Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.









03/05/2015

Le bureau des légendes (Saison 1) L'espion sobre

le bureau des légendes,mathieu kassovitz,lea drucker,eric rochant,jean pierre darroussin

Nouvelle création pour Canal + qui, enfin, mise du côté des séries paranoïaques à la Homeland. Pas de CIA ici, ou presque, mais la DGSE, service de renseignement extérieur français. Moins glamour aux premiers abords, et pourtant passionnant.

 

A la DGSE, on les appelle les légendes. Des agents du renseignement. Des espions. Des clandestins, comme le héros, Mathieu Kassovitz, alias Guillaume Debailly, alias Paul Lefebvre, alias Malotru. Beaucoup d'alias pour un homme sous couverture, planqué en Syrie, à Damas depuis six ans, à jouer les professeurs de français agrégé et arabophones (le tout en une formation éclair d'un an), chargé en douce de recruter et de tisser un réseau de sources.

La série démarre à la fin de la mission. Lorsque Malotru, exemple de nom trivial donné aux agents de la DGSE (dans la fiction comme dans la vie), rentre à Paris, serein, mais le cœur encore amoureux. La série part d'un postulat pragmatique, terriblement efficace : capter le quotidien de l'espion, entre préparatifs et contrecoups, cette hypervigilance aigüe selon la psy du service (Lea Drucker, très juste).

Au delà du retour prodigue du héros, la série se déploie sur plusieurs intrigues fils-rouges : la disparition soudaine en Algérie d'un collègue en mission, Cyclone, et les préparatifs rigoureux d'une nouvelle recrue, Marina (Sara Giraudeau) chargée d'infiltrer un prestigieux service de sismologie en Iran. Des histoires à tiroirs donc, à peine mélo lorsque le héros renoue avec sa maîtresse syrienne, mais sans cesse menées avec rigueur et suspicion, avec un sens du détail inouï, une précision et une sobriété qui donne à la série toute son ampleur, toute son apparente réalité. En cela, la série a du cran, elle sait manier la tension d'une action secrète au jeu plus silencieux de la paranoïa, jusqu'au bout, en accumulant les rebondissements solides.

le bureau des légendes,mathieu kassovitz,lea drucker,eric rochant,jean pierre darroussin

Sur le papier, le Bureau des Légendes avait des airs de ratage. Une vitrine superficielle et romantique sur la vie des espions, mais grâce à l'écriture ciselée d'Eric Rochant, le showrunner (Möbius, Mafiosa) et d'Emmanuel Bourdieu (scénariste des films de Desplechin), la série sonde avec finesse cet univers sans faire de zèle. Ici, pas d'espion à gros bras, de répliques manichéennes,  les espions sont surnommés Mémé, ils conduisent des Clio, ou des camions poubelle, et ressemblent à ce voisin sosie de Jean-Pierre Darroussin.

Au delà d'intrigues parfaitement exécutées, la réussite de cette série réside ici en ce quotidien parfaitement réaliste. Ces étages ordinaires, cafétéria d'entreprise et chaises de bureau bas de gamme, ces filatures malines, sans crissements de pneus, et surtout, toutes ces astuces d'espions jamais vus, artifices ingénieux, phases de test, mensonges à double-jeu, manœuvres habiles et originales, propices au sortilège cinématographique, même dans cette ère où pullulent les séries d'espion roublardes.

 

Au bureau des légendes, les recrues captivent par leur quotidien monocorde. Et la série, par son aisance à raconter de grands récits, minutieux et pragmatiques. Moins Homeland que la géniale et inédite The Honourable Woman.

9/10

le bureau des légendes,mathieu kassovitz,lea drucker,eric rochant,jean pierre darroussin

29/04/2015

Broad City (Saison 2) La débrouille sans fard

broad city,saison 2,amy poehler,comedy central,ilana glazer,abbi jacobson

Elles s'appellent Ilana et Abbi. Avec Lena Dunham et Amy Schumer, elles sont les new-yorkaises les plus hilarantes du moment. Et peut-être de l'histoire.

 

Ilana et Abbi sont amies. Amies depuis presque dix ans, depuis leurs classes de théâtre. De leurs mains, elles ont crée Broad City, une websérie qui, grâce à Amy Poehler, s'est vue lancer sur Comédie Central. Ilana et Abbi font de la comédie homemade. Une comédie do it yourself, mélange de punchlines féministes, blagues de "juives", beuveries, clins d'oeil crados, et déliriums psychédéliques.

Broad City n'est pas ambitieuse. Filmer le quotidien foutraque de deux jeunes femmes qui le sont tout autant. Ilana et Abbi jouent leur propre rôle, à peu de choses près. L'une est illustratrice, femme de ménage dans un club de sport pour vivre, elle vit en colocation avec une fille toujours absente mais dont le petit-ami, un type adipeux et paresseux, squatte constamment le canapé. L'autre glande dans une start-up, elle enchaîne aussi les gagne-pains tranquilles (dog-sitter, ouvreuse). Elle fréquente un dentiste flegmatique et en pince un peu pour sa copine. Ilana et Abbie ne mènent pas la belle vie mais l'enjolivent. Elles fument des joints, manquent d'argent et se créent des missions. Récupérer un climatiseur ou un colis au fond de New York. Acheter en douce un gode-michet. Assister à un mariage de chiens. S'incruster à une rooftop party.  Mendier dans la rue en vendant des dessins ou en improvisant une danse.

broad city,saison 2,amy poehler,comedy central,ilana glazer,abbi jacobson

 

En une vingtaine d'épisodes, Ilana et Abbi prouvent qu'elles peuvent, elles aussi, jouer aux garçons. Improviser une série de buddies, une série subtilement crétine où la féminité remplace ce viril inspiré à la Workaholics. Elles montrent ça, Ilana et Abby, que les femmes aussi peuvent jouer aux idiotes, à l'aventure qui va trop loin, où l'on trace son téléphone dans New-York, se casse un membre, s'humilie devant un rencard, où l'on s'oblige à jouer les domestiques à demi-nu pour un pervers. Au delà d'une belle stupidité, ces deux amies sont cools. Sans essayer de l'être. Leur humour est brutal, fusionnel, souvent sexuel, un humour parfois plus subtil sur la vie quotidienne à New-York, sur ses gens, sa culture, ses cinémas, ses restaurants, sur la débrouille à coup de coupons Bed Bath and Beyond.

Mais ce qui transcende Broad City, c'est la vivacité, l'énergie, l'authentique de ces deux amies auteurs qui écrivent ce qui les amuse. Elles éblouissent par leurs envies franches. Parce qu'Ilana et Abbi ne craignent ni rien ni personne. Elles font ce qu'elles veulent. Elles assument tout, leur indépendance, leur manque de maturité. Elles n'essaient pas d'évoluer, de devenir responsables. Elles savent qu'à New York, parmi les vieilles dames folles, les bourgeois sous antidépresseurs, les commerçants véreux, les faux diplômés ou les faux branchés, il y a forcément pire qu'elles.

 

9/10

 

broad city,saison 2,amy poehler,comedy central,ilana glazer,abbi jacobson

11/04/2015

Daredevil (Saison 1) L'ennui du super-héros

daredevil,charlie cox,netflix,marvel,vincent d'onofrio,rosario dawson

En choisissant de faire renaître Daredevil, Netflix réalise un gros coup. L'espoir de fédérer les fans des franchises Marvel, de ceux qui n'aiment ni les séries carcérales ni les séries politiques. Malheureusement là, les autres abonnés pourraient trouver le temps long.

 

Daredevil est une marque connue, surtout distinguée par l'échec en 2003 du film avec Ben Affleck. La série promettait de rectifier le tir. Et elle y met du sien. Plus de rythme, de noirceur, de précision incarnée par un casting plutôt bon, en tête, Charlie Cox dans le rôle titre de l'avocat aveugle et justicier. Pourtant rien n'y fait.

Daredevil est coupable de ses résolutions. De sa pertinence policée, de sa sagesse lancinante qui parcourt chaque épisode, faisant de ce binge-watching un marathon souffreteux. La série essaie de bien faire, elle réussit ses scènes de divertissement, lorsque Matt Murdock, allure branchée, lunettes rouge teintée et serties d'argent, cabotine gentiment avec son associé, Foggy, et leur secrétaire (Deborak Ann Woll, toujours pimpante depuis True Blood). La série plaît aussi quand ses épisodes se nouent entre eux, évitant de près ou loin la production à formules qui bouche les trous narratifs. Daredevil agit comme une bonne élève. Consciencieuse, visuelle, mais profondément insipide.

daredevil,charlie cox,netflix,marvel,vincent d'onofrio,rosario dawson

Après quelques épisodes ennuyeux sur l'enfance du héros, son accident, son père boxeur, la série démarre au troisième épisode, à la présentation du grand méchant, Fisk (Vincent D'Onofrio), un magnat voulant posséder Hell's Kitchen. Le moment enfin de cristalliser les passions. Mais le vilain, comme le reste, peine à convaincre. Ce mafieux romantique et collectionneur d'art, trop proche des grands monstres sensibles façon Hannibal Lecter, trop facile, trop attendu aussi dans son jeu massif, simplement massif. A l'image de la série, simplifiée à l'envi dans ses historiettes, sa corruption policière, ses clans d'immigrés, sa violence, lisible à des kilomètres, incohérente aussi parfois, dont les liens surfaits et évidents entre les personnages irritent souvent.

Pas assez manichéenne pour exalter ou un peu trop pour intriguer. La série ne choisit jamais. Le résultat manque d'une voix, les bagarres sont des bagarres. Les russes et les chinois se comportent comme des russes et des chinois. Les sidekicks comme des sidekicks. Les filtres grisâtres ont beau obscurcir l'image, la rendre cinématographique pour la distinguer des productions publiques à la Arrow, cela reste trop vain. Parce que la série manque avant tout de chair. D'intensité. D'une tragédie qui par-dessous le sol viendrait nourrir l'ambiance, la ville et les personnages. La série se voudrait une âme à la Dark Knight, une inspiration malade, propice à tourmenter les esprits, profondément humaine. Mais trop prudente, trop balisée, dénuée de toute ampleur, la série se réduit elle-même.

 

Avec Daredevil, on espérait une modernité, une série habitée, majestueuse, comme un bel opéra. A l'inverse, elle n'est qu'un saga vaine, à peine indulgente.

3/10

daredevil,charlie cox,netflix,marvel,vincent d'onofrio,rosario dawson

09/04/2015

The Jinx (Mini-Série) L'incroyable poisse du criminel

The Jinx,série,Robert Durst,HBO,Andrew Jarecki,Kathleen Durst

     The Jinx n'est pas une série sur un serial killer. Elle est à la fois un roman stylisé et une investigation. Un fait divers sombre, une obsession pour son réalisateur, Andrew Jarecki, menant à la récompense ultime, sur le fait. Du jamais-vu télévisuel.

 

       The Jinx, the Life and Deaths of Robert Durst, diffusée sur HBO au début de l'année 2015, est un état des lieux de l'affaire Robert Durst. Héritier richissime d'un empire immobilier new-yorkais, et personnage ultra-médiatique depuis trente ans, depuis la disparition subite, divine, de sa femme, Kathleen. Suspect idéal, lui si sévère et excentrique, coupable de déclarations discordantes, Robert s'en tire faute de preuves. Il disparaît. On le retrouve des années plus tard. Affublé de perruques, reclus dans un appartement modeste, Robert devient une femme silencieuse. De cette histoire, Andrew Jarecki réalise un long-métrage, All Good Things avec Ryan Gosling et Kirsten Dunst. Un film éloquent mais qui laisse le doute.

       Aujourd'hui, The Jinx va plus loin. Parce que l'histoire se répète. Robert Durst est retrouvé, une nouvelle fois suspect pour le meurtre et le démembrement de Morris Black, son voisin de palier qui en saurait trop. On l'arrête, mais il s'enfuit. On le retrouve encore, cette fois méconnaissable, crâne blanc pâle et sourcils rasés, dans un supermarché où le riche héritier commet l'erreur de voler à l'arrachée un sandwich à six dollars. Comme une tentative de défier le destin. Devant la justice, Robert Durst reconnaît la découpe du corps. Le démembrement de sang-froid et la jetée des sacs dans la baie de Galveston.. Mais par la force d'une plaidoirie miraculeuse, il est acquitté. Pour légitime défense. L'absurde éclate.

       En 2000, l'enquête sur la disparition de Kathleen Durst revoit le jour, par la main d'une Procureur impavide qui promet de nouveaux éléments. Notamment le témoignage de Susan Berman, fille de gangster mafieux, auteur sans sou de polars et  la meilleure amie de Robert depuis leur plus jeune âge, Robert qui l'épaule financièrement, à coup de chèques et de lettres laconiques. Juste après l'ouverture de l'enquête, l'amie est tuée. Une balle dans la nuque.

The Jinx,série,Robert Durst,HBO,Andrew Jarecki,Kathleen Durst

      Robert Durst est-il un criminel hors catégorie ou l'homme le plus malchanceux de la terre ?

     Pour répondre, The Jinx n'est pas qu'un assemblage de fait divers manichéens. Par sa dramaturgie, elle est une enquête, un dilemme journalistique, une fouille sur la nature humaine, un roman sombre et tortueux, à l'image de son héros. Ce qu'ici on saisit de lui, mais ce qui nous échappe toujours, Robert Durst, étrange et bizarre, froid, sous contrôle, le regard implacable, parfois attendrissant, férocement rusé mais toujours imprenable, malgré la vieillesse qui le ronge. Comme un monstre de littérature, une créature difforme, Robert n'est pas un homme comme tout le monde. Plus intelligent, plus esseulé, blessé par une enfance tragique, le suicide de sa mère sous ses yeux, délaissée par une famille complexe et taiseuse, désormais accompagné d'une nouvelle épouse aux traits nébuleux. Comme lui.

    Fascinante dans son récit cinglé, au générique majestueux et théâtral, la série repose sur les zones d'ombres et les paroles d'experts, des proches touchants, et de Robert lui-même qui pose devant la caméra, qui se raconte, qui retrouve New-York, l'empire, la maison du frère ennemi, lui, ce maudit rejeton de famille.

      Durant ces heures de reconstitution, où le fil renoue le chas de chaque énigme dans la vie de Robert, la série passionne, brille dans sa reconstitution et son incroyable coup de théâtre final, surgissant du passé. Cette conclusion inespérée, triste et aberrante, où la vieillesse et la vérité se rejoignent enfin, trahissant, révélant en hors-champ, dans les toilettes d'un hôtel, prenant le téléspectateur à témoin, comme un piège tendu au prédateur éternellement malchanceux. Un spectacle d'une intensité extraordinaire.

The Jinx,série,Robert Durst,HBO,Andrew Jarecki,Kathleen Durst

10/10

07/04/2015

Orange is the new black (Saison 1&2) L'avant et l'après

orange is the new black,critique,weeds,jenji kohan

Pile un an après l'arrêt de Weeds sur Showtime, Jenji Kohan, la folle showrunner à lunettes pointues, voit l'avenir derrière les barreaux, dans une série carcérale mélodramatique, diffusée sur Netflix, la nouvelle référence sérielle depuis House of Cards. Après la fumette, une nouvelle façon de passer l'été.

 

Dans cette prison du Connecticut, les femmes purgent leur peine dans un esprit collaboratif. Ici, pas de viol, de corruption majeure, d'ambiance à la Emerald City, cette nouvelle série n'a rien d'un Oz au féminin (l'un des surveillants-chefs le dit au cours du pilot). Au même titre que Weeds n'était pas The Wire.

Toujours avec les créations de Jenji Kohan, le décor de fond ne définit pas les thématiques, la série préférant se focaliser sur les détails d'une vie enfermée, de l'organisation du groupe, des traversées de chacune. Dans cette ambiance, le quotidien bouleversé de Piper Chapman (la révélation Taylor Schilling, plus mignonne qu'un dessin animé). Une jeune femme qui à quelques mois de son mariage se fait rattraper par son passé et se voit condamnée à une année de prison pour complicité de traffic de drogue. Apparemment, tirée d'une histoire vraie (le roman de Piper Kerman Orange is the new black : My year in a woman prison).

L'étrange monde d'Orange is the new black est ainsi vu à travers les yeux de cette jeune femme d'apparence sans histoires, que tout le monde ici appelle college (elle sait aligner quelques mots). Près d'elle, on aurait pu croiser Nancy Botwin, la dealeuse de banlieue à qui finalement tout sourit, mais Jenji Kohan a préféré se débarrasser des oripeaux pour dessiner de nouveaux visages. Des femmes de trempe.

Et c'est la plus grande réussite de cette série. Une quinzaine de personnages féminins gravitent dans ce huit-clos grisâtre, avec chacune, une trajectoire, un passé, une fantaisie, une différence. En deux saisons, deux mystères, la série traverse, relie, découd ces trajectoires avec un sens du détail et une envergure implacable. A la façon de Six Feet Under, chaque épisode raconte le passage à l'acte d'une détenue. Une variété de scénars parfois légers, ironiques, dramatiques, qui humanisent ces détenues, qui les expliquent, les conditionnent aussi. Si l'on pense d'abord que l'ensemble est trop inoffensif, la série montre son intensité à chaque milieu de saison, entre guerre de gangs et tensions familiales. La série n'est pas un portrait, elle dépeint le décor d'une prison à sécurité minimale où la liberté et le travail sont offerts à la grappe carcérale, et où le conditionnement et la lucidité effleurent parfois le sujet social.

orange is the new black,critique,weeds,jenji kohan

 

A l'image du générique écrit et interprété par Regina Spektor dans lequel des regards, des bouches, des mains de femmes américaines détenues défilent en vitesse rapide, la série est une ode au temps, une façon de mettre en jours, en minutes et en souvenirs la vie carcérale, où la trivialité et le grotesque côtoie le dur et le noir.

La faiblesse, l'hygiène, l'influence, le changement de genre, l'homosexualité, l'intimité, l'extérieur, la survie, la croyance sont autant de thématiques exposées, reliées, montées de façon brusque dans chaque épisode, et travaillées au corps par la série comme des petits prismes permettant de comprendre ces femmes et leur condition. A travers ces femmes organisées en clans, surtout raciaux -les afros, les latinos, les séniors, les chrétiennes et les blanches menées d'une main de fer par Red, la série offre une tapisserie à motifs farfelus. Un répertoire de témoignages d'écorchées vives, de Doggett,  la chrétienne investie d'une mission évangélisatrice à la petite troupe de Piper, en passant par Crazy Eyes, Miss Claudette, Dayanara, Tricia, Taystee, Poussey, autant de femmes bouleversantes dans leurs histoires et leurs jeux.

 

Extrêmement divertissant, parfait dans sa couture,  son sens de l'enjeu et du détail, Orange is the new black est une création de personnages, originale et brillante qui décrit la prison, la liberté et l'existence féminine sous un jour rarement exposé à la télévision.

9/10

orange is the new black,critique,weeds,jenji kohan

24/03/2015

Empire (Saison 1) La naissance de l'année

empire,fox,saison 1,critique,lee daniels,terrence howard

Introduite à la midseason, Empire est déjà un phénomène. Des audiences spectaculaires, un blason redoré pour la FOX, une façon de revoir la sérialité. Pour une série solide, sanguine, qui le mérite.

 

C'est l'histoire d'un royaume musical d'une ancienne star du rap, ancien voyou, Lucious Lyon, désormais patron des arts. Son empire s'appelle Empire. Il pourrait être celui d'un  Dr Dré ou d'un Jay-Z. C'est un homme puissant et père d'une famille qui l'est tout autant.

A la fois thriller et soap, Empire aime ouvrir les tiroirs. Accumuler les histoires. Des histoires de duel familial, de buzz industriel, de jalousie, de passé sombre, de comeback musical, de convoitises, de maladies. Des histoires multiples, qui s'emmêlent, disparaissent, ravivent les tensions. L'intensité d'Empire est large, parfois sans fond, mais ambitieuse. La force d'Empire vient de son énergie visuelle et de son verbe. Sa façon de jouer des coudes et de donner du rythme à ses histoires. Sans conteste, les plus réussies sont celles autour du patriarche et de son ex-femme, Cookie, ex-taularde bien décidée à récupérer sa part du lyon. Deux acteurs marqués, Terrence Howard et Taraji P. Henson, impeccables, forts en gueule, qui toujours évitent le jeu caricatural du soap. Un couple phare et charismatique, symbole de cette histoire impériale, cette saga familiale puissante et viciée.  

empire,fox,saison 1,critique,lee daniels,terrence howard

 

Pour autant, les histoires dévouées aux enfants Lyon garantissent le divertissement. Trois fils, un rappeur, un chanteur rnb gay et un businessman qui l'air de rien s'affrontent, s'opposent et s'unissent pour la survie de l'Empire après la mort programmée du roi, Lucious. On préférera le jeune Hakeem, ténébreux et imprévisible, à Jamal, trop lisse, ou à André, trop attendu dans le rôle du comploteur. Mais le trio fonctionne dans cette quête théâtrale de dynastie et d'héritage.

Créée par Lee Daniels, cinéaste adoré outre-atlantique depuis Le Majordome et Precious,  la série est un succès total. Un succès jamais vu. Pour ses histoires fournies, mêlant passions familiales à la Dynasty, et chansons produite par Timbaland (malgré des paroles par fois grotesques). Pour un rôle, les guest se jettent dans la mêlée. Naomi Campbell, Courtney Love, Jennifer Hudson, Mary J. Blige et Rita Ora pour la si courte première saison. Alors forcément, la série a du coffre (de l'auto-tune aussi) mais surtout une belle allure. Une silhouette noble à l'image de ces protagonistes, ces Lyon impitoyables qui gèrent leur royaume comme des seigneurs.

 

Souvent audacieuse ou exagérée, Empire est une série carnassière et racoleuse, qui ose tout. Au fil des épisodes, la série s'étend, montre les étendues de son territoire, ses atouts et son envie de pouvoir (avec concerts aux Etats Unis à la clé).

8/10

empire,fox,saison 1,critique,lee daniels,terrence howard

11/03/2015

Unbreakable Kimmy Schmidt (Saison 1) L'art de la joie

unbreakable kimmy schmidt,ellie kemper,jane krakowski,tina fey

Alors que House of Cards tente un joli renouveau, que l'attendu Bloodline voit le jour à la fin du mois, Netflix continue sa percée avec la comédie, Unbreakable Kimmy Schmidt. Pas n'importe quelle comédie, une comédie pur-jus, dérangée et existentielle, menée par la main experte de Tina Fey.



Kimmy Schmidt est un drôle de personnage, dotée d'une drôle d'histoire. Celle de quelques femmes rescapées d'une secte étrange, longtemps recluses dans un abri antiatomique autour d'un gourou qui leur a fait croire à l'apocalypse. Mais après un sauvetage, Kimmy et ses copines, sorte de sisterwives mormones, revoient le jour. Un nouveau jour.

Apres le sauvetage, les interviews, les medias, l'intérêt public. Kimmy reprend sa vie, à New York, bien dépassée par le comportement de chacun. Son colocataire homosexuel, une masse mélodramatique, ultrasensible, se rêvant star de comédie musicale, et sa patronne, une bourgeoise de l'Upper East Side, hystérique et incontrôlable. Avec tout ca, comment ne pas rire ?

unbreakable kimmy schmidt,ellie kemper,jane krakowski,tina fey

 

Bien sur, cette comédie n'épargne aucune nuance, aucun contours. Sa dynamique fonctionne sur la bêtise de Kimmy, une héroïne gentille et souvent carrément stupide. Mais au delà de la connerie marrante, Ellie Kemper (Kimmy) est un personnage lumineux et attachant dans ses maladresses, ses éclats de rire excessifs et sa gentillesse perturbante à l'égard des autres.

Forcément, Kimmy  sautille, se pâme, gambade, guillerette, dans un paysage haut en couleurs comme elle, le sourire peint d'une oreille à l'autre. Mais la série est plus que ça.  Sans jamais épuiser, Kimmy déteint sur les autres et son innocence radieuse dépasse l'écran. Pour ça, Tina Fey sait y faire. L'équilibre toujours mené entre la béatitude caricaturale et la réjouissance. Parce qu'aussi Kimmy est entouré de personnages tout aussi concentrés dans leurs traits, des enfants new-yorkais égotistes, une patronne impossible (le bonheur de retrouver Jane Krakowski qui n'a rien perdu de ses excès), une propriétaire haut perchée et ce nouveau compagnon de vie, Tituss, hilarant et inspiré, une comédie à lui tout seul.

La série est ainsi faite. Des personnages bien campés, qui toujours frôlent la caricature sans jamais y succomber, embarqués dans des aventures joliment sottes, le tout contaminé par la joie de vivre de Kimmy. On retrouve là tout l'esprit de 30 Rock et de l'écriture de Tina Fey, son art du décalage, mélange de références cinglantes, de cameos foutraques et de petits mots assassins sous des airs jazzy.



Parce que 30 Rock nous avait manqué, Unbreakable Kimmy Schmidt prend la relève. Amusante, pétillante, assumée dans sa bêtise et sa fine intelligence comique.

8/10

unbreakable kimmy schmidt,ellie kemper,jane krakowski,tina fey

26/02/2015

Les comédies 2014-2015 - Le rire comme option

Pour rire cette année, peut-on regarder de nouvelles comédies ? 

 

The Odd Couple

C'est devenu une tradition annuelle, comme Thanksgiving ou les Emmy, Matthew Perry dans une comédie plus ou moins sur mesure, taillée sur le personnage qu'il aime interpréter depuis vingt ans. Après Studio 60, injustement annulée, Go On ou Mr Sunshine, Matthew Perry devient cette fois la vedette d'une sitcom classique, presque trop safe : l'histoire d'un journaliste séducteur qui de jour au lendemain se voit héberger son ami de longue date, un type maniaque et psychorigide. Adaptée d'une pièce éponyme, la série essaie tant bien que mal de faire rire. Mais faire rire avec l'actrice Leslie Bibb, c'est difficile. Perry s'y adonne comme autrefois, avec une sorte de conviction désuète. Le duo fonctionne assez, grâce au talent comique et nouveau de Thomas Lennon. Pour autant, ses débuts sont bancals, manquent de rythme et de souffle, peut-être aussi de crédibilité : Matthew Perry, bouffi, vieilli, en séducteur notoire ? On a du mal.

6/10

MATTHEW PERRY,critique,the odd couple

 

Black-ish

Qu'en est-il aujourd'hui de la culture noire américaine ? Une question qui résonne dans cette nouvelle série afro, plus moderne et pensée que My Wife and Kids. En racontant la vie banlieusarde d'une famille afro, un patriarche vice-président d'une entreprise de pub, une mère chirurgien, des enfants inscrits dans le privé, Black-ish, que l'on pourrait traduire par "à peu près noir", cerne à comprendre la culture noire de nos jours. Un beau pari, qui parfois fonctionne, parfois manque de tact et d'avenant. D'un point de vue comique, la famille fonctionne (surtout les enfants, spontanés et assez nuancés), mais le père, Anthony Anderson, est crispant. Il gesticule, grince des dents, élève sa voix trop facilement. Pour autant, bien produite, Blackish fonctionne dans le créneau de la comédie familiale, et grâce à la locomotive Modern Family, ses beaux jours sont devant elle.

8/10

black-ish,critique,abc,anthony anderson

 

Fresh Off the boat

En explorant toujours plus la question de l'immigration et de l'identité, à travers Black-ish et Cristela, ABC continue sa thèse. Fresh Off The Boat raconte l'arrivée d'une famille chinoise d'un quartier communautaire de Washington à Orlando où les codes américains sont figés dans le goudron. Intégration scolaire, voisinage parmi les housewives, ouverture d'un steak house, la famille Huang s'essaie au rêve américain tant bien que mal. Malgré les deux jeunes fils studieux et dociles, l'aîné, Eddie Huang (l'auteur du livre support à la série), en est un visage phare, un pré-ado de douze ans, accoutré de t-shirts extra-larges à l'effigie de 2-Pac, rebelle dans la démarche, qui n'hésiterait à vendre père et mère pour devenir un rappeur noir américain. La série est aussi sympathique que cette famille, amusante, honnête et assez originale, mené par un duo parental qui détonne, un père entrepreneur gentillet et une mère pète-sec, attachante et folle, peut-être le personnage le plus drôle de la série. Outre l'identité, la série fait un hommage revival des années 90, comme une suite naturelle des géniaux Goldbergs et de l'époque eighties.

8/10

fresh off the boat,eddie huang,critique,abc,cristela

 

 

Selfie

Puisque le selfie électrise les esprits, au point que Kirsten Dunst plaide dans un court-métrage détracteur, la télé s'y est mise. Selfie, titre fédérateur, raconte l'histoire d'Eliza, une jeune femme, anciennement impopulaire mais désormais jolie et lookée, qui ne jure que par les tweets, photos et autres lubies égotistes, avant de réaliser que sa vie nécessite plus d'altruisme. Avec l'aide de son boss, Eliza, va tenter de se repentir. Une repentance qui associe caricature et hystérie. Dans la série, cela crépite, humeurs excentriques et gags à grosse pointure. Pensée par Emily Kapnek, créatrice de Suburgatory,  la série n'hésite pas à rajouter sur la superficialité de l'actrice, au point d'être une vitrine jubilatoire de vices 2.0 et de répliques assassines. Certaines fonctionnent, grâce à l'énergie d'ensemble, malgré un concept attractif mais éphémère (le selfie a été lu mot de l'année en 2013 par le dictionnaire Oxford). La preuve, la série est déjà aux oubliettes.

6/10

emily kapnek,selfie,abc,critique

 

 

Mulaney

On n'imite pas Seinfeld comme ça, sans y penser sérieusement. Pourtant, Mulaney, la nouvelle série de la FOX, tente le coup. Mais Mulaney n'a pas compris ce qu'a su mettre en scène Seinfeld en son temps ou Louie récemment. Mulaney, c'est ce type en vue sur Internet, une recrue comique 2.0 à qui on offre l'opportunité télé. Mais comme S**t my dad says, qui reprenait les tweets d'un anonyme très sarcastique, la série n'a aucun équilibre, aucune énergie, aucune envie, se limitant à des situations essorées sur la vie amoureuse et la vie en colocation de ce Mulaney, qui patauge péniblement sur scène ou chez lui, entouré de ses compagnons dénués de charisme. Le résultat est fade, trop-vu, un peu navrant, et on souhaite à ce garçon de retrouver très vite le calme de son intimité.

3/10

mulaney,seinfeld,critique,nbc

 

 

A to Z

Comme Selfie, A to Z est une série à concept. Un panorama sur la vie de couple, de ses balbutiements à son extinction, façon 500 Days of Summer. Mais A to Z n'a pas que des airs de copie arriérée. Cette série narre avec un humour charmant et légèrement mélo l'histoire d'amour d'Andrew, un célibataire oisif employé dans une société d'online dating, et Zelda, une avocate chevronnée, pendant une durée établie : huit mois, trois semaines, cinq jours et une heure. Suffisamment inspirée pour être une romcom bien campée, ce compte à rebours permet d'insuffler un souffle intéressant, comme au temps d'How I Met Your Mother. Mais la mécanique est ici moins figée, le décor est plus aéré, notamment grâce à la narration et aux personnages principaux, spontanés et bien choisis (Ben Feldman (Mad Men) et Cristin Milioti (How I Met Your Mother).

7/10

ben feldman,a to z,nbc,critique,christin milioti

 

Benched

La comédie moins attendue et la plus efficace, c'est peut-être elle, Benched. Cette série diffusée sur USA Network convainc depuis ses premiers épisodes. La série décrit avec une belle ironie les premiers pas d'une ancienne avocate d'affaires en vue dans le monde de la défense publique, après un burn-out spectaculaire qui l'a définitivement exilé de la sphère de pouvoir. Pensée par Michaela Watkins, très présente depuis quelques années sur les écrans (Old Christine, Trophy Wife, Enlightened dont elle a puisé légèrement le concept), Benched est une petite pastille dont la force comique vient principalement  de l'héroïne, Eliza Coupé, toujours aussi grimaçante et imposante depuis Happy Endings. L'ensemble du show tient debout, les scènes ne manquent pas de caricature, mais l'écriture plutôt nuancée permet une dynamique agréable, souvent drôle, assez différente du format des comédies publiques, à l'image de Playing House il y a quelques mois.

9/10

benched,usa network,eliza coupe

 

Marry Me

Après Happy Endings, il y a Marry Me, avec la même actrice, Casey Wilson. Ce n'est pas un spin-off, simplement la nouvelle série de David Caspe. Comme Happy Endings, Marry Me évoque le couple, les tentatives ratées d'union, les peurs et les doutes avant l'engagement. Très attendue, cette nouvelle série s'offre probablement le meilleur duo comique du moment, Ken Marino (Party Down, Veronica Mars) et Casey Wilson, une des actrices les plus drôles du moment. Pour ces débuts, la série n'est pas aussi aboutie qu'Happy Endings, des situations moins percutantes l'alourdissent, la faute à son concept plus centré sur le couple et moins sur la bande de proches qui l'entoure. Ici, des protagonistes trop typiques et trop divers -les parents gay, la meilleure amie superficielle, l'amie lesbienne, le compagnon lourdaud, le même que dans l'époustouflante Broad City-. A l'image de l'héroïne, gentiment hystérique et maladroite, la série vise une drôlerie légère et attendrissante, sans avoir le niveau hilarant d'Happy Endings après trois saisons. Mais patience.

7/10

marry me,david caspe,critique,casey wilson