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  • Unbreakable Kimmy Schmidt (Saisons 1 à 3) L'art de la joie

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    En trois saisons, Kimmy Schmidt s'est imposée comme une comédie pur-jus, dérangée et existentielle, menée par la main toujours experte de Tina Fey.


    Kimmy Schmidt est un drôle de personnage, dotée d'une drôle d'histoire. Celle de quelques femmes rescapées d'une secte étrange, longtemps recluses dans un abri antiatomique autour d'un gourou qui leur a fait croire à l'apocalypse. Mais après un sauvetage, Kimmy et ses copines, sorte de sisterwives mormones, revoient le jour. Un nouveau jour. Apres le sauvetage, les interviews, les medias, l'intérêt public, Kimmy reprend sa vie, à New York, bien dépassée par le comportement de chacun. Son colocataire homosexuel, une masse mélodramatique, ultrasensible, se rêvant star de comédie musicale, et sa patronne, une bourgeoise de l'Upper East Side, hystérique et incontrôlable. 

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    Bien sur, cette comédie n'épargne aucune nuance, aucun contours. Sa dynamique fonctionne sur la bêtise de Kimmy, une héroïne gentille et un brin stupide. Mais au delà de la connerie marrante, Ellie Kemper (Kimmy) est un personnage lumineux et attachant dans ses maladresses, ses éclats de rire excessifs et sa gentillesse perturbante à l'égard des autres.

    Forcément, Kimmy  sautille, se pâme, gambade, guillerette, dans un paysage haut en couleurs comme elle, le sourire peint d'une oreille à l'autre. Mais la série est plus que ça.  Sans jamais épuiser, Kimmy déteint sur les autres et son innocence radieuse dépasse l'écran. Pour ça, Tina Fey sait y faire. L'équilibre toujours mené entre la béatitude caricaturale et la réjouissance. Parce qu'aussi Kimmy est entouré de personnages tout aussi concentrés dans leurs traits, des enfants new-yorkais égotistes, une patronne impossible (le bonheur de retrouver Jane Krakowski qui n'a rien perdu de ses couleurs), une propriétaire haut perchée et bourrée de principes, et surtout ce nouveau compagnon de vie, Titus Andromedon, un homosexuel hilarant et inspiré, cinglé de grimaces et de répliques mélodramatiques, une comédie indispensable à lui tout seul.

    En trois courtes saisons, la série est ainsi faite. Des personnages bien campés, attendrissants de manières et d'excès, des profils qui toujours frôlent la caricature sans jamais y succomber, embarqués dans des aventures joliment sottes, le tout contaminé par la joie de vivre de Kimmy, cette joie de vivre intacte, presque rebelle face à l'égoïsme de ceux qui l'entourent et la jugent. On retrouve là tout l'esprit caustique de 30 Rock et de l'écriture de Tina Fey, son art du décalage, mélange de références cinglantes, de cameos foutraques et de petits mots assassins sous des airs jazzy.

    Parce que 30 Rock nous avait manqué, Unbreakable Kimmy Schmidt prend la relève. Amusante, pétillante, assumée dans sa bêtise et sa fine intelligence comique.

    9/10

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  • Mum (Saison 1) La modestie du chef d'oeuvre

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    Au printemps dernier, BBC 2 a lancé la saison inaugurale de Mum. A ne pas confondre avec Mom, la sitcom de très haute volée avec Anna Faris, cette consœur anglaise est aussi époustouflante d'émotion et de scènes authentiques. Indispensable pour tout sériephile.

     

    Mum raconte la vie de la bientôt sexagénaire Cathy aux lendemains de la mort de son mari. Jeune veuve un peu désorientée, Cathy ne se retrouve pas seule. Au contraire. Son fils Jason n'a pas quitté le nid, débonnaire et naïf, il fait peu face aux évènements qui touchent sa famille et ne jure que par sa nouvelle petite-copine, Kelly, une jeune fille touchante de bêtise et de propos mal placés, un personnage haut en couleurs aussi agaçant que follement tendre. Chez Cathy, il y a aussi Derek qui rend visite de temps à autre à sa sœur, fièrement accompagné de sa nouvelle conjointe, Pauline, une femme sordide, méprisante et superficielle, ainsi que Michael, l'ami de famille depuis toujours, le type fiable, très soucieux du  bien-être de Cathy, qui, aussi, en pince gros pour elle. Toute cette joyeuse tribu tarabiscotée en tares horripilantes, en névroses folles furieuses est vue à travers les yeux de Cathy, la mère du clan. Maternelle, empathique, douée avec les autres, la comédienne Lesley Manville est incroyable de justesse et de bienveillance. Cathy aide, rassure, comprend, elle ne dicte rien, elle fait toujours avec. Ce personnage apaisant et lumineux offre à la série toute son âme, une musique terriblement profonde et humaniste.

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    Pensée par Stefan Golaszewski et Richard Laxton à qui l'on devait la série fortement récompensée Him & Her sur un jeune couple de vingtenaires paresseux et casaniers, Mum s'écarte totalement  de ces horizons gentiment indés. Pourtant, on retrouve ici  un ton décalé et un aspect volontairement conceptuel : le deuil vécu en six étapes. Six instants de la nouvelle vie de cette femme, pris au hasard après la mort lente du mari Dave. Dans son concept narratif, Mum fait penser à Another Year de Mike Leigh qui raconte sur une année, sur quatre saisons, la vie d'un couple de sexagénaires amoureux et altruistes mais fréquemment agressés par des visites impromptues, la plus fréquente étant celle de Mary jouée par la même Lesley Manville, aux antipodes de son rôle dans Mum.

    De façon générale, cette série délicieusement douce-amère a l'ADN enraciné des œuvres de Mike Leigh, Secret & Lies, film merveilleux sur l'adoption et la différence, en chef de file. Digne héritière de cette filmographie symbole de bienveillance, Mum fait œuvre de la même sobriété, la même justesse intime que le réalisateur anglais. La série montre les vices de tout un chacun, les perce à jour, les éclate à l'écran avec une cruauté véridique, et pourtant elle fouille avec une subtilité maîtresse les failles si humaines de ces gens. A l'image de la jeune Kelly insupportable d'inepties et de maladresses qui, finalement, se révèle être une femme timorée par la vie, matée par une mère moqueuse et impitoyable. Ou encore Pauline la dominatrice qui se plaît à humilier ses concitoyens pour le simple plaisir de se sentir au-dessus, finalement totalement dérobée à elle-même, désespérée par son divorce et la trahison conjugale. Mum montre ça, la solitude et la crainte de l'abandon, la peur du jugement, la vie comme une quête de sens. Parmi ces gens perdus, confus, sévèrement attachants, Cathy règne là, avec ce chagrin qu'elle tait pour demeurer la béquille des autres. Comme aucune autre, la série parle de la mort comme d'une passade soudaine dans la vie, d'une vie qui se retrouve toujours, entourée de gens malmenés par les doutes. Avec délicatesse, la série parle d'eux, les montre du doigt sans jamais les juger, les moquer, elle raconte ces petites existences qui crèvent le cœur, ces vies-là sans aucune certitude de ce qu'elles valent.

    D'une pudeur folle, Mum est un chef d'œuvre absolu.

    10/10

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  • The Jinx (Mini-Série) La poisse incroyable du criminel

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    The Jinx n'est pas une série sur un serial killer. Elle est à la fois un roman stylisé et une investigation. Un fait divers sombre, une obsession pour son réalisateur, Andrew Jarecki, menant à la récompense ultime, sur le fait. Du jamais-vu télévisuel.

     

    The Jinx, the Life and Deaths of Robert Durst, diffusée sur HBO au début de l'année 2015, est un état des lieux de l'affaire Robert Durst. Héritier richissime d'un empire immobilier new-yorkais, et personnage ultra-médiatique depuis trente ans, depuis la disparition subite, divine, de sa femme, Kathleen. Suspect idéal, lui si sévère et excentrique, coupable de déclarations discordantes, Robert s'en tire faute de preuves. Il disparaît. On le retrouve des années plus tard. Affublé de perruques, reclus dans un appartement modeste, Robert devient une femme silencieuse. De cette histoire, Andrew Jarecki réalise un long-métrage, All Good Things avec Ryan Gosling et Kirsten Dunst. Un film éloquent mais qui laisse le doute.

    Aujourd'hui, The Jinx va plus loin. Parce que l'histoire se répète. Robert Durst est retrouvé, une nouvelle fois suspect pour le meurtre et le démembrement de Morris Black, son voisin de palier qui en saurait trop. On l'arrête, mais il s'enfuit. On le retrouve encore, cette fois méconnaissable, crâne blanc pâle et sourcils rasés, dans un supermarché où le riche héritier commet l'erreur de voler à l'arrachée un sandwich à six dollars. Comme une tentative de défier le destin. Devant la justice, Robert Durst reconnaît la découpe du corps. Le démembrement de sang-froid et la jetée des sacs dans la baie de Galveston.. Mais par la force d'une plaidoirie miraculeuse, il est acquitté. Pour légitime défense. L'absurde éclate.

    En 2000, l'enquête sur la disparition de Kathleen Durst revoit le jour, par la main d'une Procureur impavide qui promet de nouveaux éléments. Notamment le témoignage de Susan Berman, fille de gangster mafieux, auteur sans sou de polars et  la meilleure amie de Robert depuis leur plus jeune âge, Robert qui l'épaule financièrement, à coup de chèques et de lettres laconiques. Juste après l'ouverture de l'enquête, l'amie est tuée. Une balle dans la nuque.

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    Robert Durst est-il un criminel hors catégorie ou l'homme le plus malchanceux de la terre ? Pour répondre, The Jinx n'est pas qu'un assemblage de fait divers manichéens. Par sa dramaturgie, elle est une enquête, un dilemme journalistique, une fouille sur la nature humaine, un roman sombre et tortueux, à l'image de son héros. Ce qu'ici on saisit de lui, mais ce qui nous échappe toujours, Robert Durst, étrange et bizarre, froid, sous contrôle, le regard implacable, parfois attendrissant, férocement rusé mais toujours imprenable, malgré la vieillesse qui le ronge. Comme un monstre de littérature, une créature difforme, Robert n'est pas un homme comme tout le monde. Plus intelligent, plus esseulé, blessé par une enfance tragique, le suicide de sa mère sous ses yeux, délaissée par une famille complexe et taiseuse, désormais accompagné d'une nouvelle épouse aux traits nébuleux. Comme lui.

    Fascinante dans son récit cinglé, au générique majestueux et théâtral, la série repose sur les zones d'ombres et les paroles d'experts, des proches touchants, et de Robert lui-même qui pose devant la caméra, qui se raconte, qui retrouve New-York, l'empire, la maison du frère ennemi, lui, ce maudit rejeton de famille.

    Durant ces heures de reconstitution, où le fil renoue le chas de chaque énigme dans la vie de Robert, la série passionne, brille dans sa reconstitution et son incroyable coup de théâtre final, surgissant du passé. Cette conclusion inespérée, triste et aberrante, où la vieillesse et la vérité se rejoignent enfin, trahissant, révélant en hors-champ, dans les toilettes d'un hôtel, prenant le téléspectateur à témoin, comme un piège tendu au prédateur éternellement malchanceux. Un spectacle d'une intensité extraordinaire.

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    10/10

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  • Veep (S1-5) La vice-présidence américaine déglinguée

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    Dans la lignée des séries politiques qui ont contribué à la culture sérielle depuis The West Wing, Veep est devenu en quelques années la référence absolue. Retour sur une série aussi cruelle que prodigieuse.

     

    Veep raconte le quotidien de la vice-présidente des Etats-Unis, Selina Meyer et celui de son staff qui l'entoure, à quelques pas du bureau oval où les vraies décisions se jouent. Centrer sa série sur un outsider politique, un vrai second, qui plus est incarné par une femme, était un concept ambitieux, profondément inspiré. Au cours de plusieurs saisons mouvementées où Selina Meyer prend du grade pour en perdre très vite, cette petite série politisée prouve sa grande capacité narrative et des rebondissements comiques de taille.

    Veep doit beaucoup à sa vice-présidente, Julia-Louis Dreyfus. Entre Seinfeld et The New Adventures of Old Christine, et des clins d'oeil dans Curb Your Enthusiasm, Julia-Louis Dreyfus est devenue l'une des plus grandes, si ce n'est la meilleure de toutes. Après avoir joué Old Christine, cette quadragénaire alcoolique pendant cinq années affriolantes, Julia-Louis Dreyfus s'attaque à un rôle plus tranché. Dans Veep, elle incarne une femme de poigne, autoritaire et haute en couleurs, méchamment égoïste et triviale, un personnage médiatique tristement maudit et irrésistiblement comique, grâce aux moues implacables de Dreyfus et son sens intense de l'autodérision.

     

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    Entre les contradictions et les postures politiques, entre les caprices d'une femme imprévisible, les protocoles superflus et un agenda foutraque , Veep voit la politique par le prisme de l'anecdote, au milieu des brancards et des joueurs de football, un peu comme Parks and Recreation au niveau municipal. Autant ruelle polluée que siège à la cour, grands dîners mondains et malversations de couloirs, Veep s'amuse à raconter les séances professionnelles d'une vice-présidente perfectionniste qui se retrouve coincée à broder devant des bancs d'écolier ou en séance dégustation de yaourt glacé. La série s'amuse alors à jouer et déjouer les enjeux politiques, Veep prenant toujours un malin plaisir à rompre l'intensité qui incombe au rôle de cette figure politique, en lui imposant des trajectoires perdues d'avance et des tâches peu reluisantes. Elle offre ainsi ce grain d'humour noir et gênant, à la fois fait de situations embarrassantes et d'acharnement antihéros à la The Office, à l'égard surtout de cette femme politique maladroite et tyrannique qui mérite ce traitement corrosif.

    Pour autant, la série cerne la question épineuse de la négociation politique du dessous de table, du ragot, de la pression politique, au travers de l'apparence (the crying game) et de l'entourage épuisé de la protagoniste (dont Tony Hale et Amy Brookheimer) qui malgré ses bourdes et son verbe haut, se démène pour garder le cap. La série entretient cette dynamique du mode de vie politique à tout épreuve, en soignant ses scènes, en calibrant ses répliques, en faisant toujours primer l'humour au contexte.

     

    Veep est une série haute en couleurs. Grâce à Julia-Louis Dreyfus qui règne en maître, la série de HBO conte avec une belle cruauté comique ce quotidien politique aussi bancal que désoeuvré. 

    9/10

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  • Broad City (Saison 2) La débrouille sans fard

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    Elles s'appellent Ilana et Abbi. Avec Lena Dunham et Amy Schumer, elles sont les new-yorkaises les plus hilarantes du moment. Et peut-être de l'histoire.

     

    Ilana et Abbi sont amies. Amies depuis presque dix ans, depuis leurs classes de théâtre. De leurs mains, elles ont crée Broad City, une websérie qui, grâce à Amy Poehler, s'est vue lancer sur Comédie Central. Ilana et Abbi font de la comédie homemade. Une comédie do it yourself, mélange de punchlines féministes, blagues de "juives", beuveries, clins d'oeil crados, et déliriums psychédéliques.

    Broad City n'est pas ambitieuse. Filmer le quotidien foutraque de deux jeunes femmes qui le sont tout autant. Ilana et Abbi jouent leur propre rôle, à peu de choses près. L'une est illustratrice, femme de ménage dans un club de sport pour vivre, elle vit en colocation avec une fille toujours absente mais dont le petit-ami, un type adipeux et paresseux, squatte constamment le canapé. L'autre glande dans une start-up, elle enchaîne aussi les gagne-pains tranquilles (dog-sitter, ouvreuse). Elle fréquente un dentiste flegmatique et en pince un peu pour sa copine. Ilana et Abbie ne mènent pas la belle vie mais l'enjolivent. Elles fument des joints, manquent d'argent et se créent des missions. Récupérer un climatiseur ou un colis au fond de New York. Acheter en douce un gode-michet. Assister à un mariage de chiens. S'incruster à une rooftop party.  Mendier dans la rue en vendant des dessins ou en improvisant une danse.

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    En une vingtaine d'épisodes, Ilana et Abbi prouvent qu'elles peuvent, elles aussi, jouer aux garçons. Improviser une série de buddies, une série subtilement crétine où la féminité remplace ce viril inspiré à la Workaholics. Elles montrent ça, Ilana et Abby, que les femmes aussi peuvent jouer aux idiotes, à l'aventure qui va trop loin, où l'on trace son téléphone dans New-York, se casse un membre, s'humilie devant un rencard, où l'on s'oblige à jouer les domestiques à demi-nu pour un pervers. Au delà d'une belle stupidité, ces deux amies sont cools. Sans essayer de l'être. Leur humour est brutal, fusionnel, souvent sexuel, un humour parfois plus subtil sur la vie quotidienne à New-York, sur ses gens, sa culture, ses cinémas, ses restaurants, sur la débrouille à coup de coupons Bed Bath and Beyond.

    Mais ce qui transcende Broad City, c'est la vivacité, l'énergie, l'authentique de ces deux amies auteurs qui écrivent ce qui les amuse. Elles éblouissent par leurs envies franches. Parce qu'Ilana et Abbi ne craignent ni rien ni personne. Elles font ce qu'elles veulent. Elles assument tout, leur indépendance, leur manque de maturité. Elles n'essaient pas d'évoluer, de devenir responsables. Elles savent qu'à New York, parmi les vieilles dames folles, les bourgeois sous antidépresseurs, les commerçants véreux, les faux diplômés ou les faux branchés, il y a forcément pire qu'elles.

     

    9/10

     

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  • Love (Saisons 1 et 2) Amour et égarements

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    Love est une série aussi simple que son titre. Une histoire d'amour entre deux personnages que tout oppose. Son plus ? L'esprit Judd Apatow.

     

    On en attendait beaucoup de Love, la troisième comédie de Netflix qui continue son succès auprès de l'hilarant Kimmy Schmidt et l'intelligent Master of None. Après Tina Fey et Aziz Ansari, il faut à Netflix une pointure comme Judd Apatow. Le cinéaste est ici accompagné de Paul Rust (et sa femme, Lesley Arfin), ensemble ils racontent l'histoire entre Mickey, une programmatrice de radio désabusée, aux addictions alcooliques et sexuelles, et Gus, un professeur particulier d'une jeune actrice de série télé, un type riche en bonhomie, drôle et maladroit, passionné par les bandes originales de films qui n'en ont pas et que lui compose avec sa bande de copains, tout aussi dork que lui.

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    La série reprend là où Hello Ladies s'était malheureusement arrêtée sur HBO. Quand le célibataire ringard parvient enfin à conquérir la jeune fille populaire. Sauf qu'entre Hello Ladies et Love, il y a un monde. Pas de cruauté chez Love, de cynisme féroce, de désenchantement acharné. Seulement cette peur tenace de l'engagement.

    Ici, dans les rues de Los Angeles, tout est vif et sincère. De ces deux personnages qui ne s'aiment pas au même moment, Mickey qui s'indiffère de ce pauvre type, Gus qui s'accroche, qui accepte de sortir avec la colocataire candide, qui arrive toujours trop tôt aux rendez-vous donnés, qui abîme toujours plus son amour-propre. Et puis tout à coup l'inverse. La redistribution des rôles. C'est ce qu'il y a de plus beau dans Love, cette façon d'être dans les deux camps, cette quête impossible et désavouée de la relation amoureuse, quand l'autre n'est plus là. Quand l'intensité disparaît sous terre. Mickey (Gillian Jacobs, tout aussi sarcastique que dans Community, l'air froncé et le fond tragique en plus) méprise de façon détestable Gus, elle a un réseau, une popularité intouchable, une façon de se frayer un chemin, de s'engueuler avec n'importe qui, de se moquer du premier venu et, pourtant, tout bascule sous nos yeux.

    Après des débuts assez indigents, Love a réussi à mener son rythme. Ses personnages s'étoffent au fil des épisodes, le gentil garçon moche prend de l'ampleur, un peu d'égo, du caractère et beaucoup de dérision, tandis que la belle montre sa fragilité. Si parfois la série s'encombre d'historiettes et de personnages inutiles (les collègues ou les voisins complètement ratés), la série excelle dans l'art du personnage principal. Ses deux héros sont des individus aussi ordinaires qu'imprévisibles. Leur ambivalence s'accroche avec allure au style Apatow dont la musique est sans cesse désillusionnée et mélancolique.

    D'une saison à l'autre, Love décrit ainsi cette histoire tumultueuse qui se construit, se perd, se retrouve, entre des rendez-vous vains, des personnages en double-file, des occasions manquées et puis quelque fois, cette promesse au loin. L'ensemble n'a pas la profondeur des meilleurs épisodes de Girls ni l'ambition comique d'Hello Ladies mais elle reste une dramédie habile aux personnages sincères. Ces héros gentiment banals, en proie à la solitude, festonnés de failles, de démons intérieurs et de carences affectives. On les soutient et on les juge, parce qu'ils nous ressemblent.

    8/10

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  • The Good Fight (Saison 1) L’art exquis du spin-off

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    Quand on parle de spin-off, on pense à une suite de ratages industriels produits par des chaînes en manque d’idée, qui prolongent, étirent, rebootent même, mais ne créent plus. Dans cette mer de mauvais choix, The Good Fight brille par sa singularité.

     

    Dérivé de la sublimissime The Good Wife, The Good Fight est un spin-off cas d’école. Au delà d’une paronomase bien trouvée, la série-fille hérite amplement des traits de la série-mère. On oublie  l’héroïne Alicia, son clan, ses obsessions pour offrir la part belle à Diane, l’associée charismatique du cabinet juridique. Le reste est là, identique ou presque. La réalisation inspirée, la qualité d’écriture, l’art minutieux du personnage.

    La série débute début 2017. Au moment du discours d’investiture de Donald Trump. Diane est seule, face à sa télévision, dans un vaste appartement plongé dans l’obscurité. Elle écoute les mots répétés du nouveau président américain, la mine défaite, sans un mot. Puis elle se lève. Elle éteint tout. Cette introduction est une image. Diane est prête à changer de vie. Elle part en Provence acheter une villa en vue de sa retraite anticipée. Elle investit, informe sa firme de son départ, organise une soirée d’adieu. Elle passe même le relai à sa filleule chérie, Maia, riche héritière du clan Rindell, qui, fraichement diplômée du barreau, rejoint le grand cabinet de The Good Wife, Lockhart & Gardner. Ici rien n’a changé. Le mauvais caractère de David Lee, la bizarrerie du vieux Lyman. Tout, à l’exception d’une dizaine d’associés et du nom à rallonge de la société. Diane a réussi à créer un empire. Elle s’apprête à le quitter mais un scandale financier éclate. Elle perd tout. Son meilleur ami, le père de Maia, est poursuivi pour être l’auteur d’une immense chaîne Ponzi, à la Madoff. Elle est seule, lâchée par ses pairs et son entourage. Diane doit recommencer. Rester dans la loi.

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    L’introduction de The Good Fight est doublement grandiose. Toujours chez Robert et Michelle King, on retrouve cette intelligence au cordeau, sans esbroufe, aux antipodes du babillage rasoir de la prêtresse Shonda Rhimes. Comme The Good Wife et Braindead, The Good Fight montre tout plutôt qu’elle ne dit. Elle ne souligne rien, elle excelle dans l’art du personnage. Vite oubliés les pontes de The Good Wife, les protagonistes ici sont aussi remarquables, toujours forts, authentiques, jamais manichéens, comme Maia (Rose Leslie, bien plus épatante que Game of Thrones) ou encore Lucca, l’ex-stagiaire charismatique de Diane.

    En deux heures, The Good Fight montre son habileté à repartir de zéro, à créer un nouvel univers, pourtant inextricablement lié à son modèle passé. Ici, les anciens personnages errent comme des fantômes, on les évoque comme des souvenirs, ils existent, ils ne sont pas des créations. The Good Fight brille par sa confrontation avec le réel. Une entrée en matière hyperréaliste, où le fond est mené, malmené, tambour battant, par la misère et la méfiance qui règne, les extrémismes qui gagnent, les crises communautés. La fin de l’insouciance. Diane se retrouve comme Alicia, aux grands débuts de The Good Wife. Elle recommence. Elle doit faire face à un milieu qu’elle ne connaît pas (une firme d’avocats afro-américains).

    Plus engagée encore, The Good Fight s’exprime aussi par un féminisme  exquis, une tête d’affiche de trois femmes puissantes, d’origine et d’âge différents, unique dans l’industrie des séries. Et cette élégance, toujours. Le style King que l’on devine à chaque air, chaque mouvement étudié de caméra, dans un raffinement total. A commencer par ce générique frappant. Une séquence pendant deux longues minutes durant laquelle des objets éclatent, explosent, finissent en mille morceaux sur des notes belliqueuses, à l’image du monde. C’est en cela que The Good Fight est magnifique, comme la série-mère. Elle démontre sa maîtrise haletante, son énergie implacable, son scénario si ficelé qu’il prouve une bonne fois pour toutes qu’un spin-off peut être une idée de génie. Plus qu’une idée, une série immanquable.

    10/10

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  • The Girlfriend Experience (S1) Celle que vous croyez

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    Après la très attendue et tout aussi décevante Flesh & Bones, Starz, souvent habituée des productions ratées, lance sa nouvelle série, The Girlfriend Experience. Adaptée du film éponyme de Soderbergh avec l'ex-actrice porno, Sacha Grey, la série pourrait être enfin la relève charismatique tant souhaitée.

     

    C'est l'histoire la plus vieille du monde, son métier bien entendu aussi, passé entre les mains perverses de tous ; de Balzac, Zola à Despentes ou Palanhiuk en passant par les écrans, de Jeune & Jolies d'Ozon à The Secret Diary of a Call Girl avec Billie Piper. La prostituée revient attirer les foules, avec son lot de mystère imprenable, de charisme et de sensualité intime. Dans The Girlfriend Experience, elle s'appelle Christine.

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    A l'image de Jeune & Jolie, Marina Vacht aussi fantastique qu'impérieuse, la série repose sur les traits intrigants de son héroïne, vamp idéale, joli minois et plastique infaillible, yeux de biche et chevelure aguicheuse. Plus qu'un physique, la jeune fille est un mystère, étudiante en droit plutôt douée, employée d'une grosse boîte juridique de Chicago, endettée par ses prêts étudiants, attirée par l'idée de la prostitution qu'elle fantasme de façon romantique et branchée. Indépendante, dont la froideur est palpable, Christine Reade, jouée par Riley Keough, petite fille d'Elvis Presley, est une fille contradictoire. Jeune fille de trempe, libre et rude, pratiquant une sexualité décomplexée, souvent anonyme, Christine cherche pourtant la soumission, ce jeu de pouvoir infime qui se niche dans chaque rapport à l'autre, soucieuse de plaire, de répéter les bonnes phrases aux bonnes personnes, dictée par son amie qu'elle croit, elle, sur paroles. Epoustouflée par le monde des affaires, les figures de poigne, Christine va accepter de basculer dans un monde assommant de cruauté dirigée par la main -perverse, encore- de l'homme. Ce qui lui plaît, à Christine, c'est de pouvoir gravir les échelons, gagner en stature, en poids. Très peu une question d'argent, bien que cela contribue au confort et au nouvel appartement spacieux en plein Chicago, mais une façon cynique et désabusée de se faire confiance parmi les requins afin de pouvoir un jour, elle aussi, jouer aux grands prédateurs.

    Dans un style aussi sec que froid, The Girlfriend Experience est une immersion pure dans une société ultramécanisée, ultradétachée, dominée par la hiérarchie et l'appât du gain où chacun tente de faire sa place, de grignoter du capital. La narration est aussi dénouée, lente que son héroïne, désabusée et chancelante, dont l'ambiance implacable rappelle les meilleurs romans de Bret Easton Ellis. Aussi contemplative que son héroïne, la série ne juge pas, ne condamne jamais son héroïne qui ne fait qu'écouter les autres, ses clients, noter qui ils sont sur des fiches mémos d'Iphone. La série fait la même chose, manifeste dans son goût pour l'épure et de sa liberté créative. Comme un soutien, la série, jamais racoleuse, jamais sous ou surécrite, tient son personnage féminin comme une cheville dans ses choix périlleux, ses dérives, ses laissez-passer, elle la suit perpétuellement à quelques mètres, derrière elle, toujours, dans ses couloirs d'hôtels indissociables, sans visage, sans empreinte, où Christine suit des inconnus, montée sur ses talons de luxe.

    9/10

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