10/10/2014

La rentrée series - Les drames, drames, drames

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Les séries pullulent. Partout, même sur des plateformes obscures. On les décompte avec peine, comme des motifs de tapisserie. Dans le lot, la rentrée des séries publiques. Entre Gotham, Stalker, How to get away with murder ou Madam Secretary, bilan de ce qu'il faut voir ou éviter.

 

 

Jane The Virgin

Encore une telenovela américanisée par les chaînes publiques. Comme Ugly Betty en son temps, ou Devious Maids récemment, Jane the Virgin apporte ce gage de folklore et de drôlerie qui adoucit le paysage télé. Pourtant, son histoire est abracadabrantesque, celle de Jane, une jeune femme prude et vierge (par principes) qui après une insémination accidentelle tombe enceinte. Pas de grossesse miracle mais une simple erreur digne d'une série vénézuélienne. Si Jane est le personnage principal typique, gentil, mais toujours sérieux, à l'image encore de Betty Suarez, c'est encore la galerie des personnages secondaires qui procure à la série son ton amusé et excentrique : une grande-mère catholique et une mère jeunette et ravagée, et puis cet homme séducteur, le père, marié à une femme machiavélique qui avec cet enfant espèrent tous deux réparer leur mariage. Déjanté sans être kitsch, amusant sans être parodique, Jane the Virgin est une série réussie et équilibrée, une sorte de nouveau soap, vestige de la telenovela dont elle déforme avec plaisir les codes et de la comédie romantique américaine, un mélange entre Ugly Betty et Pushing Daisies, dans la même veine comique. Assez originale et attachante pour être suivie de près chaque semaine, ou presque.

8/10

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Constantine

Un nouveau chasseur de démons est dans la place. Plutôt un vieux, qui renaît de ses cendres, dix ans après un film sans intérêt avec Keanu Reeves dans le rôle-titre. A la télé, Constantine succède à Buffy, là encore quinze trop plus tard, paradant en look désabusé de rockeur anglais, tiré d'un shooting trendy. Ce décor poseur nuit totalement à la dramaturgie de la série tirée du comic Hellblazer dans lequel cet antihéros, John Constantine, combat avec drôlerie et arrogance le Diable et ses démons afin de protéger les âmes perdues. Dans un ton kitsch et maniéré, la série ne fait que macérer des storylines anciennes et recyclées, avec le même niveau d'effets spéciaux. Le résultat est daté, ennuyeux, on ne s'attache pas à ce personnage lisse et sans profondeur, et à son équipe de faire-valoir bien trop caricaturale, pire, on s'indigne sans en rire.

2/10

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25/09/2014

Silicon Valley (Saison 1) La comédie qui manque de pointe

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Discuter du numérique est tendance. Depuis IT Crowd et jusqu'Halt & Catch Fire, série sur l'espionnage industriel entre compagnies de processeurs, la technologie est devenue source de narration. Voire de comédie. Avec Silicon Valley, nouvelle recrue du cru HBO 2014, la sphère impitoyable de Palo Alto est gentiment tournée en dérision.

 

Créée par Mike Judge, Silicon Valley raconte l'ascension et les remous d'une petite start-up de compression fondée par quatre têtes dures, des passionnés bien sûr, forcément farouches et maladroits, timides, mesquins et sarcastiques. Une bande de potes à la Big Bang Theory sans la culture geek.

Pied Piper, c'est le nom du petit business qui fait sensation. Son créateur, Richard, réussit un coup de maître, un taux record de compression fichier texte, audio et vidéo, comme personne ne l'a fait auparavant. Employé de Hooli, une grande firme qui a pignon sur la baie, Richard quitte ainsi son poste et se lance dans l'inconnu avec ses quatre compères (dont forcément un Indien, un ventripotent, un cynique chevelu comme dans chaque recoin de Santa Clara). Jalousé par l'ex- entreprise, dirigé d'une main excentrique par Galvin Belson (Matt Ross, aussi véreux que dans Big Love), Richard refuse le rachat et gros chèque et cherche les investissements. David contre Goliath ou presque.

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27/08/2014

The Leftovers (Saison 1) L'étrange relève

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Si les séries des nouvelles plateformes se taillent de plus en plus la part du lion, HBO n'a pas dit son dernier mot. La chaîne intelligente des années 90 a beau commettre des impairs, annuler Hello Ladies, laisser agoniser True Blood jusqu'à une fin médiocre, elle sait encore prendre des risques. Avec The Leftovers, belle série de l'étrange.

 

Un 14 octobre, ordinaire, une femme attend à la laverie, au téléphone. Elle prend la route, son bébé à l'arrière quand cela se produit. Pas de secousse, de bruit sourd. Son bébé disparait. Un enlèvement général. Des voitures s'entrechoquent, les conducteurs ne sont plus là. Les cris commencent alors à piétiner les trottoirs. Ce jour-là, 2% de la population mondiale a disparu.

The Leftovers s'ouvre ainsi, sur un pari fantastique, mais superbement mis en scène. Aux manettes, Damon Lindelof qui après Lost, compte bien prouver à ses détracteurs qu'il peut encore tenir une machine à l'engagement fort. Adaptée du livre éponyme de Tom Perrotta, connu pour son best-seller Little Children, la série n'a pourtant rien de Lost. Si le mystère nourrit la tension, la série centre son regard sur une petite ville qui se reconstruit après la catastrophe, une famille en particulier, les Garvey.

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21/03/2014

Enlightened (Saison 1) Que faut-il être pour être heureux ?

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A contre-courant, HBO tente tant bien que mal de poursuivre son échappée en marge, loin des canaux. Avec Enlightened, la série la plus subtile de 2013, HBO retrouve son statut indétrônable de chaîne prête à tout.

 

Amy est une femme de trempe. Une cadre réputée qui craque au cours d’une journée au bureau, le rimel dégoulinant sur les joues, les yeux gonflés par la frustration.  Noyée par le travail, l’ambition, les romances empesées, Amy se jette corps et âme dans une crise, une hystérie d’ascenseur, gros mots et gestuelle, qui vient tout chambouler.

C’est ainsi qu’Enlightened démarre son histoire. Mais très vite après l’hystérie, vient l’apaisement, quand Amy se réfugie dans un camp d’américains victimes de leurs nerfs, qui en ont assez de se crisper. Désormais le leitmotiv d’Amy sera la sérénité, la bienveillance, une attitude incarnée par la merveilleuse Laura Dern, cette muse de Lynch qui a manqué à l’écran. Derrière la machinerie ésotérique du personnage aux cheveux tout en boucles et en robes fleuries, se cache une force sensible qui donne à l’héroïne un charisme et une émotion implacables. Une fragilité.

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06/03/2014

Hello Ladies (Saison 1) Bonjour tristesse

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En solo, loin de son ex-acolyte Ricky Gervais avec qui il avait crée The Office, Stephen Merchant se met en scène dans une comédie HBO. Plus qu'une mise en danger, une série-miroir. Le reflet le plus drôle de la rentrée.

 

Hello Ladies, dit-il. A chaque épisode. Stephen Merchant, créateur, scénariste et acteur de la série aime cette accroche. Cette façon panachée d'accoster les filles. Avec elle, on ressent toute la solitude du monde, la solitude de ce type, Stuart, un graphiste de L.A qui, avec sa petite boîte de web design, s'en sort bien, mais qui, insatisfait, rêve de soirées privées, de mannequins, d'actrices glamour à son bras. Stuart court beaucoup mais n'est pas un coureur. Derrière sa quête de conquête, le type n'espère que l'affection. Son problème, c'est qu'il vise haut.

Lui est un grand type. Plus de deux mètres de hauteur, un blond qui lorgne du côté du roux, affublé de lunettes épaisses et de sourcils broussailleux. Stuart est un type normal. Pas si laid quand on regarde bien, pas si bête quand on l'écoute, le type sait manier l'humour, l'ironie, il sait avoir de la conversation lorsque la pression quitte son flux sanguin. Mais il rejette la normalité, cette normalité qui le renvoie à son échec, son sempiternel célibat, sa solitude des vendredis soirs qu'il partage avec Wade, son meilleur copain normal récemment séparé de sa femme très normale. Alors pour mettre un peu de piquant dans sa vie, il aime bien fréquenter Jessica, cette petite actrice trentenaire qui occupe sa poolhouse. Autrement dit, sa locataire.

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13/01/2014

Bates Motel (Saison 1) La mythologie du psychopathe

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Puisqu'il est bon de fureter dans les origines, la chaîne A&E a lancé l'an passé la série Bates Motel, la série sur Norman Bates, le psychopathe à couteau de Psychose. Mais la série ose une modernité de ton, qui fait d'elle un produit hybride, étrange et parfois gauche.

 

On ne sait pas grand chose de A&E, la chaîne abonnée aux documentaires et aux séries peu palpitantes. Pourtant, elle a eu raison de faire confiance à l'un des anciens de Lost, Carlon Cuse. Il y a de quoi, Bates Motel est un pari osé, le pari d'un genre oublié, d'une œuvre phare, et puis surtout un focus sur un psychopathe iconique et sa mère recluse, Norma Bates, une sorte d'héroïne invisible qui a traversé les décennies.

Et pourtant malgré l'exploration du passé, Bates Moral se déroule de nos jours. Une volonté de décontenance le spectateur, de ne pas miser uniquement sur les artifices du prequel et de puiser ailleurs. La série s'ouvre au moment où Norma et son fils déménage dans une région portuaire après la mort suspecte du père de famille. La mère rêve d'un nouveau départ, elle place ses économies et l'argent de l'assurance-vie de feu son mari dans un motel de bord de rue et son manoir avoisinant. Une reconstitution parfaite du décor de Psychose. Malgré le décor rétro, l'étrange garde-robe de cette mère de famille, la série fait ce pied de nez contemporain. Dans un manoir victorien et fuligineux, la famille utilise leurs smartphones, le jeune garçon se rend en soirée de lycée en décapotable, avec ses nouvelles amies, pimbêches lookées et filles à papa. Et cela fonctionne.

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05/01/2014

Cinéma, séries, blabla : les choix 2013

Sur une année, on en voit des bandes et des films défiler. Sur les écrans, partout. Au cinéma. Il faudrait compter, recenser. Cette année, après calcul, 166 films. En moyenne, ça fait 276 heures. Ca fait beaucoup. Grosso modo, 12 jours. Si peu finalement.  En douze jours, quinze films ont compté plus que les autres.

 

1. La Vie d'Adèle - Le plus majestueux

2. Frances Ha - Le plus vibrant

3. Suzanne - Le plus émouvant

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4. Mud - Le plus chaud

5. Snowpiercer - Le plus spectaculaire

6. The Sessions - Le plus nostalgique

7. 2 automnes 3 hivers - Le plus spirituel

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8. 40 ans mode d'emploi - Le plus drolatique

9. Le Passé - Le plus labyrinthique

10. L'inconnu du lac - Le plus terreux

11. Tel père tels fils - Le plus poétique

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12. Grand Central - Le plus nucléaire

13. Keep Smiling - Le plus tragicomique

14. Blanca Nieves - Le plus expressif

15. Foxfire Confessions d'un gang de filles - Le plus littéraire

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Le top cinq des déceptions

Ce ne sont pas des navets, simplement des films promis, des films ratés.

 

Only God Forgives

Les Amants Passagers

Blood Ties

Les Salauds

Tu honoreras ta mère et ta mère

 

 

Et du coté des séries, on préfère ne pas comptabiliser. Petit top annuel sans Girls, sans Mad Men, sans Homeland, parce qu'il est bon de savoir se renouveler.

 

1. Enlighetened (Saison 2) - La plus importante

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2. Game of Thrones (Saison 3) - La plus dangereuse

3. Masters of Sex (Saison 1) - La plus vivifiante

4. House of Cards/Orange is the new black (Saisons 1) - Les plus pionnières

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5. Broadchurch (Saison 1) - La plus touchante

6. Hello Ladies (Saison 1) - La plus mélancolique

7.  Ja'mie private school girl (Saison 1) - La plus provocante

8. Brooklyn Nine-Nine (Saison 1) - La plus publique

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9. Getting On (Saison 1) - La plus dérangeante

10. Top of the lake (Saison 1) - La plus confidentielle

11. Shameless (Saison 3) - La plus constante

12. Black Mirror (Saison 2) - La plus phénoménale

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13. Veep (Saison 2) - La plus comploteuse

14. Real Humans (Saison 1) - La plus froide

15. The Killing (Saison 3) - La plus éternelle

 

 

Top cinq des séries échancrées


1. Arrested Development

2. Hannibal

3. Dexter

4. Under the dome

5. The Walking Dead

 

16/12/2013

Broadchurch (Saison 1) Qui a tué Danny Latimer ?

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Depuis Laura Palmer, la télévision s'empare du malheur des enfants. Broadchurch, production anglaise d'ITV, reprend l'enquête, en ayant l'esprit d'aller à rebours de tout concept thriller. D'une intelligence superbe.

 

On aime bien les enfants, surtout les petites filles, lorsqu'elles disparaissent, lorsqu'on les tue dans les forêts. The Killing et Top of the Lake ont plus ou moins remis ça sur le tapis. Dans Broadchurch, le fondement est le même, mais le corps est différent. Pas de petite fille cachée au milieu des bois. Mais un petit garçon, retrouvé inerte sur le lit d'une plage, surplombée d'une falaise. Au loin, le paysage est beau.

La suite est la même, évidente, mais toujours teintée de cette différence, cette façon intime, distincte et minutieuse, de montrer les gens. L'enquêteur dépêché sur les lieux est un inspecteur asocial, aigri, malmené par une condition cardiaque, qui a récemment fait scandale après une affaire criminelle qui a mal tourné, une enquête irrésolue sur le meurtre, justement, d'une petite fille. Comme si justement Broadchurch montrait du doigt tous ses thrillers ficelés d'une seule et même corde. Aux côtés de ce flic, Hardy (David Tennant), Ellie Miller (Olivia Colman, plus que parfaite) une quadra de retour de congé, de retour dans cette petite bourgade dont elle connaît tous les recoins, ses habitants, leurs façons de faire, leurs allures sauvages face à l'inconnu.

D'entrée de jeu, un duo qui fonctionne mal sous les apparences, comme souvent. Lui est taciturne, autoritaire, sans tendresse, il prend les gens au col, ne connaît pas les détours. Elle est humaine, empathique, elle sait mêler l'ironie à la compassion. Une relation qui ouvre la voie sûre à la saison, dès le première épisode, à cette ambiance parfaitement établie. Etouffante, mais lumineuse, réaliste et pourtant si joliment mise en scène. En suivant un dispositif de résolution, sérieuse, minutieuse, cette série traque un tueur d'une façon implacable, tout en sachant montrer les effectifs d'a côté, ces rôles dans l'ombre que l'on ne montre jamais, les enquêteurs, comptables, gendarmes de seconde zone qui eux aussi s'activent à l'affaire.

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Tout dans Broadchurch respecte cette idée très affrontée de réalisme social, de meurtre soudain d'une ville qui ne respire pas l'étrange. L'étrange se construit, se dévoile comme un filtre, les masques tombent sans théâtralité, les suspicions et le regard de l'autre. Et pourtant, malgré la mort du garçon qui règne, c'est la vie qui reste. Dans la famille du garçon, une grossesse inattendue, une affaire d'infidélité, une adolescente perdue, obligée de retrouver les siens. Il n'y a pas de thriller cloué sur les murs, ni d'artifices. Juste un drame ordinaire, domestique, qui vient perturber le nid d'une famille et d'une ville. La vie est partout, pâle ou noire, elle s'infiltre dans les foyers avoisinants, dans l'église, auprès du vicaire Paul, dans les écoles et dans le passé lourd des habitants. Une technique infaillible, où la série fait suspecter tout le monde, mais qui ici se fond dans un décor social, où les traumatismes de chacun, les femmes trompées, les enfants abandonnés, les journalistes désespérés, les veufs, et tous les autres au bord de la faillite ou de la maladie s'intercalent peu à peu, progressivement, pour venir éclater le premier plan.

D'une construction parfaite, sans faille, qui investit le téléspectateur d'une façon rare, Broadchurch impressionne par son élan calme, sa façon de filmer l'histoire, aussi intime que flamboyante, sa manière de condamner toute morale, en laissant les paroles se murmurer, en laissant le téléspectateur témoin du récit, dans le recul et l'urgence, attentif à tout ce qui se dit.

 

Plus qu'une série enquêtrice, Broadchurch est une série sur la perte et le prolongement, une oeuvre grande et lumineuse qui fera bientôt les beaux jours d'un remake américain. David Tennant restera l'enquêteur. Il faudra simplement oublier Olivia Colman, pas assez télégénique pour le public américain, alors qu'elle est le personnage de flic le plus fort et nuancé de ces derniers années. Heureusement, la série originale reviendra pour une seconde saison. Merci aux anglais.

9/10

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