires à tiroirs donc, à peine mélo lorsque le héros renoue avec sa maîtresse syrienne, mais sans cesse menées avec rigueur et suspicion, avec un sens du détail inouï, une précision et une sobriété qui donne à la série toute son ampleur, toute son apparente réalité. En cela, la série a du cran, elle sait manier la tension d'une action secrète au jeu plus silencieux de la paranoïa, jusqu'au bout, en accumulant les rebondissements solides.

le bureau des légendes,mathieu kassovitz,lea drucker,eric rochant,jean pierre darroussin

Sur le papier, le Bureau des Légendes avait des airs de ratage. Une vitrine superficielle et romantique sur la vie des espions, mais grâce à l'écriture ciselée d'Eric Rochant, le showrunner (Möbius, Mafiosa) et d'Emmanuel Bourdieu (scénariste des films de Desplechin), la série sonde avec finesse cet univers sans faire de zèle. Ici, pas d'espion à gros bras, de répliques manichéennes,  les espions sont surnommés Mémé, ils conduisent des Clio, ou des camions poubelle, et ressemblent à ce voisin sosie de Jean-Pierre Darroussin.

Au delà d'intrigues parfaitement exécutées, la réussite de cette série réside ici en ce quotidien parfaitement réaliste. Ces étages ordinaires, cafétéria d'entreprise et chaises de bureau bas de gamme, ces filatures malines, sans crissements de pneus, et surtout, toutes ces astuces d'espions jamais vus, artifices ingénieux, phases de test, mensonges à double-jeu, manœuvres habiles et originales, propices au sortilège cinématographique, même dans cette ère où pullulent les séries d'espion roublardes.

 

Au bureau des légendes, les recrues captivent par leur quotidien monocorde. Et la série, par son aisance à raconter de grands récits, minutieux et pragmatiques. Moins Homeland que la géniale et inédite The Honourable Woman.

9/10

le bureau des légendes,mathieu kassovitz,lea drucker,eric rochant,jean pierre darroussin

29/04/2015

Broad City (Saison 2) La débrouille sans fard

broad city,saison 2,amy poehler,comedy central,ilana glazer,abbi jacobson

Elles s'appellent Ilana et Abbi. Avec Lena Dunham et Amy Schumer, elles sont les new-yorkaises les plus hilarantes du moment. Et peut-être de l'histoire.

 

Ilana et Abbi sont amies. Amies depuis presque dix ans, depuis leurs classes de théâtre. De leurs mains, elles ont crée Broad City, une websérie qui, grâce à Amy Poehler, s'est vue lancer sur Comédie Central. Ilana et Abbi font de la comédie homemade. Une comédie do it yourself, mélange de punchlines féministes, blagues de "juives", beuveries, clins d'oeil crados, et déliriums psychédéliques.

Broad City n'est pas ambitieuse. Filmer le quotidien foutraque de deux jeunes femmes qui le sont tout autant. Ilana et Abbi jouent leur propre rôle, à peu de choses près. L'une est illustratrice, femme de ménage dans un club de sport pour vivre, elle vit en colocation avec une fille toujours absente mais dont le petit-ami, un type adipeux et paresseux, squatte constamment le canapé. L'autre glande dans une start-up, elle enchaîne aussi les gagne-pains tranquilles (dog-sitter, ouvreuse). Elle fréquente un dentiste flegmatique et en pince un peu pour sa copine. Ilana et Abbie ne mènent pas la belle vie mais l'enjolivent. Elles fument des joints, manquent d'argent et se créent des missions. Récupérer un climatiseur ou un colis au fond de New York. Acheter en douce un gode-michet. Assister à un mariage de chiens. S'incruster à une rooftop party.  Mendier dans la rue en vendant des dessins ou en improvisant une danse.

broad city,saison 2,amy poehler,comedy central,ilana glazer,abbi jacobson

 

En une vingtaine d'épisodes, Ilana et Abbi prouvent qu'elles peuvent, elles aussi, jouer aux garçons. Improviser une série de buddies, une série subtilement crétine où la féminité remplace ce viril inspiré à la Workaholics. Elles montrent ça, Ilana et Abby, que les femmes aussi peuvent jouer aux idiotes, à l'aventure qui va trop loin, où l'on trace son téléphone dans New-York, se casse un membre, s'humilie devant un rencard, où l'on s'oblige à jouer les domestiques à demi-nu pour un pervers. Au delà d'une belle stupidité, ces deux amies sont cools. Sans essayer de l'être. Leur humour est brutal, fusionnel, souvent sexuel, un humour parfois plus subtil sur la vie quotidienne à New-York, sur ses gens, sa culture, ses cinémas, ses restaurants, sur la débrouille à coup de coupons Bed Bath and Beyond.

Mais ce qui transcende Broad City, c'est la vivacité, l'énergie, l'authentique de ces deux amies auteurs qui écrivent ce qui les amuse. Elles éblouissent par leurs envies franches. Parce qu'Ilana et Abbi ne craignent ni rien ni personne. Elles font ce qu'elles veulent. Elles assument tout, leur indépendance, leur manque de maturité. Elles n'essaient pas d'évoluer, de devenir responsables. Elles savent qu'à New York, parmi les vieilles dames folles, les bourgeois sous antidépresseurs, les commerçants véreux, les faux diplômés ou les faux branchés, il y a forcément pire qu'elles.

 

9/10

 

broad city,saison 2,amy poehler,comedy central,ilana glazer,abbi jacobson

11/04/2015

Daredevil (Saison 1) L'ennui du super-héros

daredevil,charlie cox,netflix,marvel,vincent d'onofrio,rosario dawson

En choisissant de faire renaître Daredevil, Netflix réalise un gros coup. L'espoir de fédérer les fans des franchises Marvel, de ceux qui n'aiment ni les séries carcérales ni les séries politiques. Malheureusement là, les autres abonnés pourraient trouver le temps long.

 

Daredevil est une marque connue, surtout distinguée par l'échec en 2003 du film avec Ben Affleck. La série promettait de rectifier le tir. Et elle y met du sien. Plus de rythme, de noirceur, de précision incarnée par un casting plutôt bon, en tête, Charlie Cox dans le rôle titre de l'avocat aveugle et justicier. Pourtant rien n'y fait.

Daredevil est coupable de ses résolutions. De sa pertinence policée, de sa sagesse lancinante qui parcourt chaque épisode, faisant de ce binge-watching un marathon souffreteux. La série essaie de bien faire, elle réussit ses scènes de divertissement, lorsque Matt Murdock, allure branchée, lunettes rouge teintée et serties d'argent, cabotine gentiment avec son associé, Foggy, et leur secrétaire (Deborak Ann Woll, toujours pimpante depuis True Blood). La série plaît aussi quand ses épisodes se nouent entre eux, évitant de près ou loin la production à formules qui bouche les trous narratifs. Daredevil agit comme une bonne élève. Consciencieuse, visuelle, mais profondément insipide.

daredevil,charlie cox,netflix,marvel,vincent d'onofrio,rosario dawson

Après quelques épisodes ennuyeux sur l'enfance du héros, son accident, son père boxeur, la série démarre au troisième épisode, à la présentation du grand méchant, Fisk (Vincent D'Onofrio), un magnat voulant posséder Hell's Kitchen. Le moment enfin de cristalliser les passions. Mais le vilain, comme le reste, peine à convaincre. Ce mafieux romantique et collectionneur d'art, trop proche des grands monstres sensibles façon Hannibal Lecter, trop facile, trop attendu aussi dans son jeu massif, simplement massif. A l'image de la série, simplifiée à l'envi dans ses historiettes, sa corruption policière, ses clans d'immigrés, sa violence, lisible à des kilomètres, incohérente aussi parfois, dont les liens surfaits et évidents entre les personnages irritent souvent.

Pas assez manichéenne pour exalter ou un peu trop pour intriguer. La série ne choisit jamais. Le résultat manque d'une voix, les bagarres sont des bagarres. Les russes et les chinois se comportent comme des russes et des chinois. Les sidekicks comme des sidekicks. Les filtres grisâtres ont beau obscurcir l'image, la rendre cinématographique pour la distinguer des productions publiques à la Arrow, cela reste trop vain. Parce que la série manque avant tout de chair. D'intensité. D'une tragédie qui par-dessous le sol viendrait nourrir l'ambiance, la ville et les personnages. La série se voudrait une âme à la Dark Knight, une inspiration malade, propice à tourmenter les esprits, profondément humaine. Mais trop prudente, trop balisée, dénuée de toute ampleur, la série se réduit elle-même.

 

Avec Daredevil, on espérait une modernité, une série habitée, majestueuse, comme un bel opéra. A l'inverse, elle n'est qu'un saga vaine, à peine indulgente.

3/10

daredevil,charlie cox,netflix,marvel,vincent d'onofrio,rosario dawson

09/04/2015

The Jinx (Mini-Série) L'incroyable poisse du criminel

The Jinx,série,Robert Durst,HBO,Andrew Jarecki,Kathleen Durst

     The Jinx n'est pas une série sur un serial killer. Elle est à la fois un roman stylisé et une investigation. Un fait divers sombre, une obsession pour son réalisateur, Andrew Jarecki, menant à la récompense ultime, sur le fait. Du jamais-vu télévisuel.

 

       The Jinx, the Life and Deaths of Robert Durst, diffusée sur HBO au début de l'année 2015, est un état des lieux de l'affaire Robert Durst. Héritier richissime d'un empire immobilier new-yorkais, et personnage ultra-médiatique depuis trente ans, depuis la disparition subite, divine, de sa femme, Kathleen. Suspect idéal, lui si sévère et excentrique, coupable de déclarations discordantes, Robert s'en tire faute de preuves. Il disparaît. On le retrouve des années plus tard. Affublé de perruques, reclus dans un appartement modeste, Robert devient une femme silencieuse. De cette histoire, Andrew Jarecki réalise un long-métrage, All Good Things avec Ryan Gosling et Kirsten Dunst. Un film éloquent mais qui laisse le doute.

       Aujourd'hui, The Jinx va plus loin. Parce que l'histoire se répète. Robert Durst est retrouvé, une nouvelle fois suspect pour le meurtre et le démembrement de Morris Black, son voisin de palier qui en saurait trop. On l'arrête, mais il s'enfuit. On le retrouve encore, cette fois méconnaissable, crâne blanc pâle et sourcils rasés, dans un supermarché où le riche héritier commet l'erreur de voler à l'arrachée un sandwich à six dollars. Comme une tentative de défier le destin. Devant la justice, Robert Durst reconnaît la découpe du corps. Le démembrement de sang-froid et la jetée des sacs dans la baie de Galveston.. Mais par la force d'une plaidoirie miraculeuse, il est acquitté. Pour légitime défense. L'absurde éclate.

       En 2000, l'enquête sur la disparition de Kathleen Durst revoit le jour, par la main d'une Procureur impavide qui promet de nouveaux éléments. Notamment le témoignage de Susan Berman, fille de gangster mafieux, auteur sans sou de polars et  la meilleure amie de Robert depuis leur plus jeune âge, Robert qui l'épaule financièrement, à coup de chèques et de lettres laconiques. Juste après l'ouverture de l'enquête, l'amie est tuée. Une balle dans la nuque.

The Jinx,série,Robert Durst,HBO,Andrew Jarecki,Kathleen Durst

      Robert Durst est-il un criminel hors catégorie ou l'homme le plus malchanceux de la terre ?

     Pour répondre, The Jinx n'est pas qu'un assemblage de fait divers manichéens. Par sa dramaturgie, elle est une enquête, un dilemme journalistique, une fouille sur la nature humaine, un roman sombre et tortueux, à l'image de son héros. Ce qu'ici on saisit de lui, mais ce qui nous échappe toujours, Robert Durst, étrange et bizarre, froid, sous contrôle, le regard implacable, parfois attendrissant, férocement rusé mais toujours imprenable, malgré la vieillesse qui le ronge. Comme un monstre de littérature, une créature difforme, Robert n'est pas un homme comme tout le monde. Plus intelligent, plus esseulé, blessé par une enfance tragique, le suicide de sa mère sous ses yeux, délaissée par une famille complexe et taiseuse, désormais accompagné d'une nouvelle épouse aux traits nébuleux. Comme lui.

    Fascinante dans son récit cinglé, au générique majestueux et théâtral, la série repose sur les zones d'ombres et les paroles d'experts, des proches touchants, et de Robert lui-même qui pose devant la caméra, qui se raconte, qui retrouve New-York, l'empire, la maison du frère ennemi, lui, ce maudit rejeton de famille.

      Durant ces heures de reconstitution, où le fil renoue le chas de chaque énigme dans la vie de Robert, la série passionne, brille dans sa reconstitution et son incroyable coup de théâtre final, surgissant du passé. Cette conclusion inespérée, triste et aberrante, où la vieillesse et la vérité se rejoignent enfin, trahissant, révélant en hors-champ, dans les toilettes d'un hôtel, prenant le téléspectateur à témoin, comme un piège tendu au prédateur éternellement malchanceux. Un spectacle d'une intensité extraordinaire.

The Jinx,série,Robert Durst,HBO,Andrew Jarecki,Kathleen Durst

10/10