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  • False Flag (Saison 1) Le faux espionnage

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    Après le succès d'Hatufim sur ARTE, Canal + proposait ce mois une autre série israélienne. Autre série d'espionnage et d'infiltration. Autre série paranoïaque mais, cette fois, à l'ambiance plus éventée.  

     

    False Flag, faux drapeau en français, désigne une opération de guerre d'un Etat consistant à utiliser des symboles du camp ennemi -tenues, identités, pratiques- pour mieux le duper sur son terrain. En somme, une tactique militaire d'espionnage qui donne à la série tout son concept. Ici, la série démarre au moment où cinq ressortissants de l'Etat hébreu sont arrêtés après avoir été accusés de fomenter un plan d'assassinat contre le ministre iranien de la Défense. Passeports à la clé, les autorités russes fondent leurs poursuites criminelles à l'égard de ces cinq citoyens, mais ceux-là ne sont que des personnes ordinaires à la double-nationalité et au probable passeport volé. Parmi eux, un chimiste volage, sa maîtresse, un jeune roots, ainsi qu'une institutrice en manque d'adrénaline et une future mariée. Des gens-tout-le-monde, selon les apparences.

    Inspirée de cette vaste opération en date de 2010 contre le haut gradé du Hamas, Mahmoud al Mabhouh, fondateur des brigades Al Qassam et dont le Mossad est le principal suspect, cette série avait de quoi nourrir les passions. Proposer une traque haletante mêlant le vrai au faux, réalité et fiction, à la façon de Homeland, saison 4. Pourtant, la série mène à l'ennui. En distribuant les cinq cartes des personnages comme de possibles prises de vue, la série perd peu à peu sa tension globale et cette promesse de lutte diplomatique entre Israël et l'Iran. Se voulant originale, quotidienne dans son traitement, la série se concentre sur les cinq protagonistes et frôle trop souvent avec le drame facile, où les rebondissements excessivement attendus et les secrets évidents de chacun peinent à donner le change.

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    En reprenant plus ou moins les ingrédients d'Hatufim, génitrice d'Homeland sur Showtime, cet entremêlement du vrai et du faux, la créatrice Maria Feldman montre ici son attachement au genre du thriller, à ses conspirations sans fin, son ambiance paranoïaque, assoiffée d'enjeux grandiloquents, absurdes voire carrément improbables. Pourtant, à la différence d'Hatufim, bien plus ample et ténue dans son enquête, Flase Flag est un puzzle plutôt mou, constitués de personnages sans grand intérêt et de situations au dénouement souvent douteux. Seule la future mariée est une héroïne qui a du cran, une héroïne au double visage profond, qui insuffle une tension et de l'aplomb à la série, à la différence des autres, méchamment indifférents et désincarnés, la jeune institutrice hystérique en tête, beaucoup trop fabriqués  dont on observe leurs sous-péripéties avec un détachement rieur.

     

    Si Hatufim a su offrir à la télévision une attention méritée, False Flag reste sévèrement en retrait, victime de son envie d'épater les foyers et d'une enquête téléphonée, légèrement vaine.

    5/10

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  • Superstore - Telenovela (Saison 1) Petites comédies

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    Après l'arrêt de ses grandes comédies, NBC retente sa chance pour cette mi-saison avec Eva Longoria et America Ferrera, deux stars de série qui portent à bout de bras, l'une mieux que l'autre, leur projet plus ou moins hésitant.

     

    La première s'illustre dans Telenovela, une série parodique copié sur le modèle du soap sud-américain qui raconte l'histoire d'Ana, une actrice malmenée par le network depuis que son ex-mari joue le nouvel héros de sa série. Dans le rôle d'Ana, cette actrice haute en couleurs jouant sur le petit écran Pasíon, une vamp séductrice accoutrée de robes à sequins, Eva Longoria essaie de maintenir son niveau comique atteint par Desperate Housewives. Malheureusement pour elle, tout s'effondre d'épisode en épisode, à mesure que la série plie sous l'excès de sa propre caricature.

    A force de moues grimaçantes et de chutes idiotes, Eva Longoria glisse vers l'inévitable ridicule tout en abîmant son capital sympathie. Si l'actrice ne parvient pas à se sauver d'une telle impasse, c'est surtout parce que la série repose sur des fondations terriblement fissurées. Fidèle à son concept de comédie parodique, à l'image de Jane the virgin, bien plus solide, la série abuse des étiquettes attendues qui desservent le moindre personnage de la série (la matriarche perverse, le confident gay, le second rôle pataud, la nymphette écervelée, la gentille assistante) tout en accumulant les gags insipides et désolants sur le thème de la célébrité et des coulisses télé. On préférera volontiers une bonne cuvée d'Episodes ou encore mieux l'intégrale d'Extras plutôt que ce comeback burlesque doublement parodique et doublement foiré.

    3/10

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    Moins navrant, le retour d'America Ferrera se fait en douceur dans Superstore, la seconde comédie lancée fin 2015 par NBC. L'actrice d'Ugly Betty joue ici -et le joue bien- Amy, l'assistant manager d'une équipe de vendeurs de supermarché. Un supermarché typique, avec ses rayons de converses et de légumes habituels, sa pharmacie, son stand technologie et son équipe de bras-cassés. Parmi eux, un petit nouveau Jonah (Ben Feldman), jeune type je-sais-tout qui fait face à Amy, déboussolée par ce travail sans charme et toute une bande de collègues autoritaires, névrosés ou simplement paumés. Tour à tour gentille et corrosive, servie par des personnages plus complexes qu'ils n'y paraissent, la série rappelle The Office ou Parks and Recreation, ces bonnes séries d'antan où l'humour et la cruauté se liaient sur les lieux de travail.

    Pour autant, la sagesse de Superstore est loin d'atteindre le niveau engagé des séries à caméra embusquée de la décennie 2000. Mais son ambiance dénuée d'hystérie, sa vitrine de maux sociaux et ses vignettes amusantes sur la vie quotidienne d'un supermarché font d'elle une comédie intéressante et animée qui peut se déployer dans la durée et garantir un vrai succès.

    7/10

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  • Doctor Foster (Saison 1) Moment d'un couple

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    Il y a deux choses que les gens aiment regarder. Les récits de guerre et les histoires d'adultère. On a beau avoir fait le tour du sujet, la tromperie amoureuse, moment aussi ordinaire que sulfureux, n'en finit pas de nourrir les imaginaires. Avec Doctor Foster, la  chaîne anglaise BBC One propose sa version, un mélodrame élégant, étonnamment puissant.

     

    Doctor Foster est un portrait, celui de Gemma Foster (Suranne Jones), médecin en chef d'une petite clinique, adulée par ses patients pour son empathie touchante, son sens de la réalité, son sourire pudique. Gemma ne fait pas semblant, c'est une femme digne, belle, avec sa profondeur dans le regard, cette allure bien à elle. Ses amis aussi l'aiment, elle, et Simon, son mari, ils forment un couple réputé et complice, invités régulièrement à dîner dans les restaurants de cette petite bourgade de l'Angleterre, une famille au portrait idéal, corbeille de fruits sans pépins, avec leur fils Tom. Mais cette vie apparemment heureuse va basculer, le jour où Gemma découvrira un simple cheveu blond sur la veste de Simon. Quand alors elle suspectera son mari d'entretenir une liaison.

    Très vite, cette série créée par Mike Bartlett séduit, à l'image de son héroïne, par sa distance dans le traitement. La série saisit l'adultère avec une élégance rare, de celle de ces mélodrames intenses dont on ne devine pas encore le réel enchevêtrement, toujours en se rangeant du côté de Gemma. La caméra, c'est elle. Chaque mouvement, chaque pas de côté, chaque fil à recoudre de l'énigme amoureuse à laquelle elle fait face, malgré elle. En recousant l'histoire, Gemma va apprendre la triste banalité de cette tromperie,  une banalité pourtant atroce qui se déforme, s'accule, et s'empire de vérité en vérité.

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    Il y avait longtemps qu'une série n'avait pas réussi à capter ces moments de couple avec autant de superbe. Jamais de mièvrerie, d'égarement sentimental, la série dépeint, malgré quelques facilités d'écriture, les carcans domestiques avec une véracité totale, superposant les mensonges comme des couches sordides anéantissant l'héroïne et avec elle le spectateur. Le feuilleton doit beaucoup à l'actrice principale, Suranne Jones, habituée des productions télévisées mais qui, ici, incarne un personnage fort et charismatique peu à peu en proie à une extrême faiblesse, un trouble radical, parfois même inattendu.

    La série mène cette chute tragique avec une maîtrise théâtrale, patiente, minutieuse, jusqu'à la crise ultime, une urgence frappante où le spectateur est happé, en plein doute quant à une résolution possible. Si la série reprend une formule amoureuse toute faite, Doctor Foster y donne tout son corps et surprend toujours dans sa narration, son sens des personnages secondaires, et son moment de couple, cette histoire vieille comme le monde, toujours aussi intime et puissante.

    9/10

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  • Transparent (Saison 2) Le deuxième exploit

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    Après avoir électrisé les esprits et remporté les statuettes, Transparent revient sur Amazon pour clôturer l'année. Aussi profonde qu'intelligente, cette saison nécessaire dépasse même le chapitre inaugural.

     

    Transparent, la série bénéfique du géant multibras, aurait pu être une petite exception. Un premier cru parmi des offres secondaires plus tièdes. Et pourtant, cette année, la saison  a gagné en puissance et en horizon quitte à faire chemin seule. Après le coming-out de Mort, devenue Maura, les Pfefermanns continuent de vivre selon leurs peurs et leurs obsessions, selon leurs cadres fragiles. Surtout selon leurs désirs et tant pis pour les conséquences. Jill Soloway, la créatrice (ex de Six Feet Under) y semble maintenant attentive. Montrer les répercussions et les représailles, à l'image de Tammy, laissée  le jour de son mariage par Sarah, criant désœuvrée et ivre après des années d'abstinence, "tu agis sans conséquence, mais moi, je suis une putain de conséquence".

    Chez Transparent, les conséquences ont un poids. Le poids de l'image, le poids d'une famille et de l'Histoire. A cet égard, la série se balade d'allers-retours furtifs entre la vie chaotique des Pferffermans et leurs origines, à Berlin dans les années 30, dans un milieu déjà transgressif guetté par l'oppression. Toujours hantée par la question du genre, par la question juive, par la question des mœurs privées, Transparent va plus loin encore. Dans un épisode, Ali découvre dans un essai qu'il existe un gêne du traumatisme, hérité de génération en génération. Ce gêne, ce poids, on le retrouve de façon prégnante chez chacun, plus libre et plus vulnérable encore. Sarah, célibataire, lesbienne incertaine, masquée par le voile des autres, peine à savoir ce qu'elle veut, qui elle veut et pourquoi. Elle erre, de figure maritale en femme-maîtresse sévère, martinet à la main, pour avoir une réponse.

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    Tous veulent quelque chose et se dirigent aveuglément vers l'échec. A l'image de Josh, heureux en couple, père de famille doublement retrouvé, qui à force de convoiter l'équilibre familial le fissurera par à-coups sans qu'il n'y puisse rien. Ou bien Ali, en couple avec son amie Syd, admirative face au travail de Leslie Jones, une beat poétesse et mentor exemplaire. Même la matriarche, Judith Light, encore plus incroyable que l'an passé, fera de son désir -se faire élire présidente de son syndicat- un leitmotiv idiot et assoiffé et démissionnera une fois élue. Le symbole paraît anecdotique mais il montre comment dans Transparent le désir entêté, l'émancipation, l'affirmation de ses valeurs intimes, semble nouer chaque membre de la famille d'un fil invisible dont on ne parvient pas à deviner les coutures mais dont on sait pour sûr qu'il mènera inexorablement à une perte.

    Cette année encore, c'est Maura  qui convoque la plus belle émotion (Jeffrey Tambor, sans adjectif). Désormais acceptée, plus sensible et élégante encore, Maura est une femme transgenre qui questionne le milieu qu'elle choisit. A la fois nostalgique et ennuyée par la vie qu'elle retrouve avec sa femme joyeusement terre à terre, Maura préfère s'exiler chez son amie mexicaine. Toute une conception les oppose. Maura reste une femme intellectuelle aisée de race blanche à l'opinion établie, et elle n'y peut rien. Plus que progressiste, cette seconde saison ne sonde pas seulement la question de la féminité et de ses représentations, elle devient politique quand elle montre que dans cette famille juive post-patriarcale privilégiée, agir pour soi demeure éternellement une nuisance pour l'autre. L'exemple criant de Maura/Mort, vingt ans plus tôt, lorsqu'il interdit la reconnaissance chaque année d'un groupe féministe à Berkeley, lui l'homme de prestige qui refusait les entraves et qui, vingt ans plus tard, se voit désormais exclure d'un groupement féministe alternatif, parce que, non, il n'est pas né femme.

    Ce cynisme aussi sordide qu'amusant, toujours nuancé, toujours brutal, résume l'esprit de Transparent, dans ses convictions abîmées, habile schéma d'une société férocement contredite, d'une société de beaux laissés-pour-compte aux problématiques identitaires, sexuelles, sociales et raciales toujours aussi prégnantes. La série n'y résout jamais mais elle s'en empare comme personne, cruellement, joliment, tout en montrant les exutoires. L'amour, la religion, la littérature, ou bien la famille. Comme au loin, des remèdes possibles.

    10/10

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  • Séries & Cinéma - Le meilleur de 2015

    Parce qu'il faut en finir rapidement avec 2015, merci à tous ces belles productions d'avoir existé.

     

    TOP DRAMA

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    1. The Leftovers (Saison 2) - La plus absolue
    2. The Affair (Saison 2) - La plus dramatique
    3. American Crime (Saison 1) - La plus inattendue
    4. Mad Men (Saison 7) - La plus ultime
    5. Fargo (Saison 2) - La plus réinventée
    6. Mr Robot (Saison 1) - La plus paranoïaque
    7. UNREAL (Saison 1) - La plus cynique
    8. Cucumber (Saison 1) - La plus atypique
    9. Ex aequo - Unforgotten (S1) / Fortitude (S1) - La plus policière
    10. Bloodline (Saison 1) - La plus prometteuse

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    TOP COMEDIE

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    1. Transparent (Saison 2) - La plus complète
    2. Drifters (Saison 3) - La plus humiliante
    3. Unbreakable Kimmy Schmidt (Saison 1) - La plus excentrique
    4. Master of None (Saison 1) - La plus écrite
    5. Ex-aequo - Broad City (Saison 2) / Mom (Saison 2) - La plus cool
    6. The Last Man on Earth (Saison 1&2) - La plus coriace
    7. Crazy Ex-Girlfriend (Saison 1) - La plus West Covina
    8. Girls (Saison 5) - La plus habituelle
    9. Inside Amy Schumer (Saison 3) - La plus parodique
    10. Difficult People (Saison 1) - La plus méchante

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    TOP FILMS

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    1. AMY (Angleterre) - Le plus bouleversant
    2. Mustang (Turquie) - Le plus viscéral
    3. Mad Max, Fury Road (Australie) - Le plus intense
    4. Trois Souvenirs de ma Jeunesse (France) - Le plus ample
    5. Une seconde mère (Brésil) - Le plus social
    6. Stars Wars VII - Le réveil de la force (USA) - Le plus osé
    7. Les Nouveaux Sauvages (Argentine) - Le plus corrosif
    8. Force Majeure (Suède/Norvège) - Le plus réfléchi
    9. Hungry Hearts (Italie) - Le plus romanesque
    10. Sicario (Canada) - Le plus palpable
    11. The Lobster (Grèce) - Le plus allégorique
    12. IT Follows (USA) - Le plus dérangeant
    13. Phoenix (Allemagne) - Le plus mélo
    14. Dheepan (France) - Le plus récompensé
    15. The Gift (USA) - Le plus habile
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  • Jessica Jones (S1) Le marvel du futur ?

    Oubliés les superhéros lustrés au déguisement de satin, Jessica Jones, la nouvelle série de Netflix, n'a rien d'une belle icone. A l'inverse, elle est une héroïne bourrue et vulnérable, plus proche du polar suédois que de l'entreprise hollywoodienne.

     

    L'histoire de Jessica est une histoire à demi-mot. Une histoire qui remonte au début de la décennie, dans la série Alias où Jessica Jones prend vie, incarnant une superhéroïne à la force démentielle après un accident de voiture. Aujourd'hui, Netflix reprend son histoire, en corrigeant la trajectoire. Jessica Jones est devenue une détective à son compte chargée d'élucider les affaires de moeurs et de petites coucheries. Pourtant, elle n'a rien d'une Veronica Mars. Habits noirs, moue boudeuse, maquillage sombre, répliques mornes, Jessica Jones (Kristen Rytter) est une héroïne trouble, en colère, hantée par la drogue et ses démons. Son démon à elle s'appelle Kilgrave. Un vilain au pouvoir de persuasion total qui a amadouée Jessica jusqu'au crime.

    On sait peu de choses sur son enfance et sa mythologie, Jessica Jones est un mystère. Et la série s'en accommode parfaitement. Une supérhéroïne désormais retraitée, dont les pouvoirs quasi-inutilisés demeurent tapis dans le secret. Volontairement sobre, la série cible ici un tout autre traitement, quotidien et obscure, à des années lumière des Avengers et même des héros lisses de Tim Kring. Pas de flashbacks commodes, de rédemption, de révélation mystique sur l'importance de l'action superhéroïque, Jessica Jones est une jeune fille de tous les jours, cynique et désabusée, rappelant Lisbeth Salander et ses pulsions autodestructrices.

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    Portée par une caméra lucide et une écriture mature, la série de Melissa Rosenberg (pourtant scénariste des Twilight) est une série singulière où le superhéros est un décor symbolique perdu au milieu d'un thriller moderne new-yorkais. Pour autant, la série se livre à l'habituel duel manichéen, Jessica Jones opposée à son nemesis, Kilgrave. Lui aussi n'est pas le méchant attendu, ce vilain anthologique à la peau violette connu pour ses ensorcellements inconscients devient sous l'oeil de la série un dandy anglais, bon chic bon genre, interprété par le toujours impeccable David Tennant. Les deux protagonistes vont alors s'affronter, non tels deux icônes de comics mais comme deux êtres abîmés, cette femme battue, manipulée face à cet homme abusif.

    C'est tout le parti-pris de la série, adapter en réalisme et en noirceur une fiction Marvel, en étalant son propos. Le résultat fonctionne, plus moderne, moins niche, à la vision originale et plutôt inspirée, Jessica Jones est une belle héroïne atypique, défendue avec grâce par Kristen Rytter, moins profonde que dans Breaking Bad ou Gravity mais toujours saisissante.

    7/10

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