31.08.2010
Dexter (Bilan) De l’art terrifié d’être un père de famille meurtrier
Saison 4 – Critique
L’an passé, la série nous avait offert un break intellectuel en faisant n’importe quoi avec le concept papier du serial killer fréquentable, et s’était achevée sur un mariage heureux. Cette année, la série nous a cogné douze semaines et s’est finie brutalement. Sur une touche de noirceur macabre, le leitmotiv plastique de cette saison.
Famille ou Scalpel ?
Plus qu’une page qui se tourne avec la fin de cette quatrième saison. C’est un rituel anéanti. Une existence choisie qui résonne comme un échec pour un héros malmené dans ses conceptions multicartes.
En respectant les propres lois de son héros sociopathe, la série impose une logique jusqu’au-boutiste, effrénée et puissante. Comme un code en péril, elle ne se contente plus de placer Dexter sur la corde raide pour l’en sauver in extremis. Avec cette saison, la série confronte son héros à ses propres erreurs, ses propres choix. Par l’entremise de Trinity dont l’effet impactant n’a jamais été aussi important dans le psyché de Dexter.
Alors père de famille, Dexter apprend à s’adapter à son nouvel environnement, lui et ses lubies macabres. Une vraie évolution situationnelle, où Dexter passe de célibataire propret impeccable à père débordé, négligé, aux multiples responsabilités. Dexter se trouve alors de nouvelles problématiques de vie, noue avec d’autres discours intérieurs et s’éloigne des éternelles tirades sur la solitude et le savoir-être du mal dont le spectateur abreuve l’essence depuis quatre ans.
Peu à peu, la série met en exergue la difficulté pour le héros de jongler entre ses différentes étiquettes et l’a finalement opposé au choix crucial. Famille ou scalpel ? Une réflexion dont le spectateur a été témoin et qui symbolise parfaitement l’impasse psychologique du héros, maîtrisée par cette saison.

L’onirisme par l’Horreur
La saison 4 est plus qu’une loi du talion. Plus qu’une traque bête et méchante conduite par un tueur de tueurs, à l’encontre d’un original sociopathe fripé. Il y a plus chez Dexter (plus aussi chez Trinity). Le psychopathe y a mis, cette année, de sa personne, de ses considérations. Le parallèle avec sa nouvelle vie familiale, ses responsabilités de père et mari ont alors été toujours le point d’accroche de Dexter à l’encontre du Trinity Killer.
Un sentiment vertigineux naît alors très tôt chez le héros et hors de l’écran, et permet d’opposer alors deux monstres, deux conceptions de l’horreur insérée dans une banalité du réel et dont la source sadique puise directement dans le traumatisme de l’enfance.
Pareille à l’évolution de l’histoire, l’évolution de l’anti-héros se fait par étapes. Au départ timide et traumatisé, le Trinity devient ensuite une figure sage et maîtrisée, sereine et brillante. Pour finir homme écoeurant, sadique et incarner l’Horreur.
En scène, le Trinity Killer offrait plus d’ampleur quand il n’était alors qu’un monstre sexagénaire pusillanime et monomaniaque. Mais il se devait d’évoluer et d’apporter à Dexter la schématisation d’une vie familiale ambivalente vers laquelle ses rites et lui se dirigeaient.
Plus abject, bien moins samaritain que Dexter, Trinity a été une pièce scénaristique indispensable à l’univers étouffé, qui étranglait visuellement, à chacune des scènes où la famille Mitchell se réunissait, elle martyre, terrorisée par la figure d’un père violent et fou à lier.
La découverte du vice par Dexter s’est faite sous nos yeux, au même moment. Au moment aussi où Christine n’est plus apparue comme la seule journaliste avide de sensationnalisme. En gentille fille dévouée à un père trop pleutre pour s’en soucier, Christine est devenue une figure fascinante, de torpeur, symbole d’une dévotion filiale qui lui a coûté la vie.
Electriques et stupéfiants, ces moments d’intense vileté ont permis à la série de retrouver son emprise psychologique, d’une certaine manière onirique.

Séquelles et apostrophe
Les véritables enjeux de cette saison ne sont pas les quelques scènes finales, où d’une manière ou d’une autre, le serial killer de l’année finit dans des sacs de poubelle, au fin fond de l’océan. Les enjeux-ci sont inhérents à Dexter, à ses choix, aux conséquences inéluctables. Parce que le jeu du chat et de la souris, du monstre et du monstre a, cette année, débouché sur l’impensable.
Le choix d’une famille ou d’une pulsion n’a pas suffi à assurer les questionnements de la série. Ajoutés à la relation terrifiante de Dexter et Trinity, ils ont pris une autre dimension : inéluctable. En se débarrassant (rapidement, toujours) du tueur récalcitrant, Dexter accomplit sa tâche. Mais avant de finir sur la table chirurgicale de l’expert sanguin, Trinity (on le suppose) a débuté son nouveau cycle meurtrier et s’en est pris à Rita, l’épouse.
Mise en scène écoeurante, qui rappelle celle de Dexter enfant, le meurtre de Rita est la conséquence ultime d’une saison entière. L’exemple paroxystique du suspense à couper au couteau de cette saison, les parfaites représailles des actes de Dexter, qui n’est plus impuni, plus intouchable. Et ce lugubre assassinat, au demeurant très émouvant pour le spectateur habitué au cadre familial idéal, ouvrira la voie à une autre ère pour le héros, un code à modifier, une manière de vivre, aussi.
Aussi, la quête d’abord farfelue de Debra (Jennifer Carpenter, toujours impeccable) a fini par gagner une légitimité de terrain indéniable. En enquêtant sur le passé professionnel et sentimental de son père mentor, Debra a voulu démystifier une figure sacralisée. Peu à peu, elle a mis les fondations du fonctionnement codé de son frère, en péril, en découvrant la réalité sur son enfance, ou son lien de parenté avec le Ice Truck Killer. Mais cette année, l’enjeu de fond est resté en suspens. Peut-être l’année prochaine.
En attendant le deuil, le doute, ou la solitude re-embrassée de Dexter, la mort de Rita, et sa mise en scène sanglante, restera gravée dans les mémoires. Comme la marque d’une fin sordide. La fin des quatre plus grandes années révolues d’un sombre serial killer socialement réhabilité mais dont la complexité n’a jamais été vraiment mise à jour.

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Note globale : 8/10
Les critiques épisode par épisode sont à lire ici.
Écrit par Adam dans Critiques, Dexter | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : dexter, saison 4, showtime, jennifer carpenter, julie benz, michael c. hall, bilan, critique |
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28.08.2010
Melissa & Joey (Saison 1) Retour à la case sitcom domestique

Melissa Joan Hart, l’apprentie sorcière qui a tout fait avant Harry Potter, est de retour à la télévision. L’évènement est tel qu’il fallait lui dérouler le tapis rouge. Et comme Melissa Joan Hart reste la même avec les années, frimousse espiègle, démarche comique et honnête capital sympathie, sa nouvelle sitcom qui porte en partie son nom lui assure un siège confortable parmi un public de têtes blondes.
Diffusée sur ABC Family, chaîne plus jeunesse que familiale, Melissa & Joey est la nouvelle prétendante à la case sitcom qui manque tant au network. Pour assurer ses arrières, cette sitcom familiale multiplie les grimaces comiques usées, même les vestiges de comédies passées avec d’anciennes stars comiques sur le retour.
Melissa Joan Hart, plus connue sous le nom de Sabrina Sawyer, campe ici le rôle d’une politicienne moyenne qui se retrouve avec les enfants de sa sœur sur les bras. Mais parce que l’éducation de jeunes ados n’est pas une mince affaire, Melissa recrute un ancien homme d’affaires ruiné par sa famille, pour jouer les éducateurs-majordomes.
Dans le pitch comme dans la mise en scène, la série prend exemple sur Who’s The Boss (Madame Est Servie) pour instaurer son climat humoristique et attachant. Rien de dérangeant ici, puisque Melissa & Joey est assez sérieuse et solide dans son fonctionnement.
A la différence de Hot In Cleveland, hommage aux sitcoms traditionnelles, mais qui manque de renouveau formel, Melissa & Joey assume sa filiation avec le genre passé mais jamais sans se ringardiser. Clairement, le public visé est le jeune et l’ado prépubère qui de toute évidence n’a pas grandi avec Madame est servie et ne criera pas au simulacre.
Si les dialogues manquent d’entrain naturel, les situations familiales parfois crispantes, le jeu des acteurs à la limite de la caricature, Melissa & Joey est une bonne sitcom jeunesse qui grossit efficacement le trait. Quelque chose fonctionne véritablement dans cette maison en carton pâte de Melissa. Cette famille recomposée et l’alchimie entre les deux héros trentenaires donnent à cette sitcom sa valeur de base, à la manière de toutes les comédies des 90’s à succès. Si l’innovation est la grande absente de cette production, on ne doute pas une seconde que les plus jeunes téléspectateurs s’attacheront vite à ces visages et ce décor comique qui nous rappellent nos vieux enregistrements VHS.
Si Melissa & Joey n’a rien d’une comédie moderne, qu’à cela ne tienne : la sitcom n’a aucune autre prétention que de retrouver les marques des programmes comiques traditionnels. Et cette case réussit pleinement à Melissa & Joey qui assume ses anachronismes et son ton vieux-jeu, suffisamment innocent et calibré pour donner aux plus jeunes un aperçu de la dynamique passée, peut-être future, des sitcoms familiales à multi-caméra.
6/10

Écrit par Adam dans Critiques, Melissa & Joey | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : melissa & joey, melissa joan hart, abc family, sitcom, madame est servie |
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24.08.2010
The Big C (Saison 1) Faussement cancérigène

Qui a dit que toutes les séries de Showtime se suivent et se ressemblent tellement ? Avec The Big C, la chaîne câblée pourrait bien confirmer son créneau sériel unique de la femme chef de famille à la vie apparemment paisible mais foncièrement compliquée. Si Cathy Jamison a des airs à Tara Gregson, dissimule ses secrets comme Jackie Peyton mais épate la galerie telle Nancy Botwin, cette nouvelle héroïne pourrait bien toutes leur tenir la dragée haute, avec son sens caustique de la désillusion et son sourire émouvant.
Lorsqu’une mère de famille banlieusarde se découvre un cancer en phase quasi-terminale, elle décide de reprendre sa fin de vie en main…
D’emblée, dans son sujet et son rapport ténu à l’héroïne, The Big C rend perplexe, à la manière des prémices pessimistes de Breaking Bad qui depuis nous fascine à coup de grisaille et d’amertume. Mais Showtime n’est pas de celle à pondre des dramas d’envergure (ça demande trop de créativité). Au lieu d’une version rêvée du film sublime d’Isabel Coixet, My Life Without Me, la chaîne préfère cantonner son sujet au registre de la dramédie, plus simple d’accès et heureusement plus tendance, pour faire du pathos une boîte à (sou)rires.
Magistrale dans John Adams, l’actrice Laura Linney a voulu retenter l’essai télévisuel en s’auto-attribuant ce rôle lymphatique. L’actrice, à la filmographie pourtant chaotique, est de celles qui usent de leur fragilité apparente pour nous intercepter dans l’intimité, provoquer chez nous une vraie empathie mêlée d’inspiration.
Alors, pas étonnant que Laura dans la peau de Cathy, nous interpelle avec sa justesse, sa nuance et cette émotion subreptice. Laura Linney donne à cette nouvelle série son charme le plus authentique, sorte d’empreinte lisse chargée en émoi.
Mais cette maturité existentielle propre aux dramas spirituels de HBO et aux sujets tabous n’a pas encore son pendant humoristique sur Showtime et comme chacun de ses programmes incrédules, The Big C manque de modération et d’à propos. Tout ici est amplifié, conjugué à l’humour apathique pour déréaliser son sujet et verser dans la sympathique fresque ironique inconséquente.
Des personnages secondaires loufoques -du fils taquin au frère marginal en passant par l’élève obèse (Gabourey Sidibe, toujours mono-expressive), une trame narrative dénuée d’impact sur des dialogues indisciplinés : le portrait fait de cette banlieue ordinaire et de son héroïne, la chef de file de cet ordre gentiment malmené, est commun ; il séduit dans l’éphémère mais n’emballe pas, la faute aux tentatives de profondeur (comme cette scène finale presque réussie), souvent vaines, à ces envies foutraques restées lettre-morte.
The Big C mérite bien qu’on s’y arrête, qu’on l’ausculte encore quelques temps pour savourer la prestation parfaite de Laura Linney, pour repérer les alchimies naissantes et le bon casting (Liam Neeson et Cynthia Nixon débarquent bientôt). Mais le thème de « la mort, on s’en moque un peu, on s’en écarte par ironie » et son traitement par-dessus-la-jambe nous anesthésie.
6/10

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21.08.2010
Mistresses (Saison 3) La promesse d’une trahison

Mistresses, la série adultérine de la BBC refait surface, après dix huit mois d’absence légitime (une très mauvaise seconde saison). Pour autant, rien n’a changé véritablement dans l’univers des maîtresses anglaises : l’infidélité, au centre de leur vie, demeure un sujet brûlant, mais qui cette année pourrait bien signer l’apocalypse amicale.
Depuis trois ans, Trudie, Siobhan, Katie et Jessica mènent une existence apparemment paisible mais dissimulant un paquet d’infidélités. La palme d’or de l’adultère revenant à la chirurgienne Katie, qui enchaîne les bévues extraconjugales et semble partie pour transformer l’essai cette année, avec personne d’autre que le mari de Trudie. De l’eau dans le gaz entre les amies de toujours ?
Et même peut-être plus encore. Avec le season premiere de Mistresses et sa scène introductive impeccable, le mystère est donné, son ton aussi : un flashforward voilant la série, à la manière d’un Damages, indique que les quatre amies ne seront bientôt que des étrangères. Toujours très sophistiqué et enlevé, la série établit à cet égard une mise en scène solennelle, dérangeante, aux couleurs très grises pour insuffler un peu de changement colérique à la domesticité sereine de cet ensemble.
Si cette année, la promesse d’un clash amical permet de créer quelques nouvelles attentes intéressantes, la vie des quatre maîtresses n’a malheureusement pas pris de vraie ride. Jessica lève le pied, comme en fin de seconde saison, et décide de fonder une famille avec Mark. Son incapacité à procréer et les difficultés financières du couple contaminent sa bonne humeur et Jessica devient l’ombre d’elle-même.
Pour la lumineuse Siobhan, c’est le coup dur lorsqu’elle réalise que Dominic, le père de sa fille, est sur le point de se marier. Si ces histoires ne signaient pas l’évolution de deux personnages attachants, le potentiel scénaristique de ces intrigues serait à remettre péniblement en cause. On compte sur le charme de Jessica et Siobhan pour nous émouvoir.
Quant aux autres, Katie paie le prix de sa solitude forcenée depuis ses coucheries avec le mauvais meilleur ami du fiancé. Trudie voit sa pâtisserie prendre un envol inattendu, à la tête d’un commerce florissant, l’ex-divorcée en malmène un peu le débonnaire Richard, qui alors pourrait bien s’amouracher de l’esseulée Katie.
Celles-ci demeurent donc, pour le moment, le véritable intérêt dramatique de cette saison, qui s’annonce au vu des bandes-annonces riches en surprises et en rebondissements. Trudie a toujours bénéficié des histoires les plus solides et la série n’a jamais été aussi bonne que lorsque l’arc de la disparition de son mari était l’édifice de Mistresses.
Si Mistresses a probablement derrière elle ces meilleurs moments dramatiques, cette troisième saison pourrait bien procurer à la série quelques nouveaux enjeux dramatiques et une image plus contrastée du voisinage amical anglais.
6.5/10

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17.08.2010
Rubicon (Saison 1) Jeux et enjeux de pouvoirs

Après Mad Men puis Breaking Bad, il était temps pour la chaîne classique AMC de transformer l’essai du suprême sériel en principe intangible. Les deux séries les plus classieuses du moment ont beau attirer les superlatifs, AMC devait développer sa collection de trophées et des œuvres toujours plus innovantes. Avec Rubicon, série très comploteuse et a l’aube de la série horrifique Walking Dead, la chaîne premium part officiellement sur les traces bigarrées de HBO.
Rubicon n’est plus seulement ce petit fleuve italien mythique outrepassé par l’ami Jules, aujourd’hui, il désigne une théorie du complot, une intrigue de taille qui pourrait bien malmener le paysage télévisuel du mystère, ce mystère, toujours lui.
Le complot, les jeux de pouvoir, les conspirations gouvernementales, les assassinats politiques, les agences secrètes, les américains en raffolent, en redemandent, sous formes de polars en tout genres, de fictions câblées, de formulas hertziens, de best-sellers à la Vinci Code.
Alors pour entretenir les machinations, la paranoïa fantasmée de certains, les élucubrations de certains autres, Rubicon a le potentiel idéal pour devenir la nouvelle série du complot. Si la série n’a pas l’envergure initiale de Mad Men ou Breaking Bad, qu’à cela ne tienne, Rubicon tente de nous concerner avec sa richesse du détail, son sens visuel et musical de la mise en scène, son enrobage froid, toujours inquiétant.

L’expert, ici, s’appelle Will (James Badge Dale, The Pacific). Veuf et solitaire (l’homme a perdu femme et enfants qui l’attendaient sur le toit d’une tour du World Trade Center le jour des attentats, sinistre), Will est un analyste (de codes en tout genre) pour une agence gouvernementale secrète dissimulée derrière une société fictive.
A la mort de son patron et guide spirituel, Daniel, Will va se mettre sur la piste de mystérieux jeux fléchés parus dans plusieurs grands quotidiens internationaux. De cette enquête à la mort de son ami, Wil réalise que quelque chose cloche et se trame un peu plus loin.
Il y a quelque chose dans Rubicon qui renoue avec le classicisme du genre du thriller. Une vraie ambiance, d’emblée, s’institue au sein des murs silencieux de cette agence secrète. Le leitmotiv de la série, son intrigue centrale désignant un traquenard politico-financier planétaire, est prudemment conservé, à mesure que se taillent les enjeux, les personnalités et nos attentes.
Pas de vraie prise de risque, de storylines appétissantes tels des effets d’annonces, Rubicon est une série qui prend volontairement son temps, qui pose les bases, aussi apparemment maigres soient-elles, d’une intrigue costaude, qui semble être façonnée en amont.
Outre les enjeux importants sous-jacents à la série (quasiment imprenables actuellement), à la manière d’un Damages flamboyant, Rubicon se révèle plutôt efficace dans ses mises en forme, dans l’introspection de ses personnages, tous ambivalents, et dans cette ambiance dangereuse latente.
Malgré un regard scénique parfois trop poseur, Rubicon nous interpelle suffisamment pour garantir que ce qu’elle cache sciemment sous le manteau pourrait bien nous dérouter.
7/10

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15.08.2010
Pretty Little Liars (Saison 1) Sous les jupons pubères, des secrets

Keep Your Friend Close – 1.10 (diffusé le 10.08.10)(summer finale)
Pour s’achever comme il se doit, avant la seconde partie de saison en janvier prochain, Pretty Little Liars s’est retirée avec grandiloquence et effets maximalistes. Rien ne vaut un bon épisode à suspense, où l’on frôle au plus près l’arc mystérieux, les secrets annexes et tire sa révérence temporaire par le biais d’un cliffhanger de taille. Bêtement mais intensément efficace.
Entre le pilot et le dixième épisode, Pretty Little Liars, lancée par la très juvénile ABC Familiale (qui mérite qu’on cesse les caillassages verbaux depuis Huge) n’a pas bien grandi. Mais la série aux secrets de polichinelle s’est amusée à jouer avec nos nerfs de spectateurs facilement intrigués en faisant de l’histoire autour de la mort d’Alison Dilaurentis notre leitmotiv estival. Vous aussi, vous n’aviez en tête que les noms Toby Cavanaugh, Jenna et autre Ezra Fitz sur votre serviette de plage mouillée ?
Il faut dire que Pretty Little Liars, en dépit de ses défauts prégnants jamais corrigés depuis le pilot (tendance mélo facile et quelques minauderies parfois démesurées), a livré un spectacle adolescent impeccable. Malgré quelques épisodes qui se sont égarés de sa destinée mystérieuse pour approfondir très légèrement la vie de nos enquêteuses-enquêtées, la série n’a jamais tourné en dérision ses arcs et ses intrigues. C’est avec un vrai suivi scénaristique que l’intrigue meurtrière générale a évolué et s’est imbriquée aux tourments familiaux et romantiques d’Aria, Hannah, Spencer et Emily, qui toutes se sont vues affligées d’un lourd fardeau sentimental et génétique.
Pour cet épisode de presque final, la série s’est relevée les manches en se concentrant sur l’arc de la série, le but ultime de la manœuvre ? Nous hameçonner pour la suite. Avec un sens aigu de la mise en scène (l’épisode se déroule dans une forêt lointaine et ressemblerait presque dans son ambiance aux épisodes spéciaux de Dawson ou The OC), l’épisode révèle quelques éléments essentiels à l’histoire (Alison flirtait avec Ian, le petit-ami de Melissa, sœur de Spencer), attire le spectateur dans un guêt apens qu’il attendait depuis longtemps et fait remonter quelques secrets à la surface (l’homosexualité d’Emily, l’histoire entre Ezri et Ari, la liposuccion d’Hannah ( ?)).
Au final, avant une information majeure sur le point d’être révélée, l’épisode s’en tire avec cliffhanger dangereux sur la personne d’Hannah (qui probablement ne mourra pas, mieux, elle se réveillera amnésique). Si l’astuce est facile, la mécanique mystérieuse de la série n’en est que mieux rôdée pour le téléspectateur : mais qui diable est A ?
Mona ? Le père d’Aria ? Maya ? Ezri ou tiens, Noel ? Et pourquoi pas l’ami geek d’Hannah ?
Avec quelques questionnements futiles mais surtout des adolescentes gentiment stéréotypées et leurs secrets bien enfouis sous une couche de maquillage-porcelaine, Pretty Little Liars nous aura fait passé un été globalement agréable. Plus qu’à croiser les doigts pour qu’à la mi-saison prochaine, les nouveautés sérielles ne fassent pas de l’ombre à son petit retour.
6.5/10

Écrit par Adam dans Pretty Little Liars | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : pretty little liars, abc family, saison 1, critique, sara shepard, lucy hale |
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11.08.2010
Weeds (Saison 6) L’art déraisonné de la fuite

En six années de deal, Weeds est devenue une série atypique, à la fois inaccessible et profondément dérangeante. Si cette année, l’accent est mis sur le renouveau et le tragique, le téléspectateur n’est pas dupe : la famille Botwin continue de se donner gentiment en spectacle. Un décalage un peu assommant.
Chaque année, c’est la même chose. La matriarche Botwin, forte de ses activités peu catholiques, se met dans un pétrin tel qu’elle fuit en courant, cheveux frisés au vent, adolescents sous le bras, avec le petit mot bien senti au coin des lèvres. Alors depuis quatre ans, la série n’a jamais réussi à créer une vraie stabilité de situation, et créneau désiré ou non, cette imperméabilité permanente a contribué à la déconstruction du mythe de Weeds.
Parce que la série n’a jamais été aussi bonne que durant la saison inaugurale, lorsque la drogue rimait avec banlieue et rumeurs de quartier. Il y avait quelque chose de profondément intéressant et conceptuel dans ce regard porté sur la drogue et sa consommation domestique par des foyers aux apparences proprettes, Breaking Bad et The Wire étant là pour assurer la représentation à des niveaux plus importants, aux enjeux plus conséquents. Mais Weeds s’est sentie investie d’une mission dramatique et depuis quatre ans, enchaîne les péripéties et les déconvenues.

Cette année, après avoir pataugé dans l’univers mexicain, épousé du mafieux, fondé une famille recomposée, avec bébé bilingue à la clé, Nancy Botwin, ses enfants et fidèle Andy décident de quitter Ren Mar. Sur ce point, c’est un soulagement, l’univers frontalier commençait à faire suffoquer le téléspectateur et à tourner férocement en rond. Alors, pour la sixième saison, on parlerait encore volontiers de nouveau départ, d’intrigues refaites à neuf et d’esprit passé au karcher. Mais parce que Shane a tué de sang-froid la puissante Pilar, la famille est au tournant d’une tragédie nouvelle et inédite.
Fort de ce chamboulement malsain, on espérait alors un retour au calme dans l’univers foutraque de Weeds, une prise de conscience pour la matriarche délinquante, qui s’avère nécessaire depuis belle lurette. Mais cet épisode, avant tout transitionnel, ne semble pas diriger la série vers ce schéma de maturation. Au lieu de revoir ses intentions, Weeds conserve son apathie de façade, qui amuse certains et font râler les autres.
Avec quelques situations gentiment décalées (une prise d’otage avec Alanis Morissette, un plongeon près du cadavre de Pilar), Weeds essaie là de maintenir son humour et le caractère de ses personnages (mère débordée, ados blasés, oncle loyal). Mais parce que Shane vire dangereusement du côté de la psychopathie pure et simple (son regard indiscipliné est pétrifiant), parce que la tragédie a chez Weeds une teneur ironique, presque dérisoire, on se demande bien si la série n’est pas qu’une grosse supercherie, une fiction inconséquente et irréfléchie qui jamais ne prend la responsabilité de ses arcs.
Si la question est d’emblée posée par cet épisode grossièrement malavisé, seule la globalité de cette sixième saison diffusée pour les prochaines semaines d’Aout sur Showtime apportera une vraie réponse. Il en va en tout cas de l’intérêt premier de cette série entre-deux.
5/10

Écrit par Adam dans Critiques, Weeds | Lien permanent | Commentaires (16) | Tags : weeds, saison 6, critique, showtime, mary louise parker |
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08.08.2010
100 Questions (Saison 1) L’humour est dans la réponse

Deux filles, trois garçons, une possibilité. Celle de l’amour et de la nécessité d’une agence matrimoniale.
Le monde de la comédie est en train de changer. Oubliés les rires enregistrés et les décors en carton pâte, la comédie moderne a enterré sa vieille camarade de jeu pour seule tirer gloriole du rictus. Cette année, Community et Modern Family ont entériné la tendance de l’humour contemporain, en s’ajoutant à The Office ou 30 Rock aux comédies avec de la vraie drôlerie singulière dedans.
Les sitcoms éculées ont beau essayer de s’interposer, accumuler les boîtes à rires, les comebacks d’actrices (Elfman, Milano), encenser les scenarii à la thirtysomething, rien à faire : les résultats aggravaient le record du mauvais. Toutefois, les téléspectateurs auraient pu se satisfaire de 100 Questions, une comédie-dépann’ de l’été de NBC qui a su nous faire retrouver le plaisir de l’humour mélo-rigolo des nineties.
Pourtant, rien de nouveau sous les projecteurs des studios. 100 Questions se concentre sur les mêmes atouts des comédies passées. Une bande d’amis soudés, forcément new-yorkais, qui vivent dans des appartements chics et propres et qui aiment passer leur temps dans un bar branché pour causer amour, désastres et illusions relationnelles.
Le portrait rappellerait la bande à Chandler ou cette série qui a tout prix veut nous parler de l’histoire de la représentation matriarcale dans la famille américaine (une problématique qui laisse de marbre, on en convient parfaitement). Mais parce que 100 Questions ne tente surtout pas un renouvellement humoristique quelconque, la comédie assure efficacement son propos tellement déjà-vu sur la recherche de l’amour. En y ajoutant pour la case originalité, une trame autour d’une agence matrimoniale et d’un agent qui assure à la jeune héroïne qu’en cent questions, l’amour frappera à sa porte.
Sans être de vraies caricatures sur pattes, ou l’atout dynamique d’une relation jamais vue à l’écran, les personnages de 100 Questions disposent d’emblée d’un vrai capital sympathie qui rapidement les rend attachants et sincères.
La série a beau nous accabler de rires extra-diégétiques, les situations comiques sont généralement assurées fièrement par ces personnages tout simplement sympathiques, gentiment loufoques et assez bons dans leur performances guillerettes. Entre la britannique et romantique (ça va de pair) Charlotte Payne, ses copines déjantées (Leslie, la psychorigide et Jill, la nympho délurée), son meilleur ami chandler-esque, Wayne, et le don juan ambigu, Mike, le tableau est simple mais complet. Chaque personnage a sa facette comique à lui et l’ensemble aboutit généralement à des situations comiques prévisibles mais au déroulement de très bonne facture -mention spéciale à l’épisode où la bande organise les fausses funérailles de Wayne pour se débarrasser d’un clan de motards intrusifs.
Mais parce que les comédies ancienne génération sont chassées comme des sorcières de Salem par les networks et le public, 100 questions n’aura bénéficié que de six petites questions pour nous montrer son potentiel comique et attachant. Dommage, le spectateur aurait bien troqué un temps les anecdotes machistes de Barney contre 94 nouvelles thématiques amoureuses pour stimuler ses zygomatiques.
7/10

Écrit par Adam dans 100 Questions, Critiques | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : 100 questions, sitcom, nbc, critique, saison 1, friends, how i met your mother |
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05.08.2010
The Office (S.6) La crise à Scranton avec Michael Scott

The Whistleblower – 6.25 (diffusé le 20.05.10)
A Dunder Mifflin/Sabre, qui est le lanceur d’alerte ? Tout le bureau est en émoi, les imprimantes Sabre prenant feu, Kathie Bates de retour cherche à punir la balance de ce secret de polichinelle. Ambiance dénonciation gestapo à Scranton.
Pour son dernier épisode, The Office a innové. En reprenant intelligemment le contexte conjoncturel de la saison qui a permis à Dunder Mifflin de perdurer dans le brouillard de la disette en se faisant racheter par une compagnie d’imprimantes (pas très fiables), Sabre. Dirigée par une main de fer dans un gant, entourée de surcroît par deux molosses, Jo, alias Katie Bates règne sur son domaine. Il n’y a pas à dire, The Office sait évoluer avec le temps et opérer de vastes changements au sein de son équipe.
C’est avec Michael Scott que l’évolution prend sens à l’écran. Si le bureau est désespéré à l’idée de trouver le responsable du scandale public qui entache désormais la nouvelle compagnie de papier et son éventuelle défaillance technique, Michael Scott, lui, se révèle étonnamment protecteur. Hors de question pour le manager de dénoncer l’un de ses employés, chacun étant pour lui comme un membre de sa famille. La prestation de Steve Carrell s’avère toujours impeccable et l’homme se révèle férocement émouvant, tragicomique mais surtout bouleversant lorsque son personnage évoque la perte d’Holly dans l’intimité avec Jo ou lorsque Michael raconte le vide de son existence (une année avec une caméra à l’épaule et seulement douze minutes filmées qui valent le coup). La scène est d’une force incroyable, rendant plus humain que jamais ce pitre de bureau.
Face à cette révélation et cette surprenante profondeur, l’humour n’a pas résisté longtemps. Evidemment, les facéties de Dwight, les interventions de Creep ou la trouille palpable d’Andy au bord du licenciement sont autant d’atouts qui siéent à l’humour de la série. Mais pour ce final, le décor de fond n’a rien de vraiment amusant. The Office est véritablement devenue un paysage à part entière, dans lequel on prend plaisir à suivre le quotidien des employés, peu importe leurs interventions, pour autant qu’on anticipe leurs caractères.
Certains pourraient reprocher à ce final de manquer de grandiloquence et de gag épatant. D’autres, satisfaits par l’évolution humble de cette série, devenue touche à tout, se régaleront de voir que The Office sait user d’autres manières pour amuser et mettre en scène son personnel de bord tellement attachant.
8/10

Écrit par Adam dans Episodes, The Office | Lien permanent | Commentaires (19) | Tags : the office, saison 6, nbc, michael scott, critiques, episodes |
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01.08.2010
Mad Men (Saison 4) A l’aube des hardies seventies

Finies les plaisanteries sérielles de mauvais goût, l’année lourde en produits préfabriqués est officiellement terminée : il est l’heure que Reine Mad Men convoite son royaume et nous fasse exécuter la révérence.
Depuis la mi-saison passée, Mad Men trépignait à l’idée d’opérer un tournant franc dans la modernité d’une époque sixtie. Les prémices de cette plongée en eaux modernes américaines avaient été brillamment signées à travers des trames fortes qui touchaient à la fois aux droits civils, à la destruction de la cellule familiale, en passant par l’homosexualité ou l’entreprise, le tout sur fond politique et social (l’assassinat de Kennedy, entre autres). Cette année, d’entrée de jeu, la modernité a été pris à bras le corps.
Un bond en avant. Nous voici en 1964, à l’aube de Thanksgiving. Don Draper est divorcé, vit reclus avec une femme de ménage soucieuse et songe à flirter de nouveau pour le bien-être social. Lui et ses proches collaborateurs ont fondé depuis peu leur agence de pub et tentent de se maintenir la tête hors de l’eau avec leurs faibles comptes clients. Don cherche un appui médiatique et compte sur ses loyaux partenaires pour dégoter de nouveaux contrats.
Le décor est planté avec parcimonie, comme toujours. Et c’est encore avec la plus grande subtilité et la plus grande précision dans les dialogues que les auteurs de Mad Men nous laissent de nous-mêmes prendre le pouls de ces bouleversements et cette nouvelle ère.
Pourtant, dans l’entreprise, l’intensité n’a pas chaviré entre le passage Sterling Cooper Advertising vers la nouvelle agence Sterling Cooper Draper Pryce. Les hommes en colère arrivent matinal au bureau avec le même pas décidé, et malgré l’absence d’open space, les secrétaires sont déjà là, dans des box sur deux étages étroits, toujours supervisées par Joan, avec son professionnalisme glamour qui lui sied tant.

Si le décor évolue, l’ambiance et le plaisir de retrouver cette équipe d’employés sont intacts. S’ajoute à ça, une pression de fond inédite, qui vient subtilement se greffer à cet univers de travail : les impératifs économiques de cette nouvelle agence sont palpables, voilà pourquoi Don se jette corps et âme dans un projet du maillot de bain deux-pièces et ose la publicité moderne à effet racoleur.
La modernité au travail, c’est sans doute Peggy qui l’incarne au mieux. Vestimentairement, moralement, professionnellement, l’ancienne secrétaire qui s’émancipe de scène en scène est devenue une commerciale hors pairs avec ses propres méthodes et ses idées farfelues peu conventionnelles (mettre en scène deux femmes qui se crêpent le chignon pour un jambon afin de conforter les ventes et donc le client).
Mais qui est Don Draper ? La question qui brûle les lèvres des téléspectateurs depuis le début de la série et plus particulièrement depuis l’an passé, après quelques troublantes révélations sur le passé du héros phare, revient au premier plan et semble rester majeure cette année. Cette question est introduite d’emblée dans l’épisode, en nous donnant presque l’impression que le glas de la supercherie a sonné pour le mystérieux Don. Interviewé par un journaliste unijambiste du Ad Age, Don a la lourde tâche de se livrer sur son parcours. Toujours laconique, celui-ci se rendra rapidement compte qu’il devra entretenir la mythologie d’une identité qu’il a façonnée au fil des années.
En tout cas, l’introspection permise par cette interview a permis à cet épisode de montrer l’envergure de son évolution. C’est avec un petit pincement au cœur d’ailleurs que l’on retrouve l’unique Betty … dans les bras d’un mari de substitution, Henry.
Le bonhomme vit dans la maison des Draper et invite sa nouvelle épouse et ses enfants à ses propres repas familiaux. Le sujet épineux du divorce vient alors rapidement à la surface, entre les comportements réfractaires de la mère d’Henry (she’s a silly woman ») et les pulsions rebelles de la jeune Sally (la scène à table s’avère absolument jubilatoire).
Là encore, la conciliation entre le monde du travail et l’environnement familial est assurée à la perfection par les scénaristes qui avec quelques scènes brèves rendent compte de toute la complexité du divorce et de la famille recomposée vue par les autres à cette époque.
Un retour à la fois sobre et tragicomique pour Mad Men qui se lie officiellement à la modernité d’une époque et d’un propos. La transition vers le monde moderne se fait sous nos yeux, à travers des histoires simples mais terriblement symboliques. La preuve magistrale que Mad Men reste, grâce à sa justesse intacte et son authenticité historico-sociale, la production la plus maîtrisée du moment.
9/10

Écrit par Adam dans Critiques, Mad Men | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : mad men, saison 4, john hamm, matthew weiner, january jones, christina hendricks, critique, amc |
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28.07.2010
Entourage (Saison 7) Le Temps des Dispersions

Pour leur septième année de mauvais et déloyaux services sur HBO (parmi les plus longs de l’histoire de la chaîne), les garçons mal peignés de L.A continuent de se la couler douce, quitte à se faire eux-mêmes de l’ombre. Entre absence d’évolution et dispersions mal gérées, la bande à Vinnie gigote sur place, mais n’ennuie jamais.
Parmi les séries actuelles HBO, Entourage est sans doute celle qui bénéficie aujourd’hui le moins de contenu. A l’image du héros, Vincent Chase, devenu le sidekick de ses propres sidekicks, notamment Drama, son vieux frérot, la série Entourage se contente d’incarner un décor et une ambiance en arrière plan.
A ce niveau, la série réussit toujours à maintenir une bonne humeur et son capital sympathie intact la sauve du précipice éculé. Remercions ici la riche et éclectique distribution de la série (Entourage est une série qui tourne avec minimum une douzaine de personnages secondaires réguliers), des principaux mentors qui ont fait leurs preuves depuis belle lurette (Piven, Dillon) aux rôles secondaires féminins devenus quasiment indispensables à une nouvelle mécanique de la série.
Debi Mazar, garante du cynisme farfelu de la série, malheureusement trop absente, Perrey Reeves, alias Madame Gold, Beverly d’Angelo, Constance Zimmer, Emmanuelle Chriqui, mais surtout récemment Dania Ramirez, compagnonne de Turtle et la très convaincante, Autumn Reeser, sublime agent aux longues dents et au discours affirmé qui donne du fil à retordre au machisme d’Ari.
Sans l’énergie amenée par ces nouvelles têtes aiguisées qui en disent long sur la prise de pouvoir d’Hollywood par les femmes, la série signerait désormais des chapitres convenus qui n’apporteraient rien à cet univers show-bizz dont on a fait le tour depuis des années.
Les guest stars ennuient, les défilés de jolies filles aussi. Alors quand Vince la joue garconniere, n’en fait qu’à sa tête au point de se la raser (le syndrome Britney Spears, de mauvais augure) et ne jure plus que par l’associé bêta et inconséquent de E., le téléspectateur tire la sonnette d’alarme : l’histoire de l'ascension d’une coqueluche n’est plus, il n’y a plus que lun enrobage superficiel sur fond devenu tout autant guimauve.

Alors, il reste l’évolution d’Ari, toujours à la conquête d’un empire plus grand, de E., qui décide de se ranger pour l’amour, ou de Turtle, bien décidé à faire sa place quelque part, mais leur histoire manque de mordant ou d’inattendu. Les premiers épisodes, maladroits dans le fond, peinent à rendre l’histoire du petit commerce de Turtle et son avenir dans la Tequila d’un quelconque intérêt.
Même topo pour Ari, qui malgré son envie mégalo d’acquérir sa propre équipe NFL et ses discours toujours si impertinents, commence à flirter avec les frontières de l’imprévisible et seul l’atout Lizzie lui permet de sortir de sa stature jamais plus méconnaissable.
Heureusement, pour assurer les scènes les plus typiques d’Entourage, Johnny Drama veille au grain. Lui n’évolue jamais, toujours avide de succès, d’un projet qui cartonne, d’une reconnaissance ultime. Drama s’essaie désormais à la comédie, avec en partenaire "l’éphèbe" John Stamos.
S’il réalise que l’échec et le manque de considération des autres lui sourient toujours, Drama découvre enfin son potentiel comique et pourrait à l’écran devenir son propre rôle désopilant. L’avenir de la série reposerait peut-être bien sur ses épaules voûtées. Pour Vince comme pour la série, il ne leur manque plus qu’à réaliser que les succès paresseux et sans surprise, cela ne suffit plus.
6.5/10
Écrit par Adam | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : entourage, saison 7, critique, jeremy piven, adrien grenier, hbo |
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25.07.2010
Haven (Saison 1) L'Etrange médiocrité

Souvenez-vous, il y a vingt ans, l’étrange s’appelait Twin Peaks et le monde changeait à jamais grâce à Laura Palmer. Aujourd’hui l’étrange fait recette, c’est devenu un concept, voire une majuscule. L’Etrange se mêle à la science-fiction, fait des clins d’œil à l’apocalypse et forcément recrute le FBI (le FBI, c’est un peu comme un partenaire frisson des mystères de l’Etrange). Et chaque année, des villes très étranges pullulent sur nos écrans. Ca donnerait presque envie de retourner à Capeside.
Bienvenue à Haven. Petite bourgade sans histoire près du Canada qui connaît le brouillard et les intempéries. Malgré l’apparente normalité des orages, quelque chose ne va pas chez les habitants d’Haven. On murmure même que certains contrôleraient les forces de la nature avec leurs humeurs*. Il n’en faut pas plus pour qu’une jeune et jolie agent du FBI soit sur le coup.
Adapté du roman de Stephen King, The Colorado Kid, Haven ressemble donc à ces schémas-types littéraires à la King ou Herbert où tout est excuse à mystère. Entre les routes qui se fissurent, les attaques enneigées et les habitants louches, Haven polit gentiment son tiroir à bizarreries.

Et malgré le côté actif des mystères, rien n’apparaît tellement anormal dans cette petite ville, où tout est surjoué, puant le faux intriguant à des kilomètres. A commencer par l’actrice première, Emily Rose (garantie sans exorcisme), qui avait déjà officié dans l’étrange, à travers John From Cincinnati. Son personnage principal, agent du FBI, est plus en phase avec les répliques cinglantes à la Pretty Little Liars (parfois bonnes) qu’avec l’attitude sombre d’une agent fédérale.
Si l’envie de procurer à l’atmosphère pensante quelques bribes signées ironie est louable, Haven peine à concilier les deux et finit par cabotiner tout le long (même le cliffhanger final fait sourire). Outre Audrey Parker, à côté de la plaque, les personnages masculins n’ont pas le charisme nécessaire pour entretenir une quelconque intrigue ménagère (ou supplanter la jeune blonde).
Et le potentiel scénaristique d’Haven, à en juger par cette enquête introductive digne d’un mauvais épisode de Ghost Whisperer* (niveau plus bas, tu meurs), garantit une lente descente aux enfers pour les spectateurs avides de suspense étrange. A côté, Fringe est la série fantastique du siècle, aux dialogues de génie et aux renversements de situation impensables.
John From Cincinatti, Carnivàle, Meadowlands, Happy Town, Eureka, The Lost Room, Fringe et j’en oublie trente sont toutes des séries sur le paranormal au quotidien. Bon nombre d’entre elles meurent avant même d’avoir donné les clés de leur mystère (on murmure que c’est parce qu’elles sont rouillées de l’intérieur). Pire, Day One, série promise en septembre 2009 puis en janvier 2010, puis en format téléfilm, est officiellement une série mort-née.

Écrit par Adam dans Critiques, Haven | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : haven, stephen king, emily rose, syfy, critique, saison 1 |
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23.07.2010
True Blood (Saison 3) Amour saignant parmi les loup garous

Trouble – 3.05 (diffusé le 19.07.10)
Il aura fallu attendre la mi-saison ou presque pour que les ennuis commencent enfin à Bon Temps et à Jackson. Pourtant, l’épisode garde encore le rythme lancinant des débuts de cette saison et n’enchaîne que timidement les premières péripéties dignes de ce nom. La saison de la paresse pour True Blood ?
On a eu beau se réjouir du retour triomphal de True Blood, face aux promos innombrables et aux déchaînements des fans, le début de la troisième saison de la série vampirique signée HBO n’aura fait qu’entériner la déception crée en fin de saison 2.
Si les atouts visuels et grandiloquents restent un plaisir de tous les instants, il semble que le tournant scénaristique pris par les auteurs du show manque de finesse et d’appui logique. Depuis cette saison, le mot d’ordre est aventure. L’odyssée de Sookie pour retrouver Bill, retenu captif dans un royaume à l’effet vampirique couronné indigeste, le sort qui s’acharne encore et toujours sur cette pauvre Tara et les missions V d’Eric… D’emblée, la saison s’est envenimée, avec cette ambition affichée légèrement pompeuse de montrer son étoffe scénaristique. Pourtant, aucune de ses intrigues ne sait actuellement électriser les foules comme l’a pu faire l’intrigue du serial killer ou les prémices de l’intrigue Maryan.
Actuellement, il manque à la série, l’essentiel. Le fonctionnement de Bon Temps et du Marlotte, la vie de Sookie, son foyer, la dynamique entre les personnages, principaux comme secondaires, l’évolution de leurs relations.
A force d’introduire de nouveaux personnages pour de nouveaux mystères fantastiques, la série en néglige ses héros premiers et leur propre histoire. Dommage, parce que la famille de Sam ou la nouvelle relation amoureuse de Jason ne peuvent pas lutter contre ces mêmes thématiques déjà dévoilées : l’histoire familiale de Tara ou la fraternité Stackhouse. A croire que maintenant, chacun joue dans son coin, isolément. Même Jessica n’est plus qu’une simple marionnette de comptoir au Merlotte.
Cet épisode ci a su rehausser le niveau faible de cette saison. Toujours en maniant l’art du (faux ?) cliffhanger, la série bâtit ses révélations sur son temps narratif : retrouvailles entre Bill et Sookie, pouvoirs soudains de l’héroïne, menace vampirique qui plane au dessus de la tête de Tara, l’enjeu général de la saison est enfin établi.
Mais avec de nouvelles pistes intéressantes comme la relation amoureuse de Lafayette –et d’autres plus ratées (le flashback Viking), la série montre encore son instabilité à jouir de son univers présent.
6/10

Adam
Écrit par Red dans True Blood | Lien permanent | Commentaires (23) | Tags : true blood, hbo, anna paquin, alan ball, sookie, bill |
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20.07.2010
Louie (Saison 1) La mise en abyme sérielle

1.01 – Pilot (diffusé le 29.06.10) & 1.02 – Poker Divorce (diffusé le 29.06.10)
L’histoire d’un homme qui plonge dans la crise de quarantaine, divorcé mais père de deux et faisant rire son public avec des anecdotes ayant attrait de près ou de loin à sa situation. Très conceptuelle et partant de rien, la série n'en est pas pour autant vide. Elle véhicule le rire d'une façon à laquelle personne n'a pensé : grâce à la simplicité.
Sur les deux épisodes, le comique de situation se fait plus subtil également que dans les comédies type, pas besoin de grandes scènes théâtrales ou de situations exagérées pour faire rire. La série ne jouant jamais la carte du maniérisme, elle gagne en réalisme, en acuité et surtout, en efficacité.

Écrit par Red dans Louie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : louie, louis ck, fx |
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17.07.2010
Covert Affairs (Saison 1) Alias la série décomplexée musclée

Avec White Collar, USA Network a trouvé la série idéale pour un doublon placé sous le ton de l’action ironique. Covert Affairs, série dynamitée l’est autant pour ses intrigues trépidantes que pour son humour musclé.
La chance du débutant, c’est quelque chose que connaît bien Annie Walker, jeune apprentie de la CIA récemment embauchée dans les gros locaux grâce à ses talents polyglottes et son allure féline. Perfectionniste dans l’âme, méthodique dans l’art de manier les règles de l’agence secrète, Annie est rapidement mise à contribution, en prenant le rôle d’une call girl chargée de capturer un méchant russe (pardonnez le pléonasme, ils le sont toujours dans ce genre sériel). Mais celle-ci ne sait pas que la CIA se sert d’elle pour remonter la piste de son ancien mystérieux petit ami.
Dans Covert Affairs pourtant, l’histoire de fond n’importe pas tant. On a beau nous embarquer au Sri Lanka, nous impressionner avec des scènes d’action interminables mais terriblement déjà-vu, le fond de Covert Affairs reste classique et pourrait même faire désuet par rapport à d’autres séries ultra-calibrées actuelles. Mais grâce au dynamisme de la série et de ses personnages, le charme made USA Network opère ici, contre toute attente. Comme pour White Collar, le rythme soutenu et l’intelligence des scenarii et des dialogues procure à Covert Affairs une jolie image de série finaude, à contre-emploi.
A la Chuck, avec les geekeries en moins, la CIA est vue par des néophytes, qui ont le sens de l’humour et une famille sage et concernée qui les attend le soir. Mais ici, pas d’humour fantasque, ou pire, de caricature, la série conserve l’esprit du genre espionnage.
Dans le rôle Ms. Chuck, c’est Piper Perabo qui s’y colle. On craignait le pire pour cette actrice habituée aux nanars en tout genre (The Crypt, Carriers, Because I Said So). Mais ceux qui l’ont aimée dans Coyot Ugly seront surpris par l’aptitude de l’actrice à jouer les agents secrets.
Féline et sarcastique, Piper n’essaie pas d’entrer dans la peau de Bristow ou d’être la concurrente directe d’Olivia Dunham. Si les efforts physiques de la belle sont là (scènes d’étranglement et de course poursuite à l’appui), Annie Walker séduit surtout par son franc-parler éclectique et sa moue d’apprentie ahurie. Qui plus est, l’héroïne est accompagnée par un agent aveugle, Auggie Anderson -la preuve que la série ne se veut pas tant sérieuse. Incarné par Christoper Gorham (le geek dans Ugly Betty, le psychopathe dans Harper’s Island), Auggie et sa nouvelle BFF, Annie forment un duo complice et différent, qui nous changent des relations forcément ambiguës entre mesdames les agents secrets et leurs collègues séduisants.
Produit par Doug Liman, à qui l’on doit tous les films castagne de ces dernières années (la trilogie Bourne, Mr & Mrs Smith), Covert Affairs avait tout pour être la série musclée et vide de sens de l’été. Pourtant, le show de USA Network nous surprend avec son joli casting (Peter Gallagher et Kari Matchett, aussi) et sa ligne de conduite différente. Pas étonnant que le démarrage a fait un carton plein dans les foyers américains.
7/10

Écrit par Adam dans Covert Affairs, Critiques | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : covert affairs, alias, critique, usa network, piper perabo, christopher gorham |
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15.07.2010
Hot in Cleveland (Saison 1) Vieillesse et perceptions comiques

Pour rameuter les nostalgiques de sitcoms à l’ancienne, la chaîne inconnue ou presque, TV Land (avec un nom pareil, aussi) vient de lancer Hot In Cleveland. Pour prouver sa bonne foi, la chaîne câblée a recruté les talents peu séniles de Betty White, figure comique emblématique outre-atlantique, grâce à son rôle épique dans les Golden Girl, série comique incontournable pour les premières générations de sériephiles portés sur la chose…drolatique. Beaucoup de « hic » mais ici, cela est justifié.
Betty White, forte de ses 88 ans éclatants, a réussi un comeback à ridules avant l’oubli en maison de retraite. C’était en mai dernier dans le Saturday Night Live et dans le season finale de The Middle (Betty y jouait une bibliothécaire cheftaine qui donnait du fil à retordre à ce pauvre Brick et ses tendances lectrices dévorantes).
En prouvant à tous que sénescence rimait encore avec performance, Betty a enchaîné logiquement avec Hot in Cleveland, série féminine très vintage.
L’histoire ? Celle de trois amis de toujours : Victoria (Wendie Malick), Melanie (Valerie Bertinelli) et Joy (Jane Leeves) respectivement actrice de soap has been, romancière fleur bleue et une « épilatrice » de sourcils (oui, mais ceux des stars). A la bande à Carrie, avec un membre en moins (Miranda serait décédée d’un cancer à l’utérus), les trois quadras bien entamées décident de se changer les idées à Abu Dhabi Paris. Mais en raison d’un vol mouvementé, les trois copines débarquent en catastrophe à Cleveland. Signe du destin ou pas, la petite bande réalisera bien vite qu’à Cleveland, plus qu’ailleurs, il fait bon être une femme en pré-ménopause.

Très vite, le spectateur saisira le concept simplet mais rafraîchissant d’Hot In Cleveland. A Cleveland, les possibilités sont nombreuses, l’authenticité brute, la sincérité transpirante des chopes de bière. Alors, quand on est une femme au success, men ou trust issues, rien ne vaut cette terre d’asile chaleureuse pour se sentir de nouveau populaire, désirée ou simplement considérée. Le hic de cette histoire gentillette, c’est Elka (Betty White), gouvernante à la langue bien pendue de la maison que loueront les amies, bien décidées à continuer à profiter de la vie selon Cleveland.
Si la confrontation entre le mode de vie de LA et celui d’une petite ville de l’Ohio s’avère originale le temps d’un sketch (ou deux), en dilapidant quelques répliques sur le regard des hommes, l’obsession esthétique ou diététique à faire trembler les guerilleras féministes, l’intérêt de cette sitcom très figée ne dépassera pas le parvis de la grande Betty, manque de moyens et de matière à développement pour cause.
Mais si Hot in Cleveland manque cruellement d’avenant et de naturel (réparties forcées, moues plus botoxées que nature, décors cheap), la série nous ferait presque croire à un retour dans le temps : 1992, le spectateur zappant hasardement, en quête d’un programme en carton pâte pour les réveils difficiles. Et avec Betty White à l’écran, aucun doute possible, Hot in Cleveland a existé avant Dingue de Toi.
Idiosyncrasie féminine, rictus forcés, décors en carton-pâte, Hot in Cleveland n’a pas besoin de comparaison avec des séries comme Modern Family ou Community pour d’emblée briller ringarde. Mais peut-être que la série fera un carton, … à Cleveland.
4.5/10
Écrit par Adam dans Critiques, Hot In Cleveland | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : hot in cleveland, betty white, tv land, saison 1, critique |
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