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  • The Catch (Saison 1) La fin des idées

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    Enième production de Shonda Rhimes pour ABC, The Catch offre un casting à faire pâlir HBO, Mireille Enos et Peter Krause. Mais elle reste un feuilleton lambda, balourd et affecté.

     

    Quand on parle de "série Shonda Rimes", on parle surtout de ses productions Shondaland, cette boîte responsable des derniers succès d'ABC, Grey's Anatomy, Scandal, Private Practice, How to get away with murder (mais aussi quelques échecs, Off The Map). Avec the Catch, l'entreprise Rhimes montre qu'elle est la plus puissante sur un network à temps de prime-time. Elle montre aussi la dérive habituelle à tout monopole, un formatage déplorable qui nuit à la création.

    The Catch raconte l'histoire amoureuse compliquée entre Alice Vaughan (Mirelle Enos), détective privée hors-pair, sorte de double d'Olivia Pope en moins dramatique et vêtements sixties et l'homme d'affaires Benjamin Jones (Peter Krause), imposteur notoire et arnaqueur malin qui ruinera sa fiancée.  Entre les deux, un jeu du chat et de la souris habituel et peu percutant.

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    La série est à l'image de sa composition laborieuse. Des mois et des mois de réagencement, de changement de narration, des départs volontaires (la créatrice), d'autres moins (on vire l'acteur principal et le faire-valoir féminin pour de plus grandes pointures pointures) pour aboutir enfin à une série sage, rapidement ficelée, obéissante et peu réjouissante. Si la série met tout en oeuvre pour offrir un cadre de chassé-croisé amoureux, propre aux films d'espionnage où les héros s'aiment, à la façon de Duplicity, elle peine à garantir un concept solide. Après le pilot, l'histoire principale s'émousse au profit de petits fragments indépendants, banales histoires de fraude et d'enquêtes privées qu'on trouvera plus inspirées chez Monk.

     Bien sûr il y a le charisme vertigineux de Mireille Enos, charisme durement acquis depuis la mormone de Big Love et l'inspectrice mutique dans The Killing, il y aussi la malice de Peter Krause qui, après Six Feet Under, s'est parfois essayé au grand public pour de mauvaises raisons. Il y a une alchimie qui se dégage de ce duo impeccable (mais un peu propret), un charme que l'on devine mais qui ne suffit pas parce que le reste ennuit.

    The Catch est avant tout un programme facile, où les histoires aculées sont faussement habiles, confuses, où les personnages secondaires, aux origines toujours aussi éclectiques depuis Grey's Anatomy, manquent de chair et d'identité, où l'ampleur n'existe pas. Il reste ces deux personnages que tout oppose, la détective franche du collier et le voyou débonnaire, le bon et le truand, la jolie femme aux robes sixties et aux smoky eyes et le bellâtre enigmatique. Un jeu qui aurait pu avoir de l'ombre et du mystère, mais qui n'est ici que répliques tristes et péripéties ordinaires, le tout noyé sous des bons sentiments et des dénouements sans idée.

    3/10

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  • Unbreakable Kimmy Schmidt (Saisons 1 & 2) L'art de la joie

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    En deux saisons, Kimmy Schmidt s'est imposée comme une comédie pur-jus, dérangée et existentielle, menée par la main toujours experte de Tina Fey.


    Kimmy Schmidt est un drôle de personnage, dotée d'une drôle d'histoire. Celle de quelques femmes rescapées d'une secte étrange, longtemps recluses dans un abri antiatomique autour d'un gourou qui leur a fait croire à l'apocalypse. Mais après un sauvetage, Kimmy et ses copines, sorte de sisterwives mormones, revoient le jour. Un nouveau jour. Apres le sauvetage, les interviews, les medias, l'intérêt public, Kimmy reprend sa vie, à New York, bien dépassée par le comportement de chacun. Son colocataire homosexuel, une masse mélodramatique, ultrasensible, se rêvant star de comédie musicale, et sa patronne, une bourgeoise de l'Upper East Side, hystérique et incontrôlable. 

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    Bien sur, cette comédie n'épargne aucune nuance, aucun contours. Sa dynamique fonctionne sur la bêtise de Kimmy, une héroïne gentille et carrément stupide. Mais au delà de la connerie marrante, Ellie Kemper (Kimmy) est un personnage lumineux et attachant dans ses maladresses, ses éclats de rire excessifs et sa gentillesse perturbante à l'égard des autres.

    Forcément, Kimmy  sautille, se pâme, gambade, guillerette, dans un paysage haut en couleurs comme elle, le sourire peint d'une oreille à l'autre. Mais la série est plus que ça.  Sans jamais épuiser, Kimmy déteint sur les autres et son innocence radieuse dépasse l'écran. Pour ça, Tina Fey sait y faire. L'équilibre toujours mené entre la béatitude caricaturale et la réjouissance. Parce qu'aussi Kimmy est entouré de personnages tout aussi concentrés dans leurs traits, des enfants new-yorkais égotistes, une patronne impossible (le bonheur de retrouver Jane Krakowski qui n'a rien perdu de ses couleurs), une propriétaire haut perchée et bourrée de principes, et surtout ce nouveau compagnon de vie, Titus Andromedon, un homosexuel hilarant et inspiré, cinglé de grimaces et de répliques mélodramatiques, une comédie indispensable à lui tout seul.

    En deux saisons de treize épisodes, la série est ainsi faite. Des personnages bien campés, attendrissants de manières et d'excès, des profils qui toujours frôlent la caricature sans jamais y succomber, embarqués dans des aventures joliment sottes, le tout contaminé par la joie de vivre de Kimmy, cette joie de vivre intacte, presque rebelle face à l'égoïsme de ceux qui l'entourent et la jugent. On retrouve là tout l'esprit caustique de 30 Rock et de l'écriture de Tina Fey, son art du décalage, mélange de références cinglantes, de cameos foutraques et de petits mots assassins sous des airs jazzy.

    Parce que 30 Rock nous avait manqué, Unbreakable Kimmy Schmidt prend la relève. Amusante, pétillante, assumée dans sa bêtise et sa fine intelligence comique.

    9/10

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  • The Girlfriend Experience (S1) Celle que vous croyez

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    Après la très attendue et tout aussi décevante Flesh & Bones, Starz, souvent habituée des productions ratées, lance sa nouvelle série, The Girlfriend Experience. Adaptée du film éponyme de Soderbergh avec l'ex-actrice porno, Sacha Grey, la série pourrait être enfin la relève charismatique tant souhaitée.

     

    C'est l'histoire la plus vieille du monde, son métier bien entendu aussi, passé entre les mains perverses de tous ; de Balzac, Zola à Despentes ou Palanhiuk en passant par les écrans, de Jeune & Jolies d'Ozon à The Secret Diary of a Call Girl avec Billie Piper. La prostituée revient attirer les foules, avec son lot de mystère imprenable, de charisme et de sensualité intime. Dans The Girlfriend Experience, elle s'appelle Christine.

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    A l'image de Jeune & Jolie, Marina Vacht aussi fantastique qu'impérieuse, la série repose sur les traits intrigants de son héroïne, vamp idéale, joli minois et plastique infaillible, yeux de biche et chevelure aguicheuse. Plus qu'un physique, la jeune fille est un mystère, étudiante en droit plutôt douée, employée d'une grosse boîte juridique de Chicago, endettée par ses prêts étudiants, attirée par l'idée de la prostitution qu'elle fantasme de façon romantique et branchée. Indépendante, dont la froideur est palpable, Christine Reade, jouée par Riley Keough, petite fille d'Elvis Presley, est une fille contradictoire. Jeune fille de trempe, libre et rude, pratiquant une sexualité décomplexée, souvent anonyme, Christine cherche pourtant la soumission, ce jeu de pouvoir infime qui se niche dans chaque rapport à l'autre, soucieuse de plaire, de répéter les bonnes phrases aux bonnes personnes, dictée par son amie qu'elle croit, elle, sur paroles. Epoustouflée par le monde des affaires, les figures de poigne, Christine va accepter de basculer dans un monde assommant de cruauté dirigée par la main -perverse, encore- de l'homme. Ce qui lui plaît, à Christine, c'est de pouvoir gravir les échelons, gagner en stature, en poids. Très peu une question d'argent, bien que cela contribue au confort et au nouvel appartement spacieux en plein Chicago, mais une façon cynique et désabusée de se faire confiance parmi les requins afin de pouvoir un jour, elle aussi, jouer aux grands prédateurs.

    Dans un style aussi sec que froid, The Girlfriend Experience est une immersion pure dans une société ultramécanisée, ultradétachée, dominée par la hiérarchie et l'appât du gain où chacun tente de faire sa place, de grignoter du capital. La narration est aussi dénouée, lente que son héroïne, désabusée et chancelante, dont l'ambiance implacable rappelle les meilleurs romans de Bret Easton Ellis. Aussi contemplative que son héroïne, la série ne juge pas, ne condamne jamais son héroïne qui ne fait qu'écouter les autres, ses clients, noter qui ils sont sur des fiches mémos d'Iphone. La série fait la même chose, manifeste dans son goût pour l'épure et de sa liberté créative. Comme un soutien, la série, jamais racoleuse, jamais sous ou surécrite, tient son personnage féminin comme une cheville dans ses choix périlleux, ses dérives, ses laissez-passer, elle la suit perpétuellement à quelques mètres, derrière elle, toujours, dans ses couloirs d'hôtels indissociables, sans visage, sans empreinte, où Christine suit des inconnus, montée sur ses talons de luxe.

    9/10

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  • The Last Man of Earth (Saison 1) Petits instincts

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    Sur la FOX et ailleurs, on ne parle que d'Empire. Pourtant, dans le rayon comédies, The Last Man on Earth, est de loin sa meilleure comédie depuis des lustres. Parce que subtile, vacharde et profondément humaine.

    L'apocalypse soudaine. L'humanité entière disparaît. Un seul homme survit. Pas plus courageux qu'un autre, plus intelligent, plus débrouillard, au contraire. Le dernier homme sur terre s'appelle Phil Miller. Il vit à Tucson, Arizona. On imagine alors une fresque humaniste, l'errance d'un homme, entouré de ballons de toutes sortes en guise d'amis quand il décompresse dans son bar QG. Mais Phil Miller est un homme victime de ses instincts primaires. Quadragénaire paresseux qui utilise une piscine comme ses toilettes, joueur puéril, passant sa journée à éclater des canettes de bière au rouleur compresseur, voleur sans foi ni loi, s'amusant à décorer de tableaux de maîtres, de sarcophages et d'ossements de dinosaures ses nouveaux et luxueux appartements. Alors pour la fresque humaniste, on n'y est pas vraiment.

    Pourtant, il y en a de l'humanité chez cet homme. Pas l'humanité la plus noble, la plus élégante, façon Montaigne, mans une nature profonde. Phil Miller est comme tout à chacun. C'est ce qui le rend attachant. Egoïste, lâche, menteur, sale, des tares étendues à des proportions comiques, mais empruntées à monsieur-tout-le-monde. Et comme monsieur-tout-le-monde, Phil n'a qu'un but : s'accoupler avec une femme.

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    Son rêve se réalise. La dernière femme apparaît devant ses yeux, en plein désert. Manque de chance, elle n'est pas le fruit d'un miracle. Carol (Kristen Schaal, toujours parfaite) est une femme au physique plutôt ingrat, aux talents culinaires atroces, bruyante, pénible, férocement romantique. Contraint, Phil l'épouse. Et alors la comédie s'emballe. Une autre femme apparaît. January Jones, splendide et méprisante, à sa façon toujours. Puis un homme gentil (mais obèse) qui pique la belle sous les yeux dépités de Phil. Et ainsi de suite. Un petit groupe se forme et Phil ne saura plus comment mener la danse.

    Originale, attendrissante, irrésistiblement amusante, The Last Man on Earth prend un malin plaisir à saisir la frustration de cet homme. Il pourrait être un personnage vil et antipathique mais il est tout l'inverse. Will Forte, espiègle, solaire, tenace, aspire surtout à se faire aimer. A se faire aimer des autres, à coup de mensonges carabinés et de belles déclarations. Mais avec lui, le groupe est cruel, à l'image du monde. La série capte ça avec brio, cette réflexion sur la domination du plus fort, du plus attractif, les relations, les désirs, sur ces peurs individuelles qui animent les comportements. A mesure que le groupe s'amplifie, ces peurs sociales contaminent les membres tour à tour. Aux prises avec la solitude, chaque personnage renoue avec ses turpitudes. Avec l'envie, la jalousie, la mesquinerie, le mépris, quitte à finir rance. Phil Miller n'est alors plus une caricature, il est le premier homme d'une humanité retrouvée, d'une humanité vivante, souvent émouvante mais profondément viciée. C'est l'art immanquable de the Last Man on Earth.

    10/10

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  • Baron Noir (Saison 1) De la politique court-circuitée

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    Fin janvier, Canal + frappait un grand coup avec sa toute première série politique, Baron Noir. Matraquage publicitaire à coup d'affiches grandiloquentes et de synopsis sulfureux. Beaucoup de bruit pour rien ?

    Aux lendemains de la diffusion des premiers épisodes de Baron Noir, la critique fut élogieuse. On n'avait pas vu meilleure série française (alors qu'au même moment sur ARTE, Trepalium, autre série française, défiait toute concurrence scénaristique). Bien sûr, Baron Noir a des qualités, de vrais acteurs, un décor (celui des usines du Nord), une histoire qui a de l'aplomb. Celle de Philippe Rickwaert, député socialiste du Nord et maire de Dunkerque, intime proche de Francis Laugier, bientôt futur président de la République, tous les deux trempés dans une affaire d'abus de biens sociaux et de financements obscurs qui pourrait menacer l'élection de ce dernier. Débute ainsi un combat vengeur entre les deux hommes.

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    A y regarder de près, la série a des airs empruntés à House of Cards, d'abord dans son postulat, un député élu prêt à tout pour faire tomber le Président- et même dans sa construction scénaristique : ce fil sans cesse noué de petites historiettes, un peu comme l'a montré la saison inaugurale de la série de Netflix avant de se terminer par un final virtuose. L'histoire qui oppose les deux rivaux socialistes, promesse centrale de la série, est ainsi festonné d'épisodes isolés qui parfois ennuient, les quelques facettes sur la loi de l'Education Nationale étant particulièrement peu attrayantes. C'est dans sa confrontation entre les deux héros incarnés par Niels Arestrup, toujours angoissant d'ambivalence, et Kad Merad, impeccable, que la série gagne en poigne. La série essaie de maîtriser l'art du rebondissement comme un Damages revisité, dans des ellipses bien ficelées, mais se perdant souvent en raison de péripéties peu flatteuses ou même grotesques. Baron Noir a à cœur d'oser la trouvaille scénaristique, fignolant ses fins d'épisodes, mais à mesure que la saison se découvre, Baron Noir annule à coup sûr ses rebondissements, petites menaces politiques, retournements de vestes, trafic d'influence, comme si elle craignait d'avoir la main tremblante ou la charge scénaristique trop lourde.

    Si beaucoup de choses sont dites vraies, Eric Benzekri, ancien collaborateur de Julien Dray et proche de François Hollande est l'un des showrunners, donnant à la série une véracité louable et légitime, il n'empêche qu'il manque à la série l'essentiel : l'ampleur de House of Cards et le verbe de The West Wing, la série croulant sous une sur-écriture prolixe, mélange de jargon technique et familier. A l'exemple d'Amélie, le personnage socialiste et bourgeois d'Anna Mouglalis, le bras droit du président et bientôt maîtresse de son rival (cherchez l'erreur) habituée aux répliques pompeuses et tragiques, justes bonnes pour incarner Andromaque sur les planches. De cet approchement inattendu entre la future chef du PS et son rival Rickwaert, on espérait bien sûr ce coup de théâtre, manipulation humaine exemplaire, menée d'une main de maître par un président de la République véreux et prêt à tout pour désamorcer son nemesis. En vain, il n'y a que de l'amour entre les deux anciens ennemis.  Un exemple parmi d'autres qui montre la limité de la série, son incapacité à ratifier ses rebondissements pour gagner en souffle, être capable de prendre en intensité, Baron Noir étant toujours une série bien faite, travaillée, souvent juste, mais férocement sérieuse, une série figée, un peu binaire, avide de personnages sur le déclin, d'accidents attendus, de moments troubles, et de coups montés toujours éphémères et peu spectaculaires.

    5/10

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  • Love (Saison 1) Amour et égarements

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    Première nouveauté de Netflix avant une ribambelle de recrues, Love est une série aussi simple que son titre. Une histoire d'amour entre deux personnages que tout oppose. Son plus ? L'esprit Judd Apatow.

     

    On en attendait beaucoup de Love, la troisième comédie de Netflix qui réussit son intronisation humoristique après l'hilarant Kimmy Schmidt et l'intelligent Master of None. Après Tina Fey et Aziz Ansari, il fallait une pointure comme Judd Apatow, ici accompagné de Paul Rust (et l'équipe de Girls, notamment sa femme, Lesley Arfin). Love met en scène l'histoire entre Mickey, une programmatrice de radio désabusée, ancienne toxico et alcoolique, et Gus, un professeur binoclard qui enseigne à des jeunes actrices sur les plateaux d'une série de sorcières et d'idioties, un type riche en bonhomie, drôle et maladroit, passionné par les bandes originales de films qui n'en ont pas et que lui compose avec sa bande de copains, tout aussi dork que lui.

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    La série reprend là où Hello Ladies s'était malheureusement arrêtée sur HBO. Quand le célibataire ringard parvient enfin à conquérir la jeune fille populaire. Sauf qu'entre Hello Ladies et Love, il y a un monde. Pas de cruauté chez Love, de cynisme féroce, de désenchantement acharné, seulement cette peur tenace de l'engagement que l'on retrouve formidablement dans Girls. Ici, tout est vif et sincère. De ces deux personnages qui ne s'aiment pas au même moment, Mickey qui s'indiffère de ce pauvre type, Gus qui s'accroche, qui accepte de sortir avec la colocataire candide, qui arrive toujours trop tôt aux rendez-vous donnés, qui abîme toujours plus son amour-propre. Et puis tout à coup l'inverse. La redistribution des rôles. C'est ce qu'il y a de plus beau dans Love, cette façon d'être dans les deux camps, cette quête impossible et désavouée de la relation amoureuse, quand l'autre n'est plus là. Quand l'intensité disparaît sous terre. Mickey (Gillian Jacobs, tout aussi sarcastique que dans Community, l'air froncé et le fond tragique en plus) a tout pour mépriser Gus, un réseau, une popularité intouchable, une façon de se frayer un chemin, de s'engueuler avec n'importe qui, de se moquer du premier venu et, pourtant, tout bascule sous nos yeux.

    Après un pilot complètement indigent et beaucoup trop long, Love n'a pas toujours su gérer son rythme, s'encombrant souvent d'historiettes et de personnages inutiles (les collègues ou les voisins), la série voulant bêtement séparer ses deux personnages principaux. Mais au fil de la saison, Love a rectifié le tir, ciselant son allure Apatow, gentiment désillusionnée, amusante et mélancolique, réunissant toujours plus ces deux héros.

    Sur dix épisodes, Love décrit avec justesse cette histoire tumultueuse qui semble mener nulle part, entre des rendez-vous vains, des personnages en double-file, des occasions manquées et puis quelque fois, cette promesse au loin entre eux deux, cette osmose, ces trois épisodes forts qui jalonnent le parcours amoureux, à la façon de Master of None. On se réjouit de ces personnages sincères, en proie à la solitude, festonnés de failles, de démons intérieurs, de carences affectives, comme l'a déjà tenté You're The Worst cette année. On les aide, les soutient, les désavoue à tour de rôle, à mesure qu'ils évoluent, changent ou prennent à contre-courant le rôle qu'on leur a donné.

    8/10

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