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  • This Is Us (Saison 1) La fable du groupe

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    Adoubée par le public à la mise en ligne du trailer, This Is Us, la nouvelle série de NBC, s’est imposée au fil des semaines comme la nouveauté importante de la chaîne du paon. Les débuts de la série le justifient, délicate et bien interprétée, la série a tout pour être la nouvelle série familiale du paysage américain.

     

    Cela débutait mal. Un titre un peu mièvre qui rappelle les grands succès d’Anna Gavalda, et un concept qui l’est tout autant. This Is Us expose quatre grands protagonistes nés le même jour et liés d’une façon ou d’une autre dans le grand univers. Une sorte de prédication à la facon de Sense 8 sur Netflix. Pour autant, pas de spiritualisme débordant, ici, This is Us s’emploie uniquement à suivre le destin de ses personnages le jour où de leur anniversaire, le jour où chacun d’entre eux décide d’une nouvelle page pour leur vie.

    Parmi eux, le couple amoureux transi, Jack (Milo Ventimiglia tout aussi intense depuis Gilmore Girls) et Rebecca (Mandy Moore, diva des romcoms), ce premier fête son anniversaire le jour où sa femme accouche, une procédure à risques puisque Rebecca attend des triplés. Kevin et Kate sont quant à eux jumeaux, ils fêtent leur trente-six ans malgré une immense insatisfaction personnelle. Lui est acteur d’une série potache, il refuse d’incarner l’acteur raté d’Hollywood tout juste bon à enlever  son t-shirt devant les caméras et montrer ses muscles saillants. Elle a des problèmes d’alimentation et un régime qui la hante. En surpoids, elle appartient à un groupe de soutien mais ne se sent pas à sa place. Enfin, Randall (Sterling K Brown, merveilleux dans The People vs O.J Simpson) fête aussi son anniversaire. Il est père de famille comblé, deux filles exemplaires, une femme sans failles, mais décide de retrouver son père qui l’a abandonné à la naissance.

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    Tous ces personnages ont ainsi en commun leur date de naissance. Une anecdote narrative à l’intérêt limité. Pour autant, ce qui les lie va au-delà. Privilégiant le mystère sur leurs liens, le pilote de la série offre en conclusion un twist narratif nouant définitivement les protagonistes de la série. La série créée par Dan Fogelman, responsable de The Neighbors et surtout de Crazy Stupid Love, se situe pile dans l’esprit de la dramédie aux bons sentiments. Des scènes sur fond de Damien Rice, des larmes, des doutes, This Is Us est la nouveauté fleur bleue de la saison. Pour autant, la série n’est jamais mièvre, elle s’écarte des poncifs nœud-nœuds grâce à des personnages d’emblée attachants et une intrigue ficelée et astucieuse.

    7/10

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  • Fleabag (Saison 1) L’errance féminine

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    Phoebe Waller-Bridge est une bosseuse. Après Crashing, il y a quelques mois, série communautaire joliment déjantée sur une bande de trentenaires voulant vivre différemment, l’auteure et actrice remet ici le couvert en adaptant son personnage de scène. Un coup de maître existentiel et sévèrement pessimiste.

     

    Héroïne et scénariste, Phoebe Waller-Bridge incarne Fleabag, une jeune femme dépressive aussi mal aimée que mal amoureuse. Fille cadette et orpheline de mère, Fleabag se sent seule mais ne sait pas comment apprivoiser les autres. A commencer par son petit-ami, un chic type qui lui pardonne tout, même ses actes masturbatoires face à des discours de Barack Obama. Sa sœur, rigide et autoritaire et son mari fantasque qui tirent à la couverture à eux. Ou même sa belle-mère, Olivia Coleman, une artiste tyrannique qui a envahi la vie de son père après la mort de sa mère. Face à ces gens antipathiques, Fleabag préfère se parler à elle-même.

    Sourires narquois face caméra, petits clins d’œil, moues ironiques, commentaires off, l’héroïne s’amuse avec nous de ses échecs. Mise en abyme maligne de la série, comme autant de remarques que l’on s’inflige tous, Fleabag met en perspective ses frasques, toutes les petites situations embarrassantes qu’elle crée volontairement pour mieux s’accommoder de sa morne existence. Dépressive, malhabile, cynique, oui, Fleabag l’est, mais surtout elle est lucide. Elle n’attend rien, elle n’espère plus grand-chose, Fleabag contemple ses défaites et ses vices. Elle est une femme torturée qui avance dans le noir, à l’aveugle mais elle le sait.

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    Dans le jargon anglais, fleabag signifie plusieurs choses, une personne peu plaisante, un sac à puces selon l’expression, même un animal laissé pour compte, un animal sans intérêt. A l’image du cochon d’inde que Fleabag a offert à Boo, sa meilleure amie, avec qui elle tient un salon de thé et qui, il y a peu, s’est tuée soudainement par tristesse amoureuse.

    Cet animal de basse catégorie, désormais c’est Fleabag elle-même. Une jeune femme déchue et hantée par la mort de son amie. Cette mort qu’elle refuse de qualifier de suicide alors que Boo s’est jetée sous les roues d’un bus. Depuis, tout l’équilibre de Fleabag se brise. Tous ses repères se fissurent. Traumatisée, Fleabag en est prise de souvenirs de son amie en vie, elle continue d’appeler son numéro pour entendre sa voix, une récurrence qui la malmène et qui la pousse à la résignation.  La série montre ça, cette latente dépression, une femme qui baisse les bras petit à petit, vautrée dans l’inconséquence.

    Série sur le néant existentiel, l’envie et l’amour qui décline, le féminisme  éclaté et la dépression nerveuse qui guette, Fleabag n’est pas un remède, un antidote à l’insatisfaction. C’est tout l’inverse. Pessimiste à l’envi, complaisante, la série offre des scènes de cruelle lucidité, des moments d’une poésie folle. Comme cette scène dans le métro où Fleabag imagine les gens près d’elle se mettre à danser et à hurler. Pourtant, c’est en elle que tout se joue. Dans sa tête, dans son corps. Parce que Fleabag, c’est surtout ce personnage féminin, complexe et intense, aux nœuds acérés, aux enjeux incompris, à la marche incertaine, à la culpabilité dévorante. Un travail d’inspection formidable, d’une noirceur palpable mais servi par une écriture lumineuse et un jeu ingénieux. Phoebe Waller-Bridge fait déjà partie des grands.

    9/10

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  • Difficult People (Saisons 1 & 2) La méchanceté des gens

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    Les séries raffolent des râleurs. Des langues de vipères, des mauvais coucheurs, des colériques adeptes de la réplique assassine. Souvent personnages secondaires, la tendance est d'en faire des héros. You're the Worst, Another Period, Happiysh, les nouveaux personnages de série sont de vrais grognards désillusionnés. Avec Difficult People, on confirme le trait avec brio.

     

    Difficult People en dit long. Les gens difficiles, ici, deux en particulier. Deux trentenaires, post-génération Lena Dunham, mumblecore déchus. Deux comiques new-yorkais qui tentent désespérément de percer dans le show-bizz mais dont leurs paroles fâcheuses les grillent partout où ils se rendent. A coup de tweets décalqueurs ou de flagrant délit de grande gueule sur place publique, ces deux-là ratissent les ennemis et les occasions de passer pour les gens de la pire espèce.

    Elle (Julie Klausner) est une rousse à formes, bien qu'elle déteste le mot, la culture de la pin-up et Kat Von D y compris. Elle est rangée avec un type docile de chez PBS et occupe ses journées à écrire les récaps des téléréalités. Lui (Billy Eichner) est un comédien sur la touche, habitué aux spots de pub et aux services dans un salon de thé de Williamsburg tenue par une jeune despote (Gabourey Sidide) et son ami homo hystérique. Tous les deux ont des idées arrêtées sur à peu près tout (les acteurs, les parents, les serveurs, les chanteurs de rock, les provinciaux). Tous les deux font du stand-up. Ils encaissent les bides et médissent sur le public. Tous les deux jouent leur propre rôle. Tous les deux sont merveilleusement imbuvables.

    Chapeautée par Amy Poehler, cette petite comédie de deux saisons diffusée actuellement sur HULU donne le ton quant à nos comportements. Nos vilaines habitudes, fâcheuses et encore, notre égoïsme gonflé à l'orgueil, nos envies de fusiller du regard la moindre personne qui vient innocemment nous barrer la route. Deux personnages comme nous, humiliants et humiliés, surtout abjects, tout en étant toujours un peu drôles.

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    Il y a une originalité dans l'exercice. Une énergie vraie dans l'écriture qui fonctionne, rebondit, se rythme à travers les sketches. La saison deux confirmant de façon exceptionnelle la maîtrise scénaristique, l'art de la réplique assassine et des personnages secondaires (la mère de Julie notamment). Il y a du Larry David dans cette façon cynique de jouer et s'amuser. Pour autant, jamais de pâle copie. La série assume le manque de talent de ses héros, leur existence terne et l'absence de rédemption. Comme eux, la série ne semble jamais vouloir les propulser sous un beau jour, à l'image de Broad City hilarante dans son autosuffisance.

    Difficult People assure par sa critique de la solitude ultramoderne, en taillant entre autres nos habitudes et notre usage de la culture pop, étalée, dévorante, qui témoigne de notre aveuglement. Elle se distingue aussi par son large choix de personnages bien campés, originaux et authentiques dans leurs névroses. De la magicienne sevrée de Brooklyn à la youtubeuse beauté, la vieille hypnotineuse ou la podcasteuse littéraire, la série enchaîne les situations qui ont ce gout de vrai, des effets de réel que ponctuent la série avec humour. Ils sont comme ça, Billie et Julie, ils ne sont que des héros limités, amusants parce que pétris de contradictions, divertissants parce que tissés de traits sordides, pathétiques, hilarants, qui reflètent notre belle médiocrité et nos coquetteries de privilégiés, inadaptés maladifs, sans cesse frustrés par les autres, le travail, l'envie de plus. Et comme nous sommes pathologiquement cyniques, il fait bon rire de nous-mêmes.

    10/10

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  • Mum (Saison 1) La modestie du chef d'oeuvre

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    Au printemps dernier, BBC 2 a lancé la saison inaugurale de Mum. A ne pas confondre avec Mom, la sitcom de très haute volée avec Anna Faris, cette consœur anglaise est aussi époustouflante d'émotion et de scènes authentiques. Indispensable pour tout sériephile.

     

    Mum raconte la vie de la bientôt sexagénaire Cathy aux lendemains de la mort de son mari. Jeune veuve un peu désorientée, Cathy ne se retrouve pas seule. Au contraire. Son fils Jason n'a pas quitté le nid, débonnaire et naïf, il fait peu face aux évènements qui touchent sa famille et ne jure que par sa nouvelle petite-copine, Kelly, une jeune fille touchante de bêtise et de propos mal placés, un personnage haut en couleurs aussi agaçant que follement tendre. Chez Cathy, il y a aussi Derek qui rend visite de temps à autre à sa sœur, fièrement accompagné de sa nouvelle conjointe, Pauline, une femme sordide, méprisante et superficielle, ainsi que Michael, l'ami de famille depuis toujours, le type fiable, très soucieux du  bien-être de Cathy, qui, aussi, en pince gros pour elle. Toute cette joyeuse tribu tarabiscotée en tares horripilantes, en névroses folles furieuses est vue à travers les yeux de Cathy, la mère du clan. Maternelle, empathique, douée avec les autres, la comédienne Lesley Manville est incroyable de justesse et de bienveillance. Cathy aide, rassure, comprend, elle ne dicte rien, elle fait toujours avec. Ce personnage apaisant et lumineux offre à la série toute son âme, une musique terriblement profonde et humaniste.

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    Pensée par Stefan Golaszewski et Richard Laxton à qui l'on devait la série fortement récompensée Him & Her sur un jeune couple de vingtenaires paresseux et casaniers, Mum s'écarte totalement  de ces horizons gentiment indés. Pourtant, on retrouve ici  un ton décalé et un aspect volontairement conceptuel : le deuil vécu en six étapes. Six instants de la nouvelle vie de cette femme, pris au hasard après la mort lente du mari Dave. Dans son concept narratif, Mum fait penser à Another Year de Mike Leigh qui raconte sur une année, sur quatre saisons, la vie d'un couple de sexagénaires amoureux et altruistes mais fréquemment agressés par des visites impromptues, la plus fréquente étant celle de Mary jouée par la même Lesley Manville, aux antipodes de son rôle dans Mum.

    De façon générale, cette série délicieusement douce-amère a l'ADN enraciné des œuvres de Mike Leigh, Secret & Lies, film merveilleux sur l'adoption et la différence, en chef de file. Digne héritière de cette filmographie symbole de bienveillance, Mum fait œuvre de la même sobriété, la même justesse intime que le réalisateur anglais. La série montre les vices de tout un chacun, les perce à jour, les éclate à l'écran avec une cruauté véridique, et pourtant elle fouille avec une subtilité maîtresse les failles si humaines de ces gens. A l'image de la jeune Kelly insupportable d'inepties et de maladresses qui, finalement, se révèle être une femme timorée par la vie, matée par une mère moqueuse et impitoyable. Ou encore Pauline la dominatrice qui se plaît à humilier ses concitoyens pour le simple plaisir de se sentir au-dessus, finalement totalement dérobée à elle-même, désespérée par son divorce et la trahison conjugale. Mum montre ça, la solitude et la crainte de l'abandon, la peur du jugement, la vie comme une quête de sens. Parmi ces gens perdus, confus, sévèrement attachants, Cathy règne là, avec ce chagrin qu'elle tait pour demeurer la béquille des autres. Comme aucune autre, la série parle de la mort comme d'une passade soudaine dans la vie, d'une vie qui se retrouve toujours, entourée de gens malmenés par les doutes. Avec délicatesse, la série parle d'eux, les montre du doigt sans jamais les juger, les moquer, elle raconte ces petites existences qui crèvent le cœur, ces vies-là sans aucune certitude de ce qu'elles valent.

    D'une pudeur folle, Mum est un chef d'œuvre absolu.

    10/10

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  • Sense8 (Saison 1) Les Wachowskis à la télé

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    Après quelques navets ou oeuvres incomprises, les Wachowskis prennent les manettes de leur première série chez Netflix. Budget colossal pour une série tout aussi imposante.

     

    Sense8 a du cran. Une ambition digne du célèbre duo américain. Un projet un peu fou digne de leur rang mystique. Une sorte d'état des lieux du monde, un bilan humain et politique qui prolonge Cloud Atlas, cette œuvre générique qui traversait les âmes et les siècles. Déconcertante ou bien géniale.

    Là encore, on s'interroge. Chaque épisode de Sense8 est une remise en cause. Chaque réplique au cordeau. Dans Sense8, il y a tout. Une volonté humaniste de cartographier nos cultures et nos consciences, à travers huit destins d'hommes et de femmes inextricablement liés par leur sensibilité. Huit héros du monde entier qui résonnent ensemble, qui se projettent, se retrouvent, malgré les kilomètres, et par l'entremise de témoins presque divins (Daryl Hannah). Londres, Berlin, Nairobi, Mexico, Séoul, l'Islande, l'Inde, Chicago, la série tournée en ces lieux veut réunir le monde et les individus, tout en évoquant cette toute-puissance chère aux anciens papas de Matrix. Cela pourrait laisser de marbre mais on se laisse volontiers hypnotiser.

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    Au delà d'un pilot raté, trop démonstratif, Sense8 se reprend par la suite, plus affûtée, plus soucieuse de chacun de ses héros perdus aux quatre coins du monde. La série aime répandre les mythes et récolter les réponses. Tantôt mièvre, tantôt new-age, souvent sincère ou métaphysique, la série transcende notre époque à travers des personnages clés. Des conducteurs de bus africains, des DJ européens, des lesbiennes-trans à SF, des japonais financiers, des flics américains, des acteurs mexicains de telenovela, des chercheurs indiens, autant de cartes d'identité peu inspirées mais faciles à suivre. Et bien sûr, tout y passe. Le transsexualisme bien sûr, l'homosexualité, la famille, la corruption, la maladie, la mélancolie, des pistes vues comme des des gangrènes contemporaines qui agissent ici comme le dioxyde de carbone de cette bible.

    Certaines trames  fonctionnent efficacement, à la façon d'une machinerie lancée par JJ Abrams, grâce aux hommages à Lost (le personnage de Sun ou l'acteur Sayid) ou bien Heroes, même Twin Peaks ou Soderbergh en cherchant bien. Mais la série profondément divertissement vise à l'excès une noblesse qu'elle ne peut atteindre, malhabile souvent, éclatée dans le monde entier à la façon d'un mauvais Game of Thrones.

     

    Sense8 est bien loin du best-viewer d'HBO, de sa superbe surtout et des ponts scénaristiques qu'elle bâtit entre ses univers. Plus triviale dans ses cheminements, souvent maladroite et démagogique, et sans enjeu intense. Malgré tous ces défauts pèle-mêle, Sense8 est une oeuvre ambitieuse dans son récit mondialiste, agréablement bordélique et sirupeuse.

    6/10

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  • Grace & Frankie (Saison 1 et 2) La vie des septuagénaires

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    La vie de deux femmes d'âge avancé après une rupture brutale. Un pari mélo pour Netflix qui forge une série touchante.

     

    Grace et Frankie sont deux femmes, âgées entre 70 et 77 ans. Bien sûr, tout les oppose. L'une est bourgeoise, familière des brunchs en famille, des sorties au country club et des séances shopping chez Michael Kors. L'autre bohème, presque new-age, peintre excentrique habituée aux rites et aux incantations psychédéliques sous la pleine lune, entourée de statuettes africaines et d'objets vert-de-gris. Leur mari respectif sont associés dans un gros cabinet d'avocat mais les deux femmes se détestent. Leur vie s'effondre le jour où leur mari les quitte pour le conjoint de l'autre.

    Pensée par Martha Kauffman, l'une des créatrices de Friends, rien que ça, la comédie se paie le luxe de Jane Fonda et de Lili Tomlin dans les rôles titre. Les deux comédiennes sont fidèles à elles-mêmes, elles nuancent leur jeu et s'avèrent épisode après épisode toujours aussi admirables. Dans les rôles secondaires, Martin Scheen, June Diane Raphael, Sam Waterston, des personnages aux alentours moins bien dessinés (le personnage de la fille hystérique irrite un peu) mais un beau casting marketing. Peu importe puisque le principal réside entre les mains de ces deux héroïnes centrales, Jane Fonda, qui renouvelle son talent comique depuis dix ans, et Lili Tomlin, émouvante dans sa profondeur (très remarquée dans Damages). 

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    Malheureusement, les premiers épisodes de Grace et Frankie manquaient profondément de fond. Tout y était appuyé, mal géré, expédié. Dans leur logis, chez leurs amis, chez leur famille, dans leurs façons d'être, ces deux femmes hautes en couleurs peinaient à être attachantes. La faute à la série. Caricaturale à l'extrême, la série grossissait chaque réplique, gageure pour les comédiennes de jouer sans caricature. Mais la série s'est vite reconstruite. Les derniers épisodes de la première saison ont su relever le niveau. En dépassant la série grimaçante et gentiment attendue, Grace & Frankie est devenue une série familiale, de plus en plus vraisemblable, distinguée par des rapports de personnages très forts. Outre la belle histoire qui relie ces deux femmes que tout oppose, la série rend hommage à de belles amitiés, des parts de vie intenses, cette amitié que partage Frankie et son ex-mari Sol est un atout majeur de la série, une facette émouvante qui rend plus vivants encore ces deux personnages fragiles et gentiment délurés qui s'aiment toujours.

    La série confirme sa réussite avec une seconde saison de bonne facture. En s'ouvrant par l'arrêt cardiaque de Robert, le quatuor se retrouve, affecté. Et alors les nouvelles priorités s'établissent. Mariage, vérité, éducation des petits-enfants, grossesses inattendues, opportunités, les deux héroïnes reprennent les rennes de leurs existences. La série parvient à explorer la psychologie de ses personnages fantasques et offre de beaux épisodes. Celui de Grace face à ses petits-enfants est un bijou de vérité, cette grand-mère bourgeoise qui ne sait pas comment se comporter avec les siens nous montre ici une part d'elle qui nous échappait. Même chose pour Sol et Robert qui avancent ensemble, timidement, découvrant subitement cette identité gay qui les unit et qu'ils doivent désormais gérer en public. Par là, la série progresse en intimité, elle nuance, tapisse et ose dévoiler les failles de chacun sans jamais négliger sa part comique. Un beau moment.

    8/10

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  • The Night Manager (Mini-Série) L'espionnage domestique

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    Quand la grande réalisatrice danoise, Susanne Bier, se met à travailler pour la télé, elle ne fait pas les choses à moitié. Elle ose adapter un roman de John Le Carré et embauche Hugh Laurie et Tom Hiddleston pour ses deux personnages principaux. Malheureusement, le tout manque de finitions.

     

    Double production entre la chaîne anglaise BBC One et la chaîne américaine AMC, The Night Manager est l'adaptation du roman d'espionnage de John Le Carré paru en 1993. Moins confus que La Taupe mais moins palpable qu'A Most Wanted Man, la mini-séries de six (longs) épisodes raconte le recrutement par le MI6 de Jonathan Pine (Tom Hiddleston), ancien soldat pour l'armée britannique et désormais maître d'hôtel de nuit dans un palace égyptien en pleine Révolution du Nil. Sa mission ? Se rapprocher de Richard Roper, un milliardaire anglais et homme de réussite notoire qui, dans l'ombre, brasse de nombreux trafics d'armes.

    Cette série d'espionnage qui s'attèle a décrire l'infiltration d'un agent naissant a des airs de ressemblance avec les films de Susanne Bier, comme After the Wedding, Brothers ou encore In A Better World. On y retrouve les obsessions de la réalisatrice. Une ampleur complexe, un mélange de tiraillements sentimentaux et de double-jeux. Les débuts de la série sont aussi réussis que son postulat, ils parviennent à dessiner avec justesse la percée d'un homme ordinaire dans un milieu criminel et hautement encadré. Parce que l'intrigue est alambiquée,, la série déconcerte très vite en enchaînant les décors, on visite l'Egypte à la Suisse en passant par l'Afghanistan ou les îles méditerranéennes, le temps de quelques épisodes, la série essayant de retracer avec quelques ellipses construites cette lente infiltration.

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    Dans son processus, la série est lente, elle filme ces rares occasions où les deux héros se rapprochent, s'unissent, se font confiance, l'espion et le trafiquant. The Night Manager réussit particulièrement ces moments où le concierge de nuit infiltre la demeure familiale de Roper, en simulant un kidnapping de son enfant qu'il vient sauver. Jonathan Pine entre alors dans la gueule du loup, prêt à fraterniser et surveiller. Le climat est ensoleillé mais lourd, chaque pas dans cette villa démesurée est latent, étudié. Inquiétant. Un pas vers Richard et son entourage qui se méfie, qui le jauge, le teste, un autre vers sa femme Jed (Elizabeth Debicki) que Jonathan ne peut détourner des yeux, prisonnière elle aussi des faux semblants de son mari. Si la piste amoureuse pourrait décevoir, elle devient presque la chair de la série, le personnage de Jed est une femme hautement énigmatique mais étouffée par le poids des silences, par ces mensonges conjugaux qui ont taillé sa vie.

    Malheureusement, la série rate de peu ses ambitions d'espionnage, moins précise et haletante que Rubicon, aussi sur AMC il y a quelques années. La faute peut-être à un nombre réduit d'épisodes qui amputent un peu d'ampleur, une once d'intensité, la résolution de l'intrigue opposant les deux héros est juste correcte, ficelée comme une série de bonne facture, bien faite mais attendue, sans aucune fissure ou bouleversement narratif. Une promesse de six heures qui se termine avec peu de cachet.

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    7/10

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  • The Jinx (Mini-Série) La poisse incroyable du criminel

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    The Jinx n'est pas une série sur un serial killer. Elle est à la fois un roman stylisé et une investigation. Un fait divers sombre, une obsession pour son réalisateur, Andrew Jarecki, menant à la récompense ultime, sur le fait. Du jamais-vu télévisuel.

     

    The Jinx, the Life and Deaths of Robert Durst, diffusée sur HBO au début de l'année 2015, est un état des lieux de l'affaire Robert Durst. Héritier richissime d'un empire immobilier new-yorkais, et personnage ultra-médiatique depuis trente ans, depuis la disparition subite, divine, de sa femme, Kathleen. Suspect idéal, lui si sévère et excentrique, coupable de déclarations discordantes, Robert s'en tire faute de preuves. Il disparaît. On le retrouve des années plus tard. Affublé de perruques, reclus dans un appartement modeste, Robert devient une femme silencieuse. De cette histoire, Andrew Jarecki réalise un long-métrage, All Good Things avec Ryan Gosling et Kirsten Dunst. Un film éloquent mais qui laisse le doute.

    Aujourd'hui, The Jinx va plus loin. Parce que l'histoire se répète. Robert Durst est retrouvé, une nouvelle fois suspect pour le meurtre et le démembrement de Morris Black, son voisin de palier qui en saurait trop. On l'arrête, mais il s'enfuit. On le retrouve encore, cette fois méconnaissable, crâne blanc pâle et sourcils rasés, dans un supermarché où le riche héritier commet l'erreur de voler à l'arrachée un sandwich à six dollars. Comme une tentative de défier le destin. Devant la justice, Robert Durst reconnaît la découpe du corps. Le démembrement de sang-froid et la jetée des sacs dans la baie de Galveston.. Mais par la force d'une plaidoirie miraculeuse, il est acquitté. Pour légitime défense. L'absurde éclate.

    En 2000, l'enquête sur la disparition de Kathleen Durst revoit le jour, par la main d'une Procureur impavide qui promet de nouveaux éléments. Notamment le témoignage de Susan Berman, fille de gangster mafieux, auteur sans sou de polars et  la meilleure amie de Robert depuis leur plus jeune âge, Robert qui l'épaule financièrement, à coup de chèques et de lettres laconiques. Juste après l'ouverture de l'enquête, l'amie est tuée. Une balle dans la nuque.

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    Robert Durst est-il un criminel hors catégorie ou l'homme le plus malchanceux de la terre ? Pour répondre, The Jinx n'est pas qu'un assemblage de fait divers manichéens. Par sa dramaturgie, elle est une enquête, un dilemme journalistique, une fouille sur la nature humaine, un roman sombre et tortueux, à l'image de son héros. Ce qu'ici on saisit de lui, mais ce qui nous échappe toujours, Robert Durst, étrange et bizarre, froid, sous contrôle, le regard implacable, parfois attendrissant, férocement rusé mais toujours imprenable, malgré la vieillesse qui le ronge. Comme un monstre de littérature, une créature difforme, Robert n'est pas un homme comme tout le monde. Plus intelligent, plus esseulé, blessé par une enfance tragique, le suicide de sa mère sous ses yeux, délaissée par une famille complexe et taiseuse, désormais accompagné d'une nouvelle épouse aux traits nébuleux. Comme lui.

    Fascinante dans son récit cinglé, au générique majestueux et théâtral, la série repose sur les zones d'ombres et les paroles d'experts, des proches touchants, et de Robert lui-même qui pose devant la caméra, qui se raconte, qui retrouve New-York, l'empire, la maison du frère ennemi, lui, ce maudit rejeton de famille.

    Durant ces heures de reconstitution, où le fil renoue le chas de chaque énigme dans la vie de Robert, la série passionne, brille dans sa reconstitution et son incroyable coup de théâtre final, surgissant du passé. Cette conclusion inespérée, triste et aberrante, où la vieillesse et la vérité se rejoignent enfin, trahissant, révélant en hors-champ, dans les toilettes d'un hôtel, prenant le téléspectateur à témoin, comme un piège tendu au prédateur éternellement malchanceux. Un spectacle d'une intensité extraordinaire.

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    10/10

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